Salaires des enseignants et éboueurs

Paris, 27 juin 2012, rencontre de Geneviève Fioraso avec l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information à la Cité des sciences et de l’industrie. Elle annonce la couleur : « Les assises, prévues à l’automne, ne seront pas des états généraux sur la seule condition des chercheurs et des enseignants-chercheurs ».

Les salaires des chercheurs et des enseignants chercheurs ne seront donc pas à l’ordre du jour des Assises. Samuel Bliman, chroniqueur régulier de ce blog, a pourtant bien fait de me rappeler un article de Btissam Bouzidi, Touria Jaaidane, Robert Gary-Bobo. « Les traitements des fonctionnaires français, 1960-2004 : la voie de la démoralisation ? L’exemple des éboueurs et des enseignants », janvier 2007. Texte sur le site de l’ANCMSP. Jean-Richard Cytermann, aujourd’hui directeur-adjoint du cabinet de la Ministre, est remercié par les auteurs pour ses commentaires.

Conclusion de l’article. « Notre reconstitution historique des salaires a montré que le pouvoir d’achat des professeurs du secondaire, des maîtres de conférences et des professeurs des universités a baissé de 20% en 25 ans, de 1981 à 2005. Les hiérarchies salariales se sont tassées, le rapport entre salaire de début et de fin de carrière pour un professeur certifié, par exemple, étant tombé dans la même période de 2,5 à 1,8″…

« Les traitements de base des fonctionnaires semblent tous avoir été entraînés vers le bas, par le « tournant de la rigueur », entamé en fait dès 1982. Les syndicats de la fonction publique n’ont pas eu le pouvoir de (ou n’ont pas voulu) s’opposer à ces baisses de pouvoir d’achat. Nous émettons enfin l’hypothèse que l’acceptation par les fonctionnaires du déclin salarial se double d’un prix à payer très important, mais seulement en partie observé, en termes d’effort des agents, de qualité du service, et de qualité des recrutements. Le déclin salarial accompagne donc, selon toute vraisemblance, une décadence du service public lui-même, et dont les conséquences possibles à long terme sont inquiétantes ».

Les choses ne se sont pas arrangées depuis 2005. Quelle est la baisse du pouvoir d’achat des enseignants-chercheurs entre 2005 et 2012 ?

Commentaires fermés sur Salaires des enseignants et éboueurs

Classé dans Non classé

Une réponse à “Salaires des enseignants et éboueurs

  1. Pierre2

    Mon salaire entre mai 2007 et mai 2012 a augmenté de 0,6% en euros courants(je suis à un palier, et mon indice n’a pas changé). Autrement dit, en tenant compte de l’inflation, il a baissé de 6% en 5 ans. Cela vient de la non-revalorisation du point d’indice à la hauteur de l’inflation et de la hausse de diverses charges; il doit donc en être de même pour tous les fonctionnaires, même si ceux qui ont changé d’indice le ressentent moins (le fameux GVT).

    Autrement dit, l’évolution montrée par Gary-bobo et al. continue depuis 2004, au rythme d’environ 1% par an de baisse du pouvoir d’achat. Pour les enseignants, la rigueur dure depuis 30 ans.

  2. Septime

    Si l’on replace l’évolution du traitement des enseignants-chercheurs dans un contexte plus large, le déclin en pouvoir d’achat du traitement de base s’est accompagné d’un multiplication et d’une augmentation des primes et revenus supplémentaires divers, liés à l’activité ou à l’excellence.
    Ceci représente une différentiation des revenus censée inciter à la productivité. Celui qui se contente de son service de base (en enseignement ou en recherche – ce qui est plus difficile à définir) recevra son traitement « de base » avec, éventuellement, une prime « de base » (comme la prime de recherche et d’enseignement supérieur qui est versée à tous et représente une ou deux semaines de traitement). En revanche, on a vu se multiplier les primes d’un montant assez important (Prime d’excellence scientifique, prime des présidents d’universités, indemnités diverses pour les activités administratives, de conseil ou d’évaluation).
    Comme il est très difficile de connaître la répartition du revenu total d’activité des enseignants chercheurs, on se focalise sur le traitement de base. Il n’y a pas eu de tentative de mesurer le revenu total des enseignant-chercheurs depuis un étude de 1992 (Ponthieux S. & J.-M. Berthelot, « Les enseignants-chercheurs de l’enseignement supérieur : revenus professionnels et conditions d’activité », Documents du CERC, n°105, 1992). Cette étude faisait déjà apparaître de très grandes disparités de revenus entre les universitaires que gommme totalement la seule considération du revenu de base.

  3. T.atso

    Je rejoins l’analyse de Septime, la seule analyse du revenu de base n’est pas probante.

    Par ailleurs il est clair que si on tien compte de l’explosion du recours aux heures complémentaires dans les Universités, la donne change singulièrement

  4. Bernard74

    je rejoins l’ avis de septime; il n’est aujourdhui pas possible de raisoner uniquement sur le salaire de base, compte tenu des primes existantes et des heures complémentaires; j’ ajouterai aussi qu’il ne m’ apparait pas certain que les directeurs d’entité ou les président , aient une vision claire du nombre d’heures réelles effectuées ; je connais aussi bon nombre d EC qui exercent des missions privées , facturées auprés des entreprises. Alors , finalement on ne compare rien du tout , mais on retrouve un eternel leitmotiv . il faut esperer que les DRH d’Université puissent enfin mettre en place de vrais outils de GRH pour apprécier la situation réelle;

  5. Merci aux quatre commentateurs. Vous apportez tous des éléments de réflexion. Les deux éléments les plus importants de la détermination du salaire des enseignants-chercheurs sont l’évolution du point d’indice et de l’indice de rémunération (progression d’indice selon l’ancienneté et le changement de grade, progression intitulée GVT).

    L’INSEE mesure l’évolution du pouvoir d’achat du point d’indice (elle-même liée à l’évolution de l’inflation) et du pouvoir d’achat individuel (liée au GVT). Les deux calculs sont nécessaires : on pourrait y ajouter le calcul du pouvoir d’achat après impôt sur le revenu. Pierre a donc raison de dire que le pouvoir d’achat du point d’indice s’est dégradé : des enseignants-chercheurs peuvent n’avoir pas de progression indiciaire pendant une dizaine d’années (quand ils sont au plafonds indiciaire). Il ne faut pas l’oublier !

    Septime a raison : il n’y a pas eu d’enquête sur le revenu des enseignants chercheurs depuis vingt ans. Au salaire de base déterminé par l’indice, peuvent en effet s’ajouter des primes (à rappeler toutefois que la prime d’excellence scientifique, nouveau nom de la PES, existe depuis 1989), des heures complémentaires, des revenus de cumul d’activité publique ou privée. Une telle enquête, fondée sur les déclarations de revenus, serait en effet bien utile. Mais cette enquête n’existe pas : elle en peut donc fournir des éléments de réflexion pour étudier l’évolution du pouvoir d’achat des enseignants-chercheurs. Les illustrations ne constituent pas des preuves. Et ne pas oublier que ces revenus additionnels existent dans toutes les professions.

    Les heures complémentaires. Oui, des enseignants-chercheurs font beaucoup d’heures complémentaires. T Atso a tort : l’explosion des heures complémentaires a bien eu lieu mais elle est derrière nous. De même, Bernard 74 n’a plus totalement raison. Les universités, parce qu’elles sont passées aux responsabilités et compétences élargies, surveillent de plus en plus la charge représentée par les heures complémentaires. Elles veulent et parviennent à en diminuer la masse, instituent des plafonds d’heures, et même ne les paient plus dans certains cas. La tendance est donc à la diminution de ces heures, rigueur budgétaire oblige.

    Une tuile attend d’ailleurs les enseignants qui faisaient beaucoup d’heures, non imposables fiscalement : le collectif budgétaire qui sera voté par les nouveaux députés prévoit la suppression de cette niche fiscale.

    Au final, chacun peut évidemment choisir ce qu’il veut mettre en avant. Soit la dégradation de la condition salariale des enseignants du supérieur en s’appuyant sur l’évolution du point d’indice. Soit les privilèges de la condition enseignante : « pensez donc, ils peuvent augmenter nettement leurs revenus à coup d’heures supplémentaires et de cumuls d’activité ». Soit enfin : « pour maintenir leur pouvoir d’achat ou le faire progresser un peu, les EC sont condammnés à faire des heures, à chasser la prime ».

  6. Francois

    Rappelons toutefois qu’une heure complémentaire coute 4 à 5 fois moins qu’une heure de td assurée par un fonctionnaire (MCF ~160~180€/HTD, PU 180~220€/Htd) contre 43 a 49 €/HC chargée. Dans sûrement nombre d’universités au moins 20 à 25% de la charge enseignement est faite en HC pour ~5% de part de masse salariale enseignement (que celui qui pense que c’est rentable de supprimer ce qui coûte le moins lève la main).

    Quant à réduire les HC, il n’y a pas 50 manières de le faire : supprimer des formations, réduire le volume d’enseignement des formations (pourquoi pas 0H ça couterait rien sauf l’administration), ou augmenter la taille des groupes (c’est vrai ca pourquoi pas des groupes de 1000 en visio conf sur la france entiere ?).

    Reste qu’a la fin, comme c’est l’état qui paye, il doit y avoir un équilibre entre coût des formations et valeurs des diplômés pour la nation. Pas sur que des licences de 500H/an avec + de 60% d’échec soit situées au point optimal.

    Comme le faisait remarquer dans un autre billet notre blogueur préféré, on ne connait pas non plus la répartition de qui enseigne où entre la L1 et le M2…. Pas difficile d’imaginer qu’une proportion de vacataires/doctorants est plus importante en L1 qu’en M2 ou les PU enseignent majoritairement leur spécialité à des groupes 10~20 étudiants filtrées par leurs 4 premières années. Cela expliquant peut être l’échec en L1 ?

  7. Pierre2

    C’est curieux, la façon dont ces discussions tournent toujours de la même façon : Un fait relativement net surgit (ici, la régression sur 30 ans du salaire de base des enseignants). Aussitôt, plusieurs personnes viennent expliquer que ce n’est qu’un côté de l’affaire, mais que c’est plus compliqué, que ces choses là sont rudes, qu’il faut pour les comprendre avoir fait des études, et que malheureusement les études n’ont pas été faites, donc on ne peut que renvoyer tout le monde dos à dos.

    Or, dans le monde que je connais (disons, enseignants-chercheurs d’université en sciences), il se trouve que les choses sont au contraire relativement simples (je ne parle bien sûr pas des PU-PH, des professeurs de droit ou de gestion).

    Le salaire de base est bien la ressource principale, nettement plus de 80% en général, et là, comme on l’a expliqué, il n’y a pas photo: perte moyenne d’environ 0,8% par an depuis 30 ans.

    La deuxième ressource, pour ceux qui l’obtienne, est la prime, d’encadrement autrefois, d’excellence aujourd’hui. On a sûrement cru nous faire plaisir en augmentant le nom, à défaut d’augmenter la chose: elle est passée de 1610 euros en janvier 2007 à 1680 euros en janvier 2012, soit une hausse de 4,4% en 5 ans, c’est-à-dire une baisse en euros constants; ce n’est pas là qu’on trouvera de quoi effacer l’inflation!

    Les heures supplémentaires ne sont pas une ressource notable chez les gens que je vois; je le sais pour avoir eu entre les mains la feuille de calcul de ces heures pour le département. Elles servent d’abord à harmoniser les services, car il est difficile aujourd’hui de tomber pile sur 192h. Il est rare de voir 50h sup, ce qui représente bien moins de 10% du salaire : ce n’est pas là non plus que l’on trouvera une compensation, d’autant que ces heures ont tendance à diminuer. Un intervenant précédent disait que, ces heures coûtant 5 fois moins que le service statutaire, cela n’avait aucun sens économique de les réduire. C’est tout à fait vrai, sauf que ce sont les seules que l’on peut réduire, et c’est donc ce que l’on fait (à l’université, il est fréquent que l’on se retrouve amené à choisir non pas la solution rationnelle sur le plan pédagogique ou économique, mais la seule solution administrativement possible, les bonnes solutions ayant été au préalable interdites par l’administration).

    Il y a bien sûr d’autres ressources possibles (la liste ne peut être exhaustive), mais j’aimerais que l’on me montre au moins un exemple de telle ressource qui ne soit pas totalement anecdotique et qui ait crû plus vite que l’inflation. Je peux par contre donner un exemple typique du contraire: le salaire d’un professeur à temps partiel à l’école polytechnique (emploi assuré par des professeurs d’université cumulants, limité à 12 ans, et qui empêchait de demander la prime d’encadrement doctoral, incompatible avec le cumul) est passé en 10 ans, en euros constants 2005, de 1395 euros à 1255 euros, soit une perte de plus de 10%; dans les années suivante, ce salaire a baissé, pour les 7 premières années, aux environs de 900 euros à la suite de changements indiciaires, ce qui le rend aujourd’hui très peu attractif comparé à la prime, et rend difficile le recrutement de ces enseignants.

    Il ne s’agit bien sûr pas d’une étude exhaustive : cette étude serait très difficile, et ne sera de toute façon pas faite, car ceux qui pourraient la mettre en oeuvre n’y ont évidemment aucun intérêt. Mais il me semble assez clair que tous les exemples sérieux que l’on peut donner vont dans le même sens : celui d’une érosion régulière du pouvoir d’achat des enseignants, comme d’ailleurs de la plupart des fonctionnaires, et d’une très grande partie des salariés.

    Cet argent n’est pas perdu pour tout le monde : il suffit de voir l’évolution des rémunérations des grands patrons, et de se rappeler des récitatifs déchirants que l’on vient d’entendre quand le gouvernement a évoqué l’idée de plafonner les salaires des dirigeants des entreprises nationales, avec un plafond tout simplement inimaginable pour un professeur d’université.

  8. Pierre2

    Ajout au commentaire précédent, après des fouilles approfondies : en 1993, la PEDR, versée tous les trimestres, était, pour un prof de 2ème classe, de 7098 francs, soit l’équivalent de 1409 euros 2010 tous les trois mois. La PEDR pour les professeurs de première classe était nettement plus élevée (mais je n’ai pas trouvé les chiffres exacts). Elle est aujourd’hui, pour les profs de première classe, de 1680 euros. Autrement dit, l’étude sur les annexes au revenu que les contributeurs précédents appellent de leur voeux montrerait une chute de pouvoir d’achat encore plus forte pour les primes annexes que pour le salaire de base, ce qui est assez logique, puisqu’il n’y a pas de grille et de point de base pour servir de point d’amarrage.