La CPU aurait dû voter "contre"

Dans un communiqué du 13 juillet 2011, la CPU explique pourquoi elle s’est abstenue lors du vote du CNESER sur le projet de nouvel arrêté de licence. « Afin de ne pas prendre le risque d’un clivage entre les organisations étudiantes et les représentants des enseignants, la CPU a fait le choix de s’abstenir, malgré de nombreuses réserves sur le projet d’arrêté« . Laurent Wauquiez en est fort aise : dans son interview à EducPros, il se félicite de l’abstention positive de la CPU ; il la considère, donc et de fait, comme un vote favorable ! Ménager la chèvre et le chou (« Consensus mou à la CPU« ) est un comportement politique indigne de la part de présidents d’université. Il fallait voter contre le projet d’arrêté, comme l’ont fait la plupart des représentants enseignants.

La CPU, qui n’a pas été consultée sérieusement par le ministère et qui a toujours dit son opposition à une refonte en urgence de l’arrêté de 2002, aurait dû oser s’opposer au texte proposé au CNESER, ne serait-ce que parce que la « réforme pécressette » va à l’encontre d’un des ses objectifs annoncés : assurer le caractère national du diplôme de licence par une plus grande homogénéisation d’une université à l’autre. Le but ne sera pas atteint : le nouveau ministre n’a-t-il pas déclaré que l’objectif des 1500 heures d’enseignement devrait être atteint par les universités au fur et à mesure des vagues de contractualisation » (pour 20% des universités, les 1500 heures ne seraient donc obligatoires que dans cinq ans !!!).

Louis Vogel, président de la CPU et présent au CNESER, aurait dû s’étrangler quand le ministre a déclaré que, « même si l’arrêté ne mentionnait pas explicitement les parcours différenciés, il ne les empêchait pas ». Le président de Paris 2 est – avec raison – un ardent partisan de ces parcours différenciés. En ne les rendant pas obligatoires dans chaque université, le ministère va créer, sur le terrain, des inégalités importantes pour les étudiants. Qui dit « parcours différenciés » dans une même licence, dit « orientation sélective » à l’entrée de chacun des parcours. L’UNEF voit « rouge » quand elle lit « sélection ». La disparition des parcours différenciés dans la dernière version du projet d’arrêté serait donc une autre concession à l’UNEF ?

La CPU aurait dû voter contre le projet d’arrêté, même si elle en approuve les grands principes. Trop de points clés « méritent encore d’être débattus et approfondis ». La CPU en cite six. 1. « La fixation du seuil minimal de 1.500 heures d’enseignement et ses implications financières tout comme le décalage de cette approche par rapport aux normes euroéennes en crédits ECTS ». 2. « Les conditions d’élaboration des référentiels de compétences« . 3. « Les règles de contrôle des connaissances, qui risquent de se révéler difficilement praticables et de dévaloriser la licence ». 4. « Les formes de l’évaluation des formations« . 5. « Les modalités d’habilitation des diplômes nationaux ». 6. « L’articulation entre licence professionnelle et licence générale, et, plus globalement, la cohérence du cycle licence« . Une seule des réserves faites par la CPU aurait dû conduire à un vote négatif !

La CPU a raison sur un point. Les risques de dévalorisation de la licence sont certains… dans un contexte où celle-ci est déjà très dévalorisée (79 chroniques sur la licence). L’abstention de la CPU est une gifle aux corps enseignants qui dispensent les cours magistraux et les travaux dirigés en licence. Contrairement à ce que déclare la CPU, son abstention au CNESER ne va pas éviter un clivage avec les enseignants. Elle va l’accentuer.

Louis Vogel, vous n’auriez pas dû faire plaisir au nouveau ministre, même s’il est du même bord politique que vous et même si vous aurez plaisir à dîner avec lui ce soir ! Laurent Wauquiez prétend connaître l’enseignement supérieur et n’être pas « le ministre des affaires courantes ». Faux. Ses premières déclarations me font penser que, s’il existait un « référentiel de compétences » pour les ministres de l’enseignement et de la recherche, l’évaluation du dossier de Laurent Wauquiez aurait démontré de trop nombreuses lacunes. Bref, j’espère qu’il va y avoir du rififi à la CPU !

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