IES. Les formations

Créer 500 Instituts d’enseignement supérieur (IES), instituts publics, est le projet de ce blog. La chronique d’aujourd’hui (l’organisation des formations en IES) est la 10ème consacrée à cette réforme d’envergure. Les chances d’une telle réforme dans le court terme sont certes nulles ! Mais l’ambition du blog est de débattre, de faire débattre d’un tel projet.

La chronique 1 a donné un premier argument. L’Institut d’enseignement supérieur est le moyen de faire progresser le niveau de qualifications dans le pays : porter à 50% le taux de jeunes qui acquièrent un diplôme de l’enseignement supérieur, objectif fixé par la loi d’orientation et de programmation de l’école de 2005. La structuration actuelle de la première étape de l’enseignement supérieur (licence universitaire, DUT, CPGE, BTS, prépas intégrées) est un obstacle sur la route qui doit mener à ce taux. 50%, c’est aussi une plus forte démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur.

Chronique 2. L’IES est un nouvel établissement d’enseignement qui prend place entre le lycée (qui perd donc ses CPGE et ses STS) et l’université (qui se consacre donc aux seuls enseignements de master et de doctorat et à la recherche). Il organise le premier cycle de l’enseignement supérieur, le cycle de licence en 3 ans (l’IES institutionnalise ainsi la réforme des études en Europe). L’Université, au cours de l’histoire, s’est déjà détachée de son cycle préparatoire : ainsi furent créés les collèges des Jésuites, puis les lycées préparant au baccalauréat. L’histoire peut, doit se répéter : l’Université doit pouvoir mieux se consacrer à ses missions de formation et de recherche ; l’IES a la double mission de préparer aux études longues et à l’entrée sur le marché du travail après 3 ans d’études.

La chronique 3 analyse les 4 occasions historiques manquées (entre 1959 et 2002) de créer les IES.

Les chroniques suivantes analysent les points forts et les points faibles d’une part des STS et des DUT (chroniques 4 à 6), d’autre part des CPGE (chroniques 7 à 9). L’IES n’est pas la mort des « filières qui marchent bien » (ces chroniques ont démontré qu’elles ne marchent pas si bien que cela !). Il est le moyen d’avoir une filière unique, qui intègre l’ancienne licence universitaire (« filière qui marche mal ») dans une filière qui marchera bien, si l’on s’en donne les moyens (les chroniques à venir traiteront des moyens).

Quelles sont les formations proposées par l’IES et comment sont-elles organisées ? Chaque IES propose deux types de formation en 3 ans qui se concluent, toutes deux, par le grade de licence. 1. Des formations qui mènent à l’Université (masters et doctorats) et aux Grandes écoles. 2. Des formations qui mènent à l’insertion sur le marché du travail après l’obtention de la licence. Ces deux types de formation doivent disposer d’autant de moyens publics et doivent être valorisés au même degré par la puissance publique. Le pays a autant besoin de professions intermédiaires que de cadres et de professions intellectuelles supérieures.

Avant de présenter les intersections entre les deux types de formation, les réorientations, les rythmes des parcours, les charges de travail, il faut d’abord décrire l’architecture générale de chacun d’entre eux.

1. Les formations de l’IES qui conduisent à la poursuite d’études en université ou en grande école après l’obtention du grade de licence. Ces formations remplacent les Classes préparatoires aux grandes écoles et les prépas intégrées, mais elles doivent en garder les points forts et les exigences. Les trois types de CPGE actuels constituent un socle à garder tout en le réformant significativement : filière scientifique, filière économique, commerciale et de gestion, filière des humanités – lettres, langues, sciences humaines et sociales -. Mais deux filières, enseignées actuellement à l’université, doivent être intégrées dans l’IES : filière de droit et de sciences politiques, filière des sciences de la santé. L’IES a vocation à couvrir toutes les disciplines. La spécialisation dans chacune des filières est progressive au fil des 3 années ; une partie de tronc commun en 1ère année peut être envisagée pour les sciences de la santé et les sciences.

2. Les formations de l’IES qui conduisent à l’insertion directe sur le marché du travail. Elles sont professionnelles et conduisent à l’obtention d’une licence professionnelle en 3 ans. Les BTS, les DUT, les licences professionnelles actuels sont supprimés, mais non leur indispensable utilité. Il faut en effet en retenir les points forts : une formation professionnelle, un enseignement en partie assuré par des professionnels, la pédagogie de projet, de bonnes conditions d’études, au moins un stage de longue durée ou la possibilté de suivre la formation en alternance. Il existe actuellement bien trop de spécialités de BTS, de DUT et de licence professionnelle. Celles-ci doivent être unifiées, simplifiées et organisées sur une base de 3 années, avec une spécialisation progressive au fil des ans ; une trentaine de spécialités professionnelles paraîtrait suffisante. La distinction historique – spécialités industrielles et tertiaires – doit être retravaillée ; elle date en effet d’une autre époque économique.

3. Chaque IES n’a pas vocation à enseigner toutes les filières et les spécialités professionnelles, mais toutes doivent être enseignées non seulement dans chaque région, mais également dans chaque département (chronique à venir : la carte des 500 IES). Toutefois, pour permettre les points abordés ensuite, chaque IES, et donc dans un lieu unique, doit comporter au moins deux des cinq filières qui conduisent à l’université et aux grandes écoles et 5 à 10 spécialités professionnelles en cohérence avec les 2 filières précitées.

4. Les programmes des flières générales et professionnelles sont définis nationalement. Une marge de manoeuvre, plus importante pour les filières professionnelles, doit être laissée à chaque Institut dans le cadre d’un projet négocié contractuellement. On peut penser à 10% des heures d’enseignement en filière disciplinaire et jusqu’à 25% dans les filières professionnelles (prise en compte des partenariats avec les entreprises régionales).

5. La charge de travail (enseignements, projets, travaux personnels) doit être homogène dans les deux grandes filières (disciplinaires et professionnelles). 30 heures d’enseignements, de projets (et de stages dans la filière professionnelle) par semaine ne devraient pas être dépassées. Ce qui suppose de réduire l’excessif nombre d’heures de cours des CPGE actuelles. Et ce qui offrira enfin aux étudiants de l’ancienne licence universitaire une charge de travail digne de ce nom.

6. Des modules d’enseignement communs aux deux types de filières (disciplinaires et professionnelles). Le point fort de l’IES est de pouvoir faire interagir les populations d’élèves présents dans l’établissement (unité de lieu), et d’assurer la plus grande mixité sociale possible. Trois modules d’enseignement, mixant les élèves des deux grandes filières d’enseignement de licence, doivent conduire à une certification, nécessaire à l’obtention de la licence : certification en langue française, certification en langue étrangère, certification en bureautique (du type C2i).

Il faut y ajouter 1. Une formation commune à la gestion de projet, compétence nécessaire aux deux niveaux de qualification (licence et master) et préalable à la conduite d’une recherche, formation qui sera accentuée en master et en doctorat ; 2. La réalisation collective d’un projet par un groupe d’étudiants issus des deux filières. C’est compliqué à organiser !

7. L’IES prépare à une licence en 3 ans mais selon des parcours temporels différents pour telle ou telle population d’élèves. La réalité impose de reconnaître que tous les étudiants entrant après le baccalauréat tant dans une filière disciplinaire de l’IES que dans une filière professionnelle n’ont pas le même niveau ou n’ont pas tous un projet. L’IES organise, au moins en 1ère année, trois parcours : un « parcours normal » (une majorité des étudiants), un « parcours d’excellence », un « parcours de soutien » (chronique à venir sur ces types de parcours en droit à Paris 2).

Le « parcours de soutien » ou « parcours allégé » en heures d’enseignements est proposé aux bacheliers qui ne sont pas sûrs de leur projet professionnel ou qui n’ont pas confiance en eux-mêmes. Des cours de rattrapage pour les cours non suivis sont proposés aux étudiants de ce parcours, en juin et en juillet, pour qu’ils puissent reprendre le « parcours normal » dès la 2ème année.

Le « parcours d’excellence » est proposé aux bacheliers brillants et motivés. Il leur permet de monter plus vite en compétences : pendant 5 à 6 semaines en fin d’année, est proposée à ces étudiants une initiation à la recherche et une immersion dans une équipe de recherche de l’Université ; c’est dans un tel vivier que doivent naître les vocations à la recherche.

8. Les réorientations – passage d’une filière disciplinaire à une filière proche, d’une filière disciplinaire à une filière professionnelle ou l’inverse, d’une spécialité de filière professionnelle à une autre, d’un parcours normal à un parcours d’excellence ou l’inverse – doivent être rendues possibles et se faire dans les meilleures conditions pour les étudiants (i.e. a priori sans perte de temps), au moins en cours ou en fin de 1ère année et peut-être en deuxième année. L’IES permet d’en finir avec le gâchis que représente l’inscription à l’université, suivie au bout d’une année d’une réorientation en 1ère année de DUT ou de BTS.

Je suis persuadé que la création des IES, une réforme d’envergure comme la France n’en a pas connu depuis la création des lycées il y a deux siècles, serait une chance pour le service public d’enseignement supérieur, pour son attractivité, pour l’accès d’un plus grand nombre d’étudiants issus des classes populaires et moyennes à l’enseignement supérieur. Dans le contexte politique actuel et dans celui d’un pouvoir fort de nombreux lobbies, les IES n’ont aucune chance de voir le jour. Ce n’est suffisant pour ne pas débattre du projet, pour le critiquer point par point s’il a des points faibles ou aveugles, des incohérences… La France a mal à son enseignement supérieur, à son université. Elle mérite mieux que la situation actuelle.

Chroniques à suivre. Orientation active et numerus clausus à l’entrée des IES. Nombre d’IES, répartition géographique (carte des formations). Corps professoral des IES. Coût et financement des IES.

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