Conflits entre Présidences et UFRs

Suite de la chronique : « Economies sur le dos des doctorants » à Paris Ouest Nanterre La Défense. Les commentaires à cette chronique la rendent fort singulière. Elle est issue du communiqué d’une Association de doctorants, protestant contre la non signature d’avenants de contrats doctoraux avec activité complémentaire d’enseignement. Elle a attiré un commentaire du vice-président en charge des finances, une nouvelle intervention de l’association des doctorants et un commentaire reproduisant une lettre de la présidente, Bernadette Madeuf, critiquant le comportement de la direction de deux UFR. Etrange qu’un débat par blog interposé !

Un lecteur du blog m’a envoyé ce matin copie d’un communiqué émanant des UFR incriminées et critiquant la gestion du dossier des contrats doctoraux par la direction de l’université : le communiqué insiste sur les contradictions de la présidence.

Ce conflit entre présidence et UFRs illustre fort bien les effets du passage aux responsabilités et compétences élargies (chroniques du blog sur les RCE). Les universités se doivent d’être responsables en matière financière. Dans un contexte financier difficile (chronique : « Rogner, sabrer voire annuler des dépenses« ), les équipes de direction se doivent de responsabiliser leurs composantes, UFRs et Centres de recherche.

Au terme d’un dialogue de gestion, les UFR obtiennent un budget auquel elles doivent se tenir. Plus question, comme par le passé, de négociations au jour le jour avec la direction de l’université. Logique donc que des conflits apparaissent, monopolisent l’attention alors qu’ils ne portent, au fond, que sur un faible montant financier. Certes, ces conflits peuvent n’être que des conflits liés à un défaut d’apprentissage des nouvelles règles et donc n’être que temporaires. Je pense, pour ma part, qu’ils sont structurels du passage aux RCE.

Le passage aux RCE met en effet les universités dans une situation encore plus intenable qu’auparavant. Il leur a toujours fallu gérer deux calendriers, celui de l’année universitaire et celui de l’année budgétaire (année civile). C’est particulièrement clair dans le conflit de Paris Ouest. Les composantes incriminées par la présidence ont fort normalement préparé les charges d’enseignement de l’année universitaire 2011-2012 avant les vacances d’été (le recrutement de contrats doctoraux avec activité complémentaire d’enseignement fait partie de cette préparation).

Avant l’été et de plus avec un passage aux RCE prévu en janvier 2012, la présidence de l’université ne pouvait agir qu’en aveugle en matière de possibilités budgétaires 2012. Les deux parties prenantes, présidence et composantes, se sont donc mis des oeillères pour ne pas voir qu’il y aurait peut-être problème. Et problème, il y eut. Fin octobre 2011, toutes les universités n’ont encore aucune idée de leurs dotations 2012. On peut rêver de dotations budgétaires pluriannuelles : il s’agit d’un serpent de mer !

Rappelons-le une nouvelles fois : le contexte financier est difficile pour les universités. Les conflits de gouvernance entre équipes présidentielles et composantes d’enseignement (et de moins en moins souvent de recherche) risquent fort de se multiplier. Pour plusieurs raisons. Le passage aux RCE nécessite le recrutement en interne et/ou en externe de compétences nouvelles dans les services centraux, ce qui induit une part de budget plus importante allouée à ce niveau. Les composantes, à tort ou à raison, se sentent lésées. Le collectif Agir Ensemble de Strasbourg dès le préambule de sa déclaration mentionne « la réduction des moyens alloués aux composantes« .

Le risque de malaise financier des composantes d’enseignement est encore plus grand dans les universités qui ont choisi de fusionner avant de réduire le nombre de leurs composantes d’enseignement et qui ont créé des structures intermédiaires, les Collegiums, qui n’ont pas encore prouvé leur pertinence et leur performance. C’est le cas des universités de Strasbourg, de Lorraine et d’Aix-Marseille. Ces universités n’ont pas osé se confronter au nombre de composantes, risquer des conflits qui mettraient à mal la possibilité d’une fusion. Un conflit fort mais résolu avant la fusion aurait-il été préférable à un conflit rampant et perpétuel après la fusion ? L’avenir le dira.

Dans l’immédiat, les composantes d’enseignement se sentent mal aimées de leur direction, mobilisée, cette dernière année, par les investissements d’avenir. Des démissions de directeurs de composantes sont prévisibles : ils ne se satisferont plus de l’attribution de décharges de service d’enseignement et de primes. Gérer la pénurie, et même plus que la pénurie, ne peut qu’engendrer le déshonneur.

Les universités fusionnées ou qui préparent leur fusion devraient donc se faire les propagandistes des Instituts d’enseignement supérieur. On ne peut pas à la fois leur demander de jouer dans la cour de la compétition mondiale pour la recherche et de gérer des licences universitaires agonisantes et qui ont pour effet aujourd’hui de maintenir artificiellement dans les universités fusionnées un nombre de composantes trop élevé et source d’interminables conflits. L’avenir des étudiants mérite mille fois mieux !

Commentaires fermés sur Conflits entre Présidences et UFRs

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Une réponse à “Conflits entre Présidences et UFRs

  1. alain

    Il se murmurerait que les élections approchent à nanterre et que l’un des 2 directeurs d’UFR concerné pourrait être candidat ….