Même Strasbourg sabre les dépenses

L’université de Strasbourg doit être fière de ses succès (Plan Campus, Investissements d’Avenir, Prix Nobel de médecine). Elle en attend plusieurs centaines de millions d’euros, même si elle n’en a pas encore beaucoup vu la couleur (chroniques « Les sous, c’est pour quand ? » et « IDEX. 10Mns€ pour 1,25 Md€« ). Elle semble donc riche, mais est-elle à l’abri d’une crise financière, crise déjà patente dans certaines universités (chronique : « Rogner, sabrer des dépenses« ) ?

A Strasbourg, des inquiétudes se manifestent : celle du 1er vice-président, Michel Deneken (chronique « Un vice-président Finances inquiet« ), celle du délégué général de l’IDEX, GuyRené Perrin (chronique « Mesurer l’impact des IDEX« ), celle des syndicats du Collectif « Agir ensemble », analysée infra dans cette chronique. Actualisation 10 Novembre 2011, « L’exercice délicat du budget 2012« , explications par le président de l’université et par son premier vice-président.

Université de Strasbourg en chiffres. Le budget global 2011 est de 432 millions d’euros (hors constructions et opérations patrimoniales exceptionnelles et hors financement recherche en provenance des EPST). J’ajouterai : « 412 millions avant la décision budgétaire modificative 2, votée à une voix de majorité par le CA fin septembre 2011 ». 315 millions (76,5% de l’ensemble des ressources) proviennent de dotations ministérielles ; la masse salariale des fonctionnaires, transférée par l’Etat dans le cadre des RCE, représente 274 millions. Le total des salaires versés représente un montant supérieur (307 millions), car il inclut les rémunérations des contractuels non fonctionnaires. 71% des dépenses concernent les salaires, 21% le fonctionnement (les heures complémentaires figurent dans ce type de dépense), 8% l’investissement. La masse salariale semble donc être, a priori, bien maîtrisée.

Que sait-on du coût de l’offre de formation ? Le service de l’aide au pilotage a-t-il des données diplôme par diplôme ? 42.448 étudiants en 2010-2011. L’offre de formation est fort abondante. Les chiffres. Premier cycle : 30 mentions de licence déclinées en 45 spécialités, 12 DUT, 24 licences professionnelles. Deuxième cycle : 61 mentions de master déclinées en 138 spécialités, 5 diplômes d’ingénieur. Troisième cyle : 73 doctorats. Ne sont pas indiqués les parcours de formation à l’intérieur des spécialités : ce sont eux qui font exploser les coûts (multiplication des heures complémentaires).

L’université vient de déposer au ministère, pour évaluation par l’AERES, son projet d’offre de formation pour le contrat quinquennal 2013-2017. Il est évidemment ridicule de demander à une université libre et responsable de formater son offre pour « dans deux ans ». Toujours est-il que l’université a pris l’exercice au sérieux.

Alain Beretz, président de l’université, s’en félicite dans un éditorial sur l’offre de formation 2013. « Mettre en oeuvre une stratégie de réussite pour nos étudiants… Seize mois d’une réflexion collégiale et ambitieuse entre les équipes pédagogiques, les étudiants, les services administratifs et l’équipe de la Présidence ». Au final, l’offre de formation déposée a-t-elle été significativement resserrée, le nombre de parcours de formation et de spécialités a-t-il été réduit ? Il faudra attendre les rapports d’évaluation de l’AERES (septembre 2012) pour en avoir une idée.

Les syndicats, fédérés dans le collectif « Agir ensemble pour une Université démocratique« , ont déposé une déclaration, lors du Congrès de l’université, réuni le 4 octobre 2011 et dédié au contrat quinquennal 2013-2017. Absence bienvenue de langue de bois : « notre établissement n’a jamais été aussi riche en succès et promesses d’excellence et pourtant il ne s’est jamais aussi mal porté financièrement. La réduction des moyens alloués aux composantes, la réduction drastique des heures complémentaires [moins 80.000 heures] ainsi que le coût des vastes restructurations présentes et à venir semblent avoir été largement ignorés par les concepteurs du prochain quinquennal ».

L’analyse d’Agir ensemble est sans pitié : constat d’une coupure entre la recherche et la formation, porteur d’une interrogation que le collectif ne veut pas nommer et qu’il combat encore : l’autonomisation du 1er cycle, la création d’Instituts d’enseignement supérieur », projet que porte ce blog. Le Collectif argumente, de fait en faveur de cette création. Pour le dire plus crûment : une université d’excellence en recherche s’en fout et s’en foutra toujours du 1er cycle.

Quelques phrases de la déclaration d’Agir ensemble. « Le primat donné à une recherche fortement indexée sur les projets d’excellence nous fait craindre un grave défaut de dialectisation, ou de liens, pensés et construits entre formation et recherche« … « Les grands axes de formation de l’UdS manifestent un degré d’autosatisfaction quelque peu excessif »… « Si nous sommes bien à moyens constants, le référentiel suggère plutôt une diminution des ressources réelles affectées à l’offre de formation« .. « La stratégie générale de recherche ne laisse pas de nous inquiéter. Nous sommes convaincus qu’elle conduira à mettre en place une université à deux vitesses« … « La question de l’élaboration collective de l’offre de formation en liaison avec les Laboratoires et les Equipes d’accueil reste entière, semblant reposer sur la seule implication individuelle des enseignants-chercheurs dans leurs composantes de rattachement ».

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