Le CEREQ et les Observatoires

Début avril 2011, aura lieu une rencontre importante à Marseille entre le CEREQ et AlmaLaurea, entre leurs directeurs, Frédéric Wacheux (CEREQ) et Andrea Cammelli (AlmaLaurea). Objet de la rencontre : échange d’expériences et projets. La question sous-jacente : la France pourrait-elle, devrait-elle s’approprier le modèle AlmaLaurea ?

Je rappelle la performance du dispositif des universités italiennes (toutes les chroniques sur AlmaLaurea) : enquêtes annuelles depuis 1998 sur le devenir professionnel des diplômés, un an, trois et cinq ans après l’obtention du diplôme, base de CV de plus 1,5 million diplômés consultable par les employeurs pour leurs recrutements, enquêtes annuelles sur les parcours de formation et mobilisation de ces enquêtes pour l’orientation des élèves du secondaire.

La consultation des bases de données AlmaLaurea permet de comparer les universités entre elles, leurs facultés, leurs diplômes (chronique de ce blog « Devenir des diplômés : ici et là« ). AlmaLaurea parvient donc à satisfaire les demandes d’informations de toutes les parties prenantes de l’enseignement supérieur : le ministère, les universités et leurs composantes, les entreprises, les étudiants et leurs familles. Aucun dispositif français ne le permet actuellement. Grâce à son modèle économique, Almalaurea dépense moins d’argent que les tous les dispositifs français réunis.

Professeur invité à Bologne, je participe en 1998 à la présentation des résultats de la première enquête AlmaLaurea. Je suis convaincu aussitôt de la pertinence et de l’efficacité de ce modèle. Depuis 13 ans, je me bats pour que la France s’approprie ce modèle. En 2000, je persuade André Legrand, président de Paris X Nanterre et 1er vice-président de la CPU, de venir à Bologne se rendre compte par lui-même de l’intérêt du dispositif ; il signe un accord de coopération avec AlmaLaurea et rien ne se passe. Andrea Cammelli est venu à de nombreuses reprises en France pour présenter AlmaLaurea ; il est venu à Marne-la-Vallée quand je dirigeais l’observatoire de cette université (OFIPE) ; il a associé, à plusieurs reprises, des universités françaises à des projets financés par l’Union européenne ; il viendra de nouveau en France à Marseille, début avril, pour convaincre. Pourquoi le fait-il ? Parce qu’il est bolognais, parce que l’université de Bologne est la mère des universités européennes … et parce que le processus de Bologne porte une harmonisation de l’enseignement supérieur en Europe. AlmaLaurea peut être le dispositif statistique harmonisé pour étudier, en Europe, le devenir professionnel des diplômés du supérieur.

Dans le contexte actuel français, le dispositif AlmaLaurea n’a aucune chance d’une appropriation par la France. Il suffirait cependant de faire bouger les lignes de résistance des uns et des autres pour construire dans notre pays des dispositifs qui répondraient aux demandes d’informations des quatre parties prenantes de l’enseignement supérieur indiquées ci-dessus.

J’imagine une construction organisationnelle qui tient compte de l’histoire de l’enseignement supérieur français et de la place historique du CEREQ en France depuis 40 ans. Construction qui donnerait des responsabilités à trois niveaux : le niveau national (le CEREQ), le niveau de chaque université – ou de chaque université fédérée ou fusionnée – (les observatoires), le niveau des facultés (chronique de ce jour : « assurer la mission d’insertion professionnelle« ).

Le CEREQ doit avoir le rôle de chef de file des enquêtes sur le devenir professionnel des diplômés du supérieur, parce qu’il a, de longue date, l’expérience et les compétences pour mener des enquêtes nationales, les enquêtes Génération. C’est lui qui doit réaliser les enquêtes en lieu et place des observatoires universitaires. L’enquête pilotée par la Direction générale des enseignements supérieurs et de l’insertion professionnelle (DGESIP) doit être au plus vite abandonnée. Mais le CEREQ n’ a pas actuellement les moyens humains et financiers pour mener, chaque année, une enquête auprès des diplômés de licence, de master et de doctorat. Comment étoffer le potentiel humain de son département « Entrées dans la vie active » ? Faire venir en mutation à Marseille des ingénieurs d’étude et de recherche travaillant actuellement dans les Observatoires ; il faudrait bien entendu que ces mutations soient attractives pour les personnels concernés.

Le réseau des Observatoires (RESOSUP) est, à la différence du CEREQ, un réel obstacle à l’implantation en France d’un modèle analogue à celui d’AlmaLaurea. Par ses différents communiqués, il a cependant reconnu qu’il s’était fait instrumenter par la DGESIP pour la 1ère enquête nationale sur les masters. Resosup est un lobby faible. Il suffit pour s’en persuader d’ouvrir son site : les Journées nationales des observatoires auront lieu à Toulouse fin juin 2011 ; annoncées le 13 janvier 2011, elles n’ont pas à ce jour de programme. Or les observatoires universitaires ont tout à gagner dans un dispositif dont le CEREQ deviendrait le chef de file : ils n’auraient plus à recueillir des données rigoureuses sur le devenir professionnel des diplômés ; ils auraient, par contre, à les mobiliser au service de la stratégie de leur université.

Voici ce que pourrait être le cahier des charges des Observatoires au sein des services d’aide à l’insertion professionnelle qu’ont créé toutes les universités : conduite d’études comparatives à partir des données de l’enquête nationale du CEREQ (comparaisons entre universités, entre facultés, entre diplômes de même type), constitution de répertoires d’emplois formation par formation (ces répertoires constituent l’information la plus importante pour les étudiants et leurs familles), enquêtes qualitatives auprès d’anciens diplômés pour illustrer des trajectoires typiques ou atypiques issus de telle ou telle formation, participation à la création de réseaux d’anciens. Leur activité de valorisation par des publications deviendrait essentielle. Deux voies possibles donc pour les personnels actuels des observatoires : rejoindre en mutation le CEREQ à Marseille, rejoindre en interne le service d’aide à l’insertion professionnelle.

Les universités gagneraient (y compris au niveau financier) à la mise en oeuvre de ce dispositif à deux niveaux (national et local). La CPU devrait se prononcer rapidement sur ce point et approuver ce dispositif à double détente.

Le MESR y gagnerait également pour le pilotage global des universités : l’important pour lui est d’avoir des informations fiables et comparables sur le devenir professionnel des diplômés de toutes les universités, pour, éventuellement, financer les universités selon leur performance d’insertion. Valérie Pécresse et Patrick Hetzel devraient se prononcer, également rapidement, sur ce type de dispositif.

L’important est, au final, que le ministère et la CPU négocient pour agréer un dispositif simple, rigoureux, efficace, économe des deniers de l’Etat et des universités, et multi-utilisateurs. Je demeure optimiste. Je ne veux pas croire qu’en France, on fait toujours « compliqué » quand on peut faire « simple ». Vraiment, la rencontre de Marseille, début avril, entre le CEREQ et AlmaLaurea me paraît être une étape décisive. Il ne faut pas la rater !

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