Insertion des M2 : quels salaires ?

Admission post-bac. Faut-il, après le baccalauréat, choisir une formation en fonction des débouchés des masters ? Ma réponse à cette question est non conformiste : non ! sauf si la/le futur(e) bachelier(e) a un projet professionnel déterminé. Non, pour plusieurs raisons. 1. Les débouchés recensés par les enquêtes concernent les diplômés 2007 ou antérieurs. 2. Impossible de prédire aujourd’hui l’état du marché du travail en 2016 ou en 2017. 3. Aucune enquête comparative – dans le temps et dans l’espace des universités – ne fournit de résultats suffisamment détaillés (cf. les résultats de l’enquête analysée dans cette chronique). Que faire alors si on projette des études longues ? Eviter les formations trop spécialisées, dites « tubulaires » dans le jargon académique. Il y en a hélas beaucoup (chronique : « 10.076 formations post-bac« ).

3.067 diplômés de master, formés et diplômés par les 7 universités de la Région Nord Pas-de-Calais (NPdC), ont affronté le marché du travail durant l’été ou l’automne 2007. 3.067 : des régions ont-elles fait mieux ? Je ne connais qu’une seule étude régionale relativement comparable : celle publiée par le PRES Université de Bordeaux (chronique « Bordeaux. L’insertion des M2« ). Avec ses 3.151 diplômés 2007, l’Aquitaine l’emporterait-elle de peu sur le NPdC ? Peut-être non, car cette population du Sud-Ouest comprend les diplômés qui ont poursuivi des études après l’obtention de leur master, ce qui n’est pas le cas pour l’enquête lilloise ! Quand les enquêtes seront-elles enfin comparables ? L’Aquitaine et le Nord Pas-de-Calais donnent le bon exemple aux universités des autres régions : celui de l’agrégation régionale des enquêtes faites par les Observatoires des universités du PRES de référence (deux d’entre eux : l’OFIP de Lille 1 et l’OFIVE de Lille 3).

Progresser encore car il faut des enquêtes exhaustives, distinguant certes diplômés de masters professionnels et de masters « recherche », diplômés en emploi ou en recherche d’emploi et diplômés en poursuites d’études, diplômés en formation initiale et diplômés en formation continue, diplômés français et diplômés étrangers. Le devenir (professionnel ou d’études) de ces différentes populations doit être publié dans un seul et même document ! C’est une des conditions pour mesurer la performance de l’offre régionale de masters (un fort taux de poursuite d’études hors-doctorat constitue a priori une piètre performance). Je désespère de voir un tel document, un jour !

Un observatoire pionnier : l’ORES. L’observatoire régional de l’enseignement supérieur du PRES Lille Nord de France vient de publier les résultats de l’enquête 2009 menée auprès de 3.067 diplômés de master en 2007 : le rapport d’enquête. La publication ne concerne que les diplômés en formation initiale, français et n’ayant pas poursuivi d’études en 2007-2008 et en 2008-2009, en particulier en doctorat. Je n’ai pas trouvé l’information : s’agit-il seulement des diplômés de master professionnel ?

88,7% de ces diplômés de master avaient obtenu un baccalauréat général (45% un bac scientifique) et seulement 0,4% un bac professionnel. 36,5% ont un père « cadre ou profession intellectuelle supérieure » et 16,5% un père « profession intermédiaire ». Age moyen à l’obtention du diplôme : 24,3 ans (soit un parcours de 6 ans pour un bac obtenu à l’âge « attendu »). Ces variables sociodémographiques ne sont cependant pas utilisées dans l’analyse du devenir professionnel.

Les taux d’emploi (et de chômage) et les caractéristiques de l’emploi sont meilleurs pour les diplômés de master en sciences énocomiques / gestion et en sciences fondamentales et appliquées que pour les diplômés de Lettres, Langues, Arts, et à un tire moindre pour ceux de Sciences humaines et sociales et Sciences de la vie et de la terre. Ce sont des résultats habituels et la Région NPdC ne se distingue donc pas des autres régions.

Les diplômés de master en sciences économiques et gestion sont les plus nombreux (1.134 diplômés soit 37% de l’ensemble), les diplômés en sciences ne sont que 27,6% (844 diplômés). Ce résultat pose-t-il problème aux 7 universités ? Ont-elles discuté sérieusement de leur offre de formations de masters ? Combien de diplômés de master en sciences ont-ils poursuivi des études en doctorat ?

En décembre 2009, soit 30 mois environ après l’obtention du diplôme, 91,3% des diplômés de master 2007 étaient en emploi, 8,2% étaient en recherche d’emploi et 0,5% était en inactivité (ces résultats sont proches de ceux observés dans l’enquête de la DGESIP. Le taux de chômage le plus faible est observé en Sciences humaines et sociales (6,5% pour 392 diplômés) : ce résultat mérite d’être souligné, même si les conditions d’emploi de ces diplômés ne sont pas éblouissantes (lire infra). Le taux de chômage en sciences économiques et gestion ainsi qu’en sciences est un peu inférieur au taux moyen ; le taux dépasse par contre 10% en AES (42 diplômés), en Lettres, Sciences du langage et Arts (212 diplômés) et en STAPS (60 diplômés).

Le taux d’emplois stables approche les 80%. Il est largement meilleur en sciences économiques et gestion (86,6%) et en sciences fondamentales et appliquées (89,9%). Il est inférieur à 70% en Lettres, Langues, Arts et SHS (65,2%) et sciences de la vie et de la terre (66,1%). Le taux de féminisation de ces filières étant important, il s’ensuit que le taux de contrats stables est plus fort chez les diplômés hommes (85,1%) que chez les diplômées femmes (75,3%).

66,3% des diplômés sont cadres, ce qui est le statut attendu pour un diplômé de master. 24,2% sont professions intermédiaires et 9,5% employés ou ouvriers. Sont plus souvent cadres les diplômés de sciences économiques et de gestion, de sciences fondamentales et appliquées. Le sont moins que la moyenne les diplômés des disciplines concernées par un taux faible de contrats stables.

70% des diplômés de master en emploi travaillent dans une entreprise privée, 15% dans la fonction publique et 8% dans une association… De nouveau, la même opposition entre les disciplines que pour les caractéristiques précédentes de l’emploi : 82% des diplômés de Sciences travaillent dans le privé ; 19% des diplômés de LLASHS ont un emploi dans une association.

Et le salaire mensuel net ? Cette dimension de l’emploi n’a pas été recueillie par l’enquête de la DGESIP. Elle l’a été en région NPdC. Le salaire moyen est de 1.908 euros et le salaire médian (50% gagnent plus et 50% gagnent moins) est de 1.800 euros, ce qui est peu pour des diplômés de bac+5, 30 mois après l’obtention du diplôme. Le tableau de la page 20 réfère les salaires à la discipline du master, à la catégorie professionnelle de l’emploi, au type d’employeur, et au sexe. Dommage que ce tableau n’oppose pas deux populations extrêmes. Combien gagnent en moyenne les diplômés de gestion, ayant le statut de cadre dans une entreprise privée ? Combien gagnent les diplômées de lettres et langues, ayant le statut de profession intermédiaire ou d’employé dans une association ? Il y a probablement un écart voisin d’1 à 2 : plus de 2.000 euros pour les premiers, moins de 1.300 euros pour les secondes (et encore si elles travaillent à temps complet !).

Malheureusement, l’enquête de l’ORES ne va pas jusqu’à ce niveau de détail. Le document est bien fait, fort clair ; une note en bas de chaque tableau indique comment il faut lire les résultats ; le tableau de la page 26 compare les différentes dimensions de l’emploi selon la discipline des masters : à lire en priorité. Je me dois cependant de poser la question : les résultats publiés sont-ils utiles aux étudiants qui sont en fin de licence et qui souhaitent poursuivre des études en master ? La réponse est clairement : « Non ». Les résultats ne sont pas publiés université par université, spécialité de master par spécialité. D’ailleurs le nombre de masters n’est pas indiqué. Le seul document vraiment utile pour l’orientation des étudiants de licence est le répertoire de tous les emplois réellement occupés par les diplômés de chacun des masters, avec pour chacun d’entre eux le type de contrat, la catégorie professionnelle, le type d’employeur, le secteur d’acitvité, le temps de travail, le salaire.

Ces répertoires montrent la diversité non négligeable des emplois et des conditions d’emplois à l’issue de chaque master. Il faut le rappeler sans cesse aux candidats qui veulent s’inscrire en deuxième cycle. Il y a bien sûr des masters qui ont globalement de meilleurs débouchés professionnels que d’autres : mais certains des diplômés d’un master excellent peuvent avoir de mauvaises conditions d’emploi et l’inverse est également vrai. Certes, le rapport de l’ORES démontre les inégalités Hommes / Femmes, mais il ne démontre pas l’influence du baccalauréat et de l’origine sociale. Rappelons l’importance des relations familiales et professionnelles pour accéder à l’emploi et à un bon emploi : celle-ci sont inégalement réparties selon les origines sociales.

Commentaires fermés sur Insertion des M2 : quels salaires ?

Classé dans C. Hauts-de-France (Nord Pas-de-Calais Picardie), C. Nouvelle Aquitaine (Aquitaine Poitou Charentes)

Une réponse à “Insertion des M2 : quels salaires ?

  1. Olivier

    « Rappelons l’importance des relations familiales et professionnelles pour accéder à l’emploi et à un bon emploi : celle-ci sont inégalement réparties selon les origines sociales. »

    Mais pas seulement : les associations d’anciens étudiants, la stabilité dans le temps des formations et des diplômes, la volonté des établissements de faire connaître et de défendre leurs formations sur le marché du travail auprès des acteurs économiques sont aussi importants. Or aucune université aujourd’hui ne fait du lobbying et fait réellement la promotion de ses cursus…

    Sur les associations d’étudiants, comparez celles de l’ENSAM ou de HEC avec les quelques associations de mastérisés de l’université et vous verrez comment elles exercent une influence sur l’insertion professionnelle et le niveau de rémunération des diplômés. Dans un pays où le diplôme a un poids énorme sur le devenir professionnel des salariés (même après vingt ans d’expérience professionnelle), la place d’un diplômé dans le monde du travail se joue aussi par des réseaux professionnels et d’anciens. Or l’université n’a jamais été capable de créer ce type de synergie…

  2. pdubois

    Parfaitement d’accord avec vous, Olivier. En dépit de certains progrès, les universités sont moins « équipées » que les Ecoles pour négocier des « arrangements institutionnels » avec les entreprises, par le biais éventuellement d’associations d’anciens.

    Plus de développements dans ma chronique « Les universités et les partenariats économiques »

    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/11/26/insertion-universites-et-partenariats/

  3. Olivier

    Cela fait quelques mois maintenant que je consulte régulièrement les blogs d’éducpros et, à leur lecture, il me vient quelques questions un peu provocatrices (mais sait-on jamais, j’aurais peut-être enfin des réponses…).

    Pourquoi en France méprise-t-on autant l’université au profit des seules classes préparatoires et des « grandes » écoles ? Par exemple, il vaut mieux intégrer l’IAE dans une école de commerce que d’intégrer une école de commerce dans un IAE… Un label école c’est l’excellence, un label université, c’est quoi?

    Pourquoi certains ne voient dans les étudiants à l’université qu’une bande de « glandeurs » incapables de travailler ou de s’insérer professionnellement ?

    Pourquoi le taux d’échec à l’université est mal vu ? (contradictoire avec la question précédente pour ceux qui pensent sur l’université est nulle). Le taux d’échec en premier cycle ne serait-il pas le constat que les études universitaires en formation INITIALE n’est pas faite pour « tout le monde » ou pour 50% d’une classe d’âge ? Quelle est alors la place pour la formation continue ? Pourquoi les universités ne construisent-elles pas leurs cursus sur le modèle du CNAM ?

    Pourquoi les universités (administration et enseignants) ne se sont jamais intéressées au devenir professionnel de leurs étudiants ?

    Pourquoi les universités ont toujours refusé de voir leurs formations en concurrence avec les grandes écoles en se cachant derrière la notion de « service public » ?

    Pourquoi les réformes de l’enseignement supérieur ne toucherait-elle que les universités et pas les grandes écoles ? Autrement dit, pourquoi personne ne veut remettre à plat tout l’enseignement supérieur en France et se contente de faire du « médiatiquement correct », à savoir créer des admissions parallèles « spéciales banlieues » à l’IEP de Paris ou admettre 30% de boursiers en classes préparatoires…?…

    Pour vous, LMD signifie « diplômes » ou « grades universitaires » ? Si ce sont des grades universitaires, pourquoi des établissements d’enseignement supérieur n’ayant pas le statut juridique d’université ont-ils le droit de délivrer des licences, masters et doctorats ? Qu’ont fait les acteurs de l’université pour dénoncer l’application de la réforme LMD aux « grandes » écoles ?

    Pourquoi n’y a-t-il aucune étude concrète sur le poids d’un système dual d’enseignement supérieur dans les mentalités françaises et son impact sur les recrutements, l’évolution professionnelle, l’insertion dans le privé et le public ?

    Le marché du travail en France ne fonctionnerait-il pas par strates quasi-imperméables (les diplômes d’écoles permettant d’accéder à des postes de responsabilité bien rémunérés, les diplômes universitaires à des postes subalternes mal payés) ?

    Pourquoi le poids des diplômes est trop important tout au long d’une carrière professionnelle en France ?

    Pourquoi n’y a-t-il aucune étude sur le phénomène de déclassement social des diplômés à bac+5 sortis des universités et de l’impact de ce déclassement sur l’enseignement supérieur, les diplômes, la formation et les comportements dans l’administration ou les entreprises ? N’y aurait-il pas à moyen terme des dégâts lourds de conséquences pour les entreprises et les administrations (que dire par exemple des diplômés du supérieur préparant des concours de niveau C ou B de la fonction publique par exemple…) ?

    Voilà, en espérant qu’il y aura des réponses parce que j’ai quand même l’impression que ça ne tourne pas vraiment rond dans ce pays depuis trente ans…

  4. Merci, Olivier, pour ce très long commentaire. Impossible de répondre à chacune des questions légitimes dans un commentaire à votre prpore commentaire.

    Le projet politique du blog « Histoires d’universités » est la création d’Instituts d’enseignement supérieur, dédiés au cycle Licence en 3 ans, l’université se dédiant aux masters, écoles d’ingénieurs, de commerce et de management, de sciences politiques.. et aux doctorats.

    L’IES sortirait donc le cycle licence et l’IUT de l’université, les STS et les CPGE des classes supérieures des lycées. Tous les bacheliers poursuivant des études supérieures se retrouveraient donc dans un seul type d’établissement, l’IES

    Chaque IES, établissement de proximité, comporterait deux voies en 3 ans : une voie longue préparant aux études universitaires et une voie professionnelle préparant au marché du travail (la voie professionnelle fusionnant les ex DUT et BTS).

    Je ne vais pas plus loin dans ce commentaire : lire toutes les chroniques sur les IES (TAG) en commençant par la plus lointaine dans le temps…

    Ce qui est sûr, c’est que votre commentaire m’incite à poursuivre le combat pour la création d’IES !