Archives mensuelles : septembre 2010

Président Georges Molinié

Georges Molinié est président de l’université Paris Sorbonne depuis le printemps 2008 (site de Paris IV). Il m’a accordé un entretien en Sorbonne, le 15 septembre à 9 heures 30. Appariteur qui filtre les entrées, files d’étudiants en attente devant les secrétariats pour les inscriptions pédagogiques, panneaux annonçant des désagréments durant la période de travaux, ascenceur ancestral, quelques minutes d’attente dans le hall de la présidence, excellent café pour patienter, président jovial qui vient m’accueillir, passage par la salle à manger, prête pour le déjeuner (« j’accueille une vingtaine de délégués de Chine »), bureau de président digne de la fonction. La responsable de la communication assiste à l’entretien.

Trajectoire de Georges MoliniéCV en ligne sur le site de l’université. 66 ans en décembre prochain : le président est mon cadet de 2 mois et devra donc partir en retraite en fin de mandat. Retraite : ne pas confondre avec inactitivé ! J’en témoigne !

Le parcours est classique pour un enseignant de cette génération ; aujourd’hui, il serait qualifié de carrière fort brillante. Agrégé de lettres à 23 ans, Georges Molinié, natif de Cahors dans le Lot, est aussitôt nommé professeur en lycée à la rentrée de 1968… au Havre. 24 ans : parenthèse d’une année comme chargé de mission auprès d’un secrétaire d’Etat.

26 ans (1970) : la carrière universitaire commence. 9 ans comme assistant en Sorbonne. 35 ans (1979) : après l’obtention d’un doctorat d’Etat Es Lettres (langue et littérature française, philologie), le spécialiste de la littérature française du 17ème siècle, professeur de stylistique française, est nommé professeur à Toulouse Le Mirail ; retour en Midi-Pyrénées ! 44 ans (1988) : nomination à Paris Sorbonne.

Parcours de « responsabilités administratives » également classique et qui finit par conduire à la candidature à la présidence de Paris Sorbonne en 1998. Responsabilités exercées d’abord au sein de la discipline, au niveau local (directeur de DEA, de centre de recherche, de l’UFR de Langue française) et au niveau national (membre du CNU, section « Langue et littérature française », membre du Comité national du CNRS en « Sciences du langage », directeur de la « Revue XVIIème siècle). Responsabilités au sein de l’université : vice-président en charge du Conseil scientifique en mars 1997.

53 ans et demi (mai 1998) : Georges Molinié est élu président de son université, Lionel jospin est premier ministre. Le nouveau président de Paris IV succède à Jean-Pierre Poussou, agrégé d’histoire. Pour le nouveau président, le contexte du travail en Sorbonne pose problème. Les professeurs, sur qui repose le rayonnement de l’université, manquent de moyens et ont des charges pédagogiques et administratives importantes. La situation se dégrade d’année en année. Il faut s’attaquer à cette question pour pouvoir mener des recherches plus nombreuses et de grande qualité.

Au cours de son mandat, Georges Molinié se mobilise au sein de conférences de présidents : président de la commission des relations extérieures de la CPU, vice-président de la CPU, président de l’association des présidents des universités de Paris intra-muros, président de l’association des présidents des universités d’Ile-de-France. Le mandat terminé en 2003, Georges Molinié retourne « à ses chères études ».

58 ans et demi (mai 2003) : le mandat de Georges Molinié est terminé. Les présidents d’université ne pouvant être réélus, le congrès de l’université (les trois conseils) élit à la présidence de l’université, Jean-Robert Pitte, directeur de la formation continue et vice-président du Conseil d’administration au début du mandat de Georges Molinié. Face à 3 autres candidats, le futur DIO est élu au 1er tour de scrutin par 70 voix sur 120 membres du Congrès.

63 ans et demi (mars 2008) : le retour. La LRU permet la réélection des présidents d’université. Jean-Robert Pitte est candidat à sa succession. C’est la 1ère fois, à ma connaissance, que deux anciens présidents s’affrontent au cours de la même élection. L’entretien avec Georges Molinié débute par une première question : « pourquoi ce retour » ? « Redevenir président n’était pas dans mes intentions ; après mon premier mandat, j’avais recommencé cours et conférences et cela me satisfaisait. Des collègues sont venus me chercher. Face à ces pressions amicales, j’ai beaucoup hésité, ne serait-ce parce que je risquais d’être battu ». L’élection a en effet été difficile. Février 2008, élection au Conseil d’administration : dans le collège des enseignants, la liste soutenant Georges Molinié (« Avenir de la Sorbonne ») obtient 7 sièges ; celle soutenant Jean-Robert Pitte (« Excellence des humanités ») obtient également 7 sièges ; ce dernier l’emporte nettement dans le collège des professeurs et c’est l’inverse dans le collège des maîtres de conférences. Mars 2008, le CA procède à l’élection du président : Georges Molinié obtient 11 voix, Jean-Robert Pitte 8 voix ; il y a une abstention. Lire aussi la chronique : « Pitte, l’orienteur« .

Points inédits de cette élection : un affontement entre deux anciens présidents, une réélection après un 1er mandat, terminé 5 ans auparavant (ce cas se compte sur les doigts d’une main) ; une élection serrée ; une élection par 11 conseillers seulement ; un président réélu qui pourrait faire valoir ses droits à la retraite (aucun président d’université n’avait été élu jusqu’ici, à l’âge de 63 ans et demi).

L’entretien avec Georges Molinié se poursuit. La charge de travail. « Je ne pouvais imaginer, début 2008, ce à quoi je devrais faire face durant mon mandat : trois mois de pertubations au printemps 2009 avec le mouvement des enseignants-chercheurs, les grands travaux commencés en Sorbonne, les négociations pour la création du PRES « Sorbonne Universités », le passage aux responsabilités et compétences élargies (RCE) au 1er janvier 2011″.

Les RCE ? « Passer aux RCE est obligatoire. J’ai combattu la LRU mais je suis républicain : j’applique la loi. Il était important de n’être pas dans les derniers à passer, début 2012, aux RCE. Il n’était pas possible d’y passer avant début 2011. Il a en effet fallu faire un travail colossal (en particulier dans le champ des ressources humaines), recruter des compétences que nous n’avions pas. Je n’attends pas grand’chose du passage aux RCE, à peine un peu plus de marge de manoeuvre en matière de recrutement et d’affectation des emplois. Ce que j’observe, c’est non pas plus de responsabilités et de compétences, mais un contrôle croissant du ministère et du rectorat. A la limite, nous nous trouvons seulement libres de gérer la pénurie ».

L’élection du Président ? « J’ai été élu une première fois par un collège électoral de 120 conseillers ; j’ai été réélu par un CA de 20 conseillers (dont 3 étudiants seulement). Les CA LRU donnent moins de légitimité aux présidents élus. Je n’apprécie pas non plus le scrutin de liste avec bonus pour la liste majoritaire, ne serait-ce que de quelques voix : ce type de scrutin politise l’élection du président »… « Dans la situation actuelle, c’est mieux que les personnalités extérieures ne participent pas à l’élection du président, car elles sont cooptées par le CA sur proposition… du président. Ce pourrait être différent si le collège électoral élisant le président était plus large ».

Le pouvoir de veto du président ? « A l’usage, je me demande : ai-je plus de pouvoirs que durant mon premier mandat ? Ce n’est pas si sûr ! J’ai combattu la loi LRU sur ce point. Au cours de mon premier mandat, j’ai demandé une seule fois au CA de casser la proposition de recrutement faite par une commission de spécialistes ; le CA m’a suivi. Depuis l’instauration des comités de sélection, je n’ai jamais exercé de droit de veto sur les recrutements« . Un président sur-puissant ? « Encore aujourd’hui, ce n’est pas difficile pour un conseil d’administration de mettre en difficulté un président ; il suffit que le CA ne vote pas le budget » ! Seriez-vous partisan de la possibilité pour le CA et/ou les 3 conseils de voter une motion de censure amenant le président à démissionner ? « Je n’ai pas pensé à cette possibilité ». Le décret de juin 2010 sur la prime des présidents ? (chronique : « La CPU, chronique d’une mort annoncée« ). « Les primes de président ont toujours été d’un niveau ridicule. Nous exerçons une responsabilité colossale dans tous les champs de l’activité universitaire et nous sommes pénalement responsables. L’augmentation des primes est justifiée. Bien entendu, la partie de la prime liée aux objectifs fixés par le ministre est stupide. Nous n’avons pas à être sous la dépendance du ministre ; nous sommes élus et non nommés. Je tiens à défendre la fonction de président et son autonomie, même, si, bien évidemment, le président doit mettre en oeuvre les lois votées ».

La performance, les indicateurs de performance ? (chroniques sur le « financement selon la performance« ). « Mesurer la performance est une bonne idée en soi. D’accord également avec la perspective d’un financement selon la performance certifiée. La répartition des dotations entre les universités s’est toujours faite jusqu’ici selon des critères opaques. Avoir des indicateurs est un progrès mais il faut bien sûr – je suis professeur de rhétorique – discuter de l’idéologie qui est derrière la mise en avant de la performance ».

« Qu’est-ce par exemple que la performance d’un hôpital ? Il faut garder l’esprit critique !… Les indicateurs, c’est aussi de la cuisine pour la négociation du contrat quadriennal. Selon les modes de calcul ministériels, nous sommes au-dessus des niveaux attendus ! Mais qui fixe les niveaux de performance attendus ? Prenons un exemple, celui de la préparation aux CAPES. Avant, on mesurait la performance en fonction du nombre d’admissibles ; si on garde le même indicateur alors que le nombre de postes mis au concours diminue fortement, on pourrait conclure que nous sommes devenus moins performants. Il est clair dans les temps qui viennent que des reçus-collés aux CAPES seront recrutés pour effectuer des remplacements. Observant ceci, un indicateur de performance pourrait conclure à la fort faible performance de nos préparations aux CAPES » !

Suite de l’entretien : le PRES Sorbonne UniversitésA suivre.

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Refonder le 1er cycle : créer 600 IES

Valérie Pécresse est revenue, dans le débat d’hier avec Stéphane Beaud (chronique : « CPGE : 30% de boursiers« ), sur la refondation nécessaire de l’ensemble du 1er cycle d’enseignement supérieur (licence, DUT et BTS, CPGE). Elle a déclaré être ouverte à toute réflexion et proposition améliorant l’orientation, la réussite dans les études, l’organisation de passerelles, les possibilités de rebondir, d’intégrer éventuellement un jour une grande école. Ces jours derniers, elle a d’ailleurs fait feu de tout bois, manifestant une capacité de travail étonnante et un enthousiasme inaltérable après plus de 3 ans à la tête du MESR. Je critique suffisamment sa politique sur ce blog pour, aussi, lui reconnaître des qualités !

La ministre a annoncé en effet des mesures pour les classes préparatoires littéraires (« 4 fois plus de débouchés pour les Khâgneux« , communiqué du 17 septembre et chronique de ce blog « Sois BEL et fuis l’université« ), émis des propositions pour la rénovation des BTS (Lille, Lycée Gaston Berger, 27 septembre) et a fait le point sur le plan Réussir en licence (Universités, Bordeaux, 20 septembre).

Valérie Pécresse s’est déjà exprimée sur cette refondation du 1er cycle à l’occasion de la publication de la seconde partie du rapport « Aghion » en juillet 2010 (chronique : « Le triangle du matching« ). Elle a mis alors en avant trois principes d’action : organiser le premier cycle universitaire en intégrant une spécialisation progressive des étudiants, favoriser la fluidité et la flexibilité des parcours avec la possibilité de passer d’un système à l’autre et d’affiner son projet sur la base d’un socle de formation, et informer toujours plus et mieux les étudiants“. Ces 3 principes d’action sont d’une banalité affligeante : ils figurent dans les discours de tous les ministres de l’enseignement supérieur depuis la loi Faure de 1968″.

« Comment concrétiser ces 3 principes d’action ? La recommandation 3 du rapport Aghion (page 48) propose de “favoriser l’émergence progressive de collèges universitaires qui regrouperaient les formations universitaires générales (avec spécialisation et orientation progressives), les formations professionnelles courtes (avec passerelles les reliant aux formations générales), des formations préparatoires aux grandes écoles ». Point faible et criticable de cette proposition : maintien de trois parcours de formation, distinction opérée entre les formations universitaires générales et les formations préparatoires aux grandes écoles.

Ce qui n’est pas clair : les collèges universitaires conduiraient-ils à la disparition effective des CPGE, des STS et des IUT ? Si oui, cette proposition mérite d’être discutée : le projet politique de ce blog est en effet la création d’Instituts d’Enseignement Supérieur (IES), établissements nouveaux à créer, distincts des lycées (qui perdraient donc leurs classes supérieures) et des universités (dédiées aux seules formations longues : masters, écoles d’ingénieurs, écoles de management, doctorats). Les IES organiseraient une voie longue préparatoire aux études universitaires et une vie professionnelle préparant au marché du travail après l’obtention de la licence. Ces IES seraient dotés de moyens financiers par étudiant analogues à ceux des CPGE, des STS et des DUT et pourraient ainsi pratiquer une pédagogie efficace en terme de conditions d’études et de réussite. Chaque IES (environ 600 IES de 2.000 étudiants répartis sur l’ensemble du territoire) possèderait au moins 2 voies préparant aux études universitaires et deux voies professionnelles. Le côtoiement dans un même établissement d’étudiants des deux voies d’études devrait faciliter, au moins théoriquement, l’orientation post-bac, les réorientations en cours d’études, la création de passerelles entre les deux voies. Deux chroniques sur les IES : « Les formations« , « La carte des formations« .

Bref retour sur le débat Pécresse – Beaud. J’ai été stupéfié quand j’ai entendu Stéphane Beaud déclarer : « L’IUT est une filière sélective. Vous avez beaucoup de demandes, peu d’offres, peu de personnes acceptées [ceci est faux, archi-faux]. Quand on regarde les débouchés de ces élèves passés par les IUT, on s’aperçoit que, trois ans après la fin de l’IUT, vous avez uniquement 20% des étudiants qui sont arrivés au bac+4, bac+5. L’IUT stoppe les étudiants au niveau bac+3. Or, si on veut réfléchir sociologiquement à la promotion des enfants des mileux populaires – qui sont nombreux en IUT, encore plus en STS -, il ne faut pas pour eux en rester au niveau bac+2. Alors qu’on sait aujourd’hui que l’acquisition d’un niveau master, bac+4, bac+5 est un atout très important pour obtenir des postes dans l’encadrement, par exemple ». Tous les diplômés de DUT à bac+5 ou seulement les diplômés de DUT issus des classes populaires ? Une discrimination positive ? Ridicule !

Tout les diplômés de DUT à bac+5 : bravo, Stéphane Beaud, pour cette analyse démagogique ! Vous rendez-vous compte que ce que vous souhaitez est en contradiction avec la démocratisation de l’enseignement supérieur que vous revendiquez ? Toutes les analyses montrent en effet, qu’à égalité de diplômes, les diplômés des classes populaires ont un niveau d’emploi moindre que celui des diplômés des classes supérieures. Tout le monde à bac+5 et vive le déclassement social et économique de la plupart des enfants pour lesquels vous semblez vous battre ! Un peu plus de sérieux, cher collègue sociologue ! Face à face : Pécresse : 2, Beaud : 0.

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Classé dans C. Hauts-de-France (Nord Pas-de-Calais Picardie), C. Nouvelle Aquitaine (Aquitaine Poitou Charentes)

30% de boursiers en CPGE. Faux !

3 autres chroniques récentes sur les CPGE : « Prépas en université« , « Sois BEL et fuis l’université« , « CPGE : casser le mur de béton« . Nouvelle chronique. Les classes populaires sont-elles les recalées de l’enseignement supérieur ? Face à face Valérie Pécresse – Stéphane Beaud, organisé par Le Nouvel Observateur et diffusé par France Culture le 27 septembre 2010 (cliquer ici). La vision de l’enseignement supérieur, celle de la ministre et du professeur de sociologie de l’Ecole normale supérieure d’Ulm, est énervante : elle est francilienne, parisianiste et même réduite au quadrilatère de la montagne Sainte-Geneviève ! Est-ce un hasard si les deux protagonistes commencent le débat par les classes préparatoires aux grandes écoles, par les conditions d’accès des enfants des classes populaires aux CPGE ? Ce qu’ils disent des BTS, des DUT, de la licence universitaire procèdent plus de la compassion que de la conviction de la valeur de ces filières.

Ce débat m’a d’autant plus choqué que je suis actuellement en reportage pour le blog dans le Lot. Franchement, qu’importe le recrutement social de la centaine de CPGE de Paris intra-muros ? Que l’ENS Ulm ose publier l’origine scolaire de ses étudiants : de quelles CPGE de lycées parisiens proviennent-ils ? J’ai envie de hurler quand Valérie Pécresse s’apitoie sur le sort du « jeune de banlieue qui a deux heures de trajet pour aller [en CPGE] en plein centre de Paris ». « Ce jeune-là ne pourra pas étudier correctement (il y a environ 70 heures de travail par semaine en classe préparatoire) ». La solution n’est pas la création d’internats d’excellence dans Paris. Scandale que la centralisation outrancière des CPGE, que l’insuffisance du nombre de CPGE en banlieue et que cet horaire démentiel ! Il ne faut pas oublier que les CPGE ne font pas seulement l’objet d’une sélection scolaire et d’une sélection sociale, mais également d’une sélection « géographique » (chronique : « CPGE : une triple sélection« ). Combien de CPGE dans le Lot ? Zéro, y compris dans la préfecture du département, Cahors : cliquer ici pour la liste des formations d’enseignement supérieur dans le 46.   

Valérie Pécresse se flatte d’avoir porté, dès l’an dernier, le taux de boursiers en CPGE à 30%. Il y a un an, je chroniquais sur la manipulation statistique à la base de ce pourcentage « politique » : il est en effet facile de faire propresser le pourcentage de boursiers en  augmentant le nombre de boursiers à « taux zéro ». Taux zéro : 18% des boursiers ne perçoivent aucune bourse réelle ; ils ne sont exonérés que des droits d’inscription ; ceux-ci n’existent d’ailleurs pas en CPGE ! Ce qui est un comble vu leur composition sociale !

Les données statistiques sont têtues. Dommage que Stéphane Beaud n’en ait pas fait un usage optimal dans son face à face avec la ministre : il aurait pu la mettre en contradiction avec les chiffres publiés par son propre ministère. Hélas, le professeur de l’ENS semble être venu débattre, sans chiffres précis dans le cartable (lire la note ci-dessous). Ainsi le score du face à face est-il pour moi : Pécresse : 1 – Beaud : 0.

30% de boursiers en CPGE, c’est faux ! En 2008-2009, selon les RRS 2010, il n’y avait que 21,9% de boursiers dans ces classes. En 2009-2010, selon le même tableau des RRS, on comptait 19.800 boursiers en CPGE (soit 3,5% de l’ensemble des boursiers). Combien, parmi eux, ont perçu une bourse à taux zéro ? On ne sait, mais on peut faire l’hypothèse que le taux dépasse les 18%. Toujours est-il que 19.800 boursiers sur 81.135 inscrits en CPGE (indicateur 6.10 des RRS) =  24,4% et non 30%. Soit Valérie Pécresse ne connaît pas les données produites par le ministère de l’éducation nationale, soit elle s’en contrebalance, soit elle ment sciemment.

Note sur les données mentionnées par Stéphane Beaud : « Selon les statistiques, on n’a que 5% d’une classe d’âge en prépa, dont très peu (2 à 3%) d’enfants issus des classes populaires ». Chiffres trop peu précis voire faux. Voici ceux publiés dans les RRS 2010. En 2009-2010, 81.135 étudiants étaient inscrits en CPGE ; ils représentaient 3,5% des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur (2.136.103) (indicateur 6.1. des RRS). Cette année-là, 40.143 bacheliers sont entrés en 1ère année de prépa (indicateur 6.10. des RRS), soit 7,4% des 539.092 bacheliers 2009 (indicateur 8.6. des RRS) ou 4,8% des 830.000 jeunes âgés de 18 ans (indicateur 1.4. des RRS). Origine sociale des étudiants français inscrits en CPGE (indicateur 6.13 des RRS) : 6,3% ont un père « ouvrier » et 9,4% un « père employé » (le taux est sans doute un peu supérieur car 6,4% des inscrits déclarent un père « retraité » ou « inactif » et 3,2% n’ont pas déclaré la profession du chef de famille).

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Brèves du 25 septembre 2010

Les Brèves reprennent des communiqués, des annonces de manifestations, des nouvelles de telle ou telle université, des informations que je reçois par courrier électronique. Classement alphabétique par mots-clés.

CPGE partenariale à EvryAct’UEVE, n°42, septembre 2010. Editorial du Président Messina : « Enrichir les liens entre les lycées et les universités pour une meilleure réussite des étudiants ». « L’équipe pédagogique, constituée à parité par des professeurs du lycée et de l’université, s’est attachée à mettre en place des passerelles de réorientation des étudiants qui n’auront pas été en capacité d’intégrer une école d’ingénieur ». Les prépas en université, souhaitées par Valérie Pécresse, me laissent parfaitement dubitatif : chronique « Prépas en université« .

Colloque à l’université d’Evry, 8 octobre 2010, organisé par le DEUST « Travail social » avec le soutien de la Revue des Sciences de Gestion. « Existe-t-il des alternatives à la banque capitaliste » ou « Raiffensen, réveille-toi, ils sont devenus fous » ! Programme détaillé.

Insertion professionnelle. Interfaces Compétences : association 1901 pour anticiper et analyser l’insertion professionnelle des étudiants (le site). Publication hebdomadaire. 13 septembre 2010 : « Orientation et projet professionnel à l’université : le défi historique d’une société de la connaissance, de la mobilité sociale et de l’innovation » (cliquer ici). 20 septembre 2010 : « Quel sens pour les statistiques d’insertion des jeunes diplômés ? Agir avec ou agir sur » ? (cliquer ici). Chroniques sur l’insertion : sur le blog EducPros, sur le blog LeMonde.

Insertion professionnelle. Les Actus de l’AFIJ, sur le blog de l’Association pour faciliter l’insertion des jeunes diplômés. 23 septembre 2010 : L’AFIJ et le CRIJ signent une convention de partenariat (cliquer ici). « Une attention particulière est portée à l’action REBOND, programme de l’AFIJ destiné aux étudiants « décrocheurs », étudiants de licence interrompant leurs études ». Chronique sur l’opération Rebond.

Observatoires de l’enseignement supérieur (6èmes Journées nationales du Réseau à Strasbourg en juin 2010). Les Powerpoints des ateliers sont désormais en ligne : cliquer ici. « Parcours d’études et insertion professionnelle des étudiants », « Evaluation des formations et des enseignements ». Plusieurs chroniques sur les Journées nationales.

Présidents. Sur le blog de Laroussi Oueslati, ancien président de l’université de Toulon, révoqué à vie, communiqués du 16 septembre 2010. « Appel de la révocation auprès du CNESER (cliquer ici). « Pour une vraie justice », chronologie des évènements (cliquer ici). Plusieurs chroniques sur la révocation de Laroussi Oueslati.

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Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), C. Ile-de-France

Les compétences des élus étudiants

23 septembre 2010, Séminaire Prospective et Développement (SPS), université de Strasbourg. Au programme : La vie étudiante. 3 conférences. Enquête « Conditions de vie » par Gérard Moguedet, premier vice-président de l’université d’Angers (1ère photo à la fin de la chronique). « Service de la vie universitaire (SVU) et actions pour l’engagement et la citoyenneté étudiante » par Diane Dupront, chef du SVU de l’UdS (2ème photo à la fin de la chronique) et Joannie Crinon. « Réseaux sociaux et étudiants » par François Schnell, responsable de la cellule Innovation de la direction des usages numériques (DUN) (3ème photo à la fin de la chronique).

Joannie Crinon, vice-président Vie universitaire de l’UdS (photo), mentionne l’existence d’un diplôme d’université « Engagement étudiant » (DUEE).

« Si le règlement d’examen du diplôme dans lequel l’étudiant est inscrit le prévoit, les unités d’enseignement peuvent être validées au titre d’unité libre d’enseignement. Ce diplôme est délivré lorsqu’un mémoire et deux des UE suivantes sont validés : UE « Engagement associatif », UE « Engagement universitaire », UE « Engagement auprès des élèves », UE « Accompagnement et intervention sociale en milieu urbain » (programme détaillé). Joannie estime qu’il est nécessaire de relancer ce DUEE, trop peu fréquenté (je pourrais même donner un coup de main pour sa renaissance !). Thème de campagne pour les syndicats et associations étudiantes pour les élections aux conseils centraux de décembre 2010 ?

Je ne résiste pas à faire part d’une expérience réussie dont j’ai été l’initiateur et le pilote à Marne-la-Vallée dans la première moitié des années 2000 : celle du DU d’administrateur universitaire (ouvert dans un premier temps aux élus étudiants des conseils centraux, puis plus largement aux élus des composantes). Pour obtenir ce diplôme, il fallait suivre des conférences sur les thématiques universitaires (8 à 10 séances de deux heures), rédiger et soutenir un mémoire sur son expérience associative et, l’UdS pourrait s’en inspirer, participer à un séminaire collectif de 2 jours dans une autre université. Expérience inoubliable pour moi que ces 3 séminaires réussis à Lille, Rouen et Poitiers ; chaque fois, trois à cinq membres de l’équipe de direction y participaient.

Daniel Argugo-Blum (photo ci-dessous) a été élu, à deux reprises pour deux ans, dans un conseil central de l’université de Strasbourg. Il est titulaire du DUEE. Etudiant en économie (et un peu en sociologie), il ne possède encore aucun diplôme : « difficile de faire le militant et d’obtenir en même temps un diplôme« . Il s’agit là d’un problème crucial. Que faire ? Entrer, sans diplôme du supérieur, sur le marché du travail considérant qu’on a acquis et exercé, par l’engagement étudiant, un grand nombre de compétences. Des employeurs pourraient y être réticents.

Que prévoit la LRU ? Article 23 : « Les élus étudiants aux différentes instances des établissements publics d’enseignement supérieur bénéficient d’une information et d’actions de formation, le cas échéant qualifiantes, définies par les établissements et leur permettant d’exercer leurs mandats ».

Mais, Promotion et Défense des Etudiants (PDE) souligne, dans un communiqué d’avril 2010, que « la circulaire relative au développement de l’engagement étudiant associatif et des initiatives étudiantes du 29 août 2001 a été abrogée dans le cadre d’une simplification administrative ». Par ailleurs, PDE « exige la signature de la charte de développement de la vie associative« .

Citons l’expérience efficace de la licence professionnelle « Management des organisations de l’économie sociale » (LP MOES) de Marne-la-Vallée, licence dont Michel Abhervé (Blog EducPros) et moi étions directeurs de 2003 à 2008. Une grande fierté pour nous est d’avoir attiré dans cette licence plusieurs étudiants élus de l’université et d’ailleurs. Grâce au système de validation partielle des acquis professionnels, deux présidents de la FAGE se sont inscrits dans cette licence, ont satisfait brillamment au cahier des charges que nous leur avions établi, et ont été diplômés. Jean-François Martins en 2006 (l’année de la lutte contre le CPE !) : le blog de JFMClaire Guichet, présidente de la FAGE encore pour quelques jours, a obtenu cette licence il y a quelques jours. Bravo, Claire ! 

Nous avons proposé, en 2007, à Yassir Fichtali (courte biographie), ancien président de l’UNEF, cette même perspective : sorti sans diplôme d’études supérieures, il état intéressé à obtenir cette licence pro ; mais il n’a pu se résoudre à prendre du temps pour le faire, étant déjà fort engagé dans la vie active, auprès du groupe Chèque Déjeuner. Dommage ! 

Photos de Gérard Moguedet, Diane Dupront, François Schnell.

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La manif du 23 septembre en photos

Strasbourg, 23 septembre 2010. 5ème manifestation syndicale interprofessionnelle depuis le début de l’année. Pour la défense du droit à prendre sa retraite à 60 ans. Contre un projet de réforme injuste, en particulier vis-à-vis des femmes et de celles et ceux qui ont connu une forte pénibilité au travail. 260 photos à découvrir dans les 6 albums présentés ci-dessous. Photos des manifestations 2010 à Strasbourg. 7 septembre 2010 (180 photos), 24 juin 2010 (200 photos), 27 mai (90 photos), 23 mars (75 photos).

Flashes sur la manif du 23 septembreDavantage de manifestants qu’en juin et au moins autant que le 7 septembre. La CFTC défile en tête pour la 1ère fois cette année. CGT et CFDT en masse ; les troupes de FO trois fois plus nombreuses qu’à la dernière manif ; même chose pour les militants des partis politiques. Soleil au rendez-vous et temps chaud. L’ambiance est encore plus chaleureuse que le 7 septembre. L’itinéraire : départ Place de la Bourse comme d’habitude, point d’arrivée inédit cette année : Place de la République.

1er album : 50 photos. Avant le départ de la manif : les partis politique de gauche campent sur le pont Saint-Nicolas ; les masques et les trompettes de la CFTC ; la CGT auguise sa voix ; les porteurs de la bannière de tête sont prêts. En avant !

2ème Album : 50 photos. La manif démarre. Pont Saint-Nicolas : elle croise les représentants du Parti socialiste, du Parti de gauche, du Parti communiste. La CFTC défile en premier : « Senior recherche emploi stable pour retraite à taux plein ». Puis SUD Solidaires dans la fumée de quelques fumigènes. Albums suivants : après les 2 photos.

3ème album : 50 photos. La CGT, syndicat le plus représenté dans la manif, croise également les partis politiques de gauche sur le pont Saint-Nicolas. Pour la 1ère fois depuis le début 2010, des p’tits nouveaux, les salariés d’Amcor Flexibles Sélestat : « il faut porter la réforme Woerth à l’échafaud ».

4ème album : 50 photos. Les Jeunes socialistes et l’UNEF sont aussi en forme de la voix que le 7 septembre. La CFDT, un peu moins nombreuse que la dernière fois ? Une seule photo de la FSU : ai-je raté une marche ? L’UNSA et la cathédrale en décor de fond. Assez peu de militants de la CFE CGC. Les partis de gauche défilent ensuite ; il y a même Lutte ouvrière.

5ème album : 30 photos. Force ouvrière : les manifestants sont 3 fois plus nombreux que lors du précédent défilé, le 7 septembre ; certains d’entre eux étaient alors partis défiler à Paris. C’est la fin. Juste devant les voitures de police, des sapeurs-pompiers en grève. Forte impression : ils font sauter des pétards et, aussitôt après, déclenchent la sirène familière ! Résultat assuré.

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Performance des PRES ?

Les Pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) développent des activités, essentiellement en recherche et en formation doctorale. Ils mobilisent pour cela des ressources (moyens financiers, locaux, personnels) pour atteindre des résultats, si possibles mesurables. Après 3 ans d’existence pour certains PRES, on est en droit de s’interroger : les PRES sont-ils performants ? Ont-ils atteint des résultats par rapport à leurs missions (efficacité) ? Ont-ils consommé beaucoup de ressources pour atteindre les résultats (efficience).

Dans une première étape, il est normal que les PRES soient faiblement efficients et faiblement efficaces. Ils mobilisent des ressources pour lancer des activités, celles-ci n’atteignant pas immédiatement leurs buts. Au terme de 3 ans, des ressources continuent à être utilisées et c’est inquiétant si on ne peut mesurer des résultats objectifs.

EducPros commence un Tour de France des PRES. Première enquête : le PRES Paris-Est. La parole est donnée au Président du PRES, Bernard Saint-Girons (cliquer ici). Il est symptomatique de constater que ce Président mentionne un certain nombre de missions du PRES, d’activités, de ressources allouées mais jamais il ne fournit de résultats concrets. Tout se passe donc comme si le PRES Paris-Est était de moins en moins efficient (3 ans de ressources consommées) et sans qu’on puisse dire quoi que ce soit sur ses résultats. Aucun indicateur de performance du PRES.

Tentative de démonstration dans le commentaire que j’ai posté hier dans la chronique consacrée à ce PRES. « Normal que Bernard Saint-Girons fasse l’apologie du PRES dont il est le deuxième président et qu’il reconnaisse présider un PRES non fusionnel (impossible de fusionner deux universités, une grande école qui appartient également au PRES Paris Tech et des écoles et laboratoires privés).

Bernard Saint-Girons est un soutien objectif de la politique de Valérie Pécresse et il doit faire croire à l’utilité des PRES. Président d’université puis 1er vice-président de la CPU, il obtient des responsabilités importantes sous la droite : recteur d’académie, directeur des enseignements supérieurs, délégué interministériel à l’information et à l’orientation. Etre devenu ensuite président d’un PRES, ce n’est pas la gloire, mais autant croire à sa fonction ou faire semblant d’y croire avant la retraite. Chronique de mon blog : « Présider Paris-Est« .

Professeur à l’université de Marne-la-Vallée jusqu’en novembre 2008, j’ai vécu les débuts du PRES et ai bien entendu suivi ses développements après mon départ. Mon analyse a toujours été la même : ce PRES est artificiel et et ne s’imposera jamais dans le paysage d’enseignement et de recherche français et, a fortiori, dans la compétition internationale de premier rang. Et cela parce qu’il ne peut conduire à une fusion. Les PRES sont obsolètes; ils ne vont survivre un moment que parce qu’ils vont piloter le dit Plan Campus et le dit Emprunt national. Lire également : « L’IGAENR et les PRES« .

Bernard Saint-Girons fait un bilan somme toute honnête : le PRES coûte beaucoup en financement et en ressources humaines. Il mène de plus en plus d’activités (mais seulement au niveau du doctorat). Mais la performance, ce ne sont pas des activités et des moyens mobilisés, ce sont des résultats. On est en droit de s’interroger, trois ans après la création du PRES : ce PRES avec ses six écoles doctorales a-t-il commencé à produire plus de docteurs ? Quelle est la part des docteurs de Paris Est dans l’ensemble des docteurs de France ? Quel est le devenir des docteurs récents (alors que les moyens ont été donnés aux deux universités pour ce type d’enquêtes, il n’y a pas d’observatoire au niveau du PRES et pas d’enquêtes). Le PRES, centré sur la recherche, a-t-il produit plus de recherches de qualité, plus de succès dans les appels d’offres français et internationaux, plus d’articles dans les revues labellisées, des progrès dans le Citation Index ? Il ne suffit pas de se voir imposer de signer Paris-Est chacune des publications pour que celles-ci soient mieux repérées (au cours de ma dernière année à Marne, c’était une obsesssion et une injonction répétitive du directeur de la recherche de Marne : vous devez signer « Paris-Est »)…

Quelle visibilité internationale de la recherche du PRES Paris-Est ? Alors que l’université de Versailles Saint-Quentin apparaît désormais dans le classement de Shanghaï, Paris-Est n’y figure toujours pas alors que chacun des 4 membres fondateurs du PRES possède un secteur scientifique et, pour Paris Est Créteil… (j’ai oublié le nouveau nom de Paris 12 impossible à retenir), un secteur médical. Chronique de mon blog « Shanghaï 2010 et les PRES« .

Bref, le PRES Paris-Est : beaucoup de moyens mobilisés (sans compter les coûts de coordination engendrés par de multiples réunions de coordination) pour des résultats non mesurés après 3 ans. Je fais l’hypothèse d’une fort faible efficacité (résultats référés aux moyens mobilisés et imputables à l’existence du PRES. Que Bernard Saint-Girons me détrompe !

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THE World University Rankings

Le Times Higher Education (THE) a publié la semaine dernière son classement 2010 des 200 meilleures universités du monde (TOP 200). Ce qui m’a d’abord impressionné dans ce palmarès, ce n’est pas la présence de quatre institutions d’enseignement supérieur françaises seulement, mais l’écart de notation entre le numéro 1 et le numéro 200. Harvard Université, numéro 1, obtient un score global de 96,1; la Swedish University of Agricultural Sciences, classée 199, n’obtient que 46,2. Celle-ci serait-elle deux fois moins performante qu’Harvard University ? Dur, dur alors pour les universités non classées !

Et ouf pour trois des quatre établissements français classés : L’Ecole polytechnique, l’ENS Ulm et l’ENS Lyon ont en effet failli être exclues du classement : « Universities were excluded from the World University Rankings tables if they do not teach undergraduates ». Les quatre institutions pouvaient y apparaître car elles recrutent à bac+2 ; elle enseignent à des étudiants qui n’ont pas encore obtenu de licence ! 

J’ai toujours été passionné par les classements, la quantification des données. Quand je travaillais à mon doctorat de 3ème cycle dans la seconde partie des années 60, un de mes livres de référence était « L’analyse mathématique des faits sociaux » (Raymond Boudon, Plon, 1967). Et ce n’est pas un hasard si j’ai accepté de créer et diriger entre 1999 et 2004 l’OFIPE de Marne-la-Vallée. A la lecture des Rankings du THE, je me suis tout de suite demandé : les universités françaises non classées pourraient-elles calculer leur propre score ? Et éventuellement se donner le défi de rejoindre le TOP 200 ? Ce serait là un des points forts du classement du THE. Calculer son score « personnel » n’est pas totalement impossible (quelques suggestions en fin de chronique).

Le THE présente sa méthodologie comme « robuste, transparente et sophistiquée ». Elle est longuement explicitée sur le site : transparence oblige. Habile, Phil Baty, signataire du développement sur la méthodologie signale d’abord les limites de l’exercice : une université n’est pas réductrice à une note globale ; le nombre d’indicateurs de performance a été porté à 13 au lieu de 6 dans les classements précédents, mais évidemment d’autres indicateurs pourraient être pris en compte (qualité de la vie sur le campus, vie étudiante associative, formation tout au long de la vie, insertion professionnelle des diplômés, impact de l’université sur le développement économique, social et culturel régional)… mais le problème serait de quantifier ces autres « activités » des universités. Limite également que celle de la crédibilité des données : elles sont déclaratives (fournies par les institutions elles-mêmes). Le THE s’en sort par la pirouette habituelle : « les données ont été certifiées par ces institutions ».

Le problème crucial de la pondération entre les 13 indicateurs rangés eux-mêmes en 5 catégories, i.e. du poids que chaque indicateur représente dans le score global, est évoqué dans la présentation de la méthodologie. Le classement par rang (de 1 à 200) pour chaque indicateur et la somme des rangs pour l’ensemble des 13 indicateurs ou des 5 catégories n’a pas été retenu : procédé facile mais grossier. Le THE a choisi de classer 200 institutions à partir d’une notation de 1 à 100 pour chaque indicateur et de pondérer chacun des indicateurs pour construire le score global. « To calculate the overall ranking score, « Z-scores » were created for all datasets. This standardises the different data types on a common scale and allows fair comparisons between the different types of data – which is essential when combining diverse information into a single ranking ». Quelqu’un(e) pourrait-il expliquer ce qu’est ce « Z score » : cette méthodologie est-elle « robuste » ?

Je suis fort surpris des critères retenus pour la pondération : « Lower weightings are employed where confidence in the data or the usefulness of the indicator is less pronounced ». L’utilité semble avoir été décidée par les 50 experts internationaux qui ont travaillé pour le THE ; on aimerait en connaître le nom et la nationalité. La pondération retenue demeure peu transparente : pourquoi par exemple avoir accordé un poids supérieur à un tiers du score global aux enquêtes de réputation (19,5% pour la réputation en matière de recherche, 15% pour la réputation en matière d’enseignement). Les enquêtes de réputation devraient sortir des classements. Quand on sait qu’un poids de 32,5% est accordé au « Citation impact« , il ne reste donc que 33% pour les 10 autres indicateurs : difficile à admettre.

Mais ne faisons pas la fine bouche : le THE Rankings ne prend pas seulement en compte la recherche et le citation index, mais aussi l’enseignement, l’attractivité internationale (étudiants et enseignants), le transfert technologique et l’innovation. Le classement 2011 est susceptible d’évoluer encore.

Les institutions d’enseignement supérieur français pourraient utiliser les indicateurs du THE pour se comparer, au moins partiellement, aux 4 établissements français classés. La condition serait que l’Ecole polytechnique, l’ENS ULM, l’ENS Lyon et l’université Pierre et Marie Curie publient les données qu’elles ont fait parvenir au THE (effectifs des enseignants-chercheurs et chercheurs par grade et nationalité, effectifs étudiants par cycle et par nationalité, nombre de diplômés de licence et de doctorat, budget pour l’enseignement, budget de la recherche, budget de la recherche qui provient de l’industrie, de fonds publics, nombre de publications dans les revues labellisées). Qui pourrait prendre l’initiative d’impulser cette comparaison ? Les établissements classés ? Ceux qui pensent n’être pas loin du Top 200 (comme l’université de Strasbourg) ? La CPU ? La Conférence des Grandes Ecoles ? Les directions des enseignements supérieurs et de la recherche du MESR ? L’AERES ? Le groupe l’Etudiant ?

Ces données permettraient de calculer 10 des 13 indicateurs : budget de la recherche (poids de 5,25% dans le score global), nombre de publications par enseignant – chercheur (4,5%), part des fonds publics dans l’ensemble des ressources de recherche (0,75%), fonds de recherche émanant de l’industrie par enseignant – chercheur (2,5%), nombre de doctorats délivrés par enseignant – chercheur (6%), nombre de licences délivrées par enseignant-chercheur (4,5%), budget d’enseignement par enseignant-chercheur (2,25%), nombre de doctorats délivrés / nombre de licences délivrées (2,25%), proportion d’étudiants étrangers (2%), proportion d’enseignants – chercheurs étrangers (3%). L’exercice de comparaison devrait être tenté et je pense que l’AERES devrait en assurer la logistique.

Le THE Rankings est à peine paru qu’un autre classement a pris sa place dans les médias : le classement des Ecoles de management par le Financial Times. A suivre.

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Campus vert et ouvert sur la ville

Chroniques sur le patrimoine immobilier de l’université de Strasbourg (les chroniques précédentes). 7ème chronique : le réaménagement des axes centraux du Campus de l’Esplanade. Lire également la chronique d’hier « Beretz et Pécresse : agacements« .

« Strasbourg, un projet de Campus vert et ouvert sur la ville ». Pour se repérer : plan général des Campus du centre-ville : cliquer ici. Sur le site du MESR. « L’université et son architecte chef de projet Edouard Manini vont réaliser un « campus vert et ouvert sur la ville » qui contribuera au renforcement d’une identité commune au sein de l’université et à accroître son attractivité. Il s’agit de créer un parc, à l’instar de celui du Campus historique, sur les axes centraux perpendiculaires du Campus central. Pour la première fois dans l’histoire, les espaces verts seront réalisés avant des constructions neuves, car ce sont les éléments majeurs ». « Cela supposera la fin de la circulation et du stationnement des voitures rue Descartes« .

Visualisation en 85 photos des 3 axes perpendiculaires du Campus de l’Esplanade. 1. La Rue Blaise Pascal mène du Boulevard de la Victoire (station de tramway : Université ou Observatoire) à la Place de la Faculté de droit, de sciences politique et de gestion. Elle est bordée par des bâtiments de sciences. Arborée, elle est déjà piétonnière. 25 photos de la rue Blaise Pascal en décembre 2009, janvier et septembre 2010.

2. La rue Descartes mène de la Place du Foin à la faculté de Droit. Elle est bordée par des bâtiments de toutes les disciplines. Le nouveau Patio, inauguré par Valérie Pécresse, y a trouvé une place centrale. La rue Descartes est partiellement arborée. Le réaménagement « Plan Campus » prévoit la fin de la circulation et du stationnement des voitures : l’université vient justement d’y créer un parking réservé, accessible par badge. L’accès par la place du Foin est actuellement fort glauque. 40 photos de la rue Descartes en juillet 2010.

3. La Place d’Athènes mène de l’arrière de la faculté de droit à l’avenue du Général de Gaulle (station de tramway : Esplanade). Elle est arborée et dotée d’un bassin avec jets d’eau : au centre, trône fièrement la statue d’Athena. La restructuration devra mettre fin à la circulation et au stationnement des voitures. Celles-ci gâchent la vue sur Athena et le bassin. 20 photos de la Place d’Athènes en février 2009, janvier et juillet 2010.

La création d’un parc sur ces 3 axes centraux du Campus de l’Esplanade est accompagnée d’un projet ambitieux et structurantSite du MESR (suite). « Trois nouveaux « bâtiments portes » marqueront les entrées du campus central, entrées de la ville dans le campus par les activités qui leur seraient affectées : porte de l’apprentissage et de la formation tout au long de la vie, club pour les hôtes étrangers, halle de sport ».

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Beretz et Pécresse : agacements

Chronique d’un blogueur, libre et responsable, aujourd’hui agacéCe blog prouve assez que j’ai du respect et de l’empathie pour l’université de Strasbourg, même s’il m’arrive de critiquer certaines décisions (chroniques sur deux comités de sélection en sociologie). J’ai commencé des reportages photos du patrimoine immobilier de l’université. J’ai proposé au président Beretz et au vice-président Larmet en charge du patrimoine, de photographier progressivement les 140 bâtiments. J’aurais aimé être invité à l’inauguration du nouveau Patio (chronique : « La présidence a déménagé« ) !

Agacements. Pourquoi l’université autonome de Strasbourg et son président, Alain Beretz, semblent se laisser instrumenter par Valérie Pécresse, sa communication et ses effets d’annonce, et plus largement par la majorité au pouvoir ? La région Alsace et le département du Bas-Rhin sont dirigés par la droite, mais Strasbourg et la Communauté urbaine sont dirigées par la Gauche. Depuis février 2009, l’université unique a accueilli 1. Nicolas Sarkozy, « Sarkozy en Alsace« , 8 décembre 2009, annonce du grand emprunt, 2. Valérie Pécresse, « Pécresse à Strasbourg« , 6 février 2009, inauguration de l’université unique ; 16 septembre 2010, inauguration du nouveau Patio, 3. Patrick Hetzel, directeur de la DGESIP, « Hetzel et l’insertion« , 6 mai 2010, séminaire sur le schéma directeur du BAIP ; « Journées nationales des OVE« , 2 juin 2010). Quelle autre université a déroulé, autant de fois en un an et demi, le tapis rouge ?

Agacements. Jeudi 16 septembre 2010, « Valérie Pécresse s’est rendue à l’Université de Strasbourg afin d’inaugurer le nouveau patio, véritable symbole du renouveau du campus de Strasbourg, destiné à accueillir le pôle administratif de l’université ainsi que l’Espace avenir, service d’orientation pour les étudiants. A cette occasion, la ministre a participé au comité de pilotage d’avancement de l’Opération Campus« … Lire la suite sur le site du MESR : l’université est félicitée, flattée à plusieurs reprises : « projet immobilier ambitieux », « magnifique projet de campus », « schéma d’aménagement qui comporte de très beaux projets », « choix courageux » des 3 universités d’avoir décidé de se rassembler », « université de premier plan »… Bien évidemment, Valérie Pécresse, en communicatrice hors-pair, en profite pour se mettre et mettre en valeur la LRU et le passage aux responsabilités et compétences élargies (75 universités autonomes au 1er  janvier 2011), et l’opération Campus (état d’avancement).

Agacements car Valérie Pécresse ne manque pas d’air. Elle ne peut évidemment revendiquer l’idée de la fusion des 3 universités de Strasbourg, le financement du nouveau Patio. Opération Campus : l’UdS a été dotée d’un capital de 372 millions. Questions. Combien l’Etat a-t-il, aujourd’hui, réellement déboursé pour commencer des travaux ? Quand les intérêts des deux premières années (en principe 32 millions pour 2009 et 2010) seront-ils utilisables ? Certes, toute construction ou rénovation demande du temps, mais l’opération Campus (ne parlons pas des opérations de l’emprunt national !), encadrée par des structures et des procédures d’une complexité inconnue jusqu’ici, ne mérite pas que l’université offre des fleurs à la ministre. L’opération Campus est aux antipodes de l’autonomie des universités.

Pour se convaincre de la complexité de l’opération, j’invite à relire avec attention la chronique du 2 mai dernier, « UdS, Campus et PPP » (séminaire d’Yves Larmet et Edouard Manini). Le Partenariat Public Privé (PPP) ? Il présente plus d’inconvénients que d’avantages pour les 25 projets strasbourgeois (le PPP est en effet mal adapté aux restructurations d’édifices). Un montage innovant avec la Caisse des dépôts (CdC) ? Il semble que l’université explore cette voie. Selon le vice-président dans une déclaration à l’AEF, l’idée est de créer « une société de réalisation immobilière » (université actionnaire à 51% et CdC à 49%), « l’université conservant ainsi la maîtrise de son bâti ». Problème : cette SRI devrait auparavant faire l’objet d’une création législative.

Quelques-uns des 25 projets ?  Campus vert aménagement : la prochaine chronique en photos y sera consacrée. Tour de Chimie (logements) : chronique du 6 septembre. Rénovation énergétique et mise aux normes de la Faculté de Droit : chronique du 3 juillet. Extension et restructuration des locaux de l’EM Strasbourg du Pôle Economie et Gestion (PEGE) : chronique du 20 juillet.

Le plan de financement Campus qui figure à la page 4 du communiqué de presse de l’université est impossible à comprendre par le commun des mortels. Il ne comporte aucune date, aucun échéancier ! L’Etat apporterait 200 millions sur les 375, les collectivités territoriales, 65 millions (la convention avec les collectivités sera signée en Octobre), et l’université… 107,5 millions. D’où l’université va-t-elle sortir cette manne ? « De loyers, de fonds européens, d’autofinancements ». De loyers ? Ceux qui commenceront à être perçus par l’université quand auront été réalisées les différentes opérations « logement » prévues par le plan Campus.

Agacements car l’université communique nettement moins bien que le ministère. Il faut quatre clics, à partir de la page d’accueil, pour enfin trouver le communiqué de presse (cliquer ici) : « Opération Campus : une université en coeur de ville, ouverte et attractive« . Les discours du président Beretz (inauguration et comité de site de l’opération Campus) ne sont pas en ligne. Et, bien sûr, aucune allusion sur le site aux manifestations d’opposition – certes, elles n’étaient pas de masse ! – à la politique de Valérie Pécresse. Il faut se reporter au site de Médiapart pour lire l’analyse critique de Pascal Maillard, enseignant, membre du conseil d’administration de l’UdS : « Madame Pécresse, nous sommes en colère« .

L’université unique de Strasbourg, par la fusion, a pris, grâce à des bons choix décidés au bon moment et sans rien devoir à Valérie Pécresse, une avance décisive sur toutes les autres universités françaises. Elle mérite mieux que d’être l’un des faire-valoir attitrés de la politique de la ministre et du chef de l’Etat !

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