Archives mensuelles : décembre 2009

Succès en BTS et en DUT

4ème chronique sur les points forts et les points faibles de STS et des IUT. Taux de succès au BTS et au DUT. Nombre annuel de diplômés

Chroniques précédentes : cliquer ici

 

Plusieurs méthodes pour calculer le taux de succès au BTS et au DUT. La première rapporte le nombre d’étudiants qui ont réussi les examens finaux de l’année terminale au nombre d’étudiants présents aux épreuves ou au nombre d’étudiants inscrits en seconde année. C’est la méthode la plus facile pour le calcul du taux de succès, mais elle présente l’inconvénient de mélanger plusieurs populations, les étudiants qui se présentent aux examens pour la 1ère fois et ceux qui redoublent.

 

La seconde méthode rapporte le nombre d’étudiants qui ont réussi au nombre des étudiants qui se sont inscrits une année donnée en première année de diplôme. C’est la méthode du suivi de cohorte. Elle est plus pertinente d’une part parce qu’elle permet de calculer un taux de succès au diplôme en 2, 3 ans ou plus, d’autre part parce qu’elle prend en compte les étudiants qui ont abandonné en cours de route et qui ne sont pas présentés aux examens. Inconvénient de la méthode : elle prend du temps et elle est plus coûteuse que la 1ère ; elle est donc moins souvent mise en œuvre ; certains suivis de cohorte disponibles sont donc relativement anciens.

 

Perfectionnement de la seconde méthode : le calcul des taux de succès en fonction des caractéristiques scolaires de la population d’étudiants qui est différente d’un IUT et d’une STS à l’autre (calcul des taux observés et des taux simulés).

 

Avant de faire état des données disponibles, il est nécessaire de rappeler 1. qu’il y a sélection à l’entrée de ces deux filières professionnelles (ce qui doit en principe induire de bons résultats aux examens), 2. que les résultats dépendent des modalités de contrôle des connaissances (MCC) : il est plus facile d’obtenir le diplôme quand toutes les matières se compensent entre elles et il est plus difficile de l’obtenir quand il faut obtenir la moyenne dans toutes les épreuves. La tendance historique a été de compenser les notes des matières entre elles, ce qui doit induire une progression des taux de succès    

 

En DUT, les MCC ont été modifiées en 1998 pour faciliter l’obtention du diplôme : les taux de succès ont effectivement significativement progressé entre 1997 et 2001. En 2006, les programmes des DUT ont été changés : introduction d’un PPP, projet personnel et professionnel, conduit au cours des 4 semestres. L’expérience – mais il n’y a de preuve statistique faute d’enquête – montre que ce type de matière est souvent bien noté (pourvu toutefois que l’étudiant s’y soit impliqué) ; le PPP facilite donc l’obtention du diplôme.

 

Taux de succès au BTS calculé selon la 1ère méthode. Il progresse tout au long des années 2000 : 65,8% en 2006, 67,3% en 2007, 68,4% en 2008 (106.000 diplômés sur 155.000 présents aux examens). Le taux varie selon 3 paramètres : le type de baccalauréat obtenu, la filière de formation (secondaire ou tertiaire), le mode de formation. Les bacheliers généraux obtiennent les meilleurs taux de succès : 82,2% pour les bacheliers scientifiques et seulement 43,3% pour les bacheliers professionnels du secteur des services. Les étudiants des secteurs de la production ont un taux de succès plus élevé (81% par exemple en BTS « Matériaux souples ») que ceux des secteurs des services (59,5% en BTS « Assistants de gestion PM1-PME »). Les étudiants sous statut scolaire (76,4%) et ceux inscrits en  apprentissage (70,3%) réussissent mieux que ceux en formation continue (57,8%) ou qui ont préparé leur diplôme par l’enseignement à distance (35,6%). Les chiffres : cliquer ici et ici. Les étudiants qui obtiennent le BTS ont en moyenne 22,6 ans (Coppin, 2007), ce qui signifie que, dans les parcours scolaires antérieurs, il y a eu des redoublements.

Suivi de cohortes en BTS. 63% de la cohorte des bacheliers entrés en STS en 2002 (cohorte ancienne donc) ont obtenu leur diplôme en 2 ans et 16% sont toujours en STS en 2004-2005 ; le taux d’obtention en 3 ans n’est donc pas fourni (Péan, 2007). 45% des entrants de 2002 ne sont plus en études en 2004-2005 (parmi eux, les 2/3 ont obtenu leur BTS). 55% sont donc, à la rentrée 2004, encore en études (poursuite d’études après l’obtention du BTS en 2 ans, redoublement en BTS, autres études). 15% ne sont plus en études et n’ont pas obtenu de diplôme.

 

Le taux de succès au DUT calculé selon la 1ère méthode n’est pas disponible dans les sources de la DEPP. Par contre, le devenir de cohortes d’entrants en 1ère année a été étudié par deux fois (cohorte 2001, cohorte 2004)

 

Taux de succès de la cohorte 2001. 76% des bacheliers 2001, inscrits en IUT lors de la rentrée qui a suivi l’obtention de leur baccalauréat, ont obtenu leur DUT en 2 ans (66,6%) ou en 3 ans (9,5%) (Péan et Prouteau, 2007). Le taux de succès est plus important pour les DUT du secteur des services (69,5% en 2 ans, 77% en 3 ans) que pour les DUT du secteur de la production (62,9% en 2 ans, 75% en 3 ans) ; il varie ainsi d’un DUT à l’autre (93% en génie de l’emballage et du conditionnement, 67,5% en génie électrique et informatique industrielle). L’étude ne dit pas ce que sont devenus les 24% d’étudiants qui n’ont pas obtenu leur DUT en 2 ou 3 ans. Trois cas de figure sont possibles : certains ont vraisemblablement continué une 4ème d’IUT, d’autres se sont orientés vers l’université, d’autres ont arrêté leurs études ; combien ?

 

Les taux d’obtention du DUT en 2 ou 3 ans sont très différents selon le baccalauréat d’origine, tant pour les DUT du secteur secondaire que pour ceux du secteur tertiaire. Les meilleurs résultats sont ceux des titulaires d’un baccalauréat général scientifique ou économique.

 

Les taux varient très fortement d’un IUT à l’autre (taux le plus élevé : 82% ; taux le plus faible : 47%). Les différences dépendant des caractéristiques de la population étudiante inscrite, la DEPP calcule des taux simulés (Péan et Prouteau, 2007). Ceux-ci correspondent à la réussite qu’obtiendrait un DUT « si la réussite de ses inscrits, avec leurs caractéristiques propres (âge d’obtention du baccalauréat, série et ancienneté du baccalauréat, sexe, catégorie sociale, spécialité et secteur d’inscription en IUT) était identique à celle de l’ensemble des DUT ». Des IUT ont ainsi des taux de succès supérieurs aux taux simulés (ils font mieux que ce qui est attendu de leur population étudiante) : c’est le cas des IUT de Lyon 2 (taux réel supérieur de 14,1 points au taux simulé), d’Angers (différence de 10,1 points). A l’inverse, des IUT ont des taux de succès inférieurs aux taux simulés (vu leur population d’étudiants, ils devraient faire beaucoup mieux) ; c’est le cas des IUT de Marne-la-Vallée (taux réel inférieur de 15,2 au taux simulé), de Toulouse 1 (différence de 13,2 points). Lrs chiffres : cliquer ici.

Taux de succès de la cohorte 2004. D’une cohorte à l’autre, les taux de succès ont légèrement baissé : 66,5% de succès en 2 ans (66,6% en 2001) et 9,2% en 3 ans (9,5% en 2001), soit un taux de succès en 2 ou 3 ans de 75,7% (76,1% en 2001) (les chiffres : cliquer ici). Le taux de réussite en 2 ou 3 ans continue d’être très différent d’un DUT à l’autre mais les écarts se sont resserrés par rapport à la cohorte 2001 : 84,6% en information et communication, 68,3% en génie industriel et maintenance. Les taux de succès continuent de varier très fortement selon le baccalauréat d’origine que ce soit en DUT du secteur de la production qu’en DUT du secteur tertiaire : plus de 80% des bacheliers généraux obtiennent leur DUT en 2 ou 3 ans, et seulement 67% des bacheliers technologiques et moins de 50% des bacheliers professionnels. On comprend l’inertie observée dans les IUT : recruter plus de bacheliers technologiques (et a fortiori des bacheliers professionnels) fait baisser le taux de succès ! 

 

Nombre de BTS et de DUT délivrés. 146.800 étudiants ont obtenu un BTS ou un DUT en 2007. Plus de 2 sur 3 d’entre eux ont obtenu un BTS, ce qui n’était pas le cas dans les années 1980, avant la décentralisation. Le nombre de diplômes délivrés a très fortement augmenté jusqu’au tournant du siècle : 82.100 diplômes délivrés en 1990, 115.600 en 1995, 143.000 en 2000 (+ 74% en 10 ans). Depuis 2000, le nombre de BTS et de DUT délivrés n’évolue plus guère : 156.000 en 2004 (année record) mais seulement 146.800 en 2007 (en 2008, vu la forte augmentation des BTS délivrés, on devrait s’approcher de nouveau du record). La stagnation des années 2000 n’est pas cohérente avec la volonté politique de porter à 50% le nombre de jeunes qui obtiennent un diplôme du supérieur : les STS et les IUT diplôment moins d’un jeune sur cinq.

 

Evolution du nombre de BTS et de DUT délivrés. Les chiffres : cliquer ici

 

1990

1995

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

DUT

BTS

29.000

53.100

37.400

78.200

47.500

95.500

48.000

99.300

48.900

103.500

48.100

103.500

47.000

109.000

45.800

102.500

46.100

102.200

45.400

101.400

106.000

Total

82.100

115.600

143.000

147.300

152.400

151.600

156.000

148.300

148.300

146.800

 

Indice 100 en 1990

100

141

174

179

186

185

190

181

181

179

 

 

Points forts. Le taux de succès en BTS et en DUT est nettement plus élevé qu’en licence universitaire. 53% des entrants à l’université en licence en 2002 ont obtenu ce diplôme en 3 ou 4 ans (un peu plus obtiendront le diplôme en 5 ans). Ce pourcentage est faible quand on le compare aux taux de succès des entrants dans les diplômes professionnels courts : DUT, 75,7% de succès en 2 ou 3 ans pour les entrants de 2004, BTS, 63% de succès en 2 ans pour les entrants de 2002. Il est vraiment dommage que des suivis de cohortes d’entrant en DUT et BTS ne soient pas effectués chaque année !

 

Points faibles. Les STS et les IUT ont joué un rôle historique fondamental pour élever le niveau de qualification professionnelle des jeunes. Mais il faut observer aujourd’hui qu’ils ne jouent plus que très imparfaitement ce rôle. Leurs points faibles sont devenus trop nombreux. Ils ne jouent pas leur rôle pour que 50% des jeunes parviennent à obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur : stagnation du nombre de diplômes délivrés dans la 1ère décennie 2000 alors que le nombre de STS et de départements d’IUT a poursuivi progression).

 

Les taux de succès sont bons, meilleurs qu’en licence universitaire, mais diplômer en 2 ans seulement environ 2/3 des entrants, ce n’est pas un résultat mirobolant au vu du contexte : sélection des étudiants à l’entrée, conditions d’études nettement meilleures qu’en licence universitaire, dépense par étudiant nettement supérieure à celle d’un étudiant de licence.

 

Les responsables de STS et d’IUT invoquent un argument fort pour expliquer le taux de succès relativement bas : il est dû au faible taux de succès des bacheliers technologiques et professionnels. Le cercle vicieux est en place : tout est fait pour attirer dans les DUT et les BTS les bacheliers généraux. Impossible de sortir de ce cercle vicieux : les responsables portent une grande attention aux résultats et sont évalués sur leurs performances. Ils ne peuvent s’interroger sur les raisons d’un taux d’échec élevé des bacheliers technologiques et professionnels : il ne s’agit pas de rendre plus facile l’obtention du diplôme par un laxisme dans l’attribution des notes ; il s’agit d’adapter les contenus, les programmes et les méthodes pédagogiques aux compétences acquises dans le secondaire par ces bacheliers.

 

Autrement dit, si ces changements fondamentaux ne sont pas possibles, ce n’est pas demain la veille que le taux de 50% sera approché ! Le temps est venu de casser la structuration en IUT et en STS et d’inventer un nouveau type d’établissement : l’Institut d’enseignement supérieur, l’IES.

 

COPPIN Emmanuelle (2007), « Résultats des brevets de techniciens supérieurs. Session 2006 », DEPP, Note d’information, 07.19, mai

 

PEAN Sylvaine, PROUTEAU Danielle (2007), « Les nouveaux inscrits en IUT à la rentrée 2005-2006 et la réussite en IUT », DEPP, Note d’information, 07.18, mai

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STS et DUT : points + et –

4ème chronique sur les Instituts d’Enseignement Supérieur (IES), établissements d’enseignement supérieur publics à créer en vue de regrouper dans un seul établissement, distinct du lycée et de l’université, les étudiants actuellement inscrits en CPGE, en STS, en IUT et en licence universitaire. L’IES est organisé en deux voies : une voie préparatoire aux études longues et une voie professionnelle permettant l’entrée sur le marché du travail à bac+3.

Pour argumenter cette réforme de rupture, il est nécessaire de faire un état des lieux, de démontrer les points forts et les points faibles de chacune des filières actuelles, en s’appuyant en particulier sur les sources statistiques les plus récentes publiées par la DEPP : Repères et références statistiques 2009, L’état de l’Ecole 2009, les Notes d’information (des liens sont faits vers ces données). Cette 4ème chronique analyse ainsi les points forts et les points faibles des Sections de techniciens supérieurs (STS) et des Instituts universitaires de technologie (IUT) : nombre de STS et de DUT, effectifs inscrits, origines sociales et scolaires des étudiants, taux de succès au diplôme, poursuite d’études, insertion professionnelle, qualité de la relation formation-emploi. Notre analyse est que les points faibles l’emportent désormais sur les points forts et que les IES pemettront de renforcer nettement ces derniers. A débattre !

1. Création (habilitation) des STS et des IUT. Carte des formations. Lire l’analyse… 2. Le nombre des inscrits : des effectifs en faible hausse depuis 10 ans. Lire l’analyse…  3. Origines sociales et scolaires des étudiants de STS et d’IUT. Lire l’analyse…

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Instituts d'Ens. Supérieur (3)

Troisième chronique sur les Instituts d’Enseignement supérieur (IES). La deuxième chronique montrait que la création d’un nouveau type d’établissement, prenant en charge la première étape de l’enseignement supérieur, avait un précédent dans l’histoire. Les collèges des Jésuites, dès le milieu du 16ème siècle, s’étaient appropriés, aux dépens des universités, les enseignements du quadrivium et du trivium conduisant au baccalauréat, premier grade universitaire. Napoléon a institutionnalisé cette étape par la création des lycées. La recréation des universités à la fin des 19ème n’y a rien changé : les universités jusqu’aux années 60 du 20ème siècle préparent à deux grades (la licence et le doctorat).

La chronique d’aujourd’hui revient sur les 4 occasions historiques manquées de créer un établissement public d’enseignement supérieur nouveau, prenant place entre le lycée et l’université, pour former et diplômer à bac+3, pour prendre en charge le cycle licence. Ces 4 occasions manquées se situent en 1959, 1966, 1968 et 2002.

Avant d’y venir, il est nécessaire de faire un retour en arrière pour expliquer la naissance et la diffusion des Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Quand les universités sont recréées à la fin du 19ème, les classes préparatoires scientifiques existent dans le paysage de l’enseignement supérieur ; elles sont même déjà séculaires !

Dans son beau texte de 2003, Bruno Belhoste analyse l’histoire des classes prépas. Elles préparent aux concours d’entrée dans les Grandes Ecoles des Armes et ce dès le 18ème siècle (Génie, Artillerie et Marine). Les candidats aux concours se préparent dans des établissements spécialisés, les collèges congrégationnistes et « les universités n’accordant que peu de place à l’enseignement des mathématiques. « C’est la Révolution française qui va étendre le système de recrutement des armes savantes à l’ensemble des administrations techniques, en créant l’École polytechnique »… « Les candidats au concours de la nouvelle école ne disposent d’aucun lieu de préparation. Très vite, les professeurs de mathématiques des écoles centrales, ouvertes dans chaque département en 1795, s’efforcent de pallier ce manque ».

« Dans presque chaque lycée départemental, à partir de 1802, il existe une classe dite de mathématiques transcendantes, rebaptisée en 1809, classe de mathématiques spéciales. La vocation de ces classes devient aussitôt la préparation au concours de l’École polytechnique. On peut dire alors que les classes préparatoires sont nées ».

Qui enseigne dans ces classes ? « La création d’une agrégation de sciences en 1808, pour laquelle est organisé un véritable concours dès 1821 et sa spécialisation en mathématiques et en sciences physiques en 1840, ainsi que l’ouverture de l’École normale en 1809 assure la formation et le recrutement de ces professeurs ». Les classes préparatoires ont désormais un corps professoral, composé d’agrégés. Elles se donneront en 1914 une association de défense et de lobbying, la Société des Agrégés.

« C’est sous la IIIe République, entre 1880 et 1914, que le système des classes préparatoires scientifiques prend le visage qu’il va conserver presque sans changements jusqu’aux années 1970. On peut estimer qu’à la fin du XIXe siècle, ce système accueille et forme environ 10.000 élèvesCe chiffre ne sera pas dépassé avant les années 1960″… « Les professeurs de spé forment une sorte d’aristocratie enseignante au sein des lycées, se séparant nettement de leurs collègues des classes inférieures »… « Tout naturellement, vers 1900 les enseignants du supérieur commencent à revendiquer pour eux la préparation aux grandes écoles. Cette revendication, qui reviendra souvent au cours du XXe siècle, n’aboutit pas, car elle se heurte à l’opposition conjuguée des grandes écoles et des professeurs des classes préparatoires ». 

Les classes préparatoires littéraires (préparation au concours de l’Ecole normale supérieure, sont beaucoup plus récentes que les prépas scientifiques. « Elles pèsent peu au point de vue numérique avant les années 1960 ». Et c’est seulement après 1970 que les classes préparatoires économiques et commerciales, prépas à HEC, se multiplient. « Leur croissance a été fulgurante à partir de 1980 ».

1959. Le général De Gaulle est revenu au pouvoir. Redonner sa place à la France exige d’élever le niveau de qualifications de la population. Le moyen d’y parvenir selon la planification à la française : faire accéder davantage de jeunes dans l’enseignement supérieur, mais dans un nouveau type d’enseignement supérieur, un enseignement professionnel court destiné à former des techniciens supérieurs. En dix ans, De Gaulle va profondément modifier et restructurer l’enseignement supérieur. Chronique : « Charles : orientez !« .

Les sections de techniciens supérieurs (STS) sont créées en 1959. Dans quel lieu ? Dans un établissement nouveau ? Non ! Dans l’université ? Non ! C’est une solution de facilité qui est retenue : les STS sont créées dans les lycées ; dans certains lycées, elles vont cotôyer les CPGE. 1959, la première occasion ratée de créer un nouvel établissement d’enseignement supérieur (un IES !) intégrant dans un même lieu une voie « longue » (classes préparatoires aux grandes écoles et à l’université) et une voie professionnelle courte en 2 ans pour la préparation aux besoins du marché du travail.

1966. Création des IUT (bac+2) et de la maîtrise (bac+4), un an après la licence. Les universités par l’accueil des IUT en leur sein s’ouvrent à l’enseignement supérieur professionnel court. Les STS sont annoncées « en extinction », au fut et à mesure de la création de départements d’IUT ; les effectifs d’élèves dans les STS commencent effectivement à baisser. Pourquoi ne pas avoir à cette date, puisque les études universitaires se voyaient désormais dotées de 3 cycles et que la population étudiante connaissait une première progression significative, autonomisé le premier cycle dans un établissement distinct, intégrant les CPGE, les STS et IUT fusionnés ? 2ème occasion historique manquée.

1968 et sa conséquence : la réforme d’Edgar Faure (chronique : « Charles en 1968« ). 3ème occasion historique manquée : pourquoi ne pas avoir alors créé ades établissements de premier cycle d’enseignement supérieur, intégrant les CPGE, les STS et IUT fusionnés et le premier cycle universitaire de deux années ? Au contraire, c’est une solution désastreuse qui a été retenue, celle de la possible création de plusieurs universités dans une même métropole, seul moyen, effectivement, de ne pas avoir des méga-universités de plusieurs dizaines de milliers d’étudiants. L’illisibilité de la carte universitaire française s’en est suivie. Elle demeure encore aujourd’hui.

La population étudiante poursuit sa progression dans les années 70. Le début des années 80 accroît le surréalisme de l’enseignement supérieur français. Les STS, dont la mise en extinction était prévue, rebondissent et s’étendent grâce à la première loi de décentralisation, celle de 1982, qui transfère la compétence des lycées aux régions. L’éclatement de l’enseignement supérieur est désormais inscrit dans le territoire : toute ville petite ou moyenne veuit avoir ses STS, ou ses départements d’IUT, ou même son IUT de plein exercice. Il n’y a plus de pilote pour maîtriser la « carte » de l’enseignement supérieur. 

2002 et la réforme LMD. La progression des effectifs étudiants inscrits dans l’ensemble de l’enseignement supérieur (dont les CPGE, les STS et les IUT) se ralentit à partir du milieu des années 90. Les universités font face, depuis cette date, à une diminution de leurs effectifs (chronique : « Ils fuient l’université« ). La réforme LMD instaure un premier cycle de 3 ans, la licence. Pourquoi ne pas avoir alors pensé – 4ème occasion historique manquée – à créer des Instituts d’Enseignement Supérieur pour prendre en charge ce premier cycle de licence, IES intégrant un cycle de formation préparatoire aux Grandes écoles et aux Universités et un cycle de formation professionnelle de 3 ans (et non plus de deux). 

Les années 2010 – 2012 seront-elles une 5ème occasion manquée de créer l’Institut d’Enseignement Supérieur, entre le lycée et l’université ? Quoi qu’on en pense, la carte universitaire est en train de se modifier profondément : Pôles de recherche et d’enseignement supérieur, fusions d’universités comme à Strasbourg, Plan Campus et maintenant financement de 5 à 10 Campus d’excellence par l’emprunt national (chronique : « 11 milliards d’euros« ).

Les campus d’excellence ne peuvent pas, ne doivent pas porter le fardeau d’un premier cycle universitaire – la licence – définitivement affaibli. Certes, il me semble stupide politiquement de ne vouloir créer que 5 à 10 campus d’excellence ; il faut une vingtaine d’universités en France pour former par la recherche les étudiants en master et en doctorat (j’y reviendrai bien évidemment). 

Pour sauver le premier cycle universitaire, il faut l’intégrer, aux côtés des CPGE, des STS et DUT fusionnés, dans un établissement nouveau et à part, l’IES. Pour démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur et faire progresser jusqu’à 50% des jeunes des nouvelles générations l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur, l’IES est la seule solution rationnelle. Il est temps d’y réfléchir sérieusement. 

Et tant pis si les lobbies montent tout de suite au créneau pour s’y opposer, lobby des directeurs d’IUT, lobby des professeurs agrégés de CPGE et de STS, lobby des grandes écoles qui ont des classes prépas intégrées. Prochaine chronique destinée à questionner ces lobbies : les points faibles des CPGE, des STS et des DUT  

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Instituts d'Ens. Supérieur (2)

Deuxième chronique sur les « Instituts d’Enseignement Supérieur » (IES). Retour sur l’histoire des universités. L’IES est un nouvel établissement d’enseignement qui prend place entre le lycée (qui perd donc ses CPGE et ses STS) et l’université (qui se consacre donc aux seuls enseignements de master et de doctorat et à la recherche). L’IES organise le premier cycle de l’enseignement supérieur, le cycle de licence en 3 ans.

1. Créer un nouvel établissement d’enseignement supérieur n’est pas une nouveauté dans l’histoire des universités. 2. La concurrence entre l’université et d’autres établissements d’enseignement supérieur est également un fait ancien.

L’université médiévale est un nouvel établissement d’enseignement qui se substitue aux écoles des chapitres des cathédrales. Chaque université est créée par une bulle pontificale (puis viendra le temps des universités créées par les rois) ; elle se dote de statuts, précisant les droits et les devoirs des élèves et des maîtres. L’université n’a pas forcément et immédiatement de locaux dédiés à l’enseignement. Les étudiants pauvres (pas forcément pauvres d’ailleurs) sont accueillis dans des collèges créés par des cardinaux, des princes, des rois ou… des congrégations religieuses (chroniques : « Collèges parisiens » et « Les Collèges de Bologne« ).

Surgissent, dès l’époque médiévale, des conflits entre les Collèges (certains sont richement dotés) et l’Université (fort démunie de locaux). Les Collèges ne contentent plus d’accueillir, de loger et de nourrir les étudiants, mais elles leur fournissent des bonnes conditions d’études – les bibliothèques -, organisent « la vie étudiante ». Progressivement, certains d’entre eux, surtout les collèges des congrégations, prennent en charge des enseignements, concurrençant l’université, celle-ci n’assurant plus que son rôle légal, la « collation des grades ».

Au début de l’ère moderne, l’université, qui a perdu son aura à la fin du Moyen-Age, s’enferme dans ses conservatismes, peine à s’approprier la redécouverte des auteurs anciens, à s’impliquer dans la Renaissance. François 1er n’hésite pas : il crée le Collège Royal (aujourd’hui Collège de France) et y finance des chaires pour enseigner le grec, l’hébreu, l’arabe…

Mais le pire est encore à venir pour l’université. Elle est confrontée à la Réforme et à la Contre-Réforme et y perd son unité pour ne pas dire son âme : enseigner tous les savoirs, inventer des savoirs nouveaux et vérifiés. Les universités adoptent la religion de leur prince, universités de la réforme et de la contre-réforme. En France, dans le royaume des rois catholiques, il n’y a pas le choix ! La contre-réforme passe par un renouvellement des enseignements et par un approfondissement de l’enseignement de la foi. Les Jésuites en sont chargés. L’attaque contre l’université est frontale : à partir de la seconde moitié du 16ème siècle, les collèges jésuites réussissent le tour de force d’accaparer le premier cycle de l’enseignement universitaire, le quadrivium et le trivium, cycle qui conduit à l’obtention du baccalauréat, diplôme nécessaire pour accéder aux enseignements de licence et de doctorat (chronique : « les collèges jésuites« , l’exemple de Reims).

L’université poursuit son rôle de collation des grades. Mais insistons : dès l’ère moderne, l’université a perdu de fait son premier cycle d’enseignement. L’Institut d’Enseignement Supérieur est donc, quelque part, une répétition de l’histoire ! L’université des 17ème et 18ème siècles s’enferme dans ses conservatismes, cherche, cependant et quelquefois avec succès, à inventer de nouveaux savoirs en médecine, en droit, en sciences (chronique « Galilée« ). Mais elle est confrontée à la création d’établissements plus dynamiques, souvent concurrents (Académies royales et premières grandes écoles).

L’agonie est prononcée par la Révolution : les universités sont fermées. De nouvelles « Grandes écoles » sont créées. Et vint Napoléon. Il institutionnalise, par la création des lycées, l’enseignement public conduisant au baccalauréat ; il institutionnalise ainsi l’invention organisationnelle produite par les Jésuites deux siècles et demi plus tôt. L’université a perdu définitivement son premier cycle.

Et l’université ? Elle continue à délivrer le grade de bachelier. Mais elle est devenue l’Université Napoléonienne, dirigée par un grand chancelier nommé par l’empereur. Ce n’est pas une université qui enseigne et qui recherche. Tout au long du 19ème siècle, les « vrais » enseignements se font dans des Ecoles spécialisées.

Quand la 3ème République recrée les universités à la fin du 19ème, les universités au sens médiéval et contemporain du terme (des universités qui enseignent et qui recherchent), il est trop tard. Les écoles spécialisées se sont installées durablement dans le paysage de l’enseignement supérieur, écoles publiques ou écoles privées. Un point sur lequel il faut attirer l’attention : les universités de la première moitié du 20ème siècle délivrent (outre le baccalauréat) deux grades et seulement deux grades (la licence et le doctorat).

Il faut attendre la première moitié des années 60 du 20ème cycle pour que l’enseignement supérieur soit organisé en 3 cycles. Le nombre des étudiants n’est pas alors très important : l’université peut y faire face. La question ne se pose pas alors d’enseigner le 1er cycle dans un établissement autre que l’université. L’histoire de cette seconde moitié du 20ème siècle sera racontée dans la prochaine chronique, histoire des occasions manquées d’autonomiser le 1er cycle dans un établissement à part.

2ème série d’arguments pour la création d’IES publics. L’université ne doit plus enseigner les 3 cycles de l’enseignement supérieur ; c’est devenu trop compliqué et le 1er cycle licence est durablement et définitivement affaibli (chronique : « ils fuient l’université« ). Au début de l’époque moderne, l’université a perdu son 1er cycle d’alors (les études menant au baccalauréat) et Napoléon l’a définitivement acté par la création des Lycées. La création d’un nouveau type d’établissement (les Instituts d’Enseignement Supérieur) n’est donc pas une « première » historique. L’histoire peut se répéter !

Les écoles privées d’enseignement supérieur existent et il faudrait être fort naïf pour demander et obtenir leur disparition. Par contre, l’Institut d’Enseignement Supérieur public a vocation à regrouper dans un seul et même établissement tous les enseignements de 1er cycle de l’enseignement supérieur public, quel que soit leur ministère actuel de rattachement. Il faut être franc : cela amènera de belles bagarres entre ces ministères, de longs conflits entre les professions organisées titulaires d’un diplôme d’Etat ! Mais c’est un prix à payer pour rendre lisible et attractif le 1er cycle de l’enseignement supérieur public.

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Instituts d'Ens. Supérieur (1)

Février 2009. Je publiais une chronique sur LeMonde.fr : « Pour une vraie réforme : créer 480 Lycées d’Enseignement Supérieur » (LES). Pas d’échos dans les médias, des soutiens et des oppositions envoyés par mail ou postés en commentaires sur le blog « Histoires d’universités« . La proposition d’un « grand service public propédeutique », faite par François Vatin et Alain Caillé (cliquer ici), cherchait à résoudre les mêmes problèmes mais de manière plus pragmatique. Le LES est devenu l’IES, Institut d’Enseignement Supérieur (parce le LES était trop connoté « Lycée » et donc enseignement secondaire).

Je reviens aujourd’hui sur ce projet de réforme : les chances qu’il voit le jour prochainement sont nulles. Beaucoup de commentaires insistaient sur ce point : impossible de convaincre les multiples lobbies, professions, syndicats, hommes et femmes politiques… Ce n’est pas une raison pour ne pas exposer les tenants et les aboutissants de cette réforme sur ce blog d’EducPros. L’IES, une utopie dont il faut débattre pour qu’elle se transforme… un jour en réalité.

Chronique d’aujourd’hui : « Objectif : « 50% d’une génération diplômée du supérieur ». Chroniques à venir : la modification des frontières de l’université à l’Ere moderne et sous Napoléon, l‘accès aux IES (un large « numerus clausus »), l’organisation des formations longues et des formations professionnelles dans les IES, leur nombre et leur localisation sur le territoire, leurs corps enseignant, leur gouvernance, leur coût et leur financement, leur impact sur la démocratisation et la mixité sociale de l’enseignement supérieur, le nombre et la localisation des universités de recherche.   

L’Institut d’Enseignement Supérieur (IES) est un établissement public d’enseignement supérieur, distinct juridiquement des lycées et des universités. Il a pour mission de former tous les bacheliers à même et désireux de poursuivre des études supérieures, d’en conduire le maximum à l’obtention d’une licence, et d’en préparer une partie aux études post-licence. Ce qui implique : 1. Que la loi crée un nouvel établissement d’éducation, 2. Que les lycées perdent leurs classes supérieures (CPGE et STS), 3. Que les universités perdent leurs IUT et leurs licences générales, 4. Que celles-ci se consacrent uniquement aux formations de master et de doctorat, à la recherche fondamentale et appliquée.

Dit autrement, l’IES scolarise, en premier cycle d’enseignement supérieur, tous les bacheliers qui y sont admis. Il fait disparaître l’éclatement du premier cycle supérieur qui existe depuis le milieu des années 60 (les Sections de Techniciens Supérieurs dans les lycées, les Instituts Universitaires de Technologie dans les universités). L’IES est plus lisible pour les élèves de l’enseignement secondaire et leurs familles ; il facilite et simplifie l’orientation en fin du secondaire. « Où vas-tu après le bac ? Dans un IES ! »

Premiers arguments. Il faut créer des IES pour faire progresser le niveau des qualifications dans le pays, en conduisant 50% d’une génération de jeunes à l’obtention d’un diplôme du supérieur. Le contexte actuel de la fragmentation des études après le bac ne le permet pas. Les voies post-bac sont de plus en plus diversifiées et la part des inscriptions en 1ère année de licence universitaire (hors santé et hors IUT) est en constante diminution (lire la chronique : « sélection à l’entrée« ).  

Conduire 50% de jeunes à l’obtention d’un diplôme d’enseignement supérieur, objectif inscrit dans la loi d’orientation et de programmation de l’Ecole de 2005 et repris dans les indicateurs de performance de chacune des lois de finances annuelles de l’Etat (lire la chronique : « le PAP du PLF de la MIRES » et mes chroniques sur ce blog « le financement selon la performance »). Le taux était de 44,4% en 2007. Le taux visé était de 46% pour 2009 et est de 47% pour 2010, la cible de 50% devant être atteinte en 2012.

Le taux de 47% sera-t-il atteint en 2010 ? C’est très peu probable. Pour atteindre ce taux, il faut qu’il y ait 1. un certain taux de bacheliers dans la génération de jeunes, 2. un certain taux de bacheliers qui poursuivent des études dans l’enseignement supérieur, 3. un certain taux de succès dans les études supérieures. Or l’évolution des 2 premiers taux (le Plan Licence tâchant seulement d’améliorer le 3ème taux) est inquiétante, eu égard à la cible des 50% : le taux de bacheliers a fléchi à 63,6% en 2008 (lire la chronique “Bacheliers 2008“) ; le taux immédiat de poursuite d’études après le baccalauréat est en diminution depuis quelques années, et ce dans tous les types de baccalauréat (lire la chronique : “Orientations post-bac“).

Argument 1. L’Institut d’Enseignement Supérieur (IES) devrait permettre d’atteindre l’objectif que la Nation s’est fixé : 50% de diplômés de l’enseignement supérieur dans les générations jeunes.

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