Des soutiers dans l'université ?

« Les soutiers de l’université » par Catherine Rollot, Le Monde du 6 octobre 2009. Les deux sous-titres de l’article sont misérabilistes et provocateurs à l’égard des enseignants du supérieur. 1. « Vacataires, attachés temporaires, CDD, bouche-trous parfois pour quelques heures par an, ils ont bac+8 et galèrent durant des années en marge de l’enseignement supérieur. Avec l’espoir de plus en plus ténu d’une titularisation » ; « Avant d’être payé, il faut parfois attendre un an ».

La précarité existe à l’université ; elle a progressé et elle risque de progresser. Il faut la dénoncer : Catherine Rollot a donc raison. Mais, pour mener un combat crédible et efficace, il faut éviter les approximations et quelquefois les contrevérités. Combien de « soutiers » ? Personne ne le sait mais on devrait le savoir car les universités doivent produire désormais un « bilan social ».

Première confusion introduite par l’article : le mélange de situations enseignantes qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Si tout enseignant recruté sur un contrat à durée déterminée est en situation précaire, alors oui, la proportion de précaires est importante dans les universités ; elle l’est cependant moins que dans le privé.

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Une réponse à “Des soutiers dans l'université ?

  1. lo

    Il serait bon de parler aussi de la précarité de nombreux personnels BIATOSS, dont certains ont des contrats de 10 mois renouvelés tous les ans et pointent au chômage tous les étés…

  2. F.

    Même si actuellement je suis professeur dans une université nordaméricaine, en tant qu’ancien maître de conférences, j’estime pouvoir vous adresser quelques remarques.
    Il est certes vraie que Mme Rollot mélange des situations professionnelles différentes, mais doit-on exiger qu’un article de Le Monde nous renseigne de manière exacte sur toutes les nuances (très nombreuses, d’ailleurs) de l’enseignement universitaire français?
    Ne devrait-on plutôt essayer de comprendre les raisons de ce surpeuplement des enseignants et de la conséquente précarité pour la plupart d’eux?
    Je pense que les mécanismes de sélection des candidats au doctorat sont à revoir et qu’en France, du moins pour ce qui concerne les sciences humaines et sociales, on est très, voire trop, généreux.
    Trop de professeurs ne pensent qu’à gonfler les chiffres des effectifs de leurs équipes d’accueil ou bien à avoir une sorte de cortège d’étudiants flattant leur ego (ou à exploiter). Qui plus est, une vraie sélection demanderait un engagement sérieux de la part des commissions scientifiques…

    Ensuite, il faudrait préciser que non seulement les doctorants ont le droit d’occuper des postes d’ATER, mais aussi ceux qui ont déjà obtenu leur doctorat et qui n’ont pas encore trouvé un poste de maître de conférences. Cela provoque une compétition cruelle, dans un sens ou dans l’autre: ou le docteur compétent et « publiant » sera battu par les élèves du professeur local ou bien le jeune doctorant devra succomber face à un chercheur plus expérimenté.

    Enfin, il est tout à fait vrai que, souvent, les chargés de cours doivent attendre des mois pour être payés! Pensez-vous vraiment qu’un vacataire, qui a du mal a arrondir ses fins de mois, puisse se permettre d’oublier les papiers nécessaires et risquer de retarder son salaire?
    Ne serait-il plutôt un problème, dans la plupart des cas, d’inefficacité du personnel administratif ou bien d’une mauvaise gestion des comptes de la part des supérieurs hiérarchiques?
    Je me souviens que, quand j’étais chargé de cours, il y a une dizaine d’années, un jour, vers la fin du deuxième semestre, le doyen déclara qu’il n’y avait pas d’argent pour payer les vacataires. En réponse, nous, les chargés de cours, annonçâmes une grève, avec un retardement des examens. Après cette annonce, comme par miracle, l’argent réapparut…

    Cordialement

  3. Merci cher collègue de votre long commentaire. J’en partage l’analyse mais seulement en partie.

    1. Vous avez raison d’insister sur la question de la sélection des doctorants et de ses insuffisances ; on peut ajouter un argument à ceux que vous développez : depuis la création de la Prime d’encadrement doctoral et de recherche en 1989 (remplacée aujourd’hui par la prime d’excellence scientifique – http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/07/04/primes-16-juillet/), les professeurs ont eu tout intérêt à avoir des doctorants (à en prendre plus pour ne pas prendre le risque de ne pas produire suffisamment de docteurs)
    2. Ok pour ce que vous dites des ATER
    3. Pour les délais de paiement. Il peut y avoir, dans certains cas, une inefficacité du personnel administratif ou un j’m’en foutisme des responsables de formation. Ma dernière responsabilité dans l’université a été celle d’une licence professionnelle (une trentaine de vacataires professionnels à faire rémunérer chaque année) ; je peux vous affirmer que c’étaient des jeunes vacataires en difficultés financières qui mettaient le plus de temps à remplir leurs dossiers ; ils se plaignaient ensuite d’être payés tardivement. Certes exemple n’est pas preuve ; c’est tout le problème des exemples donnés par Catherine Rollot)
    4. Vous avez raison de signaler que certaines universités en difficultés financières ont fait de la cavalerie et reporté à l’année suivante le paiement des heures complémentaires. Cele pourrait arriver dans les universités passées aux compétences financières élargies de la loi LRU
    5. Evidemment pas d’accord avec vous sur ce que vous dites au début de votre commentaire : les précaires ne constituent pas la majorité (ou la plupart) des enseignants du supérieur. Je crois qua vous en êtes d’accord ; aucune donnée statistique ne pourrait prouver le contraire.
    Cordialement. Pierre Dubois

  4. F.

    Cher collègue,

    Merci pour votre réponse objective et détaillée.
    Je demeure un de vos plus fidèles lecteurs.

  5. Je me permets de réagir à ce que vous écrivez au sujet des doctorants :  » Mais il est vrai que ces solutions temporaires ne sont pas éternelles et que vient un jour où les enseignants laissent tomber ; cela arrive quand les doctorants se rendent compte que le docteur ne sera jamais recruté sur un poste stable dans une université. Il faut donc qu’ils soient plus courageux : diagnostiquer, dès en cours de thèse, si le doctorant a une chance raisonnable d’obtenir un poste stable »

    Il est dommage de ne pas faire référence sur ce point aux données du CNU exploitées (qui permettent de suivre le devenir 1656 docteurs qualifiés sur près de10 ans de qualifications) par Olivier Martin. Ce dernier émet le constat suivant : « Entre les générations les plus récentes (disons les docteurs ayant obtenu leur première qualification en 2006 ou 2007) et les générations les plus anciennes (qualification en 1998 ou 1999), les chances de devenir MCF19 ont été divisées par deux ».

    Plus de détails : http://groups.google.com/group/sociologuesdelenseignementsuperieur/browse_thread/thread/3fdebd5cc35da03b/d7fed6565589fd1b?hl=fr&lnk=gst&q=#d7fed6565589fd1b

    Compte tenu de ces données, il m’apparaît abusif de laisser entendre, comme vous le faîtes dans votre texte, que la situation précaire (par définition) des enseignants non-permanents (ATER, moniteurs) est provisoire.

    J’aimerais vraiment connaître votre position sur ce point.
    Très cordialement,
    Matthieu Hély

  6. PATRICIA LE MOAL

    J’ai assumé des fonctions d’ATER dans deux facultés (dans lesquelles je n’avais pas effectué mes études). Je me destinais à l’enseignement supérieur et m’apprêtais à passer le concours de maître de conférences. Je n’ai pas pu soutenir ma thèse pour n. raisons que je ne vous exposerai pas ici, c’est une trop longue histoire.
    Bref, j’ai connu depuis ces deux contrats, la précarité. Et je n’en suis toujours pas sorti 9 ans plus tard!
    Ma question est la suivante : combien d’ATER deviennent effectivement maîtres de conférence. Les statistiques me semblent rares!!! En tous les cas je ne les trouve pas. Je vous remercie d’avance.
    Orphée

  7. Laura

    Payé deux fois par ans? Vous rigolez? Soutenu par son directeur? Ah bon? Et combien ont fini leur doctorat, publié de nombreux articles, et restent dans le secondaire? (avec CAPES & Agreg.)

  8. HC

    Quelques précisions:

    Les vacataires de moins de 28 ans n’ont pas besoin d’un autre contrat pour assurer des vacations. Certains dépendent donc de l’argent qui leur sera versé pour celles-ci. Dans ce cadre, être payé deux fois par an crée de grosses difficultés.

    Vous oubliez de dire, par ailleurs, que dans certaines universités, on conseille aux doctorants de plus de 28 ans d’adopter le statut d’auto-entrepreneur pour pouvoir finir leur thèse en tant que vacataires. Ce n’est pas un agissement du méchant doctorant derrière le dos de son directeur.