Louis Vogel, président de la CPU

Félicitations, Louis Vogel ! Vous voici président de la CPU, épaulé par deux vice-présidents, Anne Fraïsse et Yvon Berland. Deux ans pour faire progresser les universités vers les lignes définies dans votre profession de foi et approuvées aujourd’hui par une majorité de présidents.

Le bureau que vous conduisez a été élu par 61 voix contre 40 à l’équipe conduite par Alain Beretz (communiqué de la CPU). Ce score n’est pas très loin de celui qui s’est construit sur ce blog au fil d’un scénario en quatre temps : 2 à 1 pour vous (soit 66,66% contre 33,3% !). Certes, j’ai placé le débat entre Alain Beretz et vous-même sur 4 terrains seulement : l’excellence (« 1 » à « 0 » pour vous), le cycle Licence (« 1 » à « 0 »), l’IUT et l’université (« 0 » à « 1 »), l’insertion professionnelle (« 0″ à 0 »), soit un score final de « 2 » à « 1 », score dont je ne suis pas… peu fier (les 4 chroniques sur le « match ») !

Le contexte dans lequel vous prenez la présidence de la CPU est fort compliqué pour les universités, sur tous les plans : financier, économique, juridique, politique et social. En 2007, vous avez appelé à voter pour Nicolas Sarkozy et vous avez soutenu la loi LRU (chronique du 25 mai 2009) ; bien sûr, vous ne prendrez pas position en faveur de telle ou tel candidat à l’élection présidentielle de 2012. A vrai dire, en matière de politique de recherche et d’enseignement supérieur, les projets « droite » et « gauche » pour 2012 ne sont encore que « paroles » et « paroles ». La CPU doit et devra, comme vous vous y êtes engagé, être une force de propositions et d’actions communes.

J’ai eu un grand plaisir à vous interviewer le 14 janvier 2010 (quelques jours après avoir interviewé Alain Beretz !). Un bonheur à discuter vos initiatives. Deux chroniques du blog en sont issues : « 3 parcours différenciés en licence » (ici), « les coûts des diplômes et les indicateurs de performance » (ici). Puis, ce blog a suivi, avec empathie, la naissance et les premiers pas de Sorbonne Universités (cliquer sur le Tag).

Vous défendez, dans votre livre « L’Université, une chance pour la France« , une approche pragmatique des questions universitaires : 10 propositions réalistes pour aller de l’avant. Vous le savez – et les 4 chroniques du « match Beretz – Vogel » vous l’ont rappelé, je suis en désaccord avec vous sur un point-clé. Vous voulez maintenir le cycle Licence dans l’université pour garder un lien fécond entre enseignement et recherche. Fort logiquement, il s’ensuit pour vous 1. que les IUT constituent une partie intégrante des universités et 2. que les rapprochements entre établissements, regroupements dont vous êtes partisans, ne doivent pas se faire selon un modèle unique ; vous êtes, par exemple et pour le moment, hostile à la fusion des 3 universités du PRES Sorbonne Universités.

Le projet de ce blog défend une autre vision de l’avenir des universités, une vision plus ambitieuse mais… hélas non réaliste dans le contexte contemporain. La France est désormais un pays « moyen » en matière de recherche. Elle ne sera visible, lisible et attractive que si elle fait naître rapidement une quinzaine d’universités de recherche, universités réunissant toutes les disciplines et dédiées aux enseignements de master (dont les formations d’ingénieur, de commerce, de management, de sciences politiques…) et de doctorat, universités de 20 à 25.000 étudiants. Une quinzaine d’universités unifiées, et non des PRES de seconde génération, EPCS, FCS, Grands établissements, ou encore universités confédérales ou fédérales. Une quinzaine et surtout pas 5 à 10 initiatives d’excellence, construites actuellement dans la précipitation et dans « l’artificialité » ! Chronique du blog « IDEX. Pire qu’une usine à gaz« .

Pour que ces universités voient le jour, il faut « sortir » le cycle Licence de l’université. C’est le moment historique de le faire. C’est le second dans l’histoire des universités : le cycle « Baccalauréat » a été progressivement sorti de l’université entre le 16ème siècle et le début du 19ème (création des lycées). Il faut discuter la création d’Instituts d’enseignement supérieur, IES mettant fin aux classes supérieures des lycées (CPGE et STS), arrêtant la concurrence stupide et coûteuse entre les IUT et les STS, abandonnant l’idée que le cycle Licence de l’université peut encore être sauvé. Toutes les chroniques du blog sur les IES : cliquer ici.

L’IES, dédié au cycle Licence en 3 ans, est organisé en 2 voies de formation, une voie longue menant aux études universitaires et une voie professionnelle conduisant au marché du travail. Ces deux voies, aussi valorisées l’une que l’autre, doivent être organisées dans les mêmes établissements pour faciliter les réorientations entre les deux voies. Les IES sont des établissements de proximité ; il en faut 600 (de 500 à 2.500 élèves) pour couvrir tout le territoire. Seuls les IES peuvent permettre d’atteindre l’objectif défini par la loi sur l’Ecole : 50% de jeunes des nouvelles générations diplômés du supérieur. Le moyen d’atteindre ce taux passe par des poursuites d’études plus nombreuses chez les bacheliers « professionnels » : les IES sont donc aussi la voie pour démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur. Les 2 voies de formation des IES sont lisibles : elles résolvent l’insoluble problème de l’orientation post-bac et elles évitent de dépenser des dizaines voire des centaines de millions d’Euros pour organiser salons, journées portes ouvertes, évènements « métiers »…

Louis Vogel, la CPU, sous votre présidence, va dédier son prochain colloque annuel au « cycle Licence ». Si la CPU le décide, vous pouvez compter sur ma participation pour y argumenter le projet IES. Le bureau peut aussi compter sur les quelques « expertises » qui soutiennent ce blog. Courage, président Vogel !

3 Commentaires

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3 réponses à “Louis Vogel, président de la CPU

  1. vincent92

    La CPU laisse ici apparaître son vrai visage : au fond, les Présidents d’Université approuvent majoritairement la politique universitaire de Sarkozy (les positions de M. Vogel en matière de sélection, d’augmentation des frais d’inscriptions, ou encore de démocratie toute relative au niveau universitaire sont assez convergentes avec le pouvoir et sont de notoriété publique, les Présidents de la CPU ne pouvaient l’ignorer). Si en 2009, certains Présidents d’Universités ont sincèrement combattu la masterisation ou le sous-financement des Universités, d’autres (cf. les revirements du Président dit de « gauche » Axel Kahn) n’ont en fait retourné leurs vestes que sous la pression des professeurs très fortement mobilisés. Il n’y a donc plus grand chose à espérer de la CPU sinon une grande docilité envers le pouvoir…

  2. pdubois

    La profession de foi du nouveau bureau de la CPU engage celles et ceux qui l’ont signée et celles et ceux qui l’ont approuvée. Elle est un texte de résistance au pouvoir politique en place. Elle exprime deux refus très nets : le désengagement financier de l’Etat et le recul de l’autonomie des universités par des contrôles et des injonctions de l’administration centrale du MESR et des recteurs d’académie.

    Les premières prises de position de la nouvelle CPU seront très éclairantes. engagera-t-elle par exemple un vrai débat sur la réforme nécessaire du premier cycle de l’enseignement supérieur (CPGE, STS, DUT, Licence) ou se contenterea-t-elle de suivre les quelques replatrages annoncés par Vélarie Pécresse. Pour l’instant, j’attends donc de voir !

  3. Louis Vogel

    Merci de vos encouragements et j’espère que vous pourrez participer au débat qui sera lancé avec notre prochain colloque annuel consacré au cycle licence.