Les dîners de Wauquiez et de la CPU

Laurent Wauquiez et les présidents de la CPU, ça dîne énormément. Je suis choqué par la répétition de ces dîners, sans qu’on sache le nombre de président(e)s invité(e)s, lesquel(le)s, les critères de choix et les résultats des « agapes ». Des présiden(e)s ont-ils décliné l’invitation ? Louis Vogel, président de la CPU, ne s’est-il pas engagé à une transparence plus grande de la Conférence ?

Agenda du ministre. Dîner avec des présidents d’universités au ministère : 14 décembre, 16 novembre, 20 septembre18 juillet, dîners « entrelardés » par un entretien avec le bureau de la CPU le 27 juillet. Autres dîners : avec des professeurs de droit (2 novembre), avec des personnalités scientifiques (11 octobre, 27 septembre). Coût (complet) des frais de bouche du Ministre depuis son installation rue Descartes ?

La CPU a été longtemps présidée par le Ministre. Elle ne l’est plus. Elle est devenue une association 1901, déclarée d’utilité publique, indépendante. « Elle représente les intérêts communs des établissements qu’elle rassemble » (présentation de la CPU). Un dîner ne peut être le lieu de la représentation de ces intérêts. Bien plus, jamais le Ministre n’a tenu une réunion en journée avec le conseil d’administration de la CPU (CP2U) ; a fortiori, il n’a jamais ouvert de négociation officielle. Laurent Wauquiez est un piètre ministre du SUP car il s’est contenté de recevoir à table des présidents commensaux.

Dans ce contexte, la CPU ne peut développer une réelle stratégie pour l’avenir de l’enseignement et de la recherche en France. Privée de vrais débats avec son Ministre de tutelle, elle ne peut être que réactive et cyclothymique. Elle enchaîne ainsi des communiqués très vindicatifs contre la politique ministérielle et des communiqués de satisfaction pour les petits pas en avant, les aumônes financières du 1er partout.

Laurent Wauquiez va encore plus loin cette semaine : jeudi 15 décembre à 20 heures, il va inaugurer le dîner annuel de la CPU. Au nom de quoi ? Le 1er partout est en campagne pour le président de la République : il n’a pas à imposer sa présence à tous les présidents, réunis en séance plénière ce jour là. Pas d’ordre du jourPas d’adresse pour la soirée annuelle de la CPU ! Un lieu secret ? Absence de transparence de la CPU. Des présidents boycotteront-ils cette « inauguration » ? Je le souhaite !

Les universités et leurs présidents ne méritent pas qu’on se moque d’eux la semaine du 12 au 16 décembre 2011, semaine d’avant les vacances de fin d’année et, donc pour un certain nombre d’universités, semaine délicate du vote de leur budget 2012.Un exemple : le CA de Strasbourg se prononcera sur le budget de l’université le… 15 décembre. Alain Béretz y sera présent.

Autre situation compliquée : celle de l’université de Haute-Alsace. A la demande du CA, le président Alain Brillard va-t-il démissionner le 13 décembre ? Le ministère lui a-t-il fourni le conseil juridique qu’il sollicitait ? Ses collègues présidents lui ont-ils manifesté un minimum de solidarité ? La solidarité, la compassion ne figurent pas parmi les qualités de la CPU.

Je voudrais revenir, dans la conclusion de cette chronique, sur le cas de Laroussi Oueslati, ancien président de l’université de Toulon, suspendu puis démis de ses fonctions par Valérie Pécresse en 2009, radié à vie et immédiatement de la fonction publique par la section disciplinaire de Paris 4 en mai 2010, mis en examen pour un présumé trafic de diplômes (accusation de corruption passive), et mis en détention provisoire d’octobre 2010 à mai 2011. Douze chroniques du blog sur l’affaire.

Le procès a-t-il commencé ? Non ? Et l’appel contre la révocation à vie ? Le 17 novembre 2011, le rapporteur de la commission d’instruction, Oivier Beaud, professeur de droit public, a décidé de « renvoyer l’affaire à une date indéterminée, estimant que les droits de la défense n’ont pas été respectés ». Les avocats de Laroussi Oueslati estiment qu’il a gagné là une première bataille juridique.

Tous les présidents à qui j’ai parlé de Laroussi Oueslati depuis 2009 ont été gênés et se sont défilés, tous sauf un. Pas de témoignage de sympathie à son égard, ne serait-ce que par un courrier électronique. Bien sûr, c’est plus agréable pour un(e) président(e) d’aller dîner chez un ministre pour se faire « bien voir » de lui. Présidents de la CPU, n’oubliez pas que Laroussi Oueslati ne perçoit plus son salaire de maître de conférences depuis un an et demi. D’ailleurs qu’est devenue votre prime présidentielle, instituée par le décret Pécresse du 16 juin 2010, et destinée à ceux d’entre vous qui avez rempli les objectifs fixés par la Ministre ? L’avez-vous perçue ? La CPU osera-t-elle publier un jour les résultats de la course à la prime ? N’oubliez pas Laroussi Oueslati, mis en examen et donc présumé innocent.

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