Reims. Meyer et Sciences Po

« Sciences Po in Reims. Shocking !« , « Transatlantic Campus in Reims« . Suite à ces chroniques, Jacques Meyer, ancien président de l’université de Reims (URCA) et premier vice-président de la région Champagne Ardenne, m’a adressé un courriel. Il en a fait copie à Gérard Mary, également ancien président de l’URCA. Chronique de ce blog sur le « Président Meyer« . Quelques extraits du courriel. « Je pense que l’on peut débattre de la question [de Sciences Po] sans injure ni blessure personnelle. Bien évidemment, mais dois-je vous le préciser, je ne vous prends, ni personne d’ailleurs, « vraiment pour des c… ». Et je n’ai jamais dit ni pensé que Reims pouvait figurer parmi les 10 pôles d’excellence de réputation mondiale que les gouvernements successifs depuis une dizaine d’années cherchent à instaurer ».

« La décision de soutenir le projet d’implantation de Sciences Po est le fruit d’une réflexion mûrement pensée concernant la situation des villes universitaires de la grande couronne parisienne : elle n’est évidemment pas antagonique d’un soutien actif à l’Université« .

« Si vous voulez connaître ma position, je vous joins le texte de mon intervention à ce sujet devant les élus du conseil régional en novembre 2009 » : cliquer ici pour accéder au texte. Ce document de « géostratégie universitaire » pose très bien la question du devenir de l’université de Reims Champagne Ardenne et plus largement des universités relativement proches de Paris. Je partage pleinement l’analyse de Jacques Meyer mais non sa conclusion sur l’implantation de Sciences Po à Reims et le soutien financier qu’y apportent les collectivités régionales.

Dans un contexte budgétaire difficile et de concentration des ressources publiques sur un nombre limité de pôles d’enseignement supérieur, Jacques Meyer met à l’épreuve les trois scénarios envisageables pour les 2 universités de la région (URCA et UTT), scénarios qu’il reprend de différents rapports officiels. Scénario 1. Concentration de l’enseignement supérieur et de la recherche de haut niveau en Ile-de-France… « Un service minimum se maintiendrait d’une part dans les universités régionales autour des formations de niveau licence pour les filières générales, d’autre part autour de formations professionnelles courtes dans des villes secondaires ».

Scénario 2. Organisation multipolaire : constitution ou renforcement de 4 grands pôles universitaires généralistes régionaux ou interrégionaux, à travers le regroupement d’universités aujourd’hui distinctes : Rouen, Caen et Le Havre ; Orléans-Bourges, Tours et Poitiers ; Le Mans, Angers, Nantes ; Reims et Amiens ». « L’objectif est d’atteindre ou de maintenir une taille critique d’au moins 40.000 étudiants par pôle universitaire au moyen d’une offre complète de disciplines LMD ». Jacques Meyer montre les avantages et les atouts d’un tel scénario, mais un inconvénient majeur : « l’éloignement relatif des différents sites d’un même pôle ».

Scénario 3. Réseaux éclatés. « Ce scénario expose un maillage territorial de l’offre d’enseignement supérieur limité aux premières années d’études supérieures« … « Mais, dès le niveau L3, les universités régionales se spécialiseraient et fonctionneraient en réseau avec d’autres établissements nationaux voire internationaux ».

Dans ce contexte de 3 scénarios, auxquels il faut ajouter le fait que l’URCA ne bénéficie pas de l’opération Campus et qu’elle ne sera pas bien placée dans les réponses aux différents appels d’offres de l’emprunt national, quelle peut être sa stratégie ? Quelles sont les intiatitives prises par les directions successives de l’université et par l’équipe présente, présidée par Richard Vistelle.

Jacques Meyer semble déplorer l’échec de la négociation d’un PRES avec l’université de technologie de Troyes (UTT). J’avais moi-même dressé, en mars 2009, le constat d’échec de ce projet de PRES : « Pas de PRES à Reims« .

Jacques Meyer poursuit et c’est là que nos analyses divergent sur Sciences Po à Reims. « L’université de Reims paraît donc seule, isolée et l’arrivée de Sciences Po va en quelque sorte desserrer l’isolement… et permettre d’atteindre une taille suffisante pour résister à l’attraction parisienne. L’arrivée de Sciences Po à Reims, c’est donc comme si une nouvelle université s’installait à Reims. Excusez du peu ! C’est, pour le monde de la formation et de la culture, quelque chose d’équivalent en importance à la décision de faire passer et s’arrêter le TGV à Reims. C’est une chance extraordinaire pour notre région, pour son développement économique, culturel et scientifique. C’est aussi une opportunité pour son rayonnement et sa notoriété. Et c’est aussi une chance et une opportunité pour son université. Alors évidemment la facture est là ! C’est indéniable« .

Je ne crois pas une seconde à la possibilité de réussir ce scénario optimiste. En un mot : les collectivités territoriales de Champagne-Ardenne ont déroulé le tapis rouge pour Sciences Po, pour permettre à ce Grand établissement public de tisser, sans autofinancement, une « toile » nationale, un « réseau » international, constitués d’une tête de réseau à Paris et d’antennes de premier cycle en province, antennes destinées à n’être qu’un vivier de recrutement pour le second cycle parisien. Richard Descoings n’en a rien à faire de l’université de Reims et de son avenir !

Je reconnais que je vois mal l’avenir de l’université de Reims Champagne Ardenne : le scénario 3 (Réseaux éclatés) me semble le plus probable. Le temps n’est pas au beau fixe entre l’université et les collectivités territoriales. Deux faits récents sont pour moi symptomatiques d’un futur problématique. Pas de PRES avec l’UTT et donc une négociation est entreprise avec l’université de Picardie Amiens. Un PRES de 2ème génération, dixit le président de l’URCA, Richard Vistelle, devrait voir le jour en 2011 (5 ans après la création des PRES !). Ce PRES inclurait même la Wallonie ! Où se situerait le siège du PRES ? A Saint-Quentin dans l’Aisne, à mi-distance de Reims et d’Amiens. C’est où Saint-Quentin ?

Deuxième fait : des données statistiques sur les parcours de formation et le devenir professionnel des diplômés en nombre encore trop limité. A l’URCA, la création d’un observatoire était devenue un serpent de mer (Observatoire OSIPE). Des moyens ont été affectés dont un poste d’ingénieur de recherche en 2010. Des moyens, pour quels résultats ? Les résultats de l’enquête 2010 sur les diplômés de master 2007 ne sont pas encore en ligne (chronique : « Masters 2007 : combien de cadres ?« . La nouvelle ingénieur de recherche aurait dû pourtant donner l’exemple de la réactivité : n’est-elle pas devenue en juin dernier vice-présidente de RESOSUP ?

2 Commentaires

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2 réponses à “Reims. Meyer et Sciences Po

  1. rémois

    Merci de ne pas lâcher le combat sur la situation de l’Urca.
    Science Po n’est absolument pas une chance pour l’Urca, car le « college » est construit loin de la fac. Il s’agit de vampiriser un peu plus l’université, comme le fait l’UTT de Troyes.

    Pour que l’Urca relève la tête, il faudrait que l’on réunisse enfin les 3 campus de la ville au même endroit ; le président Vistelle l’avait promis, on attend toujours. Les sommes dépensées pour Science Po auraient peut-être été plus utiles pour ce projet, ou au moins pour rénover les campus Croix-Rouge et Moulin de la Housse qui tombent en ruine.

    On a construit un nouveau campus pour 1200 (maximum) étudiants privilégiés et on laisse tomber les 20,000 autres. Cherchez l’erreur.

  2. Jean-Pierre

    Je partage tout à fait votre analyse. Le raisonnement de Mr Meyer ne tient pas.
    L’implantation de SciencesPo à Reims ne va pas du tout « desserrer l’isolement (de l’Université de Reims)… et permettre d’atteindre une taille suffisante pour résister à l’attraction parisienne ». Dire qu’elle peut être comparée avec l’implantation d’une nouvelle université à Reims est une exagération sans fondement.
    D’abord parce que ScPo n’implante à Reims qu’une antenne de premier cycle. L’afflux d’étudiants prévu est loin de « permettre d’atteindre une taille suffisante pour résiter à l’attractivité parisienne ». D’autant qu’il s’agit de « culture hors sol ». Les étudiants ne viennent pas de la région et leur destination est flèchée : pour leur master, ils iront à Paris.
    Et ces étudiants ne sont pas accompagnés d’un flux proportionnel de professeurs et de chercheurs. Car le modèle économique de Richard Descoings consiste à vendre cher une formation au rabais : 90 % des heures de cours sont faites par des vacataires et 10% seulement par des enseignants-chercheurs de ScPo. Enseigneront donc à l’antenne de Reims, quelques turbo profs de Paris et une grande majorité de vacataires locaux, dont probablement une bonne partie ponctionnée à l’URCA.
    L’accord avec ScPo n’a qu’un seul bénéficiaire, Richard Descoings. Bien que coûteux pour la Région, il ne permet pas de résoudre le problème stratégique de l’URCA, il l’aggrave en la pénalisant deux fois : par la privation de financement et par la captation de ressources professorales