L'écomusée et l'ascenseur social

Découvrir l’écomusée textile en 45 photos. Les solutions du Quiz « Ingénieurs de la fibre » ont été trouvées par PR 27. La bourgade photographiée est bien celle de Husseren-Wesserling dans le Haut-Rhin, en Alsace. Une manufacture royale y est fondée, le long de la Thur, peu avant la Révolution. Après l’arrêt définitif de la production en 2003, le parc Wesserling est créé. Il accueille désormais l’Ecomusée textile. L’école d’ingénieurs est l’ENSISA de Mulhouse (Ecole nationale supérieure d’ingénieurs Sud Alsace), école d’ingénieurs de l’université de Haute-Alsace. Elle naît en 2006 de la fusion de deux écoles d’ingénieurs, dont l’une était spécialisée dans le textile. Une des filières actuelle est Ingénieur textiles et fibres.

Je suis fort partagé quand je visite et photographie le patrimoine industriel français. Je suis heureux que l’histoire industrielle puisse être racontée au plus grand nombre. Je suis malheureux parce que des emplois industriels sont détruits chaque jour. Plusieurs milliers d’ouvriers travaillaient dans la manufacture textile au temps de sa splendeur. Combien le fort beau parc de Wesserling emploie-t-il aujourd’hui de salariés ? Une jeune femme fait une démonstration d’impression sur une pièce de tissu : la région de Mulhouse s’était en effet spécialisée dans l’impression des Indiennes de coton. L’écomusée insiste sur les techniques et leur évolution mais parle trop peu de la condition ouvrière. Louis-René Villermé a enquêté dans les entreprises de la région de Mulhouse et dans le Nord dans les années 30 du 19ème siècle. Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie (1840).

Quand il s’agit du patrimoine textile, mon malaise est encore plus grand. Lorsque je commence mon doctorat de sociologie en 1966 sur le recours ouvrier dans l’industrie textile du Nord (photo du livre ci-contre), celle-ci emploie encore 100.000 salariés dans le département (aujourd’hui, il y a moins de 100.000 salariés dans la branche dans toute la France réunie). J’ai choisi cette industrie car elle est celle de mes familles maternelle et paternelle, famille d’ouvriers du textile. J’interviewe 182 délégués du personnel CFDT, ouvriers et contremaîtres chez eux la plupart du temps, plus rarement dans l’usine. Il faudra attendre la loi de décembre 1968 pour que soit reconnue la section syndicale dans l’entreprise et que des moyens lui soient attribués.

Malaise aggravé parce que je sais aujourd’hui que Laurent, le 1er partout, est issu d’une famille patronale textile du Nord, les Wauquiez. Leur tannerie de Neuville-en-Ferrain a fermé ses portes en… 1965. Les Wauquiez ont choisi de se reconvertir dans la production de voiliers de plaisance de luxe.

Issu d’une famille ouvrière, j’estime fort peu décent qu’un ministre issu d’une famille patronale déclare à EducPros : « Je porte un réel intérêt à l’enseignement supérieur qui se concentre tout d’abord sur la question de l’ascenseur social : cette question est au cœur de mes priorités car pour moi, une société sans ascenseur social est une société morte ». Que connaît-il de l’ascenseur social, lui qui est « né avec une cuiller d’argent dans la bouche » ?

Commentaires fermés sur L'écomusée et l'ascenseur social

Classé dans A. Histoire moderne, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), F. 19ème et 20ème siècles

Une réponse à “L'écomusée et l'ascenseur social

  1. Marianne

    J’ai l’impression que l’ascenseur social fonctionne de moins en moins…Sans pouvoir disposer de chiffres mon impression est qu’a travers l’autonomie des établissements on officialise un enseignement adeux vitesse. Pour les lycées prestigieux préparation aux études supérieures et débouchés naturesl en CPGE. Pour les autres un enseignement qui vise l’obtention du bac qui est de moins en moins un passeport vers les études supérieures.
    Ce qui me gene plus c’est qu’avant le discours officiel etait quand meme pour déplorer cet état de fait meme si on n’y faisait pas grand chose. Maintenant on « spécialise » en quelque sorte les établissements en disant que cela ne vaut pas la peine d’investir vu le « faible rendement » dans les lycées défavorisés. Idem pour les universites. Celles qui ne sont pas spécialisées dans la recherche vont l’etre dans des formations pseudo professionnelles qui ne meneront pas a grand chose. Pour cacher tout cela on brade la licence tandis que dans les CPGE d’élite l’enseignement lui menera toujours a quelque chose…
    Dommage non?

  2. @Marianne. L’enseignement supérieur français a toujours été à plusieurs vitesses. Je suis d’accord avec vous pour observer qu’il y a un renforcement des écarts entre les filières aux vitesses différenciées. Avec le massacre annoncé de la licence, les filières cloisonnées et marquées socialement sont délibérément privilégiées par le gouvernement actuel.

    Le problème est de le prouver. Je prépare une chronique sur l’ascenseur social : elle est assez longue à murir. J’attends en particulier la publication de Repères et Références Statistiques 2011 (publication en principe en septembre)

  3. François

    Ascenseur social. Je voudrais vous faire part d’un paradoxe qui m’est apparu au cours d’une discussion avec les auteurs du rapport de l’Institut Montaigne sur les formations d’ingénieurs. Ce rapport contient l’affirmation suivante :  » 90 % des étudiants des écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses sont issus des catégories favorisées (CSP+), contre 70 % il y a 50 ans « . Il est clair qu’en écrivant une telle phrase, les auteurs veulent donner l’impression d’une régression dans le fonctionnement de l’ascenseur social depuis 50 ans. Voulant en savoir plus, je leur ai demandé s’ils connaissaient la proportion de CSP+ dans la population française au début et à la fin de cette période de 50 ans. La réponse qu’ils m’ont donnée est que les CSP+ étaient passées sur cette période de 10% à 30%. Il est clair que cette évolution est une conséquence directe de la démocratisation de notre système d’enseignement pendant cette période et de l’accroissement du nombre de diplômés.
    Face à de telle données, d’un point de vue purement statistique, il est impossible de dire quelle a été l’évolution : il faudrait connaître au début des 50 ans la proportion dans les mêmes écoles d’enfants issus des 30% de familles les plus favorisées de l’époque (qui comprenaient donc 10% CSP+ et 20% qui ne l’étaient pas !). Si on fait une réflexion qualitative : au début de la période considérée, seules 10% des familles étaient en mesure de créer des conditions matérielles et morales plaçant leurs enfants dans une position optimale pour réussir ce genre d’études, ce qui leur permettait de monopoliser 70% des places; les enfants des autres familles (90% de la population) devaient alors compenser leur handicap matériel/culturel par une combinaison de capacités intellectuelles et de motivation qui leur permettait d’obtenir 30% des places. En fin de période, 30% des familles sont en mesure de créer des conditions favorables pour leurs enfants : ceci veut dire que la concurrence pour entrer dans les mêmes écoles est devenue beaucoup plus intense; du coup la difficulté pour les non CSP+ est beaucoup plus importante, et ils n’obtiennent plus que 10% des places dans les mêmes écoles.
    D’où le paradoxe : plus un système d’enseignement se démocratise, plus une génération plus tard le handicap lié à l’appartenance à un milieu défavorisé est important. C’est une conséquence automatique, et non comme on le lit souvent le résultat d’une volonté machiavélique des classes dirigeantes de « rester entre soi ».