Wauquiez, un piètre Ministre du SUP

Premières déclarations de Laurent Wauquiez, nommé Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche lors du dernier remaniement : « je ne serai pas le ministre de affaires courantes »… « Il y a des thèmes d’investissement très clairs sur lesquels je sais que je peux avancer : l’insertion dans l’emploi, dont la déclinaison de la réforme de la licence est une illustration, les conditions d’études, à travers notamment les questions de logement, de santé et la mise en œuvre du dixième mois de bourse. Je veux également mener tout un travail de simplification administrative pour faire en sorte que le changement soit plus palpable sur le terrain »… « En outre, l’enseignement supérieur n’est pas un domaine que je découvre. J’y porte un réel intérêt qui se concentre tout d’abord sur la question de l’ascenseur social : cette question est au cœur de mes priorités car pour moi, une société sans ascenseur social est une société morte«  (EducPros, 29 juillet 2011).

Quatre mois plus tard. Laurent Wauquiez-Motte ne gère même plus les affaires courantes de son ministère. Il est en campagne aux côtés du Président de la République (« Laurent Wauquiez fait la claque« ). On l’entend et le voit partout dans les médias, sans arrêt (hier soir à France 2, ce matin à France Inter) et sur des sujets qui ne sont pas dans son champ de compétences ministériel : l’alternance, le travail obligatoire pour les bénéficiaires du RSA, les élections sénatoriales, les fraudes à la Sécu, la participation des immigrés aux élections municipales, la sécurité (il défile au premier rang pour soutenir sa mère, maire de Chambon-sur-Lignon, après l’effroyable crime commis contre une jeune fille). Chez Taddeï, je lui ai trouvé le regard teigneux et haineux ; un homme aux cheveux grisonnants, vieilli trop vite. Aux antipodes du regard lumineux de deux jeunes diplômés du supérieur.

Le fil conducteur de ses déclarations : la voix de son maître, rien que la voix de son maître et surtout cogner sur François Hollande et le projet socialiste. Son agenda ministériel (3 semaines de vacances en août, 3 jours par semaine le plus souvent) laisse penser qu’il est fort rarement sur son lieu de travail, au ministère rue Descartes.  

Le 1er partout ne s’occupe même plus des affaires courantes. Il a fait un temps illusion : il a mené en urgence à terme des projets initiés par Valérie Pécresse. Réforme assassine de la licence universitaire, avec l’appui des seuls syndicats étudiants (laxisme accru des modalités de contrôle des connaissances, report aux calendes grecques des 1.500 heures d’enseignement et des réunions des groupes de travail sur les référentiels de compétences). Versement – enfin – du 10ème mois de bourse. Expérimentation du Passeport logement étudiant dans deux académies. Un plan d’action pour l’ascenseur social ? Nenni ! Mais un Ministre, coincé depuis l’enfance au dernier étage de cet ascenseur, peut-il imaginer un début de plan d’action ? Une idée : 230.000 euros attribués à chaque bachelier pour mener 9 ans d’études supérieures en continu (« Coût de la scolarité de Laurent Wauquiez« ) ?

A la différence de Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez-Motte n’a même pas essayé de défendre le budget 2012 de l’enseignement supérieur et de la recherche auprès de Bercy. Plans de rigueur obligent : le SUP n’est plus prioritaire, même sur le plan de la communication politique. Pour s’en persuader, lire le rapport de la Commission des finances du Sénat (en date du 17 novembre 2011). Sénat passé à gauche et donc partial, pense ou dira le Ministre. D’ailleurs, il est même probable qu’il s’en désintéresse. Il pense « campagne » et s’investit à fond pour son candidat ; si celui-ci gagne au Printemps 2012, il espère en être récompensé. Un cinquième poste ministériel ! Devenir le premier d’entre eux ? Premier Ministre à moins de 40 ans ? L’ambition de demeurer le 1er partout et toujours.

Dans l’immédiat, au ministère, tout part à vau l’eau. Que fait le cabinet du ministre ? Que font les directions de l’administration centrale ? Dysfonctionnements, erreurs et silences. Bogue dans la prévision des effectifs de bacheliers entrant à l’université (« Un bogue statistique au MESR« ). Silence sur la crise de la statistique publique d’Education (« La statistique publique en péril« ). Silence sur le rapport de l’EUA observant la faible autonomie des universités françaises (« Acte de décès de la LRU« ). Pataquès sur le nombre d’établissements du SUP en crise financière grave (« Le ministère saborde la LRU« ) et rodomontades sur les universités dites en « bonne santé financière ». En bonne santé à force de rogner, sabrer, voire annuler des dépenses, de puiser dans les réserves, de jouer dangereusement avec des incidents prévisibles de trésorerie (fonds de roulement réduit à un mois).

Légèreté pour les nominations dans les sections du CNU nouvellement élues : listes de nommés incomplètes (de suppléants en particulier), renversement de majorités issues des élections (« Nominations du « Prince » au CNU » et aussi communiqué des sections 16 à 24 du CNU, communiqué de l’Association des sociologues de l’enseignement supérieur, ASES)…

Lenteur à faire appliquer la réglementation issue en 2009 de la réforme du statut des enseignants-chercheurs (EC). Elle prévoit une évaluation de tous les EC tous les 4 ans par les sections du CNU ; Valérie Pécresse a retardé cette évaluation, attendant l’élection d’un nouveau CNU. C’est fait, mais des présidents de section semblent ignorer l’existence de la circulaire envoyée en octobre aux établissements : les premiers EC évalués le seront en septembre-octobre 2012 ; ce seront ceux nés en mars, juillet et octobre. Selon quelle méthode (une notation en plusieurs catégories ?) et surtout pour quoi faire ? Pour sanctionner ceux qui auront une évaluation négative ? Pour récompenser (comment ?) ceux qui auront une évaluation positive ? S’il y a sanction ou récompense, les litiges juridiques vont foisonner : inégalités de traitement entre fonctionnaires, fondée arbitrairement sur le mois de naissance. De plus, l’évaluation de tous les EC sera chronophage pour les sections… et redondante. L‘AERES n’établit-elle pas déjà la liste des non-produisants ? La sagesse politique n’aurait-elle pas consister, cette fois, à ne pas appliquer certains des articles du décret de 2009 ?

Et un silence prévisible du ministre sur une situation inédite depuis le vote de la LRU en août 2007 et le renforcement du pouvoir des présidents. Le conseil d’administration de l’université de Haute-Alsace (Communiqué FSU du 29 novembre 2011) a demandé la démission du président Alain Brillard. « Pour celui-ci, cette hypothèse ne tient pas sur le plan juridique. Nous avons demandé un avis au ministère. Nous sommes dans l’attente de sa réponse ».

On rêve quand on pense qu’au début du quinquennat, Nicolas Sarkozy disait que ses ministres seraient évalués et qu’il en tiendrait compte pour les maintenir ou non dans leur ministère. Laurent Wauquiez-Motte n’exerce pas sa fonction ministérielle, ne dirige ni son cabinet ni son administration centrale. Il laisse commettre de graves erreurs. Je pense sincèrement qu’il commet là une faute professionnelle. Oui, sans conteste, Laurent Wauquiez-Motte est un piètre ministre de l’enseignement supérieur. Le 1er partout ne laissera pas son nom dans l’histoire.

Je reconnais toutefois à Laurent Wauquiez une intelligence politique pratique. Que risque-t-il à ne pas faire son job de ministre ? Rien avant le printemps 2012. Il le sait et il en joue sans vergogne. Il fait un geste quand la pression monte : aumône de 15 millions d’euros aux universités qui ont un glissement vieillesse technicité (GVT) positif. Il sait que les présidents d’université vont le laisser tranquille car ils ont d’autres chats à fouetter. 2012, c’est aussi l’année des élections présidentielles dans les universités : se faire réélire, ou trouver une chaise musicale attractive, ou encore prendre définitivement l’air après un job usant. Le CA de Mulhouse qui vote la défiance à son président : cela devrait faire trembler un certain nombre de présidents en place. A suivre !

Commentaires fermés sur Wauquiez, un piètre Ministre du SUP

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Une réponse à “Wauquiez, un piètre Ministre du SUP

  1. Véronique

    Je croyais bêtement que l’AERES publiait la liste de EC non-publiant …!
    Qu’est-ce qu’un EC non-produisant ?
    Un EC qui ne publie pas, qui n’enseigne pas, qui ne rédige aucun support, ne surveille ni ne corrige aucun examen, qui n’a aucune responsabilité administrative ??

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  3. Merci pour cet article aussi utile que lucide.

  4. François

    Petit décryptage politique.
    Il y a encore un an, la majorité considérait que les réformes de l’enseignement supérieur étaient, avec celles des retraites, et face à l’immobilisme historique de la gauche et des années Chirac, un des arguments les plus utilisables pendant la campagne électorale de 2012 (les sondages auprès du grand public confirmant la relativement bonne image de ces réformes considérées à tort ou à raison comme courageuses).
    L’approche présidentielle évidente était : en 2007, quand nous sommes arrivés, la situation des universités et des GE était catastrophique (positions dans Shanghaï, taux de boursiers dans les GE). Le progrès en 2012 est tangible (l’amélioration de la position de quelques établissements dans Shanghaï est d’ailleurs un objectif explicite qui figure dans la lettre de mission du ministre de l’ESR).
    Or cette approche pour 2012 échoue pour deux raisons :
    – le processus de constitution d’entités pouvant être bien classées dans Shanghaï est plus lent que prévu (toujours pas de gouvernance claire à Saclay et dans d’autres grands sites malgré les pressions via les IDEX),
    – naïveté par rapport aux Chinois dont ont ne s’est préoccupé que très récemment de savoir s’ils accepteraient de faire rentrer nos PRES dans leur classement.
    D’autre part la crise économique fait que les problèmes d’enseignement supérieur sont tombés très bas dans la liste des soucis prioritaires des Français.
    L’arriviste-opportuniste très intelligent qu’est Laurent Wauquiez a parfaitement compris cette situation et agit en conséquence.
    Quant au président qui sait que l’élection se jouera sur la crédibilité en matière économique des candidats, son principal (unique ?) souci dans le domaine de l’enseignement supérieur est le respect de l’accord passé avec l’UNEF : pas de sélection à l’entrée dans les universités et à l’entrée en M1, pas d’augmentation des droits de scolarité; en échange pas de troubles jusqu’à l’élection.

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  6. Michel ABHERVE

    Quand Laurent Wauquiez a pris ses fonctions j’ai posé la question « Laurent Wauquiez adoptera-t-il dans sa nouvelle responsabilité de nouvelles pratiques ? »

    En suggérant, à partir de ses pratiques dans ses responsabiltés une grille de lecture
    « – Etre attentif aux mensonges : leur pratique est régulière chez lui.

    – Ne pas penser qu’en raison de son âge, il fait de la politique comme un jeune : il a tous les trucs d’un vieux politique.

    – Ne pas croire qu’il utilise les nouveaux outils de communication de façon interactive : la communication ne se fait que dans le sens descendant.

    – Ne pas croire qu’il a des convictions fortes : il épouse, successivement, celles où le conduit l’intérêt estimé de sa carrière. »

    Je pense que l’article de Pierre Dubois permet de répondre négativement à la question posée . C’est, malheureusement prévisible

    Voir http://blog.educpros.fr/michelabherve/2011/06/29/laurent-wauquiez-adoptera-t-il-dans-sa-nouvelle-responsabilite-de-nouvelles-pratiques/

  7. R. Lucien

    Comment démenteler l’enseignement supérieur sous couvert de classement de Shangai : une arnaque à la française!…

    A la lecture de la motion suivante:

    ——– Message original ——–
    23/11/2011
    _/Voici l’ info que j’ ai reçu concernant l’avis de l’ UPS sur l’IDEX : /_
    *Aujourd’hui congrès de l’université (CA + CS et CEVU) sur l’IDEX.*
    la motion suivante proposée par CGT, CFDT, FSU, UNEF :/
    Ayant pris connaissance du document intitulé « Réponse à la phase de sélection de l’IDEX 2 – Synthèse du dossier – novembre 2011, les membres du CA, CS, CEVU réunis en congrès le 23 novembre 2011 de l’université Toulouse 3 s’inscrivent négativement dans le projet actuel d’Université de Toulouse , considérant que la perspective d’une construction démocratique d’une Université de Toulouse en tant qu’ établissement unique fédérant des composantes différentes n’est pas garantie, et que le statut de grand établissement sera porteur de graves reculs sociaux pour toute la région midi Pyrénées. /
    A obtenu sur 27 votants:
    Ne prennent pas part au vote : 10
    Abst : 4
    Contre : 6
    Pour : 7
    Le président présentera une motion similaire à celle du Mirail dont je n’ai pas encore le texte.
    _______________________________

    voici quelques remarques à apporter pour accréditer les doutes que de plus en plus de collègues commencent à avoir…

    L’hypocrisie veut que PRES et autres IDEX fleurissement pour améliorer le classement de Shangai »… Un petit coup d’œil ?…

    ———————————————————————————-
    Classement de Shangai…
    Big is beautiful??? Pas forcément!!!

    MIT – Boston, USA – 3eme au classement de Shangai
    10 220 étudiants

    Caltech -Pasadena, USA – 6eme au classement de Shangai
    http://www.registrar.caltech.edu/statistics.htm
    2 231 etudiants

    sans oublier que certains des meilleurs labos de ces facs comportent souvent moins de 50 enseignants-chercheurs!!!!!!!!!!!!! Y compris à Harvard (1ere avec 20 200 etudiants) ou Stanford (2eme avec 14 800 étudiants) ou Berkeley (4eme, la plus grosse avec 34 800 étudiants)….

    Moyenne de 16 000 étudiants/établissement !!!!!!!!!!!!!!!!!
    ————————————————————————————–

    Bref, dans la course effrénée vers les PRES et autres IDEX, se cachent uniquement un désir:

    ECONOMISER, et confirmer le désengagement général de l’état, avec pour conséquence la future destruction de l’enseignement supérieur français, pourtant longtemps réputé parmi les meilleurs de la planète! (et oui, un classement subjectif ne veut rien dire sur la qualité du système éducatif d’un pays).
    Citons notamment les points suivants:

     mutualiser pour supprimer des postes (dans les servcies généraux, EC, BIATOSS etc…).
     les CDD et autres personnels deviennent les variables d’ajustement au niveau du budget.
     budgets en déficit à très court terme (en Italie, il a fallu 2 ans pour que les budgets soient tous dans le rouge, avec des salaires de décembre jamais payé à 100% depuis 8 ans, y compris dans de grosses facs comme La Sapienza à Rome)
     aucune souplesse dans le budgets (hiver très froid, facture EDF qui explose… on fait quoi, on licencie des IATOSS et des postdocs?)
     mainmise de personnels extérieurs dans les CA (40% du CA) ignorant le fonctionnement d’un laboratoire ou d’un département enseignement et qui oriente pourtant la politique de l’établissement.
     perte de la notion de diplôme « national »
     baisse de l’offre de formation (par économie)
     augmentation inéluctable et forte des droits d’inscription pour les étudiants
     pressurisation extrême des personnels avec des établissements gouvernés par des indicateurs et fichage dans tous les domaines
     trop de pouvoir pour des présidents ou directeurs, système anti-démocratique
     aménagement du territoire défaillant (avec des antennes universitaires promises à la disparition)
     reculs sociaux dans tous les domaines.

    Si vous souhaitez échanger sur ce sujet, ou compléter ce message, ne pas hésiter à compléter!

    Par : Raphaël Lucien
    *****A DIFFUSER*******

  8. PR27

    @R. Lucien : merci . Lors des premiers appels, le SNCS avait publié en pdf tous les dossiers soumis à l’idex, récupérant des fuites ici et là, je suppose. Me concernant, « notre » dossier idex2 a été rejeté il y a un mois, sans que j’ai pu mettre la main dessus. Il y a clairement une volonté de cacher des choses….
    La liste de vos hypothèses coincident bien avec ce que beaucoup de gens prédisent…