Sarkozy répond à la CPU : "oui" !

La Conférence des présidents d’université (CPU) a adressé, le 20 mars 2012, aux 10 candidats à l’élection présidentielle une lettre comprenant vingt propositions. Dans ma chronique du 22 mars, j’écrivais que tous les candidats allaient répondre « oui » à 18 des 20 propositions et « s’abstenir » pour 2 d’entre elles : transformation de la demi-part fiscale en crédit d’impôt formation supérieure, demande d’un équilibre global entre les grandes modalités de financement du Sup (dotations annuelles, contrats quinquennaux, appels à projets). Dans ma chronique du 23 mars, je déplorais l’absence de proposition sur la réforme du 1er cycle.

Je concluais le 22 mars : « Il faut espérer que la CPU publiera sur son site les réponses des candidats. Et si certains d’entre eux ne daignaient même pas répondre ? » Il semble que seul Nicolas Sarkozy ait répondu (lettre datée du 13 avril). Cela nous vaut, évènement exceptionnel, une deuxième lettre d’information de la CPU au cours du même mois (Lettre du 26 avril, n°87). Lettre postérieure au premier tour de la présidentielle et commentée par la CPU : « une raison supplémentaire de faire de la jeunesse et des progrès de la connaissance une priorité politique majeure apparaît avec les résultats du vote de ce premier tour : la volonté et la nécessité d’aider nos concitoyens à rejeter le vote populiste, xénophobe, d’extrême droite« .

Que répond Nicolas Sarkozy aux propositions de la CPU ? « J’ai pu constater avec satisfaction que, pour l’essentiel, je me retrouve pleinement dans la vision qui sous-tend votre projet ». Dire le contraire aurait été surprenant ! Le président de la République, tout au long de sa lettre, justifie et vante les bienfaits de la politique menée depuis cinq ans. Logique ! « La communauté universitaire a su saisir l’opportunité historique de la loi sur l’autonomie pour engager une modernisation sans précédent de notre système universitaire ». Auto-satisfecit.

Autres réponses convenues. Le président se porte « garant d’un financement juste et pérenne de l’université », affirme son opposition à l’augmentation des droits d’inscription mais aussi la nécessité de « rechercher des compléments de financements venant du secteur privé ». Il rappelle qu’il est « hostile à l’introduction de la sélection à l’entrée de l’université », partisan d’une « offre de parcours adaptée à tous les profils et d’une meilleure information des étudiants (orientation active), de la formation professionnelle (coopération avec les entreprises), de l’alternance ». Il clôt le débat sur le dossier des étudiants étrangers diplômés qui souhaitent une première expérience professionnelle en France. Sans vergogne, pour la recherche, il veille « à ce qu’aucun établissement ne se trouve marginalisé ».

Pour la gouvernance des universités, Nicolas Sarkozy confirme sa proposition de « donner le droit de vote aux personnalités extérieurs [sic] dans les conseils d’administration [ce qu’elles ont déjà, sauf celui d’élire le président] et de créer un Sénat académique pour les questions scientifiques et pédagogiques ». Une structure de plus ? Le décret fondateur de l’université de Lorraine, grand établissement, lui a donné le droit de mettre en oeuvre ces deux propositions sarkoziennes : le feuilleton des élections en Lorraine fait que les personnalités extérieures n’ont pas encore pu sièger au CA et élire le président !

Le président conclut : « si je suis réélu, je m’engage à poursuivre l’effort budgétaire, considérable, consenti depuis 2007« . On attendra les comptes définitifs de l’enseignement et de la recherche pour les années 2007 à 2012 pour savoir ce qui en est du « considérable ». Les comptes provisoires pour l’année 2010 indiquent en effet une diminution de la dépense par étudiant (chronique du 7 janvier 2012).

Nicolas Sarkozy a-t-il relu la lettre adressée par ses services à la CPU ? Sans doute pas car elle signifierait de sa part des lacunes dans la maîtrise de la langue française : « les conséquences des politiques menez », « les personnalités extérieurs ».

Au final, la CPU n’a pas de chance. La réponse du président de la République est convenue. Mais la Conférence se devait de la publier avant le deuxième tour le la présidentielle et sans attendre la réponse de l’autre candidat, François Hollande. Pourquoi, par équité, n’a-t-elle pas publié, dans la Lettre du 26 avril, la réponse de celui-ci à la présidente de la CPCNU (« Un texte-clef pour le SUP« ) ? Fort dommage car, évidemment, les sarcasmes vont voler bas : la publication de la réponse de Nicolas Sarkozy ne serait-elle pas un appel déguisé de la CPU à voter pour lui ?

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Une réponse à “Sarkozy répond à la CPU : "oui" !

  1. emmanuel

    Les liens entre le président de la CPU et l’actuel président de la république ne sont pas un mystère.. Dommage que la CPU soit entraînée dans ce mélange des genres…

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  3. vincent92

    Quand je pense qu’après ça, Sarkozy ose accuser les syndicats de faire de la politique. Remarquons qu’au passage, voyant que la sélection ne passait absolument pas dans les facs, il rétropédale une fois de plus et s’y dit opposé (ne disait-il pas l’inverse en 2007 ?). C’est vraiment un Président zig-zag!