Dauphine et les droits d'inscription

Après la polémique sur les quotas de boursiers dans les CPGE et les grandes écoles, en voici une autre : le montant des droits d’inscription : lire le dossier fort complet d’EducPros. La question de fond est : quelle doit être la contribution des familles au financement des études supérieures de leurs enfants, sachant que la dépense pour l’éducation est supérieure à 10.000 euros par an pour un étudiant inscrit en master universitaire et que les droits d’inscription en master sont actuellement fixés par l’Etat à 232 euros par an ?

L’éducation est un investissement collectif indispensable pour le pays et, à ce titre, elle doit être financée majoritairement par la dépense publique. Mais l’éducation est aussi un investissement individuel, « rentable » sur le marché du travail et il est donc logique que les individus bénéficiaires y contribuent, et significativement plus qu’aujourd’hui.

C’est pour cela que, depuis de nombreuses années, j’écris que je suis en faveur de l’augmentation modulée des droits d’inscription parce que c’est une mesure juste et qui permet la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur. Lire ma chronique : « Droits d’inscription« .

Valérie Pécresse n’excelle pas seulement dans la communication d’effets d’annonce. Elle verse de plus en plus dans la démagogie politique, les élections régionales approchant  : augmentation du nombre de boursiers à « taux zéro » ; contrôle pointilleux des droits spécifiques votés par certaines universités et attaqués par l’UNEF ; poursuite de l’hostilité à l’augmentation des droits d’inscription dans certains des masters de Dauphine, droits pourtant votés à deux reprises, en 2008 et en 2010, par le conseil d’administration de l’université ; obtention en urgence, l’an dernier, d’un jugement du Conseil condamnant Dauphine (chronique et photos sur Dauphine : cliquer ici).

A vrai dire, Valérie Pécresse n’a pas osé, dans sa loi LRU, donner l’autonomie aux universités sur deux points : la possibilité de sélectionner les étudiants à l’entrée et celle de fixer les droits d’inscription. L’autonomie des universités est morte sur les fonds baptismaux de la LRU. Il fallait oser pour donner aux universités la possiblité de lutter à armes égales avec les Grandes écoles privées, dans la compétition entre les meilleurs.

Dauphine est dans les meilleurs dans son champ et il faut lui laisser les coudées franches. Et ce d’autant plus que les droits d’inscription votés en CA prennent en compte les inégalités sociales de revenus. Il faut lire et relire la décision du CA, reprise dans le communiqué de presse du 2 février 2010 : cliquer iciLa décision ne s’applique qu’à certains des masters de l’université, dénommés « diplômes de l’établissement ». Les droits d’inscription sont modulés selon les revenus des familles : exonération pour les boursiers et droits d’inscription de 4.000 euros en Master 2 pour les familles qui ont un revenu fiscal déclaré supérieur à 80.000 euros par an. Il faut rappeler que ces familles ont 1/2 part fiscale pour leurs enfants à charge ; quelle économie d’impôt pour ces familles ? Il ne faut pas être hypocrite !

Les droits d’inscription pour les diplômes d’université (d’établissement), dits « DU », sont fixés librement par le Conseil d’administration. Des exemples ! J’ai été élu, dans ma vie professionnelle, au conseil d’administration dans 3 universités successives. Autant les administrateurs ont souvent voté contre les droits dits spécifiques n’osant pas affronter les syndicats étudiants, autant ils n’ont jamais levé le petit doigt (les syndicats étudiants non plus) contre les droits élevés demandés pour des DU. Un exemple en vigueur cette année  : « 5.200 euros pour un DU« .

Si Dauphine dit clairement que les masters concernés par les nouveaux droits d’inscription n’attendent plus de soutien financier de l’Etat (ce doit être le cas pour les DU), alors oui ! Il faut soutenir Dauphine et son Président, Laurent Batsch. La CPU devrait être la première à le faire ! Dauphine a ouvert une brèche dans le tabou du montant des droits d’inscription. L’UNEF mais aussi les Partis de gauche devraient prendre le contrepied de la droite et avoir le courage d’apporter aussi leur soutien, au nom de la démocratisation de l’enseignement supérieur et d’une contribution accrue des familles les plus aisées.

Commentaires fermés sur Dauphine et les droits d'inscription

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Une réponse à “Dauphine et les droits d'inscription

  1. Paul Vallet

    Certes l’augmentation des droits semble dans la logique des choses, notamment pour Dauphine, et l’attitude de la ministre est certainement embarrassée. Attention, cependant, à bien pointer les responsabilités dans cette situation et de rendre aux politiques et aux syndicalistes leur dû: il est de notoriété publique que le projet original à l’été 2007 de la LRU devait inclure des possibilités de sélection et de hausse des droits . C’est précisément en négociant avec les syndicats étudiants (en particulier avec l’UNEF, alors menée par Bruno Julliard) que la ministre a du concéder que ces dispositions soient mises à l’écart, pour éviter les foudres promises dans la rue tant par les leaders syndicaux que les responsables politiques d’opposition. Manque de courage, c’est bien possible, beaucoup l’ont dit à l’époque, mais d’autant plus que malgré ces concessions de taille, le gouvernement et les universités ont tout de même eu à supporter les désastreux mouvements protestataires de 2008 et 2009.

    Pour appeler la gauche et les syndicats à prendre le contrepied de la « politique de droite » qui consisterait à « empêcher l’augmentation des droits », il faudrait d’abord reconnaître que ce sont bien ces derniers qui ont fait depuis des décennies de la question des droits un casus belli déclencheur de grèves, d’émeutes, et de chasse à la tête du ministre. Quels sont les signes, aujourd’hui, que l’attitude des syndicats et de la gauche ait changé d’un iota? Il ne serait guère surprenant de voir d’ici quelques jours qu’ils partagent très largement l’attitude de la ministre, que vous appelez, non sans raison, de la démagogie. A chacun son dû!

  2. Jean-Claude Eggimann

    Quel soulagement de lire cette excellente prise de position équilibrée et bien documentée, au milieu des âneries journalistiques entendues, vues et lues dans cette affaire de droits d’inscription! Quand, notamment, nos concitoyens arriveront-ils à comprendre qu’il est normal que des familles aisées doivent contribuer plus que les autres au financement des études de leurs rejetons et que les finances publiques n’ont pas à assumer seules ces frais, dont les retombées financières vont au bénéfice futur de l’étudiant devenu chef d’entreprise, haut fonctionnaire ou avocat d’affaires?

  3. collomb

    Enfin une Université qui ose enfin enfreindre le tabou !! l’Université gratuite sera toujours une université au rabais et alimentera les commentaires aigris sur la dégradation des conditions, l’insuffisance des moyens, le classement de Shangaï…..; seule l’autonomie peut sauver l’université, ce qui ne veut pas dire nécessairement privatisation, mais qui signifie choix des étudiants (sélection) choix des enseignants, choix des moyens de financemenbt (droits d’inscription); curieuse autonomie que celle qui ne confère pas ces attributs essentiels de l’autonomie !!
    Quelle hypocrisie aussi que cette gratuité des droits: ceux qui manifestent aujourd’hui pour la défendre iront demain payer 15.000 euro à une école privée…..à l’étranger si possible….

    Pierre Collomb Professeur émérite Nice

  4. Jacques Fayette

    L’agitation créée par l’initiative de Dauphine est bienvenue car elle peut mettre fin à une hypocrisie. Il y a des masters de très bonne qualité dans certaines universités où les étudiants paient des droits d’inscription élevés mais comme c’est interdit, ils les versent à des associations de soutien à ces formations. Les associations rétribuent des secrétaires qui travaillent dans des locaux universitaires, financent les déplacements de professeurs par exemple pour suivre des étudiants en stage à l’étranger ce qui est hors de portée des budgets officiels. Comme il s’agit de formations menant à des emplois vite trouvés et bien rémunérés, les étudiants ne contestent pas même si l’ensemble est juridiquement fragile.
    Il y a quelques années, un universitaire contestant dans Le Monde un rapport de la Cour des Comptes fustigeant les universités qui violaient les règles concluait « le seul moyen de ne rien faire d’illégal consiste à ne rien faire du tout » ce qui revient à dire que tout universitaire qui monte une formation performante, en liaison avec les entreprises, ouverte sur l’international est un délinquant.
    Merci Dauphine ! Au fait il serait intéressant de voir la réaction du Ministère si, horresco referens, une université ou un IAE de Province demandait à bénéficier du statut de grand établissement !

  5. EC Nantes

    Dans beaucoup de pays européens, l’université est gratuite et performantes.

    Les promoteurs de l’augmentation des frais d’inscription sont-ils des promoteurs d’un impôt sur le revenu plus élevé et plus progressif ?

    Beaucoup, dont les UMP sous-marin, se servent d’un argument socialisant-sucré pour transformer l’université en business. Ca n’est pas une question de « mot tabou ». J’ai été responsable dans l’industrie…

  6. Lire aussi le point de vue de Laurent Bouvet sur son blog (http://blog.educpros.fr/laurentbouvet/)

    « Si la décision prise par l’Université de Paris-Dauphine d’augmenter – jusqu’à 4000 euros – les droits d’inscription pour certains de ses masters fait autant de bruit, ce n’est pas simplement parce qu’elle rouvre le débat sur les droits d’inscription à l’université. C’est surtout parce que dans le contexte du « tout autonome » de ces dernières années, elle lève crûment un coin du voile sur ce que pourrait bien devenir l’université française. … »

    Droits d’inscription : l’arbre Dauphine cache la forêt de l’université : http://bit.ly/d8Mb4P

  7. Maslov

    Bonjour,

    Ce que je m’apprête à dire est susceptible de donner lieu à une énorme levée de bouclier de la part des « bien pensants ». Je suis pour un désengagement presque total de l’université française, ceci afin de nettoyer cette dernière des enseignants qui pour la plupart n’ont rien à faire dans là. Je suis étudiant bilingue Anglais/francais et je suis obligé d’aller sur les sites des universités nord américaine pour trouver des cours dignes de ce nom; ceci afin de compléter ceux de ma fac, qui sont d’une inconsistance navrante. La plupart des enseignants chercheurs offrent un enseignement minable, sans parler de leur fainéantisme intellectuel qui se manifeste par une absence totale, ou presque, de travaux de recherche après le doctorat. Donc pourquoi continuer de financer ces parasites qui sont plus occuper à faire de la politique intra-institutionnelle qu’à délivrer un enseignement digne de ce nom.

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