IDEX : l'envers du décor

Sauvons l’Université, Newsletter 35 du 24 mars 2012. « Idex : l’envers du décor. Ou comment les IDEX entendent bouleverser l’enseignement supérieur et la recherche en France« . Le document de 11 pages de Sauvons l’Université (SLU) est la première analyse d’envergure des Initiatives d’excellence, de la politique libérale qui en est à la source, du rôle autoritaire joué par le jury international dans ses recommandations, de leur mode d’élaboration opaque par les universités qui ont répondu à l’appel à projets, de l’hypocrisie de leurs financements soi-disant mirobolants (leur mise en oeuvre nécessite un auto-financement fort élevé), des divisions et des exclusions qu’elles introduisent dans les universités, de la marginalisation des disciplines comme les Arts, Lettres et Langues, comme les Sciences humaines et sociales, des politiques de précarisation des personnels recrutés IDEX et des attaques contre le statut de fonctionnaire des enseignants-chercheurs.

L’analyse de Sauvons l’université n’est pas une analyse politicienne d’opposition systématique à ce gouvernement libéral. C’est une analyse politique au sens noble du terme, une analyse critique argumentée, courageuse, fondée sur les documents qui ont été produits par les IDEX labellisées et qui avaient été cachés dans un certain nombre de cas. Merci à Sauvons l’Université d’avoir mis ses réflexions fortes sur la place publique à quelques semaines de l’élection présidentielle. Elles redonnent espoir à l’Université de France, comme d’ailleurs les chroniques critiques et constructives d’Henri Audier sur EducPros, et de Jean-François Méla, ancien président de Paris 13 Nord Villetaneuse.

François Hollande, au lieu d’annoncer dans sa proposition 39, qu’il va « accélérer la mise en oeuvre des investissements d’avenir », devrait entendre Sauvons l’Université. « SLU demande solennellement, aux candidats à l’élection présidentielle de l’opposition actuelle, de s’engager, dans le cas où ils arriveraient au pouvoir, à reconnaître le défaut de légalité des IDEX et à décréter un moratoire sur l’ensemble du processus ».

L’Association des Régions de France (ARF) devrait, elle aussi, s’engager sur le texte de Sauvons l’Université et déclarer publiquement qu’il ne faut pas compter sur les régions dirigées par la gauche pour mettre de l’argent « cash » dans les IDEX. Y ont-elles été seulement associées alors que les universités, fort souvent dans leur texte, disent pouvoir compter sur des co-financements des collectivités territoriales.

Le désastre des IDEX peut encore être arrêté. Pour ma part, deux propositions. 1. Pour stopper le processus et remettre toutes les cartes sur table : déposer des Questions Prioritaires de Constitutionnalité (QPC), contestant, comme Sauvons l’Université, la légalité des IDEX : pas de source législative pour les investissements d’avenir ; inégalités de traitement des universités publiques selon les régions ; politique de recherche dictée par un jury international composé de personnalités susceptibles de conflits d’intérêts avec les intérêts de la France et de son Université.

2. Pour tenir compte de l’énorme travail exigé et réalisé, souvent avec enthousiasme, par les universités et leurs personnels, et pour respecter la parole de l’Etat, comme le dit François Hollande : verser, dès l’automne, 100 millions « cash », prélevés sur les milliards d’euros du Grand emprunt et pour solde de tout compte, à chacune des 8 universités Idexisées. Financer également par dotations « cash » les autres investissements d’avenir labellisés et n’appartenant pas aux 8 IDEX.

Le lecteur assidu sait que je ne suis par pour le statu quo. Je défends une révolution du système d’enseignement supérieur : création de 15 à 20 universités de recherche, multi-sites, par fusion. Détachement de l’université de la licence et des DUT et création d’Instituts d’enseignement supérieur, dédiés au 1er cycle de 3ans, intégrant les classes supérieures des lycées (GPGE, STS). C’est le seul moyen de parvenir à l’objectif de 50% de diplômés de l’enseignement supérieur dans les jeunes générations ; 50%, c’est la voie pour une plus grande démocratisation de l’enseignement supérieur.

Blogueur, j’ai publié 80 chroniques critiques sur les investissements d’avenir, mais aucune n’avait la force, la cohérence, l’envergure du document de Sauvons l’université.

Chroniques. « IDEX. Pire qu’une usine à gaz ! » (8 décembre 2010). « IDEX : gouvernance ingouvernable » (8 mars 2011). « LABEX. 14 régions désertifiées » (29 mars 2011). « IDEX, LABEX : je t’embrouille ! » (7 juin 2011). « Mesurer l’impact des IDEX » (26 juillet 2011). « Les sous, c’est pour quand ? » (24 octobre 2011). « Coûts de la politique d’excellence » (2 février 2012). « IDEX ou le n’importe nawak » (7 février 2012). « Pire que n’importe nawak ! » (29 février 2012).

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Une réponse à “IDEX : l'envers du décor

  1. François

    L’analyse des conséquences prévisibles des Idex peut tout à fait conduire à estimer que ces initiatives sont maladroites et auront des conséquences « globalement négatives ».
    Mais comment prendre au sérieux une analyse qui contient dans son introduction : « Les Idex sont la touche finale de la destruction de tout le système public d’enseignement supérieur et de recherche engagée depuis plusieurs années » ?
    A qui l’organisation d’une telle destruction pourrait-elle profiter ? Je ne vois guère que les universités étrangères …

  2. @François. Une telle destruction pourrait aussi profiter à la montée en puissance de l’enseignement supérieur privé. On observe en effet que la progression du nombre d’étudiants dans le privé progresse depuis plusieurs années… selon les RERS… que, François, vous connaissez bien !