Dresser la carte des IES

Les Instituts d’enseignement supérieur, projet porté par ce blog depuis sa création début 2009, organisent deux voies d’études post-bac, préparant à la licence en trois ans : voie préparant à la poursuite d’études et voie professionnelle permettant l’accès au marché du travail. Pour un résumé de ce qu’est un Institut d’enseignement supérieur et comment le financer, lire les chroniques : « Des IDEFI sans défis » et « Pour un corps professoral unique en licence« .

La chronique d’aujourd’hui esquisse la méthodologie pour construire la carte de l’implantation des IES. L’outil pertinent pour ce faire est l’Atlas des formations en région (le dernier paru concerne l’année 2009-2010). L’Atlas dresse un véritable inventaire de l’implantation des différents types de formation supérieure dans les villes et des effectifs inscrits dans chacune des filières.

Les filières de formation sont très inégalement réparties sur le territoire régional. Les plus disséminées sont les STS et les plus concentrées, les CPGE. Les formations universitaires (DUT et licences) se situent en position intermédiaire. Prenons l’exemple de la région Alsace : des BTS existent dans 22 villes alors que 3 villes seulement (Strasbourg, Colmar et Mulhouse) possèdent des CPGE. Les IUT sont présents dans 5 villes (les 3 précédentes plus Haguenau – 2 IUT à Strasbourg). En plus des formations universitaires dans les trois grandes villes de la région, il existe une formation universitaire à Sélestat (centre de formation de musiciens intervenants, CFMI).

La composition sociale des filières supérieures est fort différente, chacun le sait, dans les STS et dans les CPGE. Les STS, formations de proximité, permettent l’accès des enfants des classes populaires (ouvriers et employés) à l’enseignement supérieur. Les STS minimisent les coûts d’accès à l’enseignement supérieur (moins de frais de transport et de logement). Les IES qui visent à diplômer 50% des jeunes générations, grâce en particulier à l’accès et à la réussite d’un plus grand nombre de bacheliers professionnels dans le supérieur, se doivent d’être disséminés sur le territoire régional. Les IES, y compris leurs voies longues, doivent être des établissements de proximité, être répartis dans les villes grandes et moyennes.

Mais il y a évidemment des contraintes organisationnelles et financières. L’IES, étant un établissement d’enseignement supérieur autonome et distinct des lycées et des universités, il doit accueillir au minimum plusieurs centaines d’élèves. Je pars ainsi du principe qu’il doit organiser au minimum deux voies longues parmi les cinq et deux voies professionnelles. Ces « deux fois deux voies » doivent se situer dans des champs de formation complémentaires, pour permettre et faciliter le passage éventuel de la voie longue à la voie professionnelle et inversement en cours de licence.

Ceci donne l’effectif minimal d’un IES : 35 étudiants x 2 fois 2 voies x 3 années de licence = 420 étudiants. Les IES les plus importants pourraient atteindre l’effectif de 1.890 étudiants (35 x 3 groupes x 3 fois 2 voies x 3 ans = 1.890). Bien évidemment, il n’est pas question que chaque IES organise chacune des 5 voies longues et des 5 voies professionnelles ! La spécialisation relative permet des économies d’échelle !

Revenons à l’Alsace et à ses 24 villes qui accueillent des formations supérieures. 15.465 bacheliers en 2009 (8.089 bacheliers généraux, 3.856 bacheliers technologiques, 3.520 bacheliers professionnels) ; le nombre de bacheliers a progressé de 14,2% depuis 2004 ; il pourrait donc y avoir 17.000 bacheliers en 2013. 70,6% des bacheliers 2009 ont poursuivi immédiatement des études supérieures ; ce taux devrait progresser avec la montée en puissance des bacheliers professionnels et la création des IES ; supposons un taux de 75% à la rentrée 2014. L’effectif d’entrants en 1ère année de la licence IES serait alors de 17.000 x 0,75 = 12.750.

Effectifs étudiants pour 3 années d’IES = 12.750 x 3 = 38.250 arrondis à 40.000 (les taux de redoublement diminuent en IES mais ne disparaissent pas). Il ne s’agit évidemment que d’une « fourchette » : une hypothèse basse pourrait être retenue si les établissements privés n’adoptent pas le modèle des IES et si l’Alsace est peu attractive (nombre de bacheliers quittant la région après le bac < ou > bacheliers d’autres régions s’y inscrivant après le bac).

A terme, il pourrait y avoir 30 IES en Alsace, répartis dans 15 villes (soit une moyenne de 1.300 étudiants par IES). 20 dans le Bas-Rhin et 10 dans le Haut-Rhin. 11 à Strasbourg, 4 à Mulhouse, 2 à Colmar, 2 à Illkirch, 1 à Haguenau, Sélestat, Schiltigheim, Brumath, Erstein, Wissembourg, Saverne, Guebwiller, Altkirch, Saint-Louis, Rouffach. Quel planning ? Celui des prochains contrats de projets entre l’Etat et la Région (2014-2020). Un défi : ouverture des 10 premiers IES d’Alsace à la rentrée 2014 ! A débattre !

Commentaires fermés sur Dresser la carte des IES

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Une réponse à “Dresser la carte des IES

  1. Martin T.

    Je pense qu’il est en effet important d’harmoniser l’offre de formations en premier cycle du supérieur, mais pour préserver la visibilité des universités, je ne pense pas qu’il faille dissocier ces IES des PRES.
    Je crois qu’il faudrait fusionner le DUT et la licence professionelle, voir même le BTS, avec deux ans de tronc commun au terme duquel les étudiants pourraient, s’ils le souhaitent se réorienter en licence générale ou bien poursuivre en licence pro.
    De la même manière je crois qu’il faudrait fusionner prépa et licence scientifique, avec deux premières années de tronc commun très généralistes sur le modèle des prépas, et une troisième effectuée soit en université soit en grande école, ou l’étudiant devrait choisir entre une licence spécialisée préparant aux masters recherche et aux ENS, ou bien une licence plus généraliste et professionalisante, préparant aux cycles d’ingénieurs.
    L’utilité serait, d’une part, de pouvoir sanctionner par un diplôme le système préparatoire français qui permet de développer d’excellentes facultés d’abstraction, et d’avoir un socle de connaissances très généraliste, renforçant ainsi la visibilité de notre système educatif à l’international, d’autre part cela permettrait de gommer la fracture grandes écoles/universités.
    Dans cette optique de rapprocher les deux systèmes, je pense qu’il est essentiel que les habilitations de la CTI ne sanctionnent plus des établissement, mais des diplômes, de telle sorte que les masters d’universités remplissant les critères de la CTI et préparant les élèves aux postes d’ingénieurs bénéficier de ce label ingénieur.
    Cette suggestion part du constat que l’immense majorité des diplômés de masters en sciences occupent des postes d’ingénieurs. Par ailleurs, la CTI accrédite certains diplômes universitaires à l’étranger (comme l’EPFL en suisse), alors pourquoi pas la France?

  2. PR27

    @Martin T. : la CTI habilite un établissement à délivrer le diplôme, je crois. Il faut donc faire valider les formations une par une, même si bien sûr beaucoup de points évalués sont communs entre formations d’une même école. Je crois qu’on peut donc aboutir à ce qu’une spécialité soit habilitée pour 2 ans alors que d’autres le sont pour 6. Pour le rapprochement, beaucoup de formations d’ingénieurs habilitées ces dernières années le sont par transformation de formation d’IUP. Sur Gaia, c’est un point très souvent discuté. Ce genre de transformation se prépare, il faut déjà potasser le R&O sur le site de la CTI pour voir tous les critères, recueillir un paquet de soutiens d’employeurs (variés), montrer qu’on a déjà un historique de suivi des étudiants de son master…. comme presque toutes les universités ont des écoles internes, la solution naturelle est de transformer le master en département de l’école interne, en bonne entente avec cette dernière. Reste à voir si votre doyen de la fac de sciences ne sera pas le plus grand obstacle à une telle transformation.

  3. samuel.bliman

    Le projet IES et universités de recherche a un petit parfum de structuration de ESR un peu américain.

    Les Community Colleges préparent au bachelors degrees ( quatre ans aux USA car il faut un peu composer avec le niveau modéré des étudiants à la fin des « High schools ». D’ailleurs on y trouve aussi les « vocationnal schools »(deux ans) visant l’orientation vers les professions. Rien de tout cela ne permet d’espérer un pourcentage de succès au terme de ces cycles d’études. Car il faut tout de même souligner que la variété des baccalauréats ne laisse guère entrevoir une proportion de succès plus élevée que l’actuelle.Et puis comment s’opèrera le passage en universités de recherche c’est à dire en mastère et doctorat?.
    Question : qui finance cette refonte totale?
    Autres questions: Les CPGE admettront elles d’être peu ou prou intégrées aux IES? Les STS même question et pour les IUT même question.
    Autre question: dans cette refonte, quels liens entre universités de recherche et écoles, sous l’hypothèse que les écoles aient une activité effective de recherche.
    Autre question: où trouveront place les écoles d’ingénieurs créées dans les universités?
    Enfin et plus problématique: la formation continue , où se placera-t-elle dans cette architecture nouvelle? Et y aura-t-il place pour ce que ,en d’autres lieux, on nomme l’école de la deuxième chance, c’est-à-dire retour aux études après une période d’interruption?

    Enfin et j’en termine ici: petite « sucrerie »: qui habilite? Procédure unifiée université et écoles?

    Souvenons nous que la CPGE, qui comptait 55 membres(écoles) en compte aujourd’hui 220. Ceci me conduit à émettre un sentiment très pessimiste: tout comme pour l’impôt que les riches s’efforcent de contourner(!), je ne conçoit guère que les écoles acceptent de céder sur leur « installation » au coeur du système « méritocratique » avec évidemment les avantages qu’elles en ont et continuent d’en tirer.

    Pessimiste…. non réaliste, je crois.