Laurent 1er et la méthode Coué

Laurent Wauquiez, le 1er partout, pratique la méthode Coué, comme son prédécesseur, Valérie Pécresse. L’enseignement supérieur et la recherche sont la priorité de la politique gouvernementale. Elle y alloue beaucoup d’argent et les résultats sont là. La France progresse. La preuve : le classement de Shanghaï 2011. Classement des 500. 21 établissements français dans les 500.

C’est en résumé le contenu de l’entretien donné par le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche au Journal les Echos, mardi 16 août 2011. Le titre : « Nous récoltons le fruit des efforts enclenchés dans l’enseignement supérieur« . « Non, monsieur le Ministre ! Vos déclarations frisent l’incompétence ! Vos commentaires sur le classement de Shanghaï, c’est n’importe quoi ».

« Des progrès sensibles pour la France » [21 établissements classés]… « Cela est d’autant plus significatif que l’Allemagne [39 classés] et le Royaume-Uni [37 classés] ont une tendance au recul ou à la stabilité« . Recul ou stabilité ? Des preuves ! A suivre une chronique sur l’excellence du Bade-Wurtemberg (capitale Stuttgart) : 7 établissements classés sur 9 !

« Le pays était très mal positionné dans le top 200 avec 6 établissements en 2006. Nous sommes revenus à 8 cette année« . Ce progrès dans le classement est dû à l’apparition d’Aix-Marseille University dans le top 200. Cette remontée procède d’un effet mécanique, artificiel : les sciences étaient éparpillées dans plusieurs universités d’Aix-Marseille ; elles ont été regroupées dans le classement 2011 ; un effet « masse » a été recherché ; il ne signifie pas une amélioration de la performance de la recherche per capita. Le même effet vaut également pour l’université de Lorraine : elle figure désormais dans la classe 201-300 parce qu’ont été agrégés les résultats de Nancy, de Metz et de l’INPL. A l’inverse, ce sont Bordeaux 1 (et non l’ensemble des 4 universités bordelaises) et Montpellier 2 (et non l’ensemble des 3 universités montpelliéraines) qui sont classées.

Laurent 1er reconnaît d’ailleurs cette pitoyable stratégie de recherche de l’effet « masse ». « Une des vraies nouveautés résulte de notre politique de rapprochement des universités, qui donne une taille critique pour s’imposer« … « Les résultats sont extraordinaires. Quatre regroupements pourraient intégrer directement le top 50, avec les établissements du campus de Saclay, ceux de Paris Sciences et Lettres Etoile, et les PRES Sorbonne Universités et Paris Cité« . Si tous les établissements d’enseignement supérieur fusionnaient, la France apparaîtrait dans le top 5 mondial. Qu’est-ce qu’on attend ?

« Toulouse 3, lui, a gagné 53 places de 278 à 225, c’est un bon exemple de progrès dans les zones moins regardées du classement« . Gloup ! Le ministre est pris en flagrant délit d’ignorance de la méthodologie du classement de Shanghaï. Entre les positions 201et 300, les universités sont classées ex-aequo et par ordre alphabétique. Toulouse 3 ne peut donc avoir progressé de 53 places ! N’importe quoi encore !

« Ce que nous essayons de faire,… c’est de hisser vers l’excellence l’ensemble de l’enseignement supérieur. Les premiers résultats des Initiatives d’excellence l’illustrent avec la distinction de Bordeaux et de Strasbourg« . Le classement de Shanghaï 2011 est fondé sur le recueil des données 2010. Cette année-là, les investissements d’avenir émergeaient à peine. En 2011, combien d’argent ces universités recevront-elles pour leurs EQUIPEX, LABEX et IDEX ? Des pécadilles ! Pire, en 2011, toutes les universités françaises ont perdu du temps, beaucoup trop de temps pour concevoir et rédiger des projets et encore des projets. Peut-être leurs enseignants et leurs chercheurs auront-ils moins publié dans les revues les meilleures au plan mondial. Il pourrait alors y avoir un recul dans le classement 2012 !!!

Laurent Wauquiez ne veut pas être « le ministre des affaires courantes » (EducPros, 29 juillet 2007). Ce serait bien qu’il le soit : il lui faudrait par exemple apprendre à commenter les données statistiques. A moins qu’il n’ait décidé, une fois, pour toutes, de ne faire que de la statistique politique !

Trois remarques finales. 1. Puisque le ministre ne veut pas s’occuper des affaires courantes, il n’est pas étrange que son agenda soit vide d’évènements depuis le 1er août (agenda du ministre). Il délaisse la communication institutionnelle sur le site de son ministère (aucun communiqué sur le classement de Shanghaï) et préfère s’adresser directement aux médias (plusieurs entretiens durant ses « vacances »). C’est incorrect vis-à-vis de son administration centrale.

2. Le classement de Shanghaï s’est imposé mondialement. Sa méthodologie est tout à fait transparente. Il ne sert donc plus à rien d’en démontrer les limites réelles. D’ailleurs, des universités françaises ne se privent pas de mettre en avant ce classement pour prouver leur excellence. Chronique : A chacun ses indicateurs d’excellence ?

3. Bravo aux universités de Versailles Saint-Quentin et de Nice Sophia Antipolis : elles apparaissent dans le classement 401-500. Des inquiétudes par contre pour les universités historiques qui possèdent, de tradition, une faculté des sciences : ni Besançon, ni Caen, ni Dijon, ni Lille, ni Nantes, ni Poitiers, ni Reims, ni Rouen, ni Tours n’apparaissent dans le classement.

11 Commentaires

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), C. Ile-de-France, C. Nouvelle Aquitaine (Aquitaine Poitou Charentes), C. Occitanie (Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon), C. PACA Corse

11 réponses à “Laurent 1er et la méthode Coué

  1. PR27

    merci pour ces chroniques estivales, montrant que le ministre est, au fond, du Puy ; le roi des lentilles sèches.

  2. Juste une correction, en 2010 l’UVSQ était déjà en 401 – 500 et l’UNS était en 310 – 400 ce qui fait qu’elle malheureusement reculé.

    Bonne continuation

  3. Je ne sais pas où le ministère a eu le classement précis pour Toulouse 3, mais le graphique en ligne sur le site du classement de Shanghai montre une progression depuis 2003 qui me semble difficile à justifier par de simples mouvements « alphabétiques » : http://www.shanghairanking.com/Institution.jsp?param=Paul%20Sabatier%20University%20(Toulouse%203)

    J’avais il y a quelques années fait un programme pour deviner les valeurs d’une courbe au format image (CaptuCourbe, téléchargeable gratuitement). Je viens de tester sur ce graphique et ça donne une approximation de 279° en 2010, 226° en 2011. Je soupçonne donc les chiffres du ministère d’être corrects, et devine que Toulouse 3 était classée à peu près 296° en 2009… mais a beaucoup reculé par rapport à 2003 où elle était à peu près 198°, ce qui illustre bien la démarche qui consiste à choisir soigneusement les chiffres qui arrangent pour justifier son discours.

  4. Joel Pothier

    Le classement de Shangai est décrié, ce qui est normal vu la méthodologie préhistorique utilisée où tous les indicateurs sont corrélés, et corrélés bien sûr à la « masse » de l’institution (le budget de Harvard, 1ère dans ce classement, est de l’ordre de la somme de celui de toutes les universités franciliennes). Une décorrélation serait pourtant simple à faire, mais elle a l’air hors de portée des « sociologues » de Shangai qui ont surtout trouvé là une bonne occasion de se faire mousser, à peu de frais, en surfant sur la vague de l’obsession évaluatrice.
    Malgré sa méthodologie plus que rudimentaire et son inutilité pratique – ou peut être justement à cause de celles-ci-, ce classement est néanmoins utilisé par tous, et surtout les politiques: Valérie Pécresse l’utilisait afin de montrer que les universités françaises étaient médiocres et qu’il fallait réformer (par la LRU), Laurent Wauquiez l’utilise comme satisfecit (avec pas plus de raisons !).

    De manière générale, toutes ces évaluations de la connaissance ou de la recherche par des indicateurs me laissent perplexe…

  5. Joel Pothier

    Le classement de Shangai est décrié, ce qui est normal vu la méthodologie préhistorique utilisée où tous les indicateurs sont corrélés, et corrélés bien sûr à la « masse » de l’institution (le budget de Harvard, 1ère dans ce classement, est de l’ordre de la somme de celui de toutes les universités franciliennes). Une décorrélation serait pourtant simple à faire, mais elle a l’air hors de portée des « sociologues » de Shangai qui ont surtout trouvé là une bonne occasion de se faire mousser, à peu de frais, en surfant sur la vague de l’obsession évaluatrice.
    Malgré sa méthodologie plus que rudimentaire et son inutilité pratique – ou peut être justement à cause de celles-ci-, ce classement est néanmoins utilisé par tous, et surtout les politiques: Valérie Pécresse l’utilisait afin de montrer que les universités françaises étaient médiocres et qu’il fallait réformer (par la LRU), Laurent Wauquiez l’utilise comme satisfecit (avec pas plus de raisons !).

    De manière générale, toutes ces évaluations de la connaissance ou de la recherche par des indicateurs me laissent perplexe…

  6. Luigi

    Pour le classement exact :

    1) Il est facile de le trouver en calculant la note exacte de chaque université : c’est la moyenne des notes « Alumni », « Award », « HiCi », « N&S », « PUB » et « PCP », avec les coefficients de pondération indiqués sur le site de Shanghaï (http://www.shanghairanking.com/ARWU-Methodology-2011.html). Par convention, on renormalise pour que le 1er du classement ait une note de 100.

    2) On peut lire aussi le classement d’une université sur le graphique fourni par le site de Shanghaï, comme l’a remarqué Philippe. Pas besoin de faire de programme, il suffit d’afficher le « code source » de la page (faisable sur n’importe quel navigateur). Par exemple pour Toulouse 3, on lit :

    Ce sont bien les chiffres donnés par le ministère.

  7. François

    Luigi, je ne pense pas que le calcul soit si simple.
    – Prenons le cas particulier de Gérard Debreu qui a fait ses études et commencé ses recherches en France, puis est parti aux États-Unis. Devenu Américain, il a obtenu le Nobel d’économie en 1983. A qui sont attribués ses points d’alumnus ? Partage (déjà complexe)entre des établissements français et américains ? C’est peut-être encore trop simple ! Allez sur http://www.cam.ac.uk/research/about/awards-announcements-and-prizes/nobel-prize-winners/ et vous verrez que Cambridge l’inclut dans la liste officielle de ses alumni ayant obtenu le Nobel (il y a passé quelques mois). Il serait intéressant de voir comment son cas est traité par Shanghai.
    – Médailles Fields. Elles sont attribuées tous les 4 ans, souvent à 4 mathématiciens. Partagent-ils un point unique tous les 4 ans (ce qui donnerait un poids 4 fois plus faible aux mathématiques qu’à n’importe quelle matière du Nobel).
    – etc.

  8. Luigi

    François, il y a deux questions distinctes.

    Question 1 [celle que vous soulevez] : Comment Shanghai attribue-t-il les 6 notes (et notamment « Alumni », « Award », « HiCi », « N&S », « PUB » et « PCP ») à chaque institution ? Je suis d’accord avec vous, ce n’est pas simple, d’autant plus que Shanghaï ne publie pas les données utilisées. Je cite par exemple http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/40/39/93/PDF/Shanghai_JCB_DB_PV.pdf : « 2.5 Data collection – Except for the number of FTE academic staff of each institution, data are collected on the web. This involves the official site of the Nobel Prizes (http://nobelprize.org/nobel_prizes/), the official site of the International Mathematical Union (http://www.mathunion.org/general/prizes, and various Thomson Scientific sites (http://www.isihighlycited.com and http://www.isiknowledge.com). The data used by the authors of the ranking are not made publicly available. »

    Question 2 [que se posait Pierre Dubois] : Est-il possible de retrouver le classement exact ? Dans mon message précédent, je donnais deux réponses :

    – d’une part, les 6 notes étant rendues publiques, ainsi que les coefficients, il suffit de calculer la moyenne de chaque institution. Avec quelques exceptions : « For institutions specialized in humanities and social sciences such as London School of Economics, N&S is not considered, and the weight of N&S is relocated to other indicators » (sans plus de détail…) : cela concerne 3 institutions cette année.

    – d’autre part, le classement de chaque institution est en fait donné – implicitement – dans un recoin obscur du site de Shanghaï (le « code source » de la page décrivant l’institution concernée, avec le graphique).

    On peut d’ailleurs se demander pourquoi Shanghaï ne publie pas carrément ce classement exact (au lieu de faire des paquets « 102-150 », « 151-200 », « 201-300 », « 301-400 », « 401-500 », chacun trié par ordre alphabétique). Peut-être Shanghaï considère-t-il que les écarts de note ne sont pas suffisamment significatifs à l’intérieur d’un paquet pour justifier un classement plus fin ?

  9. PR27

    j’ai lu récemment qu’une publication écrite par un EC rattaché à un EPST (par ex. une UMR) voit cette publication compter pour moitié, puisqu’elle est à partager entre l’univ. et l’EPST. Quelqu’un peut-il le confirmer ou l’informer ? A t-on une idée de la manière dont le classement serait modifié, si ces publis comptaient pour 1 ?

    Merci.

  10. @PR 27. Les EPST ne sont pas classés par Shanghaï. CNRS, INSERM… n’assurent pas d’enseignements. Néanmoins, votre question est pertinente !

  11. @ tous. Merci, pour vos commentaires pertinents. Je les ai repris dans une nouvelle chronique :

    « Critères de Shanghaï : le débat »

    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2011/08/21/criteres-de-shanghai-le-debat/