Licence. Consensus "mou" à la CPU

CPU Infos n°72 (28 juin 2011). « Ambition : la licence » : décision de l’assemblée plénière du 23 juin. « Les présidents d’université se sont emparés de ce sujet essentiel qu’est la licence et ont émis quinze propositions très osées, qui eussent été inimaginables il y a seulement quelques années ».

15 propositions très « osées » : cet adjectif sonne bizarrement dans la bouche de présidents d’université. Vote à l’unanimité moins 1 voix et 2 abstentions : combien de présents et de votants par rapport au nombre total de membres de la CPU. Unanimité réelle ou de façade ? Elle n’est réelle que parce qu’elle s’appuie sur un consensus fort « mou ». Les 15 propositions n’en sont pas. Contrairement à ce que dit le communiqué de presse, elles ne sont ni « concrètes », ni « précises ». En aucun cas, elles « n’appellent à une recomposition complète du paysage du cycle licence, allant au-delà de la seule licence universitaire ». En aucun cas, elles « ne sont audacieuses et en rupture par rapport à l’ensemble des réformes intervenues dans les années 1990 ». Oui, il faut vraiment suspendre la réforme de la licence (chronique du 29 juin 2011).

La CPU se gargarise de mots. Ses 15 propositions ne sont, au mieux, que de bonnes intentions : tout le monde ne peut donc qu’être d’accord avec elles. Proposition 1. « Concevoir le passage du lycée aux études supérieures comme un continuum » : ceci ne veut rien dire, sauf à vouloir que 100% des bacheliers poursuivent des études supérieures. Proposition 2. « Rendre lisibles et cohérents les parcours de formation de niveau licence ». « Privilégier l’orientation vers les STS des bacheliers professionnels » : après le BTS, les diplômés font quoi ? « Organiser des passerelles entre les formations post-bac et sécuriser les parcours » : cette phrase peut signifier que les réorientations doivent se faire sans perte d’une année ; si c’est cela, pourquoi ne pas l’écrire ? Est-ce parce que c’est de fait impossible : quand on décroche, on recule d’une ou de plusieurs cases. « Mettre en oeuvre la pluridisciplinarité » : en quoi et comment ? « Intégrer la licence professionnelle dans la cohérence de l’offre « licence » : on fait comment ? Proposition 3. « Organiser l’ensemble des formations post-bac à l’échelle régionale » : bien sûr que oui ! C’est prévu depuis les premières lois de décentralisation mais n’a jamais été appliqué (chronique « Bevalot et la carte des licences« ).

Proposition 4. « Assurer à tout étudiant un accompagnement personnalisé pour construire un projet d’études adapté » : proposition démagogique car irréalisable même avec un doublement de la dépense par étudiant. Proposition 5. « Diversifier et sécuriser les parcours » : diversifier n’impose-t-il pas une sélection dans l’accès aux parcours d’élite (CPGE internes aux universités) ? Sécuriser (cf. proposition 2). Proposition 6. « Favoriser le développement personnel de l’étudiant » : c’est précis, ça ?

Proposition 7. « Innover en considérant la licence dans sa double finalité : poursuite d’études ou insertion professionnelle immédiate« . Non et non ! Une seule et même licence ne peut avoir cette double finalité. Il doit y avoir une licence « générale » conduisant à la poursuite d’études et une « licence professionnelle » menant au marché du travail. Il doit y avoir plus de diplômés de licence professionnelle que de diplômés de licence générale poursuivant des études : on fait comment ? « Privilégier une approche globale des études de licence » : cette proposition ne veut rien dire. Proposition 8. « Mettre en oeuvre une pédagogie fondée sur la démarche de recherche » : concrètement, on fait comment ? Il serait préférable de parler de « démarche de projet« . Proposition 9. « Initier un nouveau modèle d’organisation et de soutien des activités pédagogiques » : on ne peut être plus précis ! Proposition 10. « Intégrer les démarches d’évaluation des formations dans un processus global d’amélioration continue de leur qualité » : qui pourrait être en désaccord avec cette proposition ? Mais, au fait, ça veut dire quoi et on fait comment ? Proposition 11. « Donner aux universités l’habilitation « Licence » a priori et les évaluer a posteriori« . N’est-ce pas la situation présente ? Cette proposition est claire mais je suis en désaccord avec elle. L’habilitation d’une nouvelle licence (et donc son financement par l’Etat) ne devrait être délivrée qu’après une période expérimentale financée par l’université elle-même (rappelons qu’il y a pléthore de l’offre de formations de licences).

Proposition 12. « Assurer à tout étudiant des conditions d’études favorables et adaptées ». Proposition qui ne mange pas de pain. Proposition 13. « Soutenir l’engagement des équipes pédagogiques et administratives ». Naturellement oui ! Mais concrètement ? Proposition 14. « Garantir une évolution de carrière prenant en compte l’investissement pédagogique de l’enseignant chercheur ». Proposition qui laisse supposer que des enseignants chercheurs ne s’investissent pas pédagogiquement ! Usine à gaz que cette perspective d’évolution de carrière garantie !

Proposition 15. « Investir sur la licence universitaire par une mobilisation sans précédent de moyens humains et financiers« . Que veut dire « sans précédent » ? Pour porter la dépense annuelle par étudiant de licence universitaire au niveau de celle d’un étudiant en CPGE ou en BTS, il faut investir 3 milliards d’euros de plus par an (chronique « Licence : propositions à 3,67 milliards d’euros« ). Pourquoi la CPU ne le dit-elle pas : ce serait « précis » et « concret ».  

Bref, au terme de son colloque, les propositions de la CPU sont plus que décevantes. Rien de précis, rien de concret. Et évidemment rien à voir avec le projet que porte ce blog et que la CPU n’a pas daigner porter à la connaissance de ses membres, à savoir la création d’Instituts d’enseignement supérieur, établissements publics, indépendants juridiquement des universités de second et troisième cycles et destinés à prendre en charge de manière cohérente le cycle Licence. La cohérence des formations post-bac passe par la disparition des classes supérieures des lycées (CPGE et BTS) et des formations universitaires actuelles (DUT et licences). Les IES sont dédiés au 1er cycle de l’enseignement supérieur et sont organisés en deux voies de 3 ans : voie conduisant aux études de second et troisième cycles, voie professionnelle conduisant à une sortie immédiate sur le marché du travail. Oui, il est urgent, de suspendre la réforme de la licence : les propositions de la CPU et celles du ministère ne sont pas à la hauteur des défis.

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Une réponse à “Licence. Consensus "mou" à la CPU

  1. PR27

    qu’on soit d’accord ou pas avec vos IES, la simple traduction de novlangue en langue normale des textes « d’en haut » est déjà une contribution majeure au progrès de notre communauté. Ca rassure de n’être pas seul à trouver que certains textes sont du charabia.