Laurent Wauquiez "fait la claque" !

Quel triste sort que celui d’un ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche contraint de perdre du temps à « faire la claque » pour le président de la République en campagne électorale. C’était encore le cas aujourd’hui à Strasbourg. Nicolas Sarkozy s’y était déplacé, pour vanter, en principe, les mérites de sa modernisation des universités.

Etape 1. Visite du Chantier de la Bibliothèque Nationale et Universitaire (BNU). Pour ce chantier, c’est mieux de visionner les 175 photos de ce blog et de comprendre les défis de la BNU. Le concours pour les travaux de rénovation de la BNU date de 2005. Nicolas Sarkozy n’a pas pu s’en approprier la paternité. Sur une vidéo en ligne, Laurent Wauquiez est présent. De sa haute taille, il domine le président. Il ne dit rien. Il « fait la claque ».

Etape 2. Intervention au PEGE. Laurent Wauquiez-Motte, le 1er partout, serre toujours de près le président. Durant une heure et demie, Nicolas Sarkozy répond à des questions écrites de 200 étudiants de master, réunis dans un des amphithéâtres du PEGE (Pôle Européen de Gestion et d’Economie de l’université de Strasbourg). Le PEGE en 115 photos. Les DNA liste les thèmes d’intervention du Président. Seule l’introduction concerne la modernisation des universités. Pourquoi le président n’a-t-il pas osé prendre le risque de se confronter à 200 personnels de l’université de StrasbourgCommuniqué du SNESUP du 10 novembre 2011.

Le président « se félicite d’avoir engagé la réforme pour l’autonomie des universités, un gage selon lui de modernisme pour elles ». Toutes les questions et réponses portent sur l’économie. Détournement de thématique : le président, qui n’a pas commencé, en principe, la campagne pour sa réélection, se transforme en professeur d’économie, sachant tout, sûr de tout. Insupportable !

Retour à la vidéo et à la leçon d’économie donnée par Nicolas Sarkozy sur le recrutement de 60.000 enseignants prévu par le candidat Hollande, non nommé. Avec les doigts des deux mains pointés vers le haut : « 60.000 enseignants. [Le coût prévu] : « 500 millions x 5 ans. Depuis quand embauche-t-on des fonctionnaires pour 5 ans… C’est un nouveau contrat ? » On sent que le président, comme un gamin, est satisfait de son humour. Ce n’est pas la 1ère fois qu’il recourt à ce registre. Agaçant ! Cette bande vidéo n’enregistre aucune réaction des étudiants : la prise de son a-t-elle évité d’enregistrer les réactions de l’amphi ? Après 87 minutes de monologue, le président est applaudi. Laurent Wauquiez « fait la claque ».

Ce qui me consterne. Un président de la République utilise une université autonome pour faire campagne. Il donne une leçon d’économie partisane à des étudiants qui n’ont le droit que de poser une question : une gifle aux enseignants-chercheurs des universités ; si ceux-ci se permettaient de faire un cours à ce point partisan, ils mériteraient d’être convoqués par la section disciplinaire de leur établissement. Le pré-candidat ironise sur son opposant dans un amphi de l’Alma Mater : navrant ! Il fait perdre son temps à de nombreux Hauts Responsables.

Laurent Wauquiez-Motte n’a pas été le seul à devoir « faire la claque ». J’ai aussi reconnu sur la vidéo le préfet, le ministre des collectivités territoriales, le directeur de la DGESIP, la recteur d’académie, le président de l’université, l’administrateur de la BNU, le commissaire général à l’investissement, un ancien président d’université aujourd’hui conseiller… Quel est donc le coût complet de cette escapade partisane et inutile pour l’Enseignement supérieur et la Recherche ? Le temps n’est-il pas venu de restreindre les dépenses de l’Etat ?

Communication institutionnelle sur le déplacement de Nicolas Sarkozy à Strasbourg. A cette heure, rien sur le site de la présidence de la République (actualisation 9 novembre : la vidéo de 87 minutes). Rien sur le site du MESR. Rien sur le site de l’université de Strasbourg (mais vidéo sur le site de l’Elysée : Alain Béretz et deux étudiantes passent la « brosse à reluire »). Lesitede la BNU mentionne seulement que le site de Joffre sera fermé jusqu’à 14 heures en raison de la visite du président de la République. Bref, un déplacement coûteux, un déplacement râté pour le président lui-même !

Commentaires fermés sur Laurent Wauquiez "fait la claque" !

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Une réponse à “Laurent Wauquiez "fait la claque" !

  1. Renaud

    Bah… ne vous emportez pas… c’est une opération de « com »… et ce n’est pas là qu’on parlera des vrais sujets et des vraies questions relatives à l’avenir de l’Université…et des universitaires… Et le boulot du ministre, c’est d’être présent, lorsque le président de la République se déplace (faut-il lui en vouloir….).
    La visite à Strasbourg, c’est pour voir le premier de la classe, méritant, la grande Université de Strasbourg.
    Pensez que François H, Marine A ou François B, voir même Marine L ou Jean-Luc M et Arnaud M… font la même chose : visite, presse et vidéo… de l’événementiel… et l’on sait très bien que la « com », c’est l’arbre (de Noël) qui cache la forêt.

  2. Antoine

    « Depuis quand embauche-t-on des fonctionnaires pour 5 ans… C’est un nouveau contrat ?”

    Personne n’a osé mais je crois que je n’aurais pu m’empêcher de lever la main et de dire : « depuis 2002, Monsieur Le Président, c’est votre contrat de travail ».

  3. nightfly73

    Ce billet traduit bien l’impression générale donnée par l’auteur du blog: une méconnaissance totale de ce dont il parle. On peut avoir une opinion mais quand on donne des faits on s’informe.

    1er fait erroné: supposer que les étudiants réagissaient de façon très négative et que la vidéo nous le cache
    « Cette bande vidéo n’enregistre aucune réaction des étudiants : la prise de son a-t-elle évité d’enregistrer les réactions de l’amphi ? »
    Pour avoir été dans l’amphi, je peux témoigner comme tous ceux qui y étaient, que les étudiants ont écouté sans faire le moindre bruit du début à la fin de l’intervention. Par respect de l’institution présidentielle? Pour d’autres raisons? En tout cas, les étudiants n’ont pas été au bord de la guerre civile.

    2nd fait erroné:
    « si (les enseignants-chercheurs) se permettaient de faire un cours à ce point partisan, ils mériteraient d’être convoqués par la section disciplinaire de leur établissement. »
    L’auteur de ce blog n’a pas dû mettre les pieds dans une université depuis la fin du néolithique.
    Dans mon université comme dans celles que je peux connaître, il y a moult professeurs qui ont dépassé la limite entre objectivité et scientificité. Pour n’en citer que quelques-un, Pascal Salin de Dauphine et Bertrand Lemennicier sont des économistes ultra-libéraux qui réussissent le challenge de faire des cours d’économie sans mentionner l’apport du plus grand économiste du XXe siècle: Keynes.

    Il ne s’agit pas de dire du bien ou non de Sarkozy. Il s’agit simplement de ne pas sombrer dans les travers de désinformation et de propagande que l’on critique justement chez lui.

  4. mabherve

    A nightfly 73, sur ces deux remarques

    1 La remarque de Pierre dubois se conclut par un point d’interrogation. Si ce que vous dites est exact, ce dont je n’ai pas de raison de douter il est dommage que la caméra n’ait pas fait quelques plans sur la salle pour le montrer

    2 Il est exact que certains universitaires ont des convictions. Mais cela ne les empêche pas de fonder celes-ci sur de sfaits exacts, de s’opposer à d’autres thèses sans svoir besoin de les caricaturer, et surtout d’accepter le dialogue et d’éventuelles remises en cause

    Par ailleurs quand on donne des leçons de rigueur on essaie d’éviter d’éviter d’écrire des contre-vérités comme « L’auteur de ce blog n’a pas dû mettre les pieds dans une université depuis la fin du néolithique. »
    Regardez ce blog et vous verrez à quel point cette phrase est fausse !

  5. mabherve

    Article signalé dans

    « Un nouveau plan de rigueur avant le prochain ? En attendant, on souhaiterait un Etat modeste dans son train de vie »

    sur http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2011/11/13/un-nouveau-plan-de-rigueur-en-attendant-le-prochain-en-attendant-on-souhaiterait-un-etat-modeste-dans-son-train-de-vie/