Archives mensuelles : novembre 2011

Lire dans le regard des jeunes

Paris. Des jeunes dans trois restaurants. J’observe. Addiction du sociologue de l’organisation ! Je cherche les regards. Que vont-ils me transmettre ? Dans les cours, l’enseignant cherche à capter les yeux de ses étudiants, à les comprendre. Intérêt ou ennui, préoccupation ou placidité, joie ou tristesse, malice ou moquerie, amour ou haine… Rien de plus valorisant pour lui qu’un regard dont les yeux pétillent d’une attention soutenue. Rien de plus pénible qu’un regard vide, absent, lointain… A la recherche d’étudiants et de diplômés du supérieur !

Lundi midi. Des jeunes au MacDo. Des jeunes filles prennent les commandes. Les caisses sont serrées. L’organisation est rodée, mais les sourires et les paroles adressés aux clients sont figés. L’ennui du travail répétitif se lit dans les yeux tristes. La fatigue du travail debout et des bousculades incessantes pour aller chercher les « composants » du plateau. Ces jeunes sont présentes mais ne sont pas là. A quoi pensent-elles ? A quoi rêvent-elles ? Comment voient-elles leur avenir ? Le comptoir « caisse » ne prête pas à la conversation. Des étudiantes du supérieur parmi eux ? Sans doute !

Six jeunes mangent à une table, trois garçons, trois filles, pas encore 20 ans. Les garçons veulent être « au centre du sujet ». Les filles sont « bon public », rient des blagues que leur racontent les garçons. Blagues pas sottes. Des jeux avec les mots. Des lycéens et des lycéennes du quartier ?

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Classé dans C. Ile-de-France

La statistique publique en péril

Nouvel épisode de crise dans la statistique publique portant sur l’Education. Le 2 novembre 2011, INTERSTAT, collectif de syndicats de l’INSEE et des Services statistiques ministériels, publie un communiqué indigné : « l’indépendance de la DEPP mise à mal : le débat faussé sur l’Education nationale« . « Il ne peut se faire sans statistique… La rétention d’information est une atteinte à la démocratie… L’indépendance de la statistique publique est un combat de tous les jours ». Des rétentions contestables, des faits incontestables appuient l’argumentation d’INTERSTAT.

Une partie de la presse relaie le communiqué. Plus surprenant et cela démontre la gravité de la crise : une Fédération de parents d’élèves, certes classée à gauche (FCPE), envoie un courrier au Ministre Luc Chatel (18 novembre 2011). « Monsieur le Ministre, la FCPE vous demande instamment de procéder à la publication de toutes les notes et rapports retenus, afin que l’indispensable débat public puisse être mené en toute transparence, sans blocage d’information d’aucune sorte et qu’aucune voix ne puisse laisser croire à des manipulations ou distorsions de données ou de chiffres« . Je n’ai pas connaissance de la réponse du ministre, si réponse il a daigné faire.

Je partage l’indignation d’INTERSTAT et de la FCPE. Le combat pour une statistique publique de qualité, indépendante des Ministres et transparente, est aussi le combat de ce blog ouvert en janvier 2009. Il attache une importance désisive aux données. Dans l’A propos, j’écris : je suis « partisan de l’utilisation de statistiques rigoureuses dans la prise de décision, en particulier de celles qui concernent les inégalités sociales« . Depuis cette date, je ne cesse de m’indigner.

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Julien, apprenti. Du BEP au Master

Jeudi 24 novembre 2011, Nuit des IUT, IUT Louis Pasteur, Schiltigheim, université de Strasbourg. Je suis invité par Karim, enseignant-chercheur (département Génie industriel et maintenance, GIM), chargé de la communication et responsable local de l’enquête nationale sur le devenir des diplômés de DUT. Je discute au cours de la soirée avec des étudiants, des anciens, des parents et des enseignants.

Karim me confirme les recrutements dans les différentes filières de DUT. « Notre objectif prioritaire est de faire réussir nos étudiants. Nous savons que les bacheliers professionnels ont peu de chances de réussir. Mais nous nous efforçons d’en recruter quelques-uns chaque année et nous les accompagnons de près pour qu’ils réussissent. Nous mobilisons des étudiants de baccalauréat scientifique pour aider les bacheliers professionnels et ça marche. Evidemment, cela demande beaucoup d’énergie ».

Je discute avec Julien, un ancien (photo). Il me raconte sa trajectoire. A 14 ans, il n’est pas un foudre scolaire et n’a aucun projet professionnel. Il est donc « orienté » vers un BEP, un BEP technique car c’est un garçon. Il ne sait plus trop pourquoi il a choisi la maintenance. Un hasard ? Le déclic se fait : il devient passionné par ce qu’il apprend. Le BEP en poche, Julien choisit de continuer en bac pro. Il le réussit et veut poursuivre ses études en DUT Génie industriel et maintenance. L’IUT Louis Pasteur parie sur lui et le met en situation de réussir grâce, en particulier, à la mise en apprentissage durant deux ans.

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Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

Sages-femmes en lutte

Suite des chroniques « Sages-femmes du 16ème siècle« , « Sages-femmes du 21ème siècle« . Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS). Compte-rendu de l’audition des sages-femmes du 7 avril 2010.

Démographie. 20.040 sages-femmes au 1er janvier 2010. Progression de 34,8% en 10 ans (progression plus forte pour les « libérales »). 82% de salariées (près de 50% en hôpital) et 18% de libérales. 98,2% de femmes. Age moyen de 42 ans (répartition équilibrée dans les différentes classes d’âge ; moyenne d’âge moindre en hôpital). Taux de sages-femmes pour 100.000 femmes âgées de 15 à 49 ans : fortes inégalités régionales.

L’audition révèle un certain nombre de problèmes et d’incohérences. Activité. 100 à 400 accouchements par sage-femme et par an dans le Nord Pas-de-Calais. Un contenu en constante évolution. « Depuis la loi HPST de juillet 2009, la profession s’est vu reconnnaître des compétences en matière de suivi gynécologique, de prévention et de contraception chez les femmes en bonne santé. Les représentants de la profession font observer que, pour le moment, ces activités n’étant pas inscrites dans la Nomenclature générale des actes professionnels (NGAP), leur mise en pratique s’en trouve de facto enpêchée… Les sages-femmes hospitalières contribuent également au diagnostic anténatal, à la procréation médicalement assistée, aux activités de planning familial, aux réseaux de périnatalité. Pour autant, les gestionnaires d’établissement ne sont pas incités à créer des postes car la tarification à l’activité est basée sur la pathologie et non sur le suivi physiologique de la grossesse et l’accouchement normal ».

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Sages-femmes du 21ème siècle

Suite de la chronique « Sages-femmes du 16ème siècle« . L’histoire des sages-femmes, l’un des plus vieux métiers du monde, est celle d’une professionnalisation croissante. Rappelons-en quelques dates : 1500, première ordonnance réglementant le métier à Strasbourg, 1660, intégration du métier dans la corporation des chirurgiens. 1728, création d’une école de sages-femmes à Strasbourg… 1945, création de l’Ordre et du Conseil national. Où en est-on aujourd’hui ? La réforme de la formation se met en place… à petits pas et non sans difficultés.

L’évolution en cours est relativement exceptionnelle en France : la formation à la profession de sage-femme est en train de s’intégrer davantage dans le giron de l’université. Il s’agit là d’un mouvement inverse de celui observé durant cinq siècles : l’histoire des universités a en effet été celle de la création d’écoles extra-universitaires prenant en charge des formations professionnelles supérieures ; cette histoire a été celle d’un appauvrissement progressif de leur portefeuille de formations.

L’universitarisation de la formation de sage-femme, comme celle de la formation en soins infirmiers (mais pas encore celle de masseur-kinésithérapeute) est certes liée à l’harmonisation des formations de santé en Europe (processus de Bologne) et à une volonté d’y permettre une libre circulation réelle de la main-d’oeuvre. Mais elle est sans doute facilitée par le fait que le métier est né et s’est structuré, à partir du début de l’ère moderne, dans le cadre du système corporatif et non du système universitaire.

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Classé dans A. Histoire moderne, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

Sages-femmes du 16ème siècle

Regards sur l’organisation des études supérieures au siècle de la Réforme et de la Contre-Réforme. En savoir plus sur la préparation au premier grade universitaire, le baccalauréat. Elle a été progressivement « sortie » de l’université, prise en charge par des Hautes écoles, par des Collèges. Quelques points de repère en Alsace. 1538, création de l’Ecole Latine (gymnase Jean Sturm, Strasbourg). 1566, transformation en Académie. Quand l’université acquiert le statut d’université de plein exercice en 1621, le gymnase Sturm en devient, en fait, le Collège préparant au baccalauréat.

Au fil de mes lectures vagabondes sur l’histoire des universités et de l’Alsace à l’Ere moderne, je redécouvre les corporations, les métiers, les démarcations de frontières (qui fait quoi ? qui peut faire quoi ?), les conflits entre eux, leurs spécialisations progressives au fil des observations, des inventions … Et, bien sûr, les formations aux métiers. Formations universitaires, par apprentissage, sur le tas. La chronique d’aujourd’hui porte ainsi sur l’un des plus vieux métiers du monde : celui de sage-femme. Elle « travaille » dans un univers où s’exercent d’autres métiers qui ont trait à la santé : médecins docteurs de l’université, médecins de la ville et de l’hôpital, apothicaires, chirurgiens, barbiers, guérisseurs, colporteurs de thériaque, rebouteux et charlatans.

Jean Lebeau, Jean-Marie Valentin, L’Alsace au siècle de la Réforme (1482-1621), Presses universitaires de Nancy, 1985, page 47.  « Impression en langue allemande (et non en latin) à Strasbourg, en 1513, du premier manuel d’accouchement composé à l’intention des sages-femmes. L’auteur, Eucharius Rösslin (1470-1526), avait été apothicaire à Fribourg-en-Brisgau avant d’accepter une charge de Stattphysicus à Francfort-sur-le-Main puis à Worms ». Il définit, en douze chapitres, les « bonnes pratiques » pour diminuer les maux de l’accouchement. Au cours du siècle et parce qu’écrit en langue vulgaire, l’ouvrage connaît un grand succès : il est réédité de très nombreuses fois. Photo d’une illustration figurant dans le livre de Rösslin.

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Classé dans A. Histoire moderne, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

Quiz. Le lustre de cristal

Quiz. Facile si vous avez regardé Des racines et des ailes du 23 novembre 2011. La fierté des ouvriers verriers. Leur souci de transmettre leur métier d’art aux jeunes. Le désir de ceux-ci de pouvoir rester 40 ans, comme leurs maîtres d’apprentissage, dans l’entreprise qui leur transmet un savoir-faire incomparable. En France, il n’y a, heureusement pas, que des diplômés des Grandes écoles.

Quiz. Qui a créé ce lustre de cristal et à quelle date ? Où a-t-il été entreposé, rendu invisible pendant des années ? Quelle entreprise l’a restauré ? Quel est le prénom du maître verrier qui a eu la responsabilité de sculpter la demi-sphère disparue (à la base du lustre) ? Où celui-ci est-il exposé aujourd’hui ? Photo du 5 octobre 2011.

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Classé dans B. Quiz, F. 19ème et 20ème siècles

Prix Nobel des Observatoires

Je viens de recevoir la dernière publication de l’Observatoire Régional des Etudes Supérieures (ORESrattaché au PRES Lille Nord de France). Elle est consacrée au Parcours post-bac des bacheliers 2008 de l’Académie de Lille dans l’enseignement supérieur du Nord-Pas-de-Calais. Accès, décrochage, réorientation et redoublement. Situations des bacheliers lors des rentrées 2008 et 2009.

Je connaissais déjà la qualité des travaux de l’ORES. J’ai donc ouvert immédiatement la publication et j’en ai eu des frissons dans le dos ! Je n’avais encore jamais vu un document aussi pertinent et aussi utile pour le pilotage de la carte et de l’offre de formation en région. J’ai donc cherché un titre pour la chronique et n’ai pas hésité : je décerne le 1er Prix Nobel des Observatoires à l’ORES du Nord Pas-de-Calais.

J’espère que le PRES a déposé une IDEFI pour amplifier les travaux de l’ORES en relation avec les observatoires des 7 universités de la région : leurs travaux de qualité sont indispensables au pilotage des formations. Si j’étais le jury des IDEFI, j’attribuerais, sans hésiter, un financement à l’ORES. Une inquiétude cependant concernant son avenir : les 3 universités de Lille ont candidaté à l’IDEX (elles n’ont pas été sélectionnées). Comptent-elles fusionner leurs 3 observatoires ? Des nouvelles missions pour le PRES régional et son Observatoire ?

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Classé dans C. Hauts-de-France (Nord Pas-de-Calais Picardie)

Des syndicats communiquent

Je reçois régulièrement des communiqués de presse d’universités et de syndicats. Impossible de tous les publier. J’en ai envie aujourd’hui suite à trois chroniques sur la communication universitaire.

Aix-Marseille Université. 28 et 29 novembre 2011, élection aux instances représentatives de l’université unifiée au 1er janvier 2012. « Les listes « Pour l’université d’Aix-Marseille : démocratie, partage des savoirs, service public » vous invitent le mardi 22 novembre à 17h, pour vous présenter leurs candidats et leur programme. Cet échange sera suivi d’une réunion publique en présence du secrétaire général du SNESUP-FSU, Stéphane Tassel ». Ces listes affronteront, dans tel ou tel collège du CA, telle ou telle des 13 autres listes.

Dans le collège des professeurs, les présidents des 3 universités actuelles forment la tête de liste de « L’université d’Aix-Marseille pour un service public au rayonnement international ancré dans son territoire« . Yvon Berland sera-t-il élu président de la nouvelle université ? Dès le 30 mars 2010, il m’annonçait qu’il serait candidat à la présidence de l’université unique.

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Classé dans C. Bourgogne Franche-Comté, C. PACA Corse

Filâtre. Communiqué de crise raté

Daniel Filâtre, président de Toulouse II le Mirail et président de la commission de la formation continue et de l’insertion professionnelle de la Conférence des Présidents d’Université, est furieux contre l’image donnée de son université par l’émission Complément d’Enquête « SOS, jeunesse cherche avenir », diffusée jeudi 3/11 sur France 2. Il a exercé son droit de réponse dans une lettre adressée au Directeur de l’information de France 2 et publiée par la CPU. Il termine ainsi sa lettre : « la diffusion du reportage sous ce titre « Fac poubelle » permet de réunir les éléments nécessaires pour ester en justice pour diffamation« . Plainte a-t-elle été déposée ?

Daniel Filâtre dénonce « un mépris total de toutes les actions que nous entreprenons pour offrir à nos étudiants les meilleures formations, de meilleures conditions de travail et un accompagnement de qualité »… « Vous ne présentez que du superficiel ou de sentationnel sans retenir les informations de fond que votre journaliste a pu obtenir »… « Votre reportage contient un nombre d’assertions fausses et de commentaires diffamatoires » sur la filière Langues étrangères appliquées (LEA) : « abandon d’un étudiant sur deux en 1ère année, 900 étudiants inscrits en 1ère année et 45 seulement en Master 2, taux d’insertion désastreux ».

Je ne peux imaginer que Daniel Filâtre soit un président naïf. Il connaît les médias et leur souci de faire de l’audimat. Toulouse II n’a pas été choisie au hasard. Université d’Art, Lettres et Langues, Sciences humaines et sociales, elle a la réputation d’être frondeuse. Cette réputation est-elle infondée ? Il est sûr que France 2 recherchait une université qui n’avait pas de bons résultats en terme de parcours de formation et d’insertion professionnelle. Pourquoi donc alors le président a-t-il accepté le reportage ?

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Classé dans C. Occitanie (Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon)