Beretz et Pécresse : agacements

Chronique d’un blogueur, libre et responsable, aujourd’hui agacéCe blog prouve assez que j’ai du respect et de l’empathie pour l’université de Strasbourg, même s’il m’arrive de critiquer certaines décisions (chroniques sur deux comités de sélection en sociologie). J’ai commencé des reportages photos du patrimoine immobilier de l’université. J’ai proposé au président Beretz et au vice-président Larmet en charge du patrimoine, de photographier progressivement les 140 bâtiments. J’aurais aimé être invité à l’inauguration du nouveau Patio (chronique : « La présidence a déménagé« ) !

Agacements. Pourquoi l’université autonome de Strasbourg et son président, Alain Beretz, semblent se laisser instrumenter par Valérie Pécresse, sa communication et ses effets d’annonce, et plus largement par la majorité au pouvoir ? La région Alsace et le département du Bas-Rhin sont dirigés par la droite, mais Strasbourg et la Communauté urbaine sont dirigées par la Gauche. Depuis février 2009, l’université unique a accueilli 1. Nicolas Sarkozy, « Sarkozy en Alsace« , 8 décembre 2009, annonce du grand emprunt, 2. Valérie Pécresse, « Pécresse à Strasbourg« , 6 février 2009, inauguration de l’université unique ; 16 septembre 2010, inauguration du nouveau Patio, 3. Patrick Hetzel, directeur de la DGESIP, « Hetzel et l’insertion« , 6 mai 2010, séminaire sur le schéma directeur du BAIP ; « Journées nationales des OVE« , 2 juin 2010). Quelle autre université a déroulé, autant de fois en un an et demi, le tapis rouge ?

Agacements. Jeudi 16 septembre 2010, « Valérie Pécresse s’est rendue à l’Université de Strasbourg afin d’inaugurer le nouveau patio, véritable symbole du renouveau du campus de Strasbourg, destiné à accueillir le pôle administratif de l’université ainsi que l’Espace avenir, service d’orientation pour les étudiants. A cette occasion, la ministre a participé au comité de pilotage d’avancement de l’Opération Campus« … Lire la suite sur le site du MESR : l’université est félicitée, flattée à plusieurs reprises : « projet immobilier ambitieux », « magnifique projet de campus », « schéma d’aménagement qui comporte de très beaux projets », « choix courageux » des 3 universités d’avoir décidé de se rassembler », « université de premier plan »… Bien évidemment, Valérie Pécresse, en communicatrice hors-pair, en profite pour se mettre et mettre en valeur la LRU et le passage aux responsabilités et compétences élargies (75 universités autonomes au 1er  janvier 2011), et l’opération Campus (état d’avancement).

Agacements car Valérie Pécresse ne manque pas d’air. Elle ne peut évidemment revendiquer l’idée de la fusion des 3 universités de Strasbourg, le financement du nouveau Patio. Opération Campus : l’UdS a été dotée d’un capital de 372 millions. Questions. Combien l’Etat a-t-il, aujourd’hui, réellement déboursé pour commencer des travaux ? Quand les intérêts des deux premières années (en principe 32 millions pour 2009 et 2010) seront-ils utilisables ? Certes, toute construction ou rénovation demande du temps, mais l’opération Campus (ne parlons pas des opérations de l’emprunt national !), encadrée par des structures et des procédures d’une complexité inconnue jusqu’ici, ne mérite pas que l’université offre des fleurs à la ministre. L’opération Campus est aux antipodes de l’autonomie des universités.

Pour se convaincre de la complexité de l’opération, j’invite à relire avec attention la chronique du 2 mai dernier, « UdS, Campus et PPP » (séminaire d’Yves Larmet et Edouard Manini). Le Partenariat Public Privé (PPP) ? Il présente plus d’inconvénients que d’avantages pour les 25 projets strasbourgeois (le PPP est en effet mal adapté aux restructurations d’édifices). Un montage innovant avec la Caisse des dépôts (CdC) ? Il semble que l’université explore cette voie. Selon le vice-président dans une déclaration à l’AEF, l’idée est de créer « une société de réalisation immobilière » (université actionnaire à 51% et CdC à 49%), « l’université conservant ainsi la maîtrise de son bâti ». Problème : cette SRI devrait auparavant faire l’objet d’une création législative.

Quelques-uns des 25 projets ?  Campus vert aménagement : la prochaine chronique en photos y sera consacrée. Tour de Chimie (logements) : chronique du 6 septembre. Rénovation énergétique et mise aux normes de la Faculté de Droit : chronique du 3 juillet. Extension et restructuration des locaux de l’EM Strasbourg du Pôle Economie et Gestion (PEGE) : chronique du 20 juillet.

Le plan de financement Campus qui figure à la page 4 du communiqué de presse de l’université est impossible à comprendre par le commun des mortels. Il ne comporte aucune date, aucun échéancier ! L’Etat apporterait 200 millions sur les 375, les collectivités territoriales, 65 millions (la convention avec les collectivités sera signée en Octobre), et l’université… 107,5 millions. D’où l’université va-t-elle sortir cette manne ? « De loyers, de fonds européens, d’autofinancements ». De loyers ? Ceux qui commenceront à être perçus par l’université quand auront été réalisées les différentes opérations « logement » prévues par le plan Campus.

Agacements car l’université communique nettement moins bien que le ministère. Il faut quatre clics, à partir de la page d’accueil, pour enfin trouver le communiqué de presse (cliquer ici) : « Opération Campus : une université en coeur de ville, ouverte et attractive« . Les discours du président Beretz (inauguration et comité de site de l’opération Campus) ne sont pas en ligne. Et, bien sûr, aucune allusion sur le site aux manifestations d’opposition – certes, elles n’étaient pas de masse ! – à la politique de Valérie Pécresse. Il faut se reporter au site de Médiapart pour lire l’analyse critique de Pascal Maillard, enseignant, membre du conseil d’administration de l’UdS : « Madame Pécresse, nous sommes en colère« .

L’université unique de Strasbourg, par la fusion, a pris, grâce à des bons choix décidés au bon moment et sans rien devoir à Valérie Pécresse, une avance décisive sur toutes les autres universités françaises. Elle mérite mieux que d’être l’un des faire-valoir attitrés de la politique de la ministre et du chef de l’Etat !

2 Commentaires

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

2 réponses à “Beretz et Pécresse : agacements

  1. Liouville

    Absolument d’accord avec votre point de vue.
    L’UdS en sa qualité de première université de France à fusionner devait otenir des moyens suplémenaires.
    Résultat des courses : une « Présidence » hypertrophiée qui éponge les ressources des composantes et une baisse des budgets : par exemple moins 17% pour la Faculté de Droit pour 2010/2011 par rapport à 2009/2010. Il ne faut pas négliger par ailleurs les effets négatifs de la centralsiation sur le fonctionnement des composantes.
    Il faudrait lancer une grande consultation au sein de l’UdS, pour que les personnels puissent exprimer leur sentiment au sujet de la réussite ou de l’échec de la fusion. En dehors des services de la Présidence, j’en connais peu qui sont satisfaits de cette fusion, surtout que la fusin a conduit à imposer aux ex URS et U Marc Bloch le mode de foncionnement organisationnel de l’ULP. Par conséquent, il y a lieu de parler non pas de « fusion », mais d’  » absorption », ce qui est très différent. Par exemple, en matière de Formation Continue la Présidence impose aux composantes des ex URS et U MB le système ULP, alors que par rapport au fonctionnement antérieur de ces deux universités en matière de FC, le système ULP est source d’importants dysfonctionnements.
    Jacques Liouville
    Professeur à la Faculté de Droit

  2. pdubois

    Merci, cher collègue, pour votre message. Les 3 universités de Strasbourg ont fusionné le 1er janvier 2009 et c’est très bien pour l’avenir de l’université unique, pour sa lisibilité et sa visibilité au plan international. Une « avance » certaine a été prise sur les universités qui fusionneront début 2012 ou sur celles qui vont disparaître faute d’avoir de tels projets.

    Néanmoins, vous avez parfaitement raison :
    – une fusion est un échec si elle est une absorption de deux universités par l’université scientifique
    – la centralisation excessive, l’hyper-développement de services centraux et l’allongement de la ligne hiérarchique (les collegiums) sont la copie de modèles organisationnels d’entreprises, or ces modèles sont aujourd’hui obsolètes ! Il faut inventer un modèle organisationnel avec une grande délégation de compétences et de ressources aux 5 grands domaines disciplinaires et les considérer équivalents en importance et en dignité.
    – l’UdS doit simplifier ses structures (une quarantaine de composantes, c’est évidemment trop) et rationaliser son offre de formation (elle demeure pléthorique et illisible). Ce serait plus facile si le cycle « Licence » était sorti de l’université (projet porté par ce blog : la création d’Instituts d’enseignement supérieur).

    Et, il y a des élections au CA et à la présidence tous les quatre ans. Les scientifiques peuvent ne pas toujours imposer leur prédominance ! Cordialement. Pierre Dubois