Mon copié-collé à moi

Je soumets actuellement à quelques collègues amis des extraits de livres dont certaines parties présentent des similitudes fortes, voire absolues. Celles-ci m’ont été communiquées par un lecteur du blog. Que peut-on faire et jusqu’où aller dans la dénonciation de la pratique de copiés-collés ? « Elle semble apparaître, certains s’appropriant sans vergogne les écrits d’autres auteurs et, sous prétexte de les commenter, changent seulement quelques mots. Ils considèrent alors apparemment que le « nouveau » texte ainsi créé peut être livré à leur lecteur sans préciser qu’il emprunte tout ou presque à l’auteur censé être commenté et qui n’est guère que… reproduit » (extrait du texte ci-dessous). Blogs de référence : Michelle Bergadaà : « Internet. Fraude et déontologie selon les acteurs universitaires » ; Jean-Noël Darde : « Archéologie du copier-coller« .  

Alain Quemin, professeur de sociologie à Marne-la-Vallée, m’autorise à publier sa réaction ironique sur les « copiés-collés » que je lui ai soumis. « Mon copié-collé à moi ou comment recycler sans scrupules le travail des autres et étoffer son propre dossier scientifique en présentant comme production personnelle et originale le simple changement d’un mot de ci de là dans le texte d’un autre auteur et cela pour ne pas être obligé d’utiliser des guillemets« .

« Je vous invite à découvrir en avant-première le premier paragraphe du manuscrit d’un ouvrage que je projette de publier sous le titre « Lire Les règles de la méthode sociologique de Durkheim au 21ème siècle » ou « Durkheim, Les règles de la méthode, un commentaire contemporain » et qui figurera en bonne place dans ma liste de publications ».

« On est tellement peu habitué, comme le souligne Durkheim, à traiter les faits sociaux scientifiquement que certaines des propositions contenues dans son célèbre ouvrage Les règles de la méthode sociologique risquent de surprendre le lecteur. Cependant, s’il existe une science des sociétés, il faut bien s’attendre à ce qu’elle ne consiste pas –  mais alors pas du tout – dans une simple paraphrase des préjugés traditionnels, mais nous fasse voir les choses autrement qu’elles n’apparaitraient au vulgaire ; car l’objet de toute science est de réaliser des découvertes et toute découverte déconcerte plus ou moins les opinions reçues. A moins donc qu’on ne prête au sens commun, en sociologie comme en d’autres sciences sociales, une autorité qu’il n’a plus depuis longtemps dans les autres sciences – et on ne voit pas (du tout) d’où elle pourrait lui venir – il faut que le savant prenne résolument son parti de ne pas se laisser intimider par les résultats auxquels aboutissent ses recherches, si elles ont été méthodiquement conduites. Si chercher le paradoxe est d’un sophiste, s’en écarter, quand il est imposé par les faits, est d’un esprit sans courage ou sans aucune foi dans la science ».

Certains d’entre vous auront peut-être remarqué une parenté troublante avec le texte original de Durkheim. Mais comment aurais-je pu mettre des guillemets, puisque j’ai changé, de ci, de là, quelques mots sans aucun intérêt pour le propos, mais qui, avec une malhonnêté intellectuelle criante, devraient me permettre de me considérer comme le véritable auteur de cet texte ! Voici le texte original de Durkheim et chacun conviendra qu’il faut des guillemets !!!

« On est si peu habitué à traiter les faits sociaux scientifiquement que certaines des propositions contenues dans cet ouvrage risquent de surprendre le lecteur. Cependant, s’il existe une science des sociétés, il faut bien s’attendre à ce qu’elle ne consiste pas dans une simple paraphrase des préjugés traditionnels, mais nous fasse voir les choses autrement qu’elles n’apparais­sent au vulgaire ; car l’objet de toute science est de faire des découvertes et toute découverte déconcerte plus ou moins les opinions reçues. A moins donc qu’on ne prête au sens commun, en sociologie, une autorité qu’il n’a plus depuis longtemps dans les autres sciences – et on ne voit pas d’où elle pourrait lui venir – il faut que le savant prenne résolument son parti de ne pas se laisser intimider par les résultats auxquels aboutissent ses recherches, si elles ont été méthodiquement conduites. Si chercher le paradoxe est d’un sophiste, le fuir, quand il est imposé par les faits, est d’un esprit sans courage ou sans foi dans la science ».

« Si notre communauté laisse se développer ce type de pratique sans les dénoncer comme des impostures, l’évaluation des textes et des dossiers scientifiques s’apparentera bientôt au jeu des sept erreurs« .

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Une réponse à “Mon copié-collé à moi

  1. Ces pratiques ne portent t’elles pas un nom? En tout cas elles sont si largement répandues chez les étudiants (et même chez certains enseignants), que si l’on n’y prête pas attention il sera bientôt impossible de savoir qui plagie qui, puisque ce phénomène peut être décliné sans fin.
    Ca revient à faire du « neuf » avec du « vieux » et ce n’est pas nouveau. Un nouvel emballage, un autre habillage et le tour est joué: ni vu ni connu, « je t’embrouille » et je peux ainsi endosser la paternité d’un « bien », d’un écrit qui n’est pas le mien mais que je revendique comme tel. C’est tout bénéfice pour son supposé auteur.
    Mais quelles sanctions retenir??? Pour les étudiants reconnus coupables de fraude ou de plagiat c’est assez simple la règle est ZERO TOLERANCE, mais quand il s’agit d’universitaires usant des mêmes stratagèmes on a l’impression que c’est la loi du silence qui prévaut. Est ce bien moral et normal??? A suivre donc avec intérêt, pour éviter qu’une fois encore il n’y ait un régime à 2 vitesses, avec des passe-droits pour certains et des sanctions pour d’autres.

  2. pdubois

    « Pratiques si largement répandues » : rien ne permet actuellement de prouver une large extension. Il faut en tous cas une vigilance extrême : les ressources en ligne permettent une infinité de plagiats, mais à l’inverse les plagiats deviennent plus facilement repérables… Vous avez raison : il ne peut y avoir deux poids, deux mesures pour sanctionner les étudiants et les enseignants plagiaires.