Licence. La messe est dite !

L’arrêté licence, abrogeant l’arrêté d’avril 2002, a fait aujourd’hui l’objet d’un vote favorable du CNESER, organe consultatif auprès du ministère. Le CNESER est composé de 68 membres. Selon EducPros26 membres ont voté pour, 20 contre ; 14 se sont abstenus ; 8 étaient absents. La majorité obtenue en faveur de l’arrêté « Nouvelle licence » n’est que relative (26 sur 68). N’empêche ! Rien ne peut plus arrêter sa publication. Même pas pour le meilleur ! Pour le pire !

Ce sont les organisations étudiantes qui ont fait passer le nouvel arrêté. Dans la chronique d’hier, j’écrivais : « je crains cependant le pire : on peut deviner dans telle ou telle phrase de tel ou tel article la concession faite par l’ex-ministre à tel ou tel syndicat étudiant ». MESR – Syndicats étudiants : même combat ! De son côté, la CPU se serait abstenue ; j’ai peine à le croire ; j’aimerais qu’elle se soit opposée au projet (pas de communiqué ce soir sur le site de la CPU). Qu’ont voté les syndicats enseignants (je pense qu’ils ont voté contre : communiqué intersyndical) ? Et les syndicats des personnels BIATOSS ?

Le lecteur pourra deviner, en relisant éventuellement mes 76 chroniques sur la licence, que je suis effondré. Défendre, depuis deux ans et demi, le projet de la création d’Instituts d’enseignement supérieur, révolutionnant le premier cycle de l’enseignement supérieur, pour en arriver à une réforme « Pécressette », démagogique vis-à-vis des syndicats étudiants, prioritairement intéressés par des changements dans les modalités de contrôle des connaissances, pour permettre une obtention plus facile de la licence. J’ai mal à l’UNEF, à la FAGE, à PDE, à Cè ! Pourquoi cette contradiction chez les syndicats étudiants : brader la licence et vouloir en même temps qu’elle soit un point d’entrée sur le marché du travail ? Cette réforme bâclée pouvait au moins attendre la fin du quinquennat !

Que faire ? Plier bagage ? Mais tant de choses à dire et à argumenter encore ! Sisyphe ! L’année 2011-2012 risque fort d’être une année noire pour les universités. Chronique à suivre : « davantage de bacs pros dans les facs ».

Commentaires fermés sur Licence. La messe est dite !

Classé dans Non classé

Une réponse à “Licence. La messe est dite !

  1. Bonsoir Pierre,
    Effectivement la messe est dite et vous avez bien raison de signaler que cette majorité qui a validé le texte n’est que toute relative. Cela n’empêchera pas Wauquiez de claironner que tout le monde a été d’accord avec son arrêté !
    Allez, ils ont fait leur job les syndicats étudiants en défendant leur bout de gras. Et ils se sont bien débrouillés. Par contre la critique est qu’ils n’ont défendu que LEURS intérêts en manquant de vision plus large. En effet, où sont les moyens pour mettre en pratique cet arrêté ? Le nombre d’enseignants est très insuffisant depuis longtemps. Apparemment une solution est dans les tuyaux puisqu’il a déjà été discuté au Sénat que la limite de 28 ans pour les vacations allait bientôt sauter. Incroyable ! Les universités en manque d’enseignants statutaires et de masse salariale vont pouvoir faire appel au vivier le moins cher, le plus corvéable et le plus précaire qui soit : les vacataires !
    D’après les témoignages que j’ai lu sur la séance au CNESER les syndicats enseignants ne voulant pas discuter du texte, qu’ils refusaient en bloc, ont quitté la séance en signe de protestation. Efficace comme méthode car le texte est passé ! Pour les syndicats BIATOSS pas d’info.
    Cordialement,
    Julien

  2. Damien

    D’un autre côté, on peut dire que ça pourrait avoir un effet positif : à force de dégoûter les EC de s’investir dans l’enseignement en licence (et la sanction des non-publiants, signalée dans un autre article de ce blog, va dans le même sens, puisque manifestement un service d’enseignement peut se résumer à bâcler 192 h / an sans aucun travail pédagogique à côté), il n’y aura plus d’opposition dans les universités à la création des IES avec des enseignants « purs ». Ne restera plus qu’à convaincre les IUT, STS et CPGE.
    Les syndicats étudiants ont défendu leur bout de gras (et l’UNEF a bien voté pour un plat de lentilles). D’un autre côté, j’ai encore vu passer dans mon université aujourd’hui un courriel d’un syndicat enseignant qui refuse cette réforme en estimant que 1500 h sur 3 ans, c’est trop ! Si ça ce n’est pas de la défense à courte vue de l’autre côté…

  3. vincent92

    Mais arrêtez de dire que la Licence est bradée! On est bien en-dessous de la moyenne de l’OCDE en terme de diplômés de l’enseignement supérieur! La faute n’est pas à l’indulgence supposé des enseignants mais au manque d’encadrement à l’Université. Effectivement, sans moyen supplémentaire, cette réforme n’aboutira à rien et tout celà manque de cadrage national. Mais c’était déjà le cas avec l’arrêté Licence! Celà manque effectivement de vision d’ensemble mais elle ne va pas non plus dans le mauvais sens. Elle augmente (un peu) le nombre d’heures de cours. Et surtout, elle remet tout le monde à égalité face aux règles d’évaluation qui étaient auparavant laissées à la discrétion des Universités. A diplôme national, règles d’évaluations nationales!

  4. Damien

    @vincent92
    Loin de moi l’idée de dire que la licence est bradée. Par contre, certains voudraient bien, pour diverses raisons (démagogie et/ou intérêts) qu’elle le soit, ou, tout au moins, que tout soit fait pour inciter les EC à la brader. La question des moyens est primordiale, mais elle ne règle pas tout : ces règles de compensation absurdes, ces incitations aux « passerelles » et autres « semestres de différentiation », cette semestrialisation bâtarde, autant de boulets qu’on met allègrement aux pieds de la licence universitaire (et je ne parle pas de la question de la sélection et de la possibilité d’empêcher un étudiant de se réinscrire, qui sont des points presque plus mineurs). Je ne suis pas contre un cadrage national, mais alors que les choses soient claires, faisons un examen national (comme l’est le BTS), un programme national, un volume horaire national. Au moins les EC ne se sentiront pas tenus de résoudre la quadrature du cercle en faisant un ensemble cohérent et attractif avec des directives absurdes.

  5. vincent92

    Ah mais moi, je suis tout à fait d’accord sur le programme et le volume horaire national! D’ailleurs avant le LMD, il y avait des maquettes qui définissaient clairement ce que devait être un diplôme. Ca n’empêchait pas un peu de souplesse notamment par le jeu des options, mais au moins il y aurait une véritable égalité sur le territoire et le diplôme était véritablement national. Actuellement, avec le LMD, le cadre national des diplômes a été cassé non pas au profit, comme on aurait pu s’y attendre, d’un cadre européen des diplômes, mais bien de contenus de diplômes décidés facs par facs. C’est là-dessus qu’il faut revenir!

  6. PR27

    Vu de loin, je vois deux perspectives possibles à ces programmes nationaux :

    1- l’assurance que ce qui est enseigné est à peu près la même chose dans tous les licences qui portent le même nom, rendant plus indifférent celle où on va (on a l’assurance que c’est raisonnablement bien partout). J’ai l’impression que les PPN des IUT (dans les domaines que je connais) aboutissent à cela

    2- la facilité à faire des classements pour comparer les performances de licences enseignant la même chose

    Je penche pour la 2. Le gouvernement français est très malheureux de ne pas pouvoir lire, dans les hebdos, des classements des formations universitaires, comme outre-manche pour les bachelors. Le rapport récent de… je ne sais qui, Grosperrin, peut-être, demandait à ce que les exams soient pour plus grande partie en QCM et leur évaluation externalisée. On connaît bien le processus industriel : séparer la prestation d’enseignement et la prestation d’évaluation. Dans l’avenir, les bons rankings permettront de jusfifier les frais d’inscription (cf. mot récent du directeur de la CDEFI : des frais élevés, mais on pourra montrer que les étudiants en ont « pour leur argent » – je ne doute pas que les salaires des personnels de directions augmenteront avec les frais d’inscription, mais gardons des munitions pour apres-demain….).

    Bon, c’est ma prédiction à 50 centimes…

  7. étudiant frustré

    PR27, il s’agit du rapport du sénateur Demuynck, qui est effectivement très inquiétant (http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2011/36/6/demuynck_182366.pdf), page 13 notamment.

    Je ne comprends pas vraiment pourquoi certains ici plaident pour un cadrage national des diplômes, cela revient à demander un contrôle du ministère! Je préférerais que les universités se différencient, qu’elles proposent des programmes originaux les unes des autres plutôt que de retrouver au mot près des programmes de licence identiques. Ainsi, les EC s’investiront réellement dans l’offre de licence ; avec un cadrage national, ils l’abandonneront au ministère, avec les effets que l’on sait. En clair, une vraie autonomie serait souhaitable, mais elle restera impossible sans sélection à l’entrée. L’université doit pouvoir choisir ses programmes et ses étudiants.

  8. Marianne

    Le systeme des ppn propres aux IUT ne marche pas si mal. Il y a une marge de liberte locale qui permet de s’adapter a l’environnement existant
    Par ailleurs en sciences dures je pense que le programme de licence est quasi-imposé. En maths ou en physique il faut bien commencer par le debut et je vois mal qu’on fasse de l’analyse complexe en L1 par exemple…Ca parait difficile que ce soit l’option 2 qui soit choisie car les examens (seul instrument de mesure de la « performance  » ) restent locaux et donc « ajustables  » comme on veut.. A moins que comme cela est proposé dans le rapport on externalise les evaluations. Dans ce cas la licence devient un bac bis ou un BTS bis …Par contre d’accord avec vous la LRU c’est tout sauf liberte et autonomie…

  9. Damien

    @étudiant frustré
    « Je ne comprends pas vraiment pourquoi certains ici plaident pour un cadrage national des diplômes, […] Je préférerais que les universités se différencient, qu’elles proposent des programmes originaux les unes des autres plutôt que de retrouver au mot près des programmes de licence identiques. »

    Je ne sais pas dans quelle discipline vous étudiez, mais chez moi licences différentes signifie accès au master différents : un étudiant de l’université A n’aura pas les prérequis nécessaires pour accéder au/suivre le master de l’université B. Ou alors il faut considérablement alléger les prérequis en master au « plus petit ensemble commun de connaissances », ce qui de fait signifie la perte d’une année (sans parler du fait que les étudiants qui ont déjà vu ce qui est enseigné s’ennuient).
    Or, chaque université propose des masters de « couleur » différente, et je n’ai pas envie d’imposer à mes étudiants de suivre les masters de mon université. Bien au contraire, je les encourage à se renseigner pour voir ce qu’il y a ailleurs, si un aspect particulier de la discipline leur plait. Evidemment, on peut considérer que les étudiants n’ont qu’à s’inscrire dans la « bonne » université dès le bac. Mais étant en province, je comprend parfaitement que des étudiants de 18 ans préfèrent s’inscrire à l’université « près de chez eux » plutôt que de partir déjà à 400 km de là, alors qu’ils n’ont encore qu’une très vague idée du contenu réel des différents aspects de la discipline.

    Je ne sais pas si mon argument plaide pour un « contrôle du ministère », mais il plaide en tout cas en faveur d’une harmonisation, volontaire ou forcée, des licences, et une clarification de l’offre de formation (qui n’est pas du tout ce qu’on obtient quand on laisse totale liberté aux universités).

  10. étudiant frustré

    Je suis en Histoire, discipline où l’on peut effectivement faire varier le contenu de la formation (en variant les périodes, les pays et les approches thématiques étudiés), tout en enseignant la démarche scientifique de manière uniforme. C’est peut-être différent en Sciences.

    Il est de toute façon bien illusoire de croire que toutes les universités puissent délivrer des formations de niveau équivalent, aucun cadrage national ne pourra changer cela. En revanche, on peut craindre une mainmise accrue du ministère sur l’ES et, à terme, voir le processus de nivellement par le bas qui a détruit le Lycée s’appliquer aux universités. Comment croyez-vous que nous allons atteindre l’objectif de 50% d’une classe d’âge en licence?

  11. Damien

    « Il est de toute façon bien illusoire de croire que toutes les universités puissent délivrer des formations de niveau équivalent, »

    D’accord, donc vous considérez qu’il faut inciter les étudiants à partir dès le bac, puisque l’université « locale » ne pourra pas délivrer une formation suffisante pour leur assurer l’accès à un master dans une « bonne université ».
    Personnellement, je ne suis pas de cet avis. En sciences (et ce n’est effectivement pas vrai en lettres), on trouve dans chaque ville moyenne au moins une CPGE qui forme aux meilleures grandes écoles. Et j’ai connu des étudiants qui avec un DEUG de « petite » université réussir brillamment leurs études dans les plus grandes formations parisiennes. Si on supprime l’idée d’un niveau de connaissances commun en premier cycle, on détruit tout chance de parvenir à ça.
    Il ne s’agit pas de dire que le « niveau » doit être le même (au sens niveau moyen de la promo), mais que les connaissances enseignées doivent être les mêmes, de sorte qu’un étudiant qui s’accroche ne souffrira pas d’un handicap insurmontable ensuite. Et, je suis désolé, mais je suis absolument persuadé que ce n’est pas illusoire.

    « Comment croyez-vous que nous allons atteindre l’objectif de 50% d’une classe d’âge en licence? »

    Ce n’est pas 50 % d’une classe d’âge en licence (comme ce n’est pas 80 % d’une classe d’âge au bac général), c’est 50 % d’une classe d’âge au niveau bac+3. Ce qui nécessite surtout d’augmenter de bac+2 à bac+3 le niveau des études courtes (BTS, IUT), via par exemple des licences pro.
    Et ce n’est pas vraiment la massification du lycée qui a provoqué un « nivellement par le bas » (le taux d’accès au bac général n’a pas bougé depuis 15 ans, et tourne toujours à 1/3 de la population). C’est un mélange de démagogie et de réductions d’heure pour raisons économiques.

  12. vincent92

    « Je ne comprends pas vraiment pourquoi certains ici plaident pour un cadrage national des diplômes ». Tout simplement pour qu’un diplôme soit reconnu sur tout le territoire et qu’il corresponde à un socle commun quel que soit l’endroit où on le passe. Comment peut-on parler de « diplôme national » quand on voit les différences considérables de contenu de ce diplôme d’une fac à l’autre ? Il ne s’agit pas de faire tous exactement la même chose dans chaque Université mais au moins qu’un diplôme corresponde à un socle commun quelle que soit sa fac. Sinon, on arrive à un système de « diplôme maison » dont la fac est très contente mais qui est totalement illisible sur le marché du travail.

  13. François

    A Vincent92 qui fait sans doute partie des lecteurs du « Monde de l’Education » et qui affirme donc : « On est bien en-dessous de la moyenne de l’OCDE en terme de diplômés de l’enseignement supérieur! « .
    Je lui signale que la moyenne des pays de l’OCDE (rapport 2010 tableau A1.3a) est 35% de diplômés pour les 25-34 ans, la France étant à 41%.
    La Finlande est à 38%, la Suède à 41%, les Etats-Unis à 42%, le Danemark à 43%.

  14. vincent92

    Peut-être, mais diplômé de l’Enseignement supérieur ne veut pas dire diplômé au niveau Licence (Bac+3)! Il me semble que la France booste ses chiffres par un taux important de diplômés Bac+2 (BTS et DUT notamment). Auriez-vous un lien Internet qui donnerait accès à votre source ?

  15. François

    Ces chiffres proviennent du document « Regards sur l’éducation » de l’OCDE (édition 2010) accessible à http://www.oecd.org/dataoecd/45/38/45926102.pdf
    Voir Diagramme page 29
    Chiffres correspondants page 37
    J’ai vérifié que le chiffre américain incluait lui aussi des diplômes bac+2 (« associate degrees » décernés par les « community colleges »).
    Par ailleurs intéressant diagramme page 76 qui montre que, contrairement à une idée très répandue, le taux d’étudiants qui commencent des études supérieures sans obtenir aucun diplôme est particulièrement faible en France (de l’ordre de 20% contre une moyenne OCDE de l’ordre de 30%, le chiffre américain étant particulièrement élevé). Le sénateur Demuynck vient de remettre un rapport détaillé sur ce sujet http://blog.univ-provence.fr/gallery/32/Rapport%20Demuynck.pdf

  16. vincent92

    Ce qui tend à démentir l’idée que beaucoup d’étudiants seraient des « touristes » à l’Université…