Filâtre. Communiqué de crise raté

Daniel Filâtre, président de Toulouse II le Mirail et président de la commission de la formation continue et de l’insertion professionnelle de la Conférence des Présidents d’Université, est furieux contre l’image donnée de son université par l’émission Complément d’Enquête « SOS, jeunesse cherche avenir », diffusée jeudi 3/11 sur France 2. Il a exercé son droit de réponse dans une lettre adressée au Directeur de l’information de France 2 et publiée par la CPU. Il termine ainsi sa lettre : « la diffusion du reportage sous ce titre « Fac poubelle » permet de réunir les éléments nécessaires pour ester en justice pour diffamation« . Plainte a-t-elle été déposée ?

Daniel Filâtre dénonce « un mépris total de toutes les actions que nous entreprenons pour offrir à nos étudiants les meilleures formations, de meilleures conditions de travail et un accompagnement de qualité »… « Vous ne présentez que du superficiel ou de sentationnel sans retenir les informations de fond que votre journaliste a pu obtenir »… « Votre reportage contient un nombre d’assertions fausses et de commentaires diffamatoires » sur la filière Langues étrangères appliquées (LEA) : « abandon d’un étudiant sur deux en 1ère année, 900 étudiants inscrits en 1ère année et 45 seulement en Master 2, taux d’insertion désastreux ».

Je ne peux imaginer que Daniel Filâtre soit un président naïf. Il connaît les médias et leur souci de faire de l’audimat. Toulouse II n’a pas été choisie au hasard. Université d’Art, Lettres et Langues, Sciences humaines et sociales, elle a la réputation d’être frondeuse. Cette réputation est-elle infondée ? Il est sûr que France 2 recherchait une université qui n’avait pas de bons résultats en terme de parcours de formation et d’insertion professionnelle. Pourquoi donc alors le président a-t-il accepté le reportage ?

Je viens de revisionner l’émission Complément d’enquête. Voici les données critiques que j’ai vues et entendues au fil du suivi du parcours d’une jeune fille inscrite en 1ère année de licence LEA, après un bac mention bien. 900 étudiants en 1ère année et seulement 300 en 2ème année ; difficultés pour comprendre les codes d’inscription aux différents cours ; un cours transféré dans une autre salle ; un professeur qui enseigne dans un préfabriqué inadapté et qui déclare qu’il ne pourra faire son premier cours dans de bonnes conditions. 45 diplômés de master LEA en 2009, tous appelés par téléphone et certains rencontrés en face à face (les 2/3 enchaînent petits boulots et chômage). La mention de ces critiques fortes est-elle une diffamation ? Elles le seraient si elles étaient fausses.

Il est donc important de rechercher, sur les sites de l’université, du Département LEA et de l’Observatoire, les données statistiques mentionnées dans la chronique d’hier (« Communiquer les taux de réussite« ) : taux de succès en 1ère année, taux de réussite à la licence en 3 ou 4 ans, devenir professionnel des diplômés de licence et de master.

1ères données en ligne : connaissance et réussite des publics 2010-2011. Chiffres-clés, cliquer sur Département de Langues étrangères appliquées, puis ouvrir le pdf. Une licence (1.478 inscrits en 2010-2011), trois spécialités de master (207 inscrits). Annonce de 3 parcours différenciés en licence à la rentrée 2011 (qu’en est-il ?). Pas de licence professionnelle (seulement un stage de 50 heures en L3). 68% de femmes, 23% d’étudiants étrangers, 921 nouveaux étudiants dont 310 bacheliers 2010.

Réussite en 2010 (page 2 du document). 39,1% des étudiants de 1ère année ont passé tous leurs examens et seulement 50,4% d’entre eux les ont réussis, ce qui donne un taux de succès un peu inférieur à 20%. Les taux de présence aux examens sont plus importants en L2 et en L3, relativement faibles en M1(59,1%) et très forts en M2 (89,1%). La réussite des M2 présents aux examens est de 100%. Combien d’étudiants néo-entrants se sont réorientés en 1ère année et vers quelle filière? Combien ont abandonné en cours ou en fin de première année ? Combien obtiennent la licence en 3 ou 4 ans ? Impossible de le savoir car l’Observatoire de l’université n’utilise pas la seule méthodologie qui vaille : le suivi de cohortes. Porter plainte pour diffamation alors que l’université ne connaît pas ses parcours de formation ?

Devenir des diplômés de licence et des diplômés de master LEA ? Pour la licence, les derniers résultats publiés par l’Observatoire de l’université concerne les diplômés 2007 : 4.098 étudiants inscrits en licence 3 ; 2.872 l’ont obtenue (soit 58%, taux qu’on ne peut qualifier d’excellent). Parmi les lauréats, 1.700 (59%) ont poursuivi des études dans l’université même. Le power point que j’ai consulté en ligne ne permet pas de connaître, pour les non-réinscrits, le taux de poursuite immédiate d’études après la licence et les conditions d’emploi de ceux qui n’ont pas poursuivi d’études. Pas d’informations réelles sur le devenir des diplômés de la licence LEA.

Devenir professionnel des diplômés de master professionnel LEA ? Le site du département LEA se contente de dresser une liste de fonctions possibles, sans référence à des enquêtes. Le site de l’Observatoire fait état des résultats sur les diplômés 2007 de chacun des masters de l’université. Cliquer sur Département LEA, 18 mois après l’obtention du diplôme pour ouvrir le pdf. Vous êtes surpris comme je l’ai été ! 18 répondants sur 48 diplômés : enquête inutilisable. Les journalistes de Complément d’enquête ont téléphoné à tous les diplômés de master 2009 de LEA : l’université n’a pas les données pour les contredire.

Toulouse II le Mirail ne collecte pas les données nécessaires pour se connaître mieux. Pas de suivis de cohortes et donc pas de taux rigoureux de succès en 1ère année de licence pour les néo-entrants (bacheliers de l’année) et pas de taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans. Enquêtes sur le devenir des diplômés de licence et de master, mais pas d’informations sur les emplois des diplômés de licence qui ne poursuivent pas d’études, données lacunaires sur les conditions d’emploi des diplômés de master (pas de répertoire des emplois occupés), taux de réponses trop faible. Et c’est avec aussi peu de billes que l’université déposerait une plainte pour diffamation ? Courage Président Filâtre ! 

Commentaires fermés sur Filâtre. Communiqué de crise raté

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Une réponse à “Filâtre. Communiqué de crise raté

  1. Gabriela Pfeifle

    Cher Monsieur,

    je me permets de répondre à certaines questions que vous soulevez dans votre billet :

    « Je ne peux imaginer que Daniel Filâtre soit un président naïf. Il connaît les médias et leur souci de faire de l’audimat. Toulouse II n’a pas été choisie au hasard. Université d’Art, Lettres et Langues, Sciences humaines et sociales, elle a la réputation d’être frondeuse. Cette réputation est-elle infondée ? Il est sûr que France 2 recherchait une université qui n’avait pas de bons résultats en terme de parcours de formation et d’insertion professionnelle. Pourquoi donc alors le président a-t-il accepté le reportage ? »

    Parce que, tout simplement, le reportage et toute l’émission a été présenté tout autrement par le journaliste lors de sa demande de participation – mail Fabien Chadeau :
    De : Chadeau Fabien
    Envoyé : lundi 29 août 2011 14:51
    Comme je vous l’expliquais au téléphone nous préparons une émission sur les universités pour la fin du mois de septembre (rentrée universitaire oblige). L’idée est de réaliser une « monographie », comme vous dîtes, de votre université en suivant des étudiants, des enseignants et des personnels administratifs au moment de la rentrée universitaire.
    Dans ce reportage nous réféchissons à plusieurs angles d’attaque :
    – les conséquences, avantages et inconvénients de la loi LRU pour les décideurs de l’université, les enseignants et les étudiants.
    – la vie étudiante : les étudiants ressentent-ils les effets de l’accentuation de la crise, le cumul étude / emploi salariés s’amplifie-t-il, le cas échéant comment s’adaptent-ils.
    Voici quelques idées que j’aimerais soumettre à M. Filâtre.
    Cordialement.
    Fabien Chadeau

    « Je viens de revisionner l’émission Complément d’enquête. Voici les données critiques que j’ai vues et entendues au fil du suivi du parcours d’une jeune fille inscrite en 1ère année de licence LEA, après un bac mention bien. 900 étudiants en 1ère année et seulement 300 en 2ème année ; difficultés pour comprendre les codes d’inscription aux différents cours ; un cours transféré dans une autre salle ; un professeur qui enseigne dans un préfabriqué inadapté et qui déclare qu’il ne pourra faire son premier cours dans de bonnes conditions. 45 diplômés de master LEA en 2009, tous appelés par téléphone et certains rencontrés en face à face (les 2/3 enchaînent petits boulots et chômage). La mention de ces critiques fortes est-elle une diffamation ? Elles le seraient si elles étaient fausses. »

    Les diplômés n’ont pas tous été appelés. Ceux qui ont été appelés et ont raconté leur devenir (pas au chômage ni enchainant des petits boulots) ont été écartés du reportage – nous avons reçu nombre de témoignages des étudiants LEA qui peuvent en témoigner.

    « Annonce de 3 parcours différenciés en licence à la rentrée 2011 (qu’en est-il ?). »

    Ils existent : parcours Commerce International, parcours Economie et Droit international, parcours traduction et interprétation. Il suffit de se renseigner.

    « Devenir professionnel des diplômés de master professionnel LEA ? Le site du département LEA se contente de dresser une liste de fonctions possibles, sans référence à des enquêtes. Le site de l’Observatoire fait état des résultats sur les diplômés 2007 de chacun des masters de l’université. Cliquer sur Département LEA, 18 mois après l’obtention du diplôme pour ouvrir le pdf. Vous êtes surpris comme je l’ai été ! 18 répondants sur 48 diplômés : enquête inutilisable. Les journalistes de Complément d’enquête ont téléphoné à tous les diplômés de master 2009 de LEA : l’université n’a pas les données pour les contredire. »

    L' »enquête téléphonique » n’a pas été aussi rigoureuse que vous laissez l’entendre. Nous avons eu des retours indiquant le retour des diplômés LEA.
    Les taux réels selon l’enquête effectuée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur : 75% de répondants (enquête utilisable) avec un taux d’insertion professionnelle de 100%. Données chiffrées utilisables et suffisantes pour contredire ce que les journalistes avancent – qui leur ont d’ailleurs été fournies.

    Bien à vous

  2. pdubois

    Bonjour Gabriela. Merci des précisions que vous apportez. Vous êtes enseignante dans la filière LEA de Toulouse Le Mirail. Je vous poserai donc deux questions. 1. Quels sont les points forts et les points faibles de cette filière LEA à Toulouse II, quelles sont les opportunités qui s’offrent à elle et quelles sont les menaces qui pèsent sur elle ? 2. Estimez-vous que cette filière a été diffamée par Complément d’enquête et que le président Filâtre a raison de penser à porter plainte ?

    Pour rappel. La filière LEA a été créée comme filière professionnelle dans la première moitié des années 70, de même que la filière AES. C’était une excellente idée. Mais problème : alors que toutes les filières professionnelles (BTS, DUT, Prépas intégrées) peuvent pratiquer la sélection à l’entrée, ce n’a pas été le cas pour AES et LEA parce qu’elles sont des filières universitaires libres d’accès. L

    Concernant le devenir des diplômés de LEA. L’enquête dont vous parlez n’est pas réalisée par le ministère (DGESIP) mais par les Observatoires universitaires pour le compte de la DGESIP. Les données existent donc dans votre université. Pourquoi les résultats sur le devenir des masters 2008 (situation au 1er décembre 2010) ne sont-ils pas en ligne sur le site de l’observatoire ? Ces données doivent être publiées en toute transparence : êtes-vous d’accord ?

  3. marie

    Je trouve tout simplement inadmissible de mettre tout le monde dans le même sac, comme dans toutes les universitées il y a un taux d’absentéisme élevé, des résultats médiocre. Cependant comme dit précédement certains étudiants cumul emploi étudiant pour se payer des études et ce donne les moyens de réussir.. Le reportarge est un succès s’il est destiné à laisser le chercheur d’emploi sans voix devant un employeur qui aurait put regarder le reportage. C’est sur que par ce procèdé il est possible de dire « SOS jeunesse cherche avenir ». Débloquez des fonds ou laisser accèssible a tous les écoles « prisées » si seules celle-ci importent.

  4. Gabriela Pfeifle

    Bonjour, voici donc mes réponses à vos questions :

    « 1. Quels sont les points forts et les points faibles de cette filière LEA à Toulouse II, quelles sont les opportunités qui s’offrent à elle et quelles sont les menaces qui pèsent sur elle ? »

    Les points forts : une équipe d’enseignants engagés, une ouverture vers l’international (une forte implication dans le programme Erasmus, un nombre important de conventions internationales dont bénéficient nos étudiants, une filière à Madrid, des stages à l’étranger, des liens forts avec les entreprises à l’international, beaucoup d’intervenants étrangers…), une ouverture vers le monde de l’entreprise (nos taux d’insertion sont, contrairement à ce qui a été annoncé, bons ; beaucoup d’intervenants professionnels, des liens forts avec le tissu économique non seulement toulousain). Nos étudiants ne sont pas des spécialistes des domaines gestion, économie, droit, mais des très bons généralistes, prêt à se spécialiser facilement (d’ailleurs, nos étudiants de L3 partent souvent vers des filières spécialisées). Une non-sélection à l’entrée : politique assumée de notre part, même si le nombre important d’étudiants qui se tournent vers nous (parce que les places dans les écoles de commerce sont limitées…) nous pose la difficile question de l’encadrement personnalisé que l’on essaie de proposer à tous : le parrainage aux primo-entrants, un enseignant référent pour chacun, majoritairement un travail en groupe de 30 étudiants max, une disponibilité des enseignants (même si nous ne pouvons pas proposer à chaque étudiant un rendez-vous hebdomadaire, ceux qui nous sollicitent trouvent toujours une porte ouverte !). Des points faibles aussi : une équipe pédagogique surchargée de travail (mais nous n’avons pas besoin des enseignants…paraît-il), une équipe administrative autant sollicitée qu’impliquée dans son travail (et sans laquelle rien ne serait possible) : non, nous ne sommes pas une « grande école », et non, nous ne formons pas une « élite sélectionnée selon… » – selon quoi d’ailleurs ? Nous donnons ce que nous pouvons à ceux qui ont envie d’apprendre, de prendre, de progresser.
    Les menaces : oui, il y en a. Notamment celle d’une demande particulièrement bizarre qui se trouve aujourd’hui un peu partout : il faut, semble-t-il, former des jeunes de 18 ans en un temps record pour qu’ils puissent devenir des bons petits soldats dans le monde qui nous entoure. Et ça, nous ne le faisons pas. Nous essayons toujours d’apporter une ouverture d’esprit, un sens critique. Nous posons à nos étudiants des questions qui ne vont pas forcément avoir un impact direct sur leur « employabilité » (quel terme horrible) mais qui les amènent à réfléchir sur eux-mêmes et sur ce qu’ils veulent faire des capacités qu’ils ont.

    « 2. Estimez-vous que cette filière a été diffamée par Complément d’enquête et que le président Filâtre a raison de penser à porter plainte ? »

    Oui. Je vous ai déjà répondu à cette question : les éléments sont réunis pour porter plainte. Un reportage partial et partiel qui occulte volontairement tout ce qui peut être vu comme positif : vous trouvez que c’est du journalisme d’investigation digne du service public d’information ?

    « 3. Pourquoi les résultats sur le devenir des masters 2008 (situation au 1er décembre 2010) ne sont-ils pas en ligne sur le site de l’observatoire ? Ces données doivent être publiées en toute transparence : êtes-vous d’accord ? »

    Les données sont accessibles à l’université. Pourquoi ne sont-elles pas en ligne ? Elles le seront très certainement rapidement, dès que l’on aura vérifié l’exactitude. Pensez-vous que nous ayons un quelconque intérêt à les cacher, surtout quand il s’agit d’une enquête dont le taux de réponse est de 75% pour un résultat/taux d’insertion à 100% ? Il s’agit donc moins d’un manque de transparence mais plutôt d’un manque de « savoir communicatif »…vous avez raison : il faut publier ces données !

  5. Claude Navarro

    Bonjour,

    Enseignant à l’Université de Toulouse-Le Mirail, je voudrais signaler également un point qui pourrait rentrer dans la rubrique « diffamation » ou à tout le moins dans la rubrique « absence de déontologie ». Il s’agit du passage dans lequel un enseignant intervient en Amphi au titre de sa mission Vie Etudiante. Il est intéressant de voir le montage effectué.
    Voici la démonstration du journaliste telle que je la décortique:
    1. L’UTM est connue pour ses grèves (ceci a été dit avant).
    2. La personne qui est filmée a une drôle d’allure pour un enseignant (merci de réécouter le passage pour le commentaire exact de la voix off). En quel honneur se permet-on ce genre de jugement ?
    3. Les propos de cet enseignant, qui sont ensuite repris (extraits volontairement par le journaliste, donc …), concernent l’importance pour l’étudiant de s’intéresser à l’aspect sociétal et aux mouvements sociaux.
    CQFD ! pour le journaliste, preuve est apportée que l’UTM est bien un lieu où l’étudiant est manipulé par des agitateurs au look étrange (bon, je reconnais que j’exagère volontairement, mais l’idée de fonds est bien celle-ci).

    Cordialement
    M. Claude Navarro
    Professeur de Psychologie
    Université de Toulouse-Le Mirail

  6. pdubois

    Merci Gabriela et Claude pour vos commentaires et vos témoignages. Je suis vraiment heureux de pouvoir vous donner la parole sur ce blog, de pouvoir montrer votre implication dans l’université Toulouse Le Mirail et dans votre filière : tous les dispositifs que vous décrivez le démontrent.

    Je suis parfaitement d’accord avec vous pour dire que l’université n’est pas seulement le lieu d’apprentissage d’un métier que le diplômé exercera sur le marché du travail à bac+3, à bac+5 ou davantage.

    L’université est une institution qui a une mission, incluse d’ailleurs dans les lois successives de 1968, 1984 et 2007), de transmettre et de conforter des valeurs dont celle de la tolérance, de la liberté de penser et de débattre. Oui, la formation universitaire doit absolument transmettre l’esprit critique, le devoir de penser librement. Ele doit former des citoyens.

    J’ai donc apprécié, dans Complément d’enquête, la séquence rappelée Claude. J’aurais même aimé d’ailleurs qu’il y ait davantage d’étudiants présents. J’ai été heureux de voir cet enseignant inciter à l’engagement étudiant. Je l’ai moi-même fait chaque année dans les universités où j’ai enseigné. Dans mon dernier poste, j’ai même créé, à la demande du président, un DU d’administrateur universitaire proposé aux étudiants élus dans les Conseils centraux et de composantes. L’engagement étudiant est d’ailleurs producteur de compétences pleinement utilisables dans l’emploi. Cette séquence ne peut pas être assimilée à de la diffamation. Elle relève de la liberté d’expression du journaliste, même si celui-ci recourt à un humour critique facile, démagogique et qui, en fait, le discrédite. Le spectateur est capable, lui aussi, de se faire une opinion par lui-même !

    Pour ce qui est des données sur les parcours étudiants (suivis de cohortes d’entrants en licence et en master) et sur le devenir des diplômés, je persiste et signe : l’université n’est pas en mesure de les fournir. Gabriela ne prouve rien sur les entrées dans les écoles de commerce, sur le devenir des diplômés de master.

    L’enquête sur les diplômés 2008 de master (situation au 1er décembre 2010) est terminée depuis avril 2011 (transmission des données à la DGESIP). Il est donc anormal que ces données ne soient pas encore sur le site de l’université, alors qu’elles le sont sur les sites d’un grand nombre d’observatoires universitaires. L’observatoire de Toulouse Le Mirail n’a plus aujourd’hui à « vérifier l’exactitude des données » ; il est trop tard et cela ressemblerait fâcheusement à une manipulations de données. Bref, Daniel Filâtre n’a pas les billes nécessaires pour porter plainte en diffamation.

    Plus généralement, je me dois de revenir sur la question de l’évaluation, de l’efficience (prise en compte des ressources mobilisées) et de l’efficacité (prise en compte des résultats). Gabriela mentionne toute une série de ressources mobilisées par l’université pour les étudiants. C’est fort important de le mentionner. Mais le plus important, et c’est logique que des journalistes s’y intéressent de manière critique, ce sont les résultats (puisque de l’argent public est engagé) : quels taux de succès et quels résultats ? L’université de Toulouse Le Mirail n’est pas à même de fournir, en toute transparence, des données rigoureuses sur les résultats dans ces deux domaines. Vous ne m’avez pas démontré le contraire ! La lettre du président Filâtre non plus.

    Le pire serait bien sûr que l’Université de Toulouse Le Mirail mobilise beaucoup de moyens pour des résultats insatisfaisants. Elle serait alors inefficiente et inefficace. Je le déplorerais très sincèrement. Bien cordialement à vous.

  7. Gabriela Pfeifle

    Nous voici donc « victimes » d’un observatoire qui n’aurait pas les moyens de fournir les bons chiffres pour prouver que nos actions sont efficientes et efficaces…outre le fait que je ne trouve pas que les journalistes se soient, dans ce cas précis, intéressés de manière critique aux résultats de nos actions (sinon ils auraient dû préciser un certain nombre de choses qu’ils savaient mais qui n’allait pas dans le sens de ce script de reportage – ça, c’est critique – ou montrer aussi l’autre côté dont ils sont aller chercher des images et des paroles qui ont été coupées au montage – ça aussi aurait pu être critique. Ce qui n’est pas critique, c’est monter un reportage « à charge » – parce que c’est ce que c’est – sur la base d’une image qui ne correspond pas à grand-chose dans la réalité…venez voir vous-mêmes !

    Je viens de vérifier sur un certain nombre de sites d’université : oui, on trouve les chiffres des dernières enquêtes sur CERTAINS sites (si on sait chercher), mais je ne dirais pas que c’est une majorité (sauf si j’ai choisi – plus ou moins au hasard – que les mauvais élèves de la classe des universités françaises ?). Ce qui, bien évidemment, ne prouve rien – c’est uniquement un constat que je viens de faire.

    S’agissant de l’évaluation des actions que nous entreprenons : bien évidemment qu’il faut évaluer ces actions (à quoi ça servirait de mettre en place des mesures d’accompagnement qui n’apportent rien ? On ne le fait pas pour nous faire plaisir…même s’il y est, le plaisir !). Certaines actions n’ont pas été évaluées pour l’instant tout simplement parce qu’elles sont nouvelles.

    D’autres ont été évaluées, et je vous soumets à mon tour une question : l’enseignant référent, par exemple, joue sur les taux de réussite…des présents. Notre grand problème est comment atteindre ceux qui ne le sont pas : comment voulez-vous aider à réussir des étudiants que vous n’arrivez pas à atteindre parce qu’ils ne viennent pas ? Une idée ?

    Bien à vous

  8. Sirius

    Peu importe les détails de l’émission. Les chiffres de la filière LEA de Toulouse le Mirail sont catastrophiques. Que M. Filâtre et les enseignants locaux cherchent à noyer le poisson est naturel, mais dérisoire.
    La priorité est de mettre en place des observatoires statistiques avec des règles coordonnées afin que le public connaisse les résultats objectifs de chaque filière.

  9. @Gabriella. Loin de moi de critiquer l’observatoire de votre université. Ce n’est pas lui qui décide ses missions, les enquêtes à mener, les publications à mettre en ligne, les moyens humains, matériels et financiers dont il dispose. Cet observatoire fait ce qu’il peut avec ce qu’il a. Je suis, presque sûr, que la rétention d’informations sur l’enquête Master n’est pas de son fait.

    Fort difficile de trouver sur la toile les résultats des enquêtes des observatoires. Bien d’accord avec vous ! C’est un parcours du combattant. C’est au réseau des Observatoires à établir les liens avec ces enquêtes pour faciliter l’accès aux informations. Malheureusement, Resosup (http://www.resosup.fr/ ) ne fait pas ce travail. Le président de Resosup travaille dans une des 3 universités toulousaines : vous pourriez aller lui toucher un mot pour qu’il facilite la transparence de l’accès aux données.

    Votre question sur les référents enseignants. Tout à fait d’accord avec votre analyse. C’est le même type de question qui se pose pour le tutorat (systématisé depuis 1997) : on n’a jamais pu évaluer sérieusement son impact, toutes choses étant égales par ailleurs. J’estime pour ma part que tous les dispositifs du Plan Licence sont un cataplasme sur une jamabe de bois. La licence est agonisante. Je milite pour ma part pour la création d’Instituts d’enseignement supérieur
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/tag/ies/

    @ Sirius. Les données accessibles en ligne sur le site de l’Observatoire de toulouse Le Mirail ne donnent effectivement pas l’image de bons résultats. Cependant, l’absence de suivis de cohortes et de données sur l’insertion des diplômés de licence et de master fait que vous ne pouvez dire : « les chiffres sont catastrophiques ».

    Des observatoires existent maintenant dans toutes les universités. Leur marge de manoeuvre, leur indépendance vis-à-vis du politique (le président et son équipe) sont fort variables. Je vous invite à relire le 1er § sur les conditions d’exercice de ces Observatoires. A débattre : constituer des observatoires interuniversitaires régionaux (cf par exemple le 1er prix Nobel des observatoires que j’ai (pompeusement) décerné ?

  10. François

    Quelle est l’attitude d’un journaliste face à ces questions ?
    Je prends l’exemple de l’éditorialiste du Monde de l’Education. Elle veut démontrer avec constance que :
    – l’enseignement supérieur français est inefficace,
    – il est antisocial.
    Donc :
    – elle affirme sans fournir de chiffres (par exemple que le nombre de masters en France est minable, alors que compte tenu de la faible valeur de la licence auprès des employeurs le niveau bac + 5 est hypertrophié en France – en particulier dans les disciplines scientifiques où il atteint quatre fois le taux américain, 5% de la classe d’âge au lieu de 1,2%)
    – elle veut montrer que nous sommes en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (ce qui est généralement faux, en particulier parce que ces moyennes incluent les pays d’Europe du Sud, mais elle a pu trouver un indicateur mineur où la France est en-dessous de la moyenne, et c’est celui qu’elle cite ! ou bien elle compare des statistiques française et étrangère qui portent sur des classes d’âge différentes, sans mentionner ce facteur très important, compte tenu de la hausse très significative du nombre de diplômés du supérieur en France pendant les dernières décennies)
    – enfin elle rapporte sans les mettre en cause de chiffres invraisemblables (elle cite sans réagir le Directeur de l’Institut Montaigne qui affirme qu’un fils d’ouvrier a environ quatorze fois moins de chances d’obtenir son bac qu’un fils de cadre, alors qu’une étude de cohorte figurant dans le livre bleu de la DEPP indique que le rapport est 1,8 (un virgule huit) puisque 50% des enfants d’ouvriers décrochent le bac contre 90% des enfants de cadres – rapport que l’on peut considérer comme encore trop élevé, mais assez loin de 14)
    Le journaliste de la télévision a utilisé exactement les mêmes techniques. Ça serait intéressant d’enquêter sur ce qu’ils apprennent dans les écoles de journalisme … Y a-t-il des cours d’éthique ?

  11. Marianne

    @Francois : pour ce qui est des ecoles de journalisme, en général les gens ne sont pas forcément sur un sujet surlequel ils sont comptétents. Ils peuvent tres bien dans leur carriere passer abruptement de la rubrique des sports a celle de l’économie sans avoir plus de background que ca. La formation de journaliste est en fait assez hétéréroclite. Le bon journaliste est alors celui qui va chercher l’information ou l’analyse aupres de specialistes compétents qu’il doit lui meme denicher
    Donc je ne suis pas sur que ce soit un probleme d’éthique….
    Sinon voila une idee de ce que recouvre une formation de journaliste

    http://www.ejcm.univmed.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=60:journalisme&catid=40:pro&Itemid=2

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