Ils fuient l'université ?

Comment oser écrire deux chroniques de suite, la première intitulée : « Néo-entrants en L1 à l’université : +5,7%« , et la seconde ce soir : « Ils fuient l’université » ? La contradiction paraît flagrante. Elle ne l’est pourtant pas !

Pour s’en persuader, il faut se remettre en tête le dispositif d’admission post-bac. Le futur bachelier 2010 a pu y exprimer jusqu’à 32 voeux dans les filières sélectives et dans les filières universitaires libres d’accès. Jusqu’à vendredi dernier, 4 juin 2010, il avait la possibilité de modifier la hiérarchisation de ses voeux, de changer son premier choix.

Retournons un an en arrière. Au printemps dernier, les futurs bacheliers 2009 n’avaient pas manifesté un enthousiasme forcené pour la licence universitaire, passablement chahutée par le mouvement des étudiants et des enseignants. Les premiers voeux allaient en masse vers les filières sélectives ou les filières universitaires « calmes », comme le droit : lire les chroniques « Voeux des bacheliers » (8 mai 2009), « Tirage au sort en droit à Assas » (16 juin 2009) et « Etudiants sans fac » (19 juin 2009).

Au final, faute de places suffisantes ou après rejets d’admission dans les filières sélectives, les bacheliers 2009 sont entrés plus nombreux à l’université à la rentrée 2009.

Le même phénomène risque fort de recommencer cette année : « fuir l’université et s’y inscrire quand même« . Un seul exemple connu à ce jour, celui de l’Alsace, présenté par Emmanuel Percq, chef du SAIO du rectorat de l’académie, lors des 6èmes journées des Observatoires de l’enseignement supérieur tenues en fin de semaine dernière à Strasbourg (cliquer ici).

1ers voeux des futurs bacheliers 2010 de l’académie de Strasbourg : 38% pour un BTS, 25% pour un IUT, 19% pour une licence universitaire, 10% pour une CPGE, 7% pour la 1ère année des études de santé. 19% seulement des 1ers voeux pour entrer en licence universitaire ! Pourquoi ce faible taux ?

Les professeurs jouent un rôle essentiel dans l’orientation : « choisissez en priorité une filière sélective car, de toutes manières, vous êtes sûrs d’avoir une place à l’université » ; « faites un diplôme court et ensuite vous poursuivrez en licence professionnelle, puis en master ». Ils oublient de le dire mais ils y pensent : « nous avons besoin d’effectifs en STS et en CPGE« . Nos postes ! En octobre 2010, les futurs bacheliers 2010 seront bien plus nombreux que 19% à entrer en L1.

Que va-t-il se passer en effet d’ici fin juin et d’ici la rentrée ? Comment expliquer les changements de flux de cette période ? Les jurys de STS, DUT, CPGE vont prononcer rapidement leur verdict. Exeunt les candidats non admis : leur issue de secours, l’université !

Et une subtilité que j’avais oubliée ! Les universités ont encore le droit, inscrit dans la loi de 1984 non remise en cause par la LRU d’août 2007, et droit qui a sauvé Paris 2 Pathéon Assas l’an dernier (lire les deux chroniques citées ci-dessus) : elles peuvent faire valoir des capacités d’accueil insuffisantes.

Démonstration en Alsace cette année : 7% des futurs bacheliers 2010 veulent entreprendre des études de santé, soit 1.700 futurs bacheliers. Problème : il n’y a que 1.400 places assises dans les amphis ! Le recteur de l’académie, Claire Lovisi, a donc pris en urgence un arrêté accordant la priorité aux futurs bacheliers haut et bas-rhinois. Le chef du SAIO respire : 300 futurs bacheliers issus d’autres régions sont désormais non prioritaires.

Et  après cela, on dira de laisser s’exprimer l’attractivité des universités ; on dira que l’étudiant doit construire son orientation et son projet professionnel. Un arrêté bureaucratique a tranché : vive l’autonomie des universités et vive l’orientation active ! Les universités sont effectivement trop « bêtes » pour excercer une sélection parmi les candidat(e)s !

Dernière information pertinente délivrée par le chef du service du SAIO de l’académie qui est quelqu’un de tout à fait intelligent et respectable. Je lui ai même publiquement suggéré, lors des 6èmes journées des Observatoires, de postuler à la fonction de délégué ministériel à l’information et à l’orientation, fonction laissée vacante par Bernard Saint-Girons, car il est la première personnalité que je connaisse à dire clairement qu’il faut penser ensemble les 3 années du lycée et les 3 années du 1er cycle de l’enseignement supérieur.

Qu’a dit Emmanuel Percq de manière pertinente et assez provocatrice ? Les Instituts régionaux de travail social, les écoles privées paramédicales recrutent au niveau bac. Combien recrutent-elles réellement de bacheliers ? Zéro ! Elles recrutent à bac+2 ou 3 des bacheliers issus de DUT, de BTS, de licence universitaire. Elles sélectionnent sans pitié car elles ont beaucoup de demandes.

Désolant système d’enseignement supérieur qui oblige à des parcours complexes et à des retours en arrière pour les étudiants, parcours coûteux pour la puissance publique ! Ainsi, cette année comme l’an dernier, il n’est pas impossible que les bacheliers, qui rejettent l’université dans leurs premiers voeux, s’y inscrivent, quand même, en plus grand nombre que cette année. Oh oui ! Vive les Instituts d’enseignement supérieur !

Commentaires fermés sur Ils fuient l'université ?

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

Une réponse à “Ils fuient l'université ?

  1. Bonjour
    Suite à une recherche sur Google j’ai trouvé votre blog.
    Félicitation pour votre blog que je trouve intéressant et très riche.
    http://entreprendre-au-maroc.com
    Bon courage et bon postes 😉