Quiz. Commenter des statistiques !

5ème chronique sur le prochain Colloque de la CPU à Toulouse, « Une ambition, La licence« . Il s’agit d’un Quiz sur la difficulté de commenter les données statistiques. Lire aussi la chronique précédente : « Oser mesurer la réussite en licence« . Sur ce blog : 54 chroniques sur la licence depuis janvier 2009.

Le pararaphe qui suit introduit le texte de présentation du colloque.« Près de 60 % des étudiants suivent un premier cycle dans l’enseignement supérieur. Les universités qui accueillent près des deux tiers des étudiants du supérieur y occupent une part prépondérante puisque, parmi les étudiants qu’elles accueillent, trois étudiants sur cinq sont dans leurs premiers cycles universitaires dits « de niveau licence ».

Question. Ce texte est-il « partial » en faveur de la licence universitaire ? 1. Il contient trois affirmations globalement « correctes » : près de 60% des étudiants du supérieur sont inscrits en premier cycle ; les universités accueillent près des deux tiers des étudiants ; trois étudiants universitaires sur cinq sont inscrits dans le cycle Licence. 2. Quel est l’élément de phrase qui prête à confusion, qui risque de tromper le lecteur peu attentif ? Pour prouver cette « erreur » voire cette « manipulation », il faut se référer aux indicateurs 6.1 et 6.4 des RRS 2010. Merci et courage à celui qui voudra réécrire ce paragraphe pour le rendre rigoureusement fidèle aux données !

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Une réponse à “Quiz. Commenter des statistiques !

  1. François

    Le compte de stocks d’étudiants n’est pas significatif. Comme dirait notre président, ça comprend tous ceux qui sont là parce que c’est chauffé et qu’il y a de la lumière (au frais du contribuable).
    Il faut compter les flux entrants et sortants.
    Entrée (en milliers) : 186 licences et entrées post-bac ingénieurs; 45 IUT; 105 BTS; 40 CPGE; 43 divers. Total : 419 (les licences sont donc minoritaires) (page 197 document RERS 2010)
    Diplômes : 197 au moins licence ou diplôme GE; 112 au plus DUT/BTS/paramédical. Total : 309 (page 253 document RERS 2010)
    Diplômes/Entrées : 74 %
    C’est un taux très honorable, plutôt meilleur que celui des USA (où 60% de la classe d’âge commence des études supérieures). C’est d’ailleurs mis en évidence dans un des tableaux du document OCDE 2010.

  2. PR27

    Bravo. Pour ma part, j’avais mis les 3 phrases dans la formule de Bayes. J’ai appuyé sur le bouton rouge et après 3 secondes ça a fait « boum » et de la fumée. J’ai eu aussi l’impression qu’on cherchait à afficher des chiffres > à 50% alors que, comment le note François, la fumée des lois de proba arrive à moins de 50% – donc une valeur communicationnellement néfaste. (?)

  3. @François et @PR27. Commentaires sur vos deux commentaires. Je n’avais pas pensé à la remarque faite par PR27 ; elle est tout à fait pertinente en communication : afficher toujours des taux supérieurs à 50% ; c’est le cas dans les trois situations mentionnées par la CPU. Bravo la CPU !

    François a raison de distinguer les flux et les stocks. Pour les entrants en 1ère année de licence, de BTS, de DUT, de CPGE ou autres formations post-bac, les universités n’en accueillent pas une part prépondérante. Ce que dit la CPU est donc faux, trompeur.

    En termes de stocks (ensemble des effectifs de premier cycle), les universités ont effectivement une part prépondérante, mais c’est faute d’autres combattants ou concurrents en 3ème année de licence (la licence professionnelle étant incluse). Les STS, DUT et CPGE accueillent des étudiants pour deux ans et les universités récupérent une partie des sortants de ces filières en L3. Pas difficile dans ce cas de dire « on est les plus nombreux ! »

    @François. Explicitez votre raisonnement pour le calcul qui aboutit au taux de 74%. Il me semble erroné : pour calculer les taux de succès respectifs en BTS, DUT, et licence, il faut faire des suivis de cohortes. Si vous voulez signifier qu’il a plus de licences délivrées que de BTS et de DUT, c’est évidemment logique puisque des diplômés de DUT et de BTS poursuivent en licence et qu’ils y rejoignent les étudiants passés de L2 en L3.

  4. François

    D’après ce que j’ai compris à la lecture de la page 253 de son rapport, la DEPP a fait ce travail. Les 112 000 DUT/BTS/paramédical indiqués n’ont pas d’autre diplôme de niveau supérieur; certains des 197 000 licence-diplôme GE ont peut-être aussi un DUT ou un BTS. Les deux catégories sont donc exclusives (diplôme au plus bac+2 d’un côté, au moins un diplôme bac+3 de l’autre) : on peut donc donc additionner des nombres d’étudiants (la DEPP le fait dans son tableau).
    Comme on ne connaît pas le détail (en particulier le nombre de diplômés cumulant DUT et licence ou diplôme GE) on ne peut pas calculer de taux de succès par diplôme.
    Ma seule réflexion est que le taux global Diplômés/Entrées étant de 74 %, nous avons un système d’enseignement supérieur qui est globalement assez efficace (les USA ont un taux inférieur, mais il faut dire que la proportion de la classe d’âge entreprenant des études est plus élevée chez eux – de l’ordre de 60% – c’est ce qu’ils appellent « Some college » dans leurs statistique; 1/3 de ces 60% n’auront finalement aucun diplôme). Ces 74% français sont une moyenne qui recouvre évidemment des taux de succès différents suivant les filières.
    Tout ceci est perturbé par la prise en compte des diplômes décernés à des étrangers (nombreux aux USA à partir du master) et celle des études entreprises tardivement (nombreuses reprises d’études après des périodes d’activité professionnelle aux USA; c’est pratiquement la règle pour les MBA).

  5. @François. Merci pour votre nouveau commentaire.
    La page 253 des RRS 2010 comptabilise les niveaux d’études des jeunes ayant interrompu leurs études autour de 2007.
    Il y a effectivement 112.000 jeunes avec un DUT, un BTS ou un diplôme paramedical et socialsoit 15% de la génération. Il y a également 197.000 diplômés « sortants » avec un DEUG, licence et au-dessus soit 27% de la génération.

    15 + 27% = 42% de a génération a quitté les études avec un diplôme du spérieur en poche. 42%, c’est encore très loin de l’objectif fixé par la loi sur l’école de 2005 à savoir 50%.

    Désolé de ne puvoir ensuite partager votre analyse concernant la taux de 74% : nombre de diplômés sortants / nombre d’entrants dans le sup, une année « N » juste après le baccalauréat. Quelle année N de référence avez-vous choisi ? Les diplômés de 2007 ne sont pas, évidemment, tous entrés la même année dans le supérieur. Seule l’application de la méthode des suivis de cohortes de néo-entrants dans le Sup après le bac est valable et permet de calculer les taux de succès dans telle ou telle filière d’enseignement supérieur.

    Quant à la comparaison avec les USA, je ne m’y lancerai pas car je n’ai jamais cherché à l’établir. La compraison internationale est tout sauf facile. L’OCDE a souvent publié des données incomprables (en particulier dans Regards sur l’Education)

  6. François

    La majorité des étudiants qui ont obtenu leur diplôme (bac+2 et au-dessus) du supérieur en 2007 ont eu leur bac entre 2000 et 2005. Or il s’agit là d’une période de grande stabilité, que ce soit au niveau de l’obtention de bac (RERS 2010 page 219) ou du pourcentage de bacheliers entreprenant des études supérieures (RERS page 199).
    Je pense donc que dans un tel régime établi mon calcul approximatif est suffisant. (Bien évidemment, dans des périodes de fortes variations, un suivi de cohortes serait nécessaire).
    Mes informations sur les USA proviennent du Census Bureau qui donne sur
    http://www.census.gov/hhes/socdemo/education/data/cps/2010/tables.html (cliquer ensuite sur le premier XLS pour faire apparaître la table) de façon très détaillée le niveau d’études maximum atteint par chaque classe d’âge. Vous remarquerez que la catégorie « Some college. No degree » est très importante. « No degree » signifie n’avoir même pas obtenu un « associate degree » après 2 ans d’études supérieures. Le taux d’échec dans le supérieur est très élevé aux USA (mais 60% de la classe d’âge tente sa chance). Ce point est d’ailleurs signalé dans Regards OCDE 2010 page 76 où on voit que le taux d’échec français est faible par rapport à celui des autres pays (bien entendu, ceci vient des excellents taux des filières sélectives).
    Autre point : savez-vous pourquoi la France s’est fixée un objectif de 50% de diplômés du supérieur en 2020 alors que celui de Lisbonne est 40% ?
    Au passage remarquer (RERS page 271) que la France est en tête de tous les pays de l’Union Européenne pour les diplômes en sciences et technologies(20,5%); je sais par ailleurs que le chiffre américain est plus faible que les chiffres européens.

  7. François

    Les taux de succès avec 1 an au maximum de redoublement sont donnés dans le document : « État de l’enseignement supérieur et de la recherche » mis en ligne dans la rubrique des documents préparatoires à la conférence de Toulouse.

    Licence (chapitre 15) : 38% en 3 ans, 15% en 4 ans
    IUT (chapitre 14) : 66% en 2 ans, 10% en 3 ans
    STS (chapitre 14) : 57% en 2 ans, 10% en 3 ans

  8. Il ne vous aura pas échappé, cher François, que le taux de succès en 3 (38%) ou 4 ans (15%) à la licence est celui d’une cohorte d’élèves de 6ème ayant passé le bac entre 2002 et 2005 et ayant donc obtenu la licence, au plus tard, en 2008 ou en 2009.

    Hélas, ce sont les derniers chiffres connus. L’indicateur 2.3 du programme 150 de la loi de finances 2011 reprend le pourcentage de 37,8% pour l’obtention de la licence en 3 ans. Il fixe des cibles de performance pour les bacheliers de 2007 (40% d’obtention de la licence en 3 ans, soit en 2010), de 2008 (40% en 2011) et de 2010 (43% en 2013). Où en est-on pour ces 3 cohortes réelles de bacheliers ? Les objectifs sont-ils ou vont-ils être atteints. Pas de publication !

    L’indicateur 2.3. comporte un autre sous-indicateur tout aussi intéressant : taux des inscrits en L1 accédant en L2 l’année suivante. Réalisation en 2008 : 43,2%. Cible 2010 : 50%, oui 50% ! Le sort en est jeté : 50% des entrants en L1 en 2009 sont-ils passés en L2 à la rentrée 2010 ? Personne ne le sait, personne ne se mobilise pour le savoir. Y a-t-il eu un gain de près de 7% en 2 ans. Et si oui, pourquoi ? Un effet du plan licence ?

    Source. page 50 de http://www.performance-publique.gouv.fr/farandole/2011/pap/pdf/PAP2011_BG_Recherche_enseignement_superieur.pdf