SHS : ni Equipex, ni Cohorte

Samedi 22 janvier 2011, ARTE, rediffusion d’un documentaire de 2007, « La tombe 33. Un mystère égyptien » (cliquer ici, visionner sur Dailymotion). « Bien qu’elle dépasse en dimension celles des plus illustres pharaons, cette tombe a abrité un simple serviteur de l’empire, un « prêtre lecteur en chef » du nom de Padiamenopé qui a vécu au VIIe siècle avant Jésus-Christ ». Le documentaire passionnant retrace l’expédition d’égyptologues de l’université de Strasbourg, Annie Schweitzer, responsable des collections, et Claude Traunecker, aujourd’hui professeur émérite (photos de la fouille). Institut d’Egyptologie de l’UdS : cliquer ici.

L’émission d’ARTE m’a donné l’idée du Quiz de dimanche dernier : « Equipex et le pharaon« . Mais pourquoi ce rapport avec les projets Equipex dont 52 ont été retenus le 20 janvier 2011 pour un financement de 340 millions d’euros (dont 80 non « consomptibles ») : cliquer ici. Pourquoi ? Parce que les deux égyptologues ont mentionné l’insuffisance des crédits pour les expéditions. Lire aussi la chronique sur Jean-François Champollion.

Certes, les besoins des archéologues en équipements paraissent a priori limités : pelles, brouettes, balais, pinceaux, cordes, échelles, lampes frontales, appareils photos et caméras, crayons et papier pour dessiner… Mais des investissements lourds sont aussi nécessaires pour traiter et numériser les données, constituer des bases, percer les secrets des objets par l’imagerie électronique… Et puis, il faut financer les missions sur le terrain. Et pourquoi pas aussi des fonds pour le musée d’Egyptologie de Strasbourg, pour l’ouvrir au public, aux fins de mettre en valeur les 6.000 objets des collections ?

L’appel à projets Equipex a privilégié les sciences « dures » et maltraité les Lettres, Langues, Sciences humaines et sociales. Cinq projets SHS seulement sur 52 pour moins de 30 millions d’euros : cliquer ici. Projets tous localisés en Ile-de-France, projets de Grandes écoles et de Grands organismes, n’associant que 3 universités (Paris 1, Paris V et Rennes 1). Une véritable « claque », une humiliation pour les centres de recherche en Lettres et Langues, en Sciences humaines et sociales des universités et du CNRS.

Ces 5 projets ne sont pas des projets SHS : ils sont scientistes (modéliser, modéliser !), « pharaoniques » (des bases et encore des bases), à l’organisation imprécise (quel partage des tâches entre les parties prenantes ?), prétentieux, ingouvernables. Pire, ils me paraissent d’une inutilité sociale pour les citoyens (document présentant les projets). J’aurais préféré qu’Equipex finance les équipements des musées universitaires et du réseau des Maisons des Sciences de l’Homme (site du réseau). Photo ci-contre : la MSH (en construction) de l’université de Bourgogne.

Les 5 projets retenus. Le projet CASD vise « la création d’une infrastructure hautement sécurisée permettant aux chercheurs d’accéder à des bases de données individuelles détaillées. Il permettra des tris de fichiers issus de différentes enquêtes existantes et fournira à des utilisateurs des outils de modélisation ». D-FIH veut constituer une « base de données exhaustive, harmonisée et documentée sur les marchés boursiers français depuis 1800 ». DIM SHS veut « développer une plateforme de collecte et de diffusion de données pour la recherche qualitative et quantitative en SHS ».

MATRICE est une « plateforme multi-factorielle, multi-échelle et multi-disciplinaire pour la mémoire individuelle et la mémoire sociale, basée sur la modélisation du corpus des témoignages écrits, oraux et audio-visuels de deux tragédies de l’histoire contemporaine : la seconde guerre mondiale et les attentats du 11 septembre 2001. New Aglae vise « la rénovation et la mise à jour de l’accélérateur mise en place en 1988 au Musée du Louvre pour l’analyse chimique non invasive des oeuvres d’art » = manque de fonds récurrents pour ce Musée.

Et l’appel à projets « Cohortes » des Investissements d’avenir ? Les résultats en ont été communiqués en début de semaine : 10 lauréats pour 200 millions d’euros (cliquer ici et ici). « Les cohortes constituent l’un des instruments de référence de la recherche en santé publique. Elles permettent d’étudier les déterminants biologiques, sociaux, comportementaux, économiques et environnementaux de la santé ». Les SHS sont concernées par l’étude des déterminants de la santé. Figurent-elles parmi les lauréats ? Non. Nouvelle « claque » : 7 projets pour l’INSERM. Pourquoi ce grand organisme ne peut-il fixer lui-même ses priorités ? Pourquoi gaspiller de l’argent pour réunir un jury international ? Quel est d’ailleurs le coût d’un tel jury et du Commissariat général à l’investissement ? Seulement 4 universités concernées : Paris Sud Orsay, Bordeaux, Versailles Saint-Quentin, Claude Bernard Lyon 1, i.e quatre universités qui possèdent une composante « Médecine ». Exeunt les centres de recherche SHS, spécialisés dans les recherches sur la Santé. Photo ci-contre : la MESHS de Lille.

Et une pensée pour la maître de conférences en immunologie dont j’ai parlé dans la chronique « HDR. Leçons d’une soutenance« . Le labo auquel elle appartient (université de Strasbourg, CNRS et INSERM) n’a pas été retenu parmi les lauréats Equipex. Il n’a pas postulé à l’appel à projets « Cohortes » alors que la méthodologie de la recherche, présentée dans l’HdR, mobilise le suivi d’une cohorte de malades.

Valérie Pécresse avait déclaré que les Sciences humaines et sociales étaient concernées, au même titre que les autres sciences, par les investissements d’avenir. Effets d’annonce démentis par les faits. Les Lettres, Langues, Sciences humaines et sociales devraient être au coeur de l’université de demain. Elles sont écartées et humiliées. Elles ont, plus encore que les autres sciences, besoin de fonds récurrents. La ministre et le gouvernement auquel elle appartient sont incapables de le comprendre. Qu’ils s’en aillent donc !

Commentaires fermés sur SHS : ni Equipex, ni Cohorte

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Une réponse à “SHS : ni Equipex, ni Cohorte

  1. « J’aurais préféré qu’Equipex finance les équipements des musées universitaires et du réseau des Maisons des Sciences de l’Homme (site du réseau). »

    Le réseau des MSH a-t-il déposé un dossier ? (c’est une vraie question, je serai curieux d’en connaître la réponse)

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  3. Michel

    Le projet MATRICE (p. 27 du pdf), consistant en une « Plateforme multi-factorielle, multi-échelle et multi-disciplinaire pour la mémoire individuelle et la mémoire sociale, basée sur la modélisation mathématique du corpus des témoignages écrits, oraux et audio-visuels de deux tragédies de l’histoire contemporaine: la Seconde Guerre Mondiale et les attentats du 11 septembre 2001 » grâce à « 200 capteurs ‘Inspot' » est… un canular !

    C’est tellement débile que ça passe inaperçu. Trop fort, non ?
    .

  4. Whadyasay

    @ Michel : vous avez une source pour ce que vous affirmez ? On aimerait y croire, mais…