PRES et innovations pédagogiques

IDEFI, “Initiatives d’excellence en formations innovantes : investir pour l’avenir des étudiants”. Appel à projets de l’ANR : candidatures reçues jusqu’au 19 décembre 2011. Dans la chronique du 31 octobre, « Des IDEFI sans défis« , j’ai porté un certain nombre de critiques : précipitation (2 mois seulement pour se porter candidat), nombre limité de lauréats (moins d’une vingtaine), faible montant financier annuel par projet sélectionné, population étudiante concernée limitée et privilégiant les étudiants de master (6.000), incertitudes pour les universités IDEXisables (si elles gagnent le label IDEX, elles n’auront pas un euro pour les projets déposés aux IDEFI). Peu d’argent par projet et peu d’étudiants de master concernés : la révolution de l’enseignement supérieur de 1er cycle par la création d’Instituts d’enseignement supérieur (IES), ce n’est pas pour demain !

L’université de Strasbourg qui a gagné une IDEX n’obtiendra pas de financement additionnel pour ses projets pédagogiques. La chronique du 2 octobre 2011, « Formations innovantes à Strasbourg« , a analysé un des 5 axes stratégiques de cette IDEX : “Faire bouger les frontières en formation“. Trois dispositifs seront créés pour renforcer l’attractivité de l’université : cursus d’excellence, écoles d’excellence, institut de l’innovation pédagogique.

Deux PRES ont lancé des appels à projets « Innovations pédagogiques » , le PRES Sorbonne Paris Cité et le PRES Université Lille Nord de France. Sorbonne Paris Cité est présélectionné pour obtenir une IDEX. Les 3 universités de Lille ne le sont pas. Il est probable que d’autres PRES aient lancé le même type d’appels à projets. Help au lecteur !

PRES Sorbonne Paris Cité. « Lancé au mois de février 2011 et doté de 600.000 €, l’appel à « projets pédagogiques émergents » marque la volonté du PRES d’encourager les liens entre enseignants-chercheurs des différents établissements membres. Parmi les 32 projets déposés en mai 2011, 17 projets lauréats ont été sélectionnés« . Les financements attribués (entre 20.000 et 53.000 euros) limitent le nombre d’étudiants qui seront concernés. L’accent est mis dans la majorité des cas sur les ressources pédagogiques à distance (et donc sur la création des supports techniques nécessaires). Les résultats des projets seront évalués : la fiche de chaque projet liste les indicateurs, le plus souvent quantitatifs, d’évaluation (chronique « L’évaluationnite des enseignents-chercheurs : ça suffit !« ).

Troix axes ont été privilégiés par le PRES francilien : « internationalisation, professionnalisation et égalité des chances« . Deux des 17 projets seulement concernent le premier cycle. C’est assez logique car les PRES sont orientés « doctorats » et « masters ». Ces deux projets : « Passerelles vers la réussite » (réorientation d’étudiants de L1 vers le DUT ou le BTS), « Enseignement interactif à distance de la pratique de soins fondée sur les preuves » (pour les étudiants en soins infirmiers),

PRES Lille Nord de France (appel à projets lancé le 15 octobre 2011, financement non indiqué). L’originalité de « Développement d’innovations pédagogiques » tient en ce que les projets s’adressent uniquement au public de la formation continue. « 5 volets : l’usage des TIC, la pédagogie de l’alternance (avec l’atelier insertion professionnelle), les langues, la certification, les démarches pédagogiques ». « La démarche innovante doit s’inscrire dans l’un au moins des 4 types d’innovation de services identifiés par l’OCDE : innovation de produit, innovation de processus, innovation dans la relation avec l’usager ou l’usage, innovation de « Business Model ».

C’est Muriel qui m’a signalé l’appel à projets du PRES Lille Nord de France. J’ai participé, en décembre 2010, au jury de soutenance de son Master Management des Universités et de l’Enseignement Supérieur (MUES IAE de Lille 1). Co-responsable de la formation continue au Centre de Formation des Musiciens Intervenants (CFMI de Lille 3), Muriel m’avait beaucoup impressionné par l’originalité de son mémoire : « Pratiquer la musique à l’école avec des instruments bricolés : utopie ou réalité ? « . J’ignorais alors l’existence même des CFMI ! Celui de l’université de Strasbourg se trouve à Sélestat (photo ci-contre).

Courriel de Muriel. « Depuis un an, nous avons fait du chemin et le projet se montre réellement enrichissant à titre institutionnel mais également personnel. Nous avons eu le financement du PRES dans le cadre d’un projet de développement d’interface numérique et avons pu nous faire aider en finançant, pour un an, un jeune doctorant. Nous venons de déposer un brevet pour un bec, nous venons de sortir de nouvelles embouchures, bref, nous avançons à petits pas certes, mais nous avançons ».

« Très sensible à l’attention que vous aviez porté à mon mémoire et forte de cet intérêt, j’ai « osé » déposer un dossier dans le cadre du prix de l’innovation pédagogique initié par le PRES de Lille. L’équipe du PRES vient de nous annoncer que notre dossier avait eu un écho très favorable et nous sommes donc invités à présenter nos travaux mardi 13 décembre en fin d’après midi au PRES ». Actualisation (3 janvier 2012) : le jury dU PRES a décerné le « prix spécial de l’innovation » au projet du CFMI.

Muriel m’a autorisé à publier le projet soumis au concours du PRES : « lutheries sauvages pour musiciens civilisés« . « Ce projet revêt une grande importance stratégique aux yeux du CFMI ; outre le fait qu’il s’intègre aux missions de l’université que sont la diffusion des savoirs, les actions de formation continue à l’intention des professionnels, l’ouverture sur la cité, le développement de l’emploi, il permet également de tester en temps réel, les outils que nous développons et il contribue à faciliter à et accélérer leur intégration. La richesse d’un tel projet est qu’il s’appuie sur une expérience concrète, car l’activité de recherche est en lien direct avec les besoins du terrain. C’est grâce à ce type d’actions et à la fonction opérationnelle du projet que le chercheur nourrit sa réflexion et fait évoluer son action tout en répondant à de réels besoins identifiés ». Bravo Muriel et le CFMI de Lille !

Commentaires fermés sur PRES et innovations pédagogiques

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Une réponse à “PRES et innovations pédagogiques

  1. Renaud

    Innovation pédagogique : restaurer un lien entre le maître et l’élève, ce qui n’est possible qu’avec un petit effectif ; après vous pouvez utiliser toutes les technologies possible (c’est simplement là que réside la nouveauté). Le reste, c’est du blabla… technocratique, de l’enrobage d’évidences.

    Attention à ne pas faire de pédagogisme : ne pas donner à boire à un âne qui n’a pas soif. On ne fait que la bonne pédagogie qu’avec des étudiants motivés. Pour le reste, c’est un combat de Sisyphe.
    En premier cycle : est-ce à nous de pallier les carences du lycée ? Ca me rappelle le cursus du collège où, pour caricaturer, le premier trimestre est consacré à rappeler ce qui a été vu l’année passée… Sans maîtrise de la langue française et sans culture générale, il est impossible de faire des études supérieures dans beaucoup de filières, qui supposent que ce socle commun de langue et de culture est acquis. ALors : rétablir propédeutique pour certains ?
    La meilleure des pédagogie, c’est d’abord d’avoir des étudiants motivés. Est-ce compatible avec l’usine démocratique universitaire où il a de tout ?

    Je propose qu’on donne à chaque étudiant un dictionnaire, un Bescherelle, et un Mallet Isaac… plaisanterie…. à voir.

    Par contre, la bonne pédagogie, c’est de supprimer les examens permanents. Etudier, c’est aussi réfléchir, réfléchir demande du temps, et le rythme universitaire n’est pas propice à la réflexion, mais au bachotage stérile. Les étudiants passent leur temps à préparer des examens, des partiels, des contrôles continus, qu’il faut ensuite corriger (des tonnes de copies). Et on s’étonne qu’ils n’aient plus le temps de lire, d’approfondir, etc… Le tourbillon des examens incite les étudiants à établir des stratégies de comptabilité, entre les matières, les modules… et on en oublie l’essentiel.
    Si on osait : un examen final en fin de licence… ou bien un seul examen en fin d’année…C’est amplement suffisant.
    Je me demande si la meilleure innovation pédagogique ce ne serait pas le retour aux anciennes pratiques de bon sens, basées sur la liberté, la confiance, les responsabilité, l’autonomie.

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