Wauquiez est dépourvu d'idées

Faut-il sauver le soldat Wauquiez, le Ministre qui n’est pas là pour gérer les affaires courantes ? Non ! Affairé à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et fort pris par les dîners avec des présidents d’université, le 1er partout oublie qu’il est Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Deux dossiers chauds en témoignent : celui de l’évaluation quadriennale des enseignants-chercheurs par les sections du CNU et celui de l’attribution des primes d’excellence scientifique. Il vient de découvrir ces deux questions et il n’a aucune idée de ce qu’il pourrait, devrait en penser. Laurent Wauquiez ne fait pas le job pour lequel il est payé !

Evaluation des enseignants-chercheurs. Dans la chronique du 14 décembre 2011, « L’évaluationnite des EC : ça suffit« , j’ai écrit que « toutes les universités, au nom de leurs libertés et responsabilités, doivent boycotter l’évaluation de tous les EC tous les quatre ans, évaluation dont l’objectif n’est même pas défini ». Dans un communiqué également du 14 décembre, le SNESUP ne demande pour sa part qu’un moratoire (retarder le calendrier d’application), sans remettre en question le principe d’une évaluation individuelle par les sections du CNU. Les enseignants-chercheurs sont pourtant sursaturés d’évaluations ! Laissons-les enseigner et rechercher !

Laurent Wauquiez a-t-il une idée sur la question ? La DRH de l’administration centrale, dans une circulaire non signée, lui a fait un enfant dans le dos sur les procédures et le calendrier de cette évaluation individuelle. Le Ministre, dans son interview de ce jour avec Franck Dorge d’EducPros, ne s’en offusque même pas ! A quoi servira cette évaluation ? Le Ministre : « ce point est très important, l’évaluation ne saurait servir de fondement à une modulation des services, qui repose uniquement sur le volontariat de l’enseignant-chercheur. Je souhaite que cette question s’inscrive dans le cadre d’un dialogue constructif. Nous avons du temps« . Si cette évaluation ne sert pas à moduler les services, à quoi pourrait-elle bien servir par rapport aux évaluations existantes ? Laurent Wauquiez est dépourvu d’idées. En son for intérieur, il doit détester Valérie Pécresse de lui avoir laissé une jolie « patate chaude« .

« Nous avons du temps« . Le décret réformant le statut des enseignants-chercheurs et prévoyant cette évaluation individuelle date d’avril 2009. Pour une fois, je suis d’accord avec celui dont la scolarité supérieure a coûté 230.000 euros : laissons du temps au temps et renvoyons cette évaluation à la saint-glinglin ou aux calendes grecques. Et dans tous les cas à l’après-mai 2012 !

Primes d’excellence scientifique (PES). Chroniques de ce blog sur les PES et les primes. Cette prime est attribuée, après évaluation (encore une évaluation !), par les universités (= sur leur budget) aux enseignants-chercheurs ayant un « excellent » dossier de recherche. L’attribution de la PES est une des compétences des universités passées aux responsabilités et compétences élargies (RCE). Il est logique, dans ce contexte, que les critères d’attribution, le nombre de primés et le montant des primes soient différents d’une université à l’autre. Inégalités de traitement entre les universités « riches » (en existe-t-il encore ?) et les universités « pauvres » : c’est la logique de l’autonomie.

Toutes les universités, sauf la résistante université de la Réunion, seront passées aux RCE le 1er janvier 2012. Entre 2009 et 2012, une commission nationale d’experts donnait un avis sur les candidatures aux PES pour les universités non encore passées aux RCE ; elles n’étaient pas obligées d’en tenir compte. Cette commisssion nationale d’experts est devenue silencieuse dès 2010 : les universités, RCEisées ou non, n’en avaient déjà que faire de ses avis.

Laurent Wauquiez vient de découvrir l’existence et le rôle de cette commission d’experts. Qu’en pense-t-il d’utile ? Rien ! Il n’a aucune d’idée, même pas celle de prononcer l’homélie de la défunte commission : « en ces temps de rigueur, il faut se féliciter de la disparition d’une commission qui entraînait des dépenses pour l’Etat et donc pour les citoyens français ». Au lieu d’être un homme d’Etat, il s’emberlificote dans une pitoyable déclaration à EducPros.

« La commission d’experts, qui émet des avis que les établissements ne sont pas tenus de suivre, est un dispositif transitoire prévu par le décret PES jusqu’au 31 décembre 2012. A partir du 1er janvier 2013, il conviendra donc de concevoir un autre dispositif. Je souhaite y réfléchir avec les acteurs concernés afin de trouver sereinement la meilleure solution pour les enseignants-chercheurs« . Le Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ne connaît pas ses dossiers. D’ailleurs, il s’en fout ! Oui, un bien piètre Ministre du SUP !

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Une réponse à “Wauquiez est dépourvu d'idées

  1. Bonjour,
    Pour compléter votre tableau d´un ministère déserté par son occupant qui bat la campagne, on peut ajouter le magistral caffouillage concernant le CNU. Certaines sections se sont réunies pour élire leur bureau alors que les membres nommés par le ministère n´avaient pas éte prévenus, ce qui augure d´une ambience peu sereine au moment d´évaluer les dossiers de qualification! Encore heureux que M. Wauquiez ait accepté l´idée d´un moratoire sur l´évaluation des EC!