Arrêter l'arrêté "Nouvelle Licence"

Un Vice-président étudiant vient de me transmettre l’arrêté sur la nouvelle Licence, qui sera soumis demain au CNESER : version du 8 juillet 2011 et changements entre les versions du 4 et du 8 juillet 2011. L’arrêté de 2002 (licence LMD) est abrogé. Il faut rejeter cette réforme : elle ne sert à rien, à rien de rien ! Ce Vice-président commente : « vous constaterez que ce projet va tout à fait dans le sens de vos craintes, j’en suis particulièrement agacé. Ce n’est pas de cette façon que nous redresserons l’Université dans notre pays » .

J’espère que le CNESER votera contre ce projet d’arrêté « Licence ». Je crains cependant le pire : on peut deviner dans telle ou telle phrase de tel ou tel article la concession faite par l’ex-ministre à tel ou tel syndicat étudiant (exemple : PDE votera en faveur de l’arrêté). Pitoyable ! De toutes manières, le CNESER n’est que consultatif. L’arrêté sera donc publié en pleines vacances des étudiants et des enseignants. A moins que Laurent Wauquiez ne fasse preuve de liberté et de responsabilité : il doit refuser la publication de l’arrêté « pécressette » (chronique : « suspendre la réforme de la licence« ). Ce serait tout à son honneur ! Je crains pourtant qu’il ne s’en foute !

La CPU doit aussi s’opposer à la publication de l’arrêté. Osera-t-elle, après avoir voté à la quasi-unanimité, un « consensus mou » sur cette réforme ? Elle a pourtant affirmé qu’elle ne voulait pas, pour l’instant, que l’arrêté de 2002 soit abrogé ! CPU, Le MAG, n°4, juin 2011, 16 pages sur les discussions au colloque de Toulouse (Une ambition : la licence).

La version du 8 juillet ne correspond à aucun des défis auxquels est confrontée la licence aujourd’hui. Elle confirme les abracabrantesques « référentiels de compétences » (article 3) : ils n’ont ni queue ni tête ; ils ne sont que du vent ! Elle est même en deçà des dernières versions qui ont circulé ces dernières semaines. Plusieurs exemples. L’article 9 sur les réorientations par un système de passerelles ne change rien à la situation actuelle ; il n’est même pas demandé aux universités d’éviter que les réorientations ne conduisent à un recul en arrière, i.e. à la perte d’une année d’études.

L’article 23 ne parle même plus d’une coordination régionale de la carte et de l’offre de formations post-bac : « le ministre prend les décisions d’habilitation en veillant à la cohérence de la carte des formations et à la lisibilité de l’offre de formation sur l’ensemble du territoire national« . Faut-il dire et redire qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion des habilitations : personne ne peut avoir aujourd’hui une vision d’ensemble des plus de 10.000 formations post-bac (chroniques sur admission post-bac).

Le pire est bien sûr que cette non-réforme laisse en l’état l’atomisation et l’illisibilité des formations post-bac (licences, BTS, DUT, CPGE), spécificité et faiblesse françaises. Il faut combattre cette réforme et discuter enfin de la création des Instituts d’enseignement supérieur (chroniques sur les IES : commencer la lecture par les plus anciennes).

14 Commentaires

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14 réponses à “Arrêter l'arrêté "Nouvelle Licence"

  1. Damien

    « on peut deviner dans telle ou telle phrase de tel ou tel article la concession faite par l’ex-ministre à tel ou tel syndicat étudiant. »

    Vous voulez parler de l’article 16 sur les compensations, ou la compensation « entre deux semestres immédiatement consécutifs » (ça marche aussi pour S2-S3 ? S4-S5 ?) est discrètement instaurée ? Il me semble que l’obligation de cette compensation « à l’année » est une revendication de l’UNEF. Et vive l’autonomie !
    On pourrait faire mieux, cela dit. Par exemple, donner la licence à tout candidat qui sait écrire son nom et l’intitulé de son examen en haut de sa copie. Je suis sûr que ça ferait plaisir à certains.

  2. Nantais

    Sur les semestres consécutifs, c’est plutôt une avancée : on ne pourra plus laisser passer en année supérieure un étudiant qui aurait validé son 1er semestre, mais pas le 2e. Par contre, cela suppose une généralisation des délibérations semestrielle, que presque personne ne tient.
    Pour les parcours, le texte de l’arrêté est à peu près à l’opposé de la demande faite par la ministre au groupe de travail à la fin de l’année dernière, ce qui doit être logique…

  3. vincent92

    Alerte! L’article 21 fait sauter l’habilitation obligatoire du Cneser et la décision sera prise… par le Ministre de l’Enseignement Supérieur qui s’attribue un nouveau pouvoir! C’est l’autonomie dans le (re)cadrage du Ministère!

  4. Joel Pothier

    Le CNESER devrait voter majoritairement contre (et l’UNEF aussi…). Mais cela ne changera rien. Peut être des ajouts « à la marge » du gouvernement et quelques promesses en direction des « étudiants ».

    Le vrai problème, c’est que le LMD a déjà démoli la lisibilité des formations, dissous les disciplines (et l’interdisciplinarité qui sans disciplines n’est qu’un mot vide !) et dégradé la possibilité d’études sérieuses grâce à la semestrialisation.
    Une couche de « professionnalisation » de plus pour faire plaisir aux parents et aux « étudiants » sur cette bouillie finira par policer le paysage universitaire et le rendre totalement inopérant et inoffensif.

    Et on veut attaquer le troisième millénaire avec ça ? Bon courage à tous.

  5. Joel Pothier

    Le CNESER devrait voter majoritairement contre (et l’UNEF aussi…). Mais cela ne changera rien. Peut être des ajouts « à la marge » du gouvernement et quelques promesses en direction des « étudiants ».

    Le vrai problème, c’est que le LMD a déjà démoli la lisibilité des formations, dissous les disciplines (et l’interdisciplinarité qui sans disciplines n’est qu’un mot vide !) et dégradé la possibilité d’études sérieuses grâce à la semestrialisation.
    Une couche de « professionnalisation » de plus pour faire plaisir aux parents et aux « étudiants » sur cette bouillie finira par policer le paysage universitaire et le rendre totalement inopérant et inoffensif.

    Et on veut attaquer le troisième millénaire avec ça ? Bon courage à tous.

  6. Pierre

    A qui profite(ra) le crime ? Aux filières sélectives. Depuis vingt ans les filières sélectives (CPGE, IUT, BTS, Ecoles post bac, Médecine) voient leurs effectifs s’accroître alors que le non sélectif (universités moins Médecine) voit les siens décroître.
    Ce n’est pas cette « nouvelle licence » qui va permettre d’inverser la tendance « tout sauf l’université ».

  7. pdubois

    @Damien. Concernant les syndicats étudiants, je pensais d’abord à PDE qui va voter en faveur de l’arrêté (communiqué de presse ajouté dans le corps du texte). L’article 16 est effectivement ambigü : il peut laisser croire à des compensations S2-S3, S4-S5. « D’une part, la compensation est organisée sur le semestre, sans note éliminatoire et sur la base de la moyenne générale des notes obtenues pour les diverses unités d’enseignement,pondérées par les coefficients ; d’autre part elle est organisée entre deux semestres immédiatement consécutifs en application de l’article L. 613-1 du code de l’éducation ».

    @Vincent 92. Le CNESER ne donne qu’un avis consultatif sur les habilitations de diplômes. Ce n’est pas lui habilite.

    @Joël. La semestrialisation a précédé le LMD. Elle date des arrêtés Bayrou de 1997. A part cela, je suis parfaitement d’accord avec vous : le bilan de la semestrialisation est fort négatif.

    @Pierre. D’accord avec vous pour observer qu’on préserve les filières sélectives. Mais cette année, vu la forte progression du nombre de bacheliers professionnels due à la réforme du bac pro et la stabilisation du nombre de places dans les filières sélectives, il y aura « mécaniquement » une augmentation significative (mais conjoncturelle)des entrées en licence. Le ministère et les présidents d’université vont certainement s’en féliciter et dire : « la licence est redevenue attractive » !

  8. vincent92

    Ah OK, en fait je crois que je confondais avec la procédure de reconnaissance par l’Etat des établissements où là il faut me semble-t’il un avis conforme du CNESER. La modification de l’article 21 est-elle purement rédactionnelle ? Car si c’est ce que vous dites, il n’y a pas de réel changement.
    Il n’y a pas grand chose qui me choque dans cet arrêté : certes on supprime la progression avec un semestre de retard mais on rend de nouveau obligatoire la compensation annuelle. C’est vrai qu’il y a une ambiguïté sur la compensation : on voit mal un étudiant être bloqué en plein milieu d’année. On veut une organisation semestrielle alors que les cours restent organisés à l’année. En revanche, le problème est plutôt dans ce que l’arrêté ne dit pas : on maintient l’ambiguïté sur la session de rattrapage (« sous réserve de disposition pédagogique particulière ») et surtout il n’y a toujours pas de cadrage national (et le cadrage européen, n’en parlons même pas). Drôle d’harmonisation européenne qui laisse chaque fac décider du contenu de ses diplômes!

  9. vincent92

    Effectivement, il y a un flou dans l’arrêté. Sans compensation, quelqu’un ayant validé S2 mais pas S1 ne pourra pas passer en S3. Mais l’inverse est-il vrai ? L’arrêté semble supprimer cette possibilité, mais en même temps il rend possible la compensation entre deux semestres immédiatement consécutifs, ce qui laisse entendre qu’il y a possibilité de passer en S3 (pour pouvoir compenser avec S2). Ce n’est plus « de droit », mais cela relèverait donc de la décision des Universités ? Il serait tout de même étrange que quelqu’un ayant validé S2 et pas S1 ne puisse pas passer en S3 mais que quelqu’un ayant validé S1 mais pas S2 le puisse!

  10. pdubois

    @Vincent. « La compensation est organisée entre deux semestres immédiatement consécutifs ». C’est cette phrase qui est ambiguë. En Licence, les 6 semestres se suivent, sont consécutifs. Il pourrait donc y avoir une compensation S1-S2, S2-S3, S3-S4, S4-S5, S5-S6.

    Cela pourrait donner des choses abracadanbratesques

    S 1 : note moyenne : 8,5
    S 2 : note moyenne : 12,5 Compensation S1-S2 : 10,5
    S 3 : note moyenne : 8,5 Compensation S2-S3 : 10,5
    S 4 : note moyenne : 12,5 Compensation S3-34 : 10,5
    S 5 : note moyenne : 8,5 Compensation S4-S5 : 10,5
    S 6 : note moyenne : 12,5 Compensation S5-S6 : 10,5

    Ainsi, l’étudiant pourrait obtenir sa licence en n’ayant validé que 3 semestres sur six !!!

  11. vincent92

    J’entends bien ce que vous dites, mais la question de compensation est évidemment liée à la question du droit de passage en semestre supérieur : si l’étudiant a validé S1 avec 12 mais a 7 à S2, avec les règles actuelles il peut passer en S3 (sans valider S2). Or, les nouvelles règles sont floues sur le passage en S3. Or, qui dit pas de passage en S3 dit bien évidemment compensation impossible avec S2.
    En revanche, je ne comprends pas pourquoi vous souhaitez qu’un étudiant qui a raté son S1 mais qui s’est ressaisi pendant son S2 au point de compenser avec S1 soit pénalisé alors qu’il a la moyenne sur l’année. Avec la compensation seulement semestrielle, quelqu’un qui a eu 10 au S1 et 10 au S2 peut valider l’année alors que quelqu’un qui a 9,5 au S1 et 12 au S2 ne le peu pas, bien qu’il ai obtenu une moyenne annuelle supérieure!

  12. Stephane

    ET oui un etudiant pourra obtenir la licence avec 3 semestres validés sur 6 . De meme qu’avant il pouvait l’obtenir avec 3 annés validées sur 3 … Ou est le scandale ? Il peut aussi compenser intra semestre avec 20 dans une matiere et 0 dans une autre…

    @pierre De ce que je crois comprendre cette compensation est calquée sur celles des DUT ( un semestre peut servir à compenser le precedent ou le suivant (mais pas les 2 en DUT et probalement ici, ce qui permettrait de valider avec seulement 2 semestre (le 2 et le 5), par contre pour les DUT il y a des notes plancher (8/20) en deça desquelles l’obtention du semestre ne peut se faire que par decision de jury (et ils font quoi au fait les jury de licence ? Ils enterinent les decisions calculées par Apogée ou bien ils font autre chose? )

    Le principal interet de la compensation intersemestre est de permettre a un etudiant qui a validé S1, raté S2 de ne pas redoubler S1 mais d’aller voir en S3 et de redoubler eventuellement S2+S3 .

    Cela dit, il faudrait peut etre s’interroger surle pourquoi de resultats en dents de scie ? Et si ca venait de l’incohérence des programmes ? Et si ca venait de l’incohérence (de l’absence ?) du suivi des etudiants (combien d’étudiants sont capables de situer leur niveau 2 semaines avant les partiels de S1 ? )

    Quand a la compensation totale, qui l’accepterait d’un médecin (20 en dermato et 0 en cancero) ou d’un garagiste (20 en reparation moteur, et 0 en changement des freins ) ? Et d’ailleurs pour l’attribution des ECTS, pas de compensation qui tienne (sauf en france ?)

    Stephane

    PS et pour les filieres selectives, sachez que la plupart d’entre elles ne font pas le plein (BTS, DUT, CPGE …). A taper sur l’enseignement public depuis des années, les lycéens vont dans le privé…

    ET PS pour pierre : le DUT, les CPI, les prepa medecine, c’est AUSSI l’université…. Et -en tout cas pour les IUT- les effectifs sont stables ou en faible baisse depuis plusieurs années (peut etre meme depuis que les universités lorgnent dessus pour les reformer !!!)

  13. pdubois

    @ Stephane. Je suis effondré après l’adoption de l’arrêté Licence par le CNESER (chronique de ce soir).

    Je ne peux même vous dire si je suis en accord ou en désaccord avec certains de vos commentaires. D’accord au moins pour reconnâitre que l’enseignement privé ne pourra, dans ce contexte, que devenir de plus en plus attractif. N’est-ce pas la politique non dite visée par nos gouvernants actuels ?

    Les syndicats étudiants ont voté pour l’arrêté Nouvelle Licence pour rendre l’obtention de celle-ci plus facile. Ils font un raisonnement de courte vue.

    Les changements des modalités de contrôle des connaissances depuis les arrêtés Bayrou de 1997 et l’instauration de la semestrialisation signifient que les étudiants ont obtenu le pot au lait, le beurre, l’argent du beurre et même la culotte de la fermière. Les multiples compensations (dont la suppression des notes éliminatoires et la compensation annuelle obtenues ce jour par l’UNEF) font qu’il devient vraiment difficile de ne pas obtenir la licence si on est présent aux examens et on a un peu de bonne volonté. Les syndicats étudiants se tirent une balle dans le pied. C’est leur responsabilité et (hélas ?)pas la mienne.

  14. Damien

    @stephane
    « (et ils font quoi au fait les jury de licence ? Ils enterinent les decisions calculées par Apogée ou bien ils font autre chose? )  »

    Les jurys de licence font globalement ce qu’ils veulent, à condition de ne pas faire de modifications collectives des notes (genre ajouter ou retrancher 2 points à tout le monde), et de respecter une certaine logique et une certaine impartialité. En général, on évite quand même de retirer des points, et si la loi dit qu’il faut compenser au semestre et à l’année, et qu’il ne peut exister de note éliminatoire, on applique la loi (notez que la loi n’interdit pas d’ajouter d’autres compensations, par exemple sur les 6 semestres). Et parfois on le regrette.

    (à titre personnel, je ne suis pas contre la compensation à l’année, mais je serai pour laisser la liberté de mettre des notes éliminatoires, et surtout dans ce cas pour supprimer la compensation semestrielle qui est non seulement absurde, mais même pénalisante pour les étudiants)

    Pour les résultats en dent de scie, on pourrait peut-être se dire que c’était une situation théorique proposée par Pierre, et non un exemple réel.