Archives mensuelles : janvier 2011

Le franc-parler de la CPU

La CPU est entrée en résistance. L’équipe de Louis Vogel met en application sa profession de foi : critiquer la politique gouvernementale si cela lui paraît nécessaire. Et c’est aujourd’hui le cas pour le budget 2011 des universités.

L’assemblée plénière de la CPU (c’est-à-dire pas seulement le bureau et le conseil d’administration, mais tous les présidents) s’est mise d’accord pour publier un communiqué critiquant la répartition des moyens 2011 aux universités. Il faut lire et relire ce communiqué, tant il donne du baume au coeur : cliquer ici.

C’est un communiqué de vérité et de dignité, un communiqué précis, argumenté, rigoureux et surtout courageux : il faut des moyens récurrents en hausse pour les universités aux fins de répondre aux défis contemporains de l’enseignement et de la recherche ; les « Investissements d’avenir » ne sauraient remplacer ces fonds récurrents ; il faut être équitable vis-à-vis de toutes les universités ». Valérie Pécresse n’a tenu aucun compte du travail effectué par la CPU : ce n’est pas digne d’un ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche !

La CPU doit marquer le coup, faire un geste symbolique : boycotter les voeux de la ministre. Ils devraient avoir lieu mercredi 26 janvier 2011 ; ils deviendraient honteux aux yeux du pays si les présidents n’étaient pas présents. Chronique de ce blog : « Valérie 2011. Voeux ou bêtisier ?« . Les personnels enseignants et BIATOSS, les étudiants de toutes les universités doivent encourager leurs présidents à boycotter les voeux de Valérie Pécresse. J’ai envie de dire ce soir, alors que je n’ai jamais hésité à critiquer la CPU (cliquer ici) : « j’aime cette nouvelle CPU ! »

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Un comité de sélection "bidon"

S’indigner ne sert-il à rien ? Chronique : « Je cesse de m’indigner ? » Message électronique envoyé par un président de « commission permanente » aux enseignants de son université, susceptibles de faire partie du Comité de sélection pour le recrutement d’un professeur.

« Je vous remercie d’avoir répondu au doodle préparatoire à notre réunion. Mais finalement cette réunion n’a plus de raison d’être. En effet, la direction de l’université vient de m’indiquer que la demande du laboratoire et de la composante du poste de professeur, demande qui a pour but de stabiliser un enseignant-chercheur contractuel effectuant actuellement ses recherches au Laboratoire », [est reportée]. « Pour des raisons techniques, [la direction] est conduite à prolonger d’un an son contrat de travail financé par ce support. En conséquence, il n’est malheureusement pas possible d’ouvrir le concours de Professeur à la campagne 2011″.

« Il n’est donc pas nécessaire que la commission permanente se réunisse pour proposer un comité de sélection. En accord avec la direction du Laboratoire, la republication de ce poste devra faire l’objet d’une nouvelle demande pour la campagne 2012. Elle sera considérée comme prioritaire par la direction de l’université. Avec toutes mes excuses pour avoir mobilisé inutilement »…

Qu’est-ce qui est indignant dans ce message ? 1. Certaines de mes indignations sont liées à la LRU ; 2. d’autres à la déontologie des concours de recrutement. 1.1. Le message confirme le pouvoir fort, trop fort des directions des universités dans le cadre de la loi LRU. La direction de cette université accepte la publication d’un poste de professeur et change d’avis au mépris des souhaits formulés par un laboratoire et une composante d’enseignement ; ceux-ci ne protestent pas, acceptent le report du concours à la prochaine campagne. 1.2. Cette direction ne prend même pas soin d’expliquer l’annulation de sa première décision. Elle invoque des « raisons techniques » ; j’imagine que ces raisons sont en fait des « raisons budgétaires », mais lesquelles ?

1.3. La tendance, accentuée par la LRU et par les appels à projets de l’ANR et de l’Europe, est celle de la contractualisation des enseignants-chercheurs : on en a là un bel exemple. La direction de cette université ne s’embarrasse pas de garder, un an de plus, un de ses enseignants-chercheurs sur un contrat. La stabilisation sur un poste de fonctionnaire attendra ! 1.4. Autre tendance accentuée par la LRU et par les investissements d’avenir : celle de recrutements pour la recherche d’abord, les besoins en enseignements devenant, de plus en plus souvent, la « 5ème roue du carrosse ». Je suppose que le contractuel concerné fait surtout de la recherche et ne s’investit que peu dans l’enseignement ; ce sera encore ainsi pendant une année de plus.

2. La déontologie des concours de recrutement est mise à mal. Le concours, prévu puis reporté d’un an, est un concours ad hominem. « La demande a pour but de stabiliser un enseignant-chercheur contractuel effectuant actuellement ses recherches au Laboratoire ». Le président de la commission permanente ne s’en offusque pas, au contraire. Il est clair que le profil défini pour le poste signifie un recrutement dans l’équipe de recherche qu’il dirige ! Bien sûr, je ne suis pas naïf : beaucoup de recrutements sont « ad hominem », les comités de sélection ne faisant que confirmer ce qui est déjà décidé.

Mais oser écrire le message ci-dessus démontre que la déontologie des concours qui impose « égalité de traitement des candidats » et « exigence de recruter la ou le meilleur(e) » est de plus en plus malmenée. D’autres exemples dans la même discipline : « Promotion profilée au fil de l’eau« , « Soupçon de népotisme« .

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10.076 formations post-bac

Admission post-bac, c’est parti ! Cliquer ici. A compter d’aujourd’hui et jusqu’au 20 mars 2011, les élèves de classe terminale, qui souhaitent poursuivre des études supérieures, peuvent saisir en ligne leurs souhaits de suivre tel ou tel type de formation, les principales filières étant : BTS, CPGE, DUT, Licence. Combien de voeux ? Un maximum de 36, mais 12 au maximum par filière. Ces voeux doivent être classés par ordre de préférence : l’ordre pourra cependant être modifié jusqu’au 31 mai.

Admission post-bac est un outil technique fort bien fait, multifonctionnel (saisie des voeux, informations détaillées sur les différentes formations… et possible outil d’analyse de l’offre de formation). C’est un outil efficace : il accélère les admissions et permet de ne laisser auxun élève sur « le carreau ». Je viens d’explorer le site pendant plus d’une heure, aux fins d’analyser l’offre de formation de 1ère année : aucun bogue, le jour même de l’ouverture des voeux, bravo ! Les deux ministres, en déplacement dans un lycée parisien, « vantent le produit » (cliquer ici).

Combien de spécialités de formation ? Cliquer ici. 15 grands types de formation, rangés par ordre alphabétique : 15, c’est déjà trop. Je ne cite que les principales : BTS/BTSA, CPGE, DUT, Métiers d’Art, Ecoles d’architecture, Formations d’ingénieurs, Licences, Prépas des professions paramédicales et sociales. Combien de spécialités pour le BTS / BTSA ? 124. Combien pour la CPGE ? 3 filières et 19 voies. Combien pour le DUT ? 45. Combien pour la licence ? 56. Combien pour l’ensemble des 15 types de formation offerts ? 364. Oui, les futurs bacheliers ont le choix entre 364 formations différentes ! Offre de formation pléthorique et donc illisible.

Bien entendu, les futurs bacheliers vont choisir une formation en fonction de sa localisation. Le site propose de « trier » les formations par région, académie (l’Ile de France et Rhône-alpes ont plusieurs académies), par département et par ville. Une même formation étant proposée dans plusieurs régions, départements, villes, il s’ensuit une multiplication des offres. Combien en tout ? 10.076 (dont 957 en alternance). 5.407 localisations pour le BTS (dont 3.953 dans le public), 841 pour les CPGE, 880 pour les DUT, 63 pour les métiers d’art, 21 écoles d’architecture, 156 formations d’ingénieur post-bac, 2.257 licences, 95 préparations aux formations paramédicales et sociales.

Les formations universitaires sont minoritaires : 2.257 licences et 880 DUT, soit 3.137 (31% des formations). Les formations supérieures des lycées sont majoritaires : 5.407 BTS, 841 CPGE, 63 Métiers d’art, 95 prépas aux formations paramédicales et sociales (63,5% des formations). Les autres formations sont proposées en dehors des lycées et des universités. Les formations universitaires me semblent battues dès le départ à cause de cette disproportion de l’offre. Les lycées sont gagnants ! A noter également que seules les 2.257 localisations de licence universitaire sont libres d’accès : toutes les autres possibilités (soit plus de 75% des possibilités post-bac) font l’objet d’une sélection à l’entrée. L’université est engagée dans un combat à armes inégales !

Ces chiffres énormes (364 types de formations et 10.076 formations localisées) résument l’irrationnalité de la situation française : c’est trop, beaucoup trop ! Que résulte-t-il de cette pléthore de l’offre ? L’orientation, quels que soient les réformes, les portails, les outils techniques, les palmarès, les salons et les journées portes ouvertes, l’implication des personnels de l’orientation, sera toujours un rocher de Sisyphe… et un gouffre financier ! 

Ce qu’il faut réformer d’abord, c’est l’offre de formation. Il faut la simplifier ! C’est le projet que porte ce blog avec la création d’Instituts d’enseignement supérieur, préparant à la licence, en dehors des universités, dédiées désormais aux seuls masters, écoles d’ingénieur, de commerce, de management, de sciences politiques.. et doctorats (tag IES). Les IES permettraient de rendre l’offre de formation post-bac plus simple et plus lisible : elle serait limitée à une trentaine de filières au plus (et non 364 !).

Admission post-bac est fort utile pour analyser la répartition de l’offre de formation post-bac sur le territoire. Elle est bien sûr, inégalement répartie, et c’est logique : il y a plus de formations proposées dans les grandes villes que dans les petites. Mais, derrière cette inégale répartition géographique, se glisse une forte hiérarchisation des territoires, source d’obstacles à la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur. Ce sera l’objet d’une prochaine chronique ! Toutes les choniques de ce blog sur l’orientation (ici) et sur les parcours de formation (ici).

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InEx 3. Forum franco-allemand

Troisième chronique sur les « Initiatives excellentes ». 12ème « Salon européen de recrutement et de l’étudiant. Forum franco-allemand« , Strasbourg, 26 et 27 novembre 2010. 35 photos : cliquer ici. Le Forum franco-allemand, qui a le statut d’association (ici), est une manifestation de l’Université franco-allemande (ici).

« L’UFA joue un rôle d’expert dans les relations universitaires franco-allemandes. Son objectif est de renforcer la coopération entre la France et l’Allemagne dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. A cette fin, l’UFA s’attache à promouvoir les relations et les échanges entre les établissements d’enseignement supérieur français et allemands, notamment pour assurer la mise en oeuvre des cursus binationaux et des programmes franco-allemands dans le domaine de la formation doctorale et de la recherche ».

Pourquoi ce Forum est-il, selon moi, une « initiative excellente » ? 1. Parce qu’il est… franco-allemand, au coeur de l’avenir de l’Europe unie. 2. Parce qu’il incite les étudiants à la mobilité d’un pays à l’autre. 3. Parce qu’il les persuade de devenir bi-lingues. 4. Parce que j’ai rencontré, sur les stands, des personnels des universités qui croient au projet et qui s’y impliquent fortement (le Forum a lieu le vendredi et… le samedi). Ce sont eux qui donnent aux étudiants l’envie de « bouger » et de réaliser leurs projets.

Formations de licence ou de master, organisées en partenariat avec une université de l’autre pays : cursus intégrés, doubles diplômes, parcours transfrontaliers, cursus spécialisés sur l’Allemagne (réseau EUCOR…). Universités présentes sur le Forum  : les deux universités d’Alsace (Strasbourg et Haute-Alsace Mulhouse), l’université de Metz Paul Verlaine, l’université de Dauphine, l’IAE d’Aix-en-Provence, l’université Louis Lumière Lyon 2, l’université de Bielefeld (photos des stands et de leurs animateurs)… Et le CIERA, Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne (site).

Mais cette « initiative excellente » se heurte à un problème en amont : le déclin de l’apprentissage de la langue allemande dans l’enseignement secondaire et dans l’université et, en conséquence, la diminution inéluctable du nombre de professeurs d’allemand. Ces enseignants sont la clef de voûte des échanges et des partenariats franco-allemands !

Il n’est pas si éloigné le temps où choisir une classe « allemand – latin » constituait la filière d’excellence. Pourquoi les élèves, les étudiants fuient-ils, aujourd’hui et de plus en plus, l’apprentissage de la langue allemande ? Parce que c’est une langue difficile ? Non ! Parce que la maîtrise de l’anglais ou de l’espagnol semble plus rentable dans le monde d’aujourd’hui ? Non ! Le déclin, selon moi, est dû à la primauté de la filière scientifique et technologique dans les lycées : « fais un bac S et tu auras tous les choix possibles de poursuite d’études dans le supérieur ».

La filière S, « filière d’excellence », est pourtant un échec : le nombre d’étudiants en sciences a nettement diminué dans les 15 dernières année. Il faut remettre les Humanités, les lettres et les langues, au centre de l’enseignement du collège et du lycée. Moins d’étudiants en sciences au lycée conduirait, peut-être / sans doute, à une remontée des effectifs en sciences à l’université !

Et c’est pourquoi, en définitive, le forum franco-allemand est une « initiative excellente » : il matérialise le défi de l’université de demain ; il rappelle les « fondamentaux ». Mettre les Lettres, les Langues, les Arts, les Sciences humaines et sociales au coeur de l’Université « Oeuvre totale » (chronique : « Imiter la Sécession viennoise« ). Ces disciplines, dans les regroupements en cours en France, ne sont pas l^à pour apporter un « supplément d’âme » ; elles doivent être « l’âme même » de l’Université, son sens, son guide. Ces disciplines, trop méprisées actuellement, doivent, au contraire, être portées au pinacle. Elles le méritent. Sans elles, l’Université n’a pas d’avenir ! 

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InEx 2. Histoire d'universités

Deuxième chronique « Initiatives excellentes ». Elle est consacrée à deux livres d’Histoire, écrits par des universitaires. Le premier retrace l’histoire de l’université de Strasbourg. Le second est un recueil d’études sur la Normandie médiévale, écrites pour François Neveux, professeur à Caen, à l’occasion de son départ en retraite. Quiz historique. Point commun entre l’université de Strasbourg et l’université de Caen ?

Deux initiatives excellentes. Les universités devraient toutes faire écrire une histoire critique de leur passé. Les livres d’hommage constituent un superbe cadeau pour le récipiendaire. Les professeurs d’histoire et de géographie mettent les sciences humaines et sociales au coeur des questionnements contemporains. Quelle Université pour demain ? Quelles régions politiques, économiques, culturelles et sociales pour demain ? L’université dans et pour le territoire : les IDEX, en excluant certaines des régions françaises, oublient cet enjeu historique fondamental (chronique : « IDEX. Pire qu’une usine à gaz !« ).

Georges Bischoff (ici) et Richard Kleinschmager (ici), L’université de Strasbourg, Cinq siècles d’enseignement et de recherche, 2010, La Nuée bleue, 299 pages. Superbe iconographie. Première partie. Histoire de l’université fondée en 1621. 1. La fille du livre et du Rhin (Moyen-Age), 2. De l’humanisme aux Lumières… Seconde partie. L’université aujourd’hui. « Une université interdisciplinaire, internationale et innovante au coeur de l’Europe ». Quatre chapitres consacrés aux quatre grands champs scientifiques. Mais pourquoi donc les Arts, Langues, Lettres, Sciences humaines et sociales sont-elles reléguées en 4ème chapitre alors qu’elles ont été au coeur de la naissance de l’université de Strasbourg ? Hiérarchisation implicite des sciences ? Je ne peux le croire car les Humanités et les SHS sont au coeur d’une sécession possible pour fonder une Université, « Oeuvre totale »  (chronique : « Imiter la Sécession viennoise« ).

Cahiers des Annales de Normandie, De part et d’autre de la Normandie médiévale. Recueil d’études en hommage à François Neveux, Caen, Musée de Normandie, n°35, 2009, 530 pages. François Neveux a été professeur d’Histoire médiévale à l’université de Caen jusqu’en 2009 : les livres qu’il a écrits, sa photo en janvier 2011 à l’occasion de la sortie d’un nouveau livre « La Normandie. Des origines à nos jours ». Trois parties dans le recueil d’études : « Politiques, guerre et châteaux au Moyen-Age » ; « Economies et sociétés normandes » ; « Des églises et des clercs ». Dommage cependant qu’aucun des articles ne soit consacré à l’histoire de l’université de Caen, fondée en 1432.

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Classé dans AE. Histoire médiévale, AF. Histoire 16-17èmes siècles, AH. Histoire 19-20èmes siècles, BF. Quiz, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

InEx 1. Etudiants & Développement

« Je cesse de m’indigner ?« . Quelquefois, j’en ai envie (lire la chronique) ! Je m’indigne des initiatives d’excellence (IDEX) alors qu’aucune université n’a refusé d’y aller ! S’indigner pour rien ? Les IDEX m’exaspèrent parce qu’elles ont été élaborées sans consultation des principaux intéressés, loin des préoccupations des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche, des étudiants et parce qu’elles auront une gouvernance… ingouvernable (chronique : « IDEX. Pire qu’une usine à gaz« ).

Il paraîtrait même que certaines des 17 IDEX (liste sur le site du MESR) ont été conçues et écrites non pas par les directions des établissement concernés par le regroupement projeté, mais par des Agences privées lucratives, plus à même de « pondre » des textes conformes aux appels à projets. Quel a été le coût financier de telles opérations clandestines ? Le connaîtra-t-on un jour ?

S’exaspérer certes, mais aussi « espérer », dit Stéphane Hessel. D’où l’idée de cette nouvelle rubrique du blog : « Initiatives excellentes« , initiatives nées « en bas », « de terrain », portées par des personnels et par des étudiants, qui ne cherchent pas à se mettre en valeur et à qui on donne trop peu la parole, personnels et étudiants qui sont fortement impliqués et qui, avec persévérance, font bouger les lignes dans l’enseignement supérieur et la recherche, réalisent des actions socialement utiles, mènent des projets, prennent des initiatives pour l’intérêt collectif et non pour leurs intérêts particuliers.

Décembre 2010, 18 heures. Il pleut sur Strasbourg. Je participe à une session de formation d’Etudiants et Développement (site d’E & D). Créé en 1994, E & D est un réseau de près de « 200 associations d’étudiants et de jeunes agissant pour la solidarité internationale, désireux de travailler main dans la main avec les partenaires au Sud et de s’ancrer dans le monde associatif ». Les missions : « sensibiliser aux problématiques internationales, informer, accompagner et former, faire émerger une réflexion et une parole de jeunes ».

E & D a un statut associatif et est donc pilotée « politiquement » par un conseil d’administration et un bureau (ici) ; à Strasbourg, c’est Lucille Thiébot, vice-présidente (à droite sur la photo ci-contre), qui encadre la formation. L’équipe permanente, relativement étoffée (ici), est chargée de mettre en oeuvre les actions décidées par le CA.

Nous sommes 10. Je suis le seul « non étudiant » et je ne m’y attendais pas. La session de formation démarre et j’y suis associé. Première prise de parole : présenter un(e) des participant(e)s ; pour cela, nous devons d’abord interviewer l’un d’entre eux durant cinq minutes. J’interviewe Fanny : « qui es-tu et pourquoi es-tu là » ? De fait, l’exercice n’est pas simple mais il est formateur. Les dix participants sont en 2ème année de master à Strasbourg ou sont tout juste diplômés de master en « Coopération et développement », en « Droits de l’homme », en « Commerce et management », en « Droit international », en « Economie »… Choix de ce type de master parce qu’on a un projet à l’international ou naissance de ce type de projet à l’occasion des enseignement du master ? Pas le temps d’approfondir !

Ce qui est sûr. 1. Les étudiants ou les diplômés présents ont déjà une expérience à l’international (dans le cadre du stage de master, ou parce qu’ils ont été « Volontaire international », ou encore parce qu’ils sont étrangers : plusieurs étudiants originaires d’Amérique du Sud). 2. La plupart ont un engagement associatif dans l’université de Strasbourg. 3. La moitié d’entre eux a déjà un projet de solidarité internationale : sortir les enfants des mines pour protéger leur santé, développer l’accès à la culture en milieu rural, faire l’animatrice itinérante…

Deuxième prise de parole : le jeu de rôle. Nous sommes partagés en deux équipes. La première représente une association internationale qui vient défendre un, projet d’implantation d’une école dans un village du Sénégal ; la seconde est constituée de représentants sénégalais du village en question. J’appartiens à cette seconde équipe et je dois jouer le rôle du nostalgique de la colonisation française ! Dans cette même équipe, il y a le commerçant qui compte « profiter » de l’implantation d’occidentaux dans le village et le partisan du refus de la proposition parce que sa parenté a combattu les français pour acquérir l’indépendance. Dans l’autre équipe, il y a également une multiplicité de profils d’engagés dans l’association pour l’école (bien sûr, il y a celui qui veut voyager et connaître d’autres pays et cultures). Difficile pour chaque équipe de trouver et de présenter une position consensuelle devant l’autre équipe.  Apprentissage de la négociation !

Troisième exercice : la méthodologie de projet, les étapes, le financement (les projets JSI et VVVSI sont soutenus par le Ministère des affaires étrangères : cliquer ici). E & D joue son rôle d’accompagnement de projet… Je n’ai pas de projet de solidarité internationale et il est donc temps de laisser les jeunes se former entre eux. C’est le moment des photos reproduites dans cette chronique. Je quitte le groupe. La neige commence à tomber sur Strasbourg. Je suis heureux de cette « initiative excellente » : générosité, solidarité, dévouement, altruisme, engagement, indignation contre les inégalités… L’université de Strasbourg et la vie étudiante citoyenne : cliquer ici.

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Diplômés du Sup. Chômage : 9,6%

Le chômage des jeunes ne cesse de progresser ; les diplômés du supérieur ne sont pas épargnés. Il n’est pas simple, au vu des publications INSEE disponibles, d’établir le taux de chômage des diplômés du supérieur et son évolution dans le temps. Pourquoi ? Parce que l’INSEE ne publie pas le tableau « idéal » (prise en compte simultanée de 4 facteurs explicatifs). 1. Chômage selon les classes d’âge détaillées (15-24 ans et 25-29 ans), 2. selon le sexe, 3. selon le diplôme du supérieur détaillé (l’INSEE reste scotché à l’ancienne nomenclature des formations : bac+2 ans, supérieur à bac+2 ; elle ignore la licence, près de 10 ans après la création du LMD !), et enfin 4. selon l’ancienneté sur le marché du travail (situation « X » années après la sortie de formation initiale). L’INSEE peut donc faire mieux. Ce tableau complet n’étant pas disponible, il faut procéder par approches successives.

Enquêtes Emploi 2008. Données détaillées sur l’Enquête Emploi en continu, tableau CHOMBO03. « Chômeurs en 2008 selon le sexe, l’âge regroupé et le diplôme ». 128.000 jeunes, âgés de 15 à 29 ans et titulaires d’un diplôme du supérieur, étaient chômeurs en 2008. Le taux de chômage était de 6,5% pour les titulaires d’un bac+2 et de 7% pour ceux qui avaient un diplôme égal à bac+3 ou davantage. Il était un peu supérieur pour les jeunes femmes. Le diplôme du supérieur protège incontestablement du chômage (le taux pour l’ensemble des jeunes était de 13,8% en 2008). Ce tableau ne décompose hélas pas la classe d’âge 15-29 ans en deux sous-classes et n’est pas ventilé selon le nombre d’années de présence sur le marché du travail.

Enquêtes Emploi 2009. Insee Première (n°1331, janvier 2011) fournit des données de « stock ». Celles-ci sont plus complètes et plus récentes que les chiffres issus de l’enquête « Pécresse » (« Insertion. Non et non, Valérie !« ) et que ceux que le CEREQ (Génération 2007) devrait publier prochainement. Ces deux enquêtes, rappelons-le, ont concerné les diplômés 2007 de master (situation au 1er décembre 2009), diplômés d’avant la crise.   

« En 2009, le nombre de chômeurs de 15 à 24 ans a augmenté de 27%« . Le tableau qui prouve cette dégradation est « frustrant » car il ne permet pas d’établir le taux de chômage des diplômés du supérieur et âgés de 15 à 24 ans (la nomenclature d’âge n’est d’ailleurs pas la même que celle utilisée dans le paragraphe précédent). Le taux de chômage des 15-24 ans (tous diplômes confondus) a progressé de 19,1% à 23,7% de 2008 à 2009. Le taux de chômage des diplômés titulaires d’un bac+2 (tous âges confondus) a progressé de 4,3% à 5,4% au cours de la même période (progression de 4,7% à 5,7% pour les titulaires d’au moins une licence).

Enquêtes Emploi 2009. « Taux de chômage en 2009 selon le diplôme, le sexe et la durée depuis la sortie de formation initiale« , INSEE. Plus on s’éloigne la sortie de la formation initiale, plus le taux de chômage est faible. En 2009, le taux de chômage des diplômés du supérieur, sortis depuis un à quatre ans de formation initiale, était de 9,6%. Le taux pour les diplômés plus anciens (sortis depuis 5 à 10 ans de formation initiale) était nettement plus bas (4,8%). Certes, le taux de 9,6% est nettement inférieur à celui observé pour l’ensemble des jeunes (20,2% pour l’ensemble des jeunes sortis de formation initiale depuis moins de 5 ans, 49,2% pour les peu et non diplômés), mais c’est un taux qui n’a sans doute jamais été atteint jusqu’à présent

Plus gravement, il s’agit d’un taux moyen qui masque des écarts. Puisque le chômage diminue en fonction de l’ancienneté sur le marché sur le marché du travail, on peut légitimement s’interroger : quel est le taux 1, 2, 3 ou 4 ans après la sortie de formation initiale ? Le diplôme du supérieur protège du chômage, mais il protège moins qu’avant. La crise financière est passée par là.

Une dernière remarque essentielle. La situation est très grave, mais il ne sert à rien d’en rajouter dans le catastrophisme. En 2008, le taux de chômage des jeunes était de 13,8% pour les jeunes de 15-29 ans et de 19,1% pour les 15-24 ans. En 2009, pour les 15-24 ans, le taux de chômage est passé à 23,7%. Ce taux est trop souvent mal interprété : 23,7% ne veut pas dire que près d’un jeune sur quatre est au chômage. Dire cela est totalement faux car deux tiers des jeunes de 15 à 24 ans (67% selon les Enquêtes Emploi 2009) sont « inactifs » au sens statistique du terme (ils n’ont pas d’emploi et n’en recherchent pas). Ces jeunes « inactifs » sont pour la plupart scolarisés dans l’enseignement secondaire ou supérieur.

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Déjà une manif ! 20 janvier 2011

Premières manifestations de l’année à l’appel de l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche (communiqué intersyndical sur le site du SNESUP). « Exigeons les emplois nécessaires. Imposons la résorption de la précarité. Refusons le budget de pénurie« . Rassemblements, manifestations : jeudi 20 janvier 2011. Y en aura-t-il un(e) à Strasbourg ? Si oui, ce sera ma première manif de l’année : je m’indignerai avec les pieds !

Les emplois à contrat déterminée (« contrats précaires ») dans l’enseignement supérieur et la recherche ne datent pas d’aujourd’hui mais ils progressent : ils concernent des personnels enseignants aussi bien que des personnels BIATOSS (bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers de services) et même des emplois étudiants dans les universités (l’UNEF est le seul syndicat étudiant signataire de l’appel intersyndical).

Les universités passées aux responsabilités et compétences élargies (RCE) – depuis le 1er janvier 2011, la plupart d’entre elles sont dans cette situation dite d’autonomie – ont la main mise totale sur la gestion de leurs ressources humaines ; leur masse salariale ne peut cependant dépasser « un plafond d’emplois », ce qui rend complexe voire impossible la titularisation des salariés précaires. Ce blog a déjà attiré plusieurs fois l’attention sur ce point : des universités vont aller droit dans le mur (tag Financements et tag RCE).

Les syndicats ont raison d’attirer l’attention sur la conséquence néfaste des RCE sur les précaires. Pour les universités autonomes, ceux-ci constituent une « marge de manoeuvre » plus forte que celle possible pour les personnels titulaires : « certains établissements passés aux RCE se sont engagés dans des non renouvellements de CDD, faute d’une masse salariale suffisante alors que d’autres ont embauché à de très bons salaires des contractuels ». Les syndicats ne veulent pas du nouveau contrat qui serait proposé pour la fonction publique, le « contrat à terme incertain« .

Les syndicats ont d’autant plus raison de protester que les dotations de l’Etat aux universités pour 2011 ne sont pas, contrairement aux affirmations de la Ministre (site du MESR), en progression moyenne de 3%. Le CNESER, organe dont la consultation est obligatoire et qui n’a été convoqué qu’aujourd’hui… après la conférence de presse de la ministre, a rejeté massivement le budget des universités : 28 voix contre, 5 pour, 2 abstentions et 3 ne se prononçant pas. Valérie Pécresse continue de provoquer les syndicats en leur donnant des documents dans lesquels il est impossible de s’y retrouver et de pouvoir comparer les évolutions d’une année sur l’autre. La ministre ne cesse de provoquer les présidents en ne leur annonçant que mi-janvier leurs dotations pour 2011.

Il ne faut pas être grand prophète pour prévoir que les indignations vont s’accentuer dans les universités jusqu’au printemps 2012. Celles contre des statistiques manipulées vont être de plus en plus fréquentes (chronique : « Je cesse de m’indigner ?« ). Dans l’immédiat, les présidents d’université doivent s’indigner avec le CNESER et boycotter les voeux de Valérie Pécresse (chronique : « Valérie 2011. Voeux ou bêtisier ?« ).

Commentaires fermés sur Déjà une manif ! 20 janvier 2011

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Imiter la "Sécession" viennoise

Et si les présidents des universités de Lettres, Langues, Arts, Sciences humaines et sociales et si les présidents qui appartiennent à l’une ou l’autre de ces disciplines imitaient la « Sécession Viennoise » et portaient le projet d’une Université, « oeuvre totale » ?

1897. Un groupe d’artistes viennois, autour de Gustav Klimt, s’insurge contre le conservatisme et l’académisme de la Société des Artistes. Ils osent la « Sécession » et font naître l’Art moderne (Source : « Notices de salles », Fondation Beyeler). Ci-contre : Gustav Klimt, Judith II Salomé, 1909.

Jusqu’au 6 février 2011, exposition à la Fondation Beyeler (Rihen, Bâle) : « Vienne 1900. Klimt, Schiele et leur temps« . 55 photos du 16 janvier 2011 (dont des reproductions d’oeuvres exposées, tirées du Calendrier 2011 en vente à la Fondation) : cliquer ici.

Objectifs de la Sécession viennoise (cliquer ici). « L’oeuvre d’art totale », « L’utilité sociale de l’oeuvre ». Foin des frontières entre les arts patentés et les arts appliqués. Coopèrent les architectes, les peintres, les musiciens, les sculpteurs, les écrivains et tous les « artisans » d’art (textiles, meubles, verreries, bijoux…). Oeuvres exposées à la Fondation : Gustav Klimt, Egon Schiele, Oskar Kokoschka, Richard Gerstl, Arnold Schönberg, Otto Wagner, Joseph Hoffmann

Les Sécessionnistes choisissent d’appeler leur revue « Ver Sacrum« , « Printemps sacré ». Ver Sacrum, « hommage à l’antiquité, référence à un rite consistant, chaque nouveau printemps, à pousser les jeunes hors de leurs cités afin qu’ils puissent eux-mêmes fonder la leur » (Wikipédia).

Pourquoi aucun président d’université ne s’est-il insurgé contre la politique des investissements d’avenir ? Pourquoi aucun président d’université de Lettres, Langues, Arts, Sciences humaines et sociales ne s’est-il révolté contre les initiatives d’excellence (IE) qui, par des regroupements de fait imposés, mettent à mal leurs disciplines (seule la Présidente de Montpellier Paul Valéry a osé, un moment, critiquer l’IE) ?

Les présidents de ces universités doivent porter la Sécession. Leurs universités doivent être au coeur de l’Université de demain. Elles doivent porter le projet d’Université « oeuvre totale », d’Université « socialement utile ». Contre l’académisme institutionnel imposé par un gouvernement conservateur (l’idéologie libérale appartient à un monde dépassé), ces universités doivent porter, haut et fort, le projet d’une Université indépendante de tous les pouvoirs, respectueuse et fédératrice de toutes les disciplines. Et si les présidents de ces universités – et leurs collègues présidents appartenant aux mêmes disciplines – faisaient un premier geste : boycotter les voeux de Valérie Pécresse (chronique : « Valérie 2011. Voeux ou bêtisier ?« ).

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The fallibility of impact factors

Blog de Christophe Benavent, professeur de gestion à Paris Ouest Nanterre La Défense. Chronique 33 : « Les éditeurs de revues de management se rebiffent« . « Ce sont les articles qu’il faut apprécier et non les revues qui les publient. De mauvais articles peuvent parfaitement être publiés dans de bonnes revues, l’inverse aussi. Ne soyons pas les derniers à protester ! ». 

Communiqué de 36 éditeurs en sciences du management « about the use of citation impact factors in judging the quality of individual articles and of journals ». Communiqué envoyé aux directeurs des écoles éponymes. A lire absolument.

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