Très chères études ?

A chaque rentrée universitaire, les organisations étudiantes montent au créneau pour dénoncer une progression du coût de la rentrée supérieure à l’inflation. C’était le cas en août 2010 (« Coûts de rentrée : agacements« ), en août 2011 (« La ritournelle du coût de la rentrée« ). C’est évidemment encore le cas en 2012 : le nouveau gouvernement doit mettre en œuvre la promesse du candidat Hollande  « Je créerai une allocation d’études et de formation sous conditions de ressources dans le cadre d’un parcours d’autonomie ».

Au fil des années, les méthodologies d’enquêtes des organisations étudiantes se sont affinées : elles identifient des « différences significatives de coûts de rentrée entre Paris et province (dues au coût du logement), entre “boursiers” et “non boursiers”, entre les étudiants habitant chez leurs parents et les “décohabitants”, entre les étudiants en licence et ceux en master »… Enquête de l’UNEF : communiqué du 20 août 2012 et Dossier de presse. L’enquête de la FAGE couvre désormais les différences intra-régionales. Un exemple, celui de l’Alsace : communiqué et rapport de l’AFGES (28 août 2012).

Mais ces méthodologies pêchent par leur résultat final : l’augmentation du coût du “panier de dépenses” est différente d’une organisation à l’autre. « Afin de doter enfin la communauté universitaire d’un réel indicateur du coût de la rentrée, PDE demandait en 2010 que l’Observatoire de la Vie Etudiante (OVE) soit chargé de la création de celui-ci, suivant une méthode scientifique et publique”. J’appuie cette demande de bon sens : l’OVE devrait actualiser chaque année les résultats de son enquête « Conditions de vie 2010 » sur deux de ses dimensions : ressources et dépenses (principales dépenses courantes selon le cycle d’études, la taille de la ville de résidence, le type de logement).

Les organisations étudiantes établissent des liens entre le renchérissement du coût de la rentrée, le recul de la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur, le développement du travail étudiant et l’échec dans les études. Leur raisonnement est simplificateur, voire simpliste. Corrélation n’est pas causalité. Les processus de causalité sont bien plus complexes que les relations apparentes : ils doivent être établis toutes choses étant égales par ailleurs.

Le problème est que la presse reproduit, sans guère de distanciation, les discours misérabilistes et les explications simplistes des organisations étudiantes. Le titre de cette chronique « Très chères études » est ainsi inspiré de deux articles des Dernières Nouvelles d’Alsace : « Chères études » (21 août 2012), « Toujours plus chère » (28 août 2012). Le lecteur lira avec profit les commentaires critiques (22 et 23) d’Antony et de François à la chronique « L’UNEF immuable et énervante« .

Les organisations étudiantes doivent voir la réalité en face. La jeunesse étudiante constitue globalement une population privilégiée par rapport à la jeunesse qui recherche de l’emploi ou qui n’a que des emplois précaires. Ce sont surtout les impôts de tous les français qui financent les études supérieures. L’Etat et les collectivités territoriales sont les principaux financeurs du Supérieur ; les ménages (les étudiants et leurs familles) n’en financent directement qu’une faible partie (droits d’inscription, sécurité sociale et complémentaire santé). L’UNEF devrait avoir honte de parler de « tendance à la paupérisation des étudiants« .

Le financement des études supérieures et des aides sociales aux étudiants mérite certes un réel débat. Mais, dans une période de dette publique explosive, je suis fort choqué par les revendications étudiantes de court terme. La FAGE « réclame un gel des frais d’inscription, des frais de cotisation à la sécurité sociale étudiante et des loyers des logements CROUS en perpétuelle augmentation depuis cinq ans ». L’UNEF réclame également « le gel des frais obligatoires (frais d’inscription, ticket de restauration, cotisation à la sécurité sociale… la revalorisation de 65% des bourses pour atteindre un montant maximum de 760 euros de bourse par mois… l’augmentation de 20% des APL ».

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Une réponse à “Très chères études ?

  1. J’attendais justement votre article en réaction au sujet qui a fait l’actualité la semaine prochaine. Et comme l’année dernière, rien d’étonnant dans ce que vous écrivez. Quelle prévisibilité.

    Ce que je trouve dommage, c’est oublier d’expliciter pourquoi deux organisations obtiennent des résultats différents en termes de chiffres. L’une ayant des conditions d’estimation opaques voire hasardeuses, l’autre, la FAGE, s’appuyant sur des
    sources officielles, gouvernementales, dont l’OVE (auquel nous sommes également attaché !). Nous ne faisons que mettre en exergue une situation, avec la juste volonté de représenter la réalité telle que les étudiants la vivent.

    Ceteris paribus certes, mais il n’est pas question de rapprocher corrélation (il n’est fait mention nulle part de ce type de rapprochement statistique) et causalité. Là encore, il s’agit juste de faire naître le débat autour de la situation que vivent les étudiants, principalement par accumulation de hausses diverses, qui peuvent paraître anecdotique pour les uns, mais qui l’est moins pour la tranche de la population la plus fragile. La problématique est plus complexe que ce que vous décrivez.

    Toutefois, je suis particulièrement amusé de voir que vous avez une vision si étriquée et minimaliste de la situation des étudiants. La FAGE explicite ici sa vision de la place de la jeunesse dans la société : il y a des choix d’investissements à faire, notamment pour faire de la France un pays compétitif. Et c’est bien le souhait d’un investissement dans l’éducation et l’enseignement supérieur que la FAGE souhaite porter. Croire et investir dans la jeunesse, c’est avoir une vision à long terme, pour des modifications structurelles, dans une objectif de croissance maîtrisée et de sortie de crise. C’est la position des associations membres du réseau de la FAGE.

    Avec un peu plus de recherche documentaire (dont je sais pourtant que vous êtes suffisamment rigoureux scientifiquement pour d’ordinaire le réaliser de façon spontanée, notamment grâce à votre présence sur les médias sociaux), il aurait été intéressant de mentionner que la proposition principale de la FAGE, l’AGI (lire le communiqué ici : http://scr.bi/PYw4Q6), ne nécessite aucun financement supplémentaire, dans cette période de « dette publique » (lire « l’excellent wikiFAGE » comme vous le mentionniez jadis, qui présente l’AGI : http://bit.ly/SNzjLn). Je trouve fort dommageable votre jugement peu pertinent, je cite « je suis fort choqué par les revendications étudiantes de court terme », alors même qu’avec un minimum d’honnêteté intellectuelle, il est aisé de reconnaître la durabilité et la soutenabilité de cette proposition.

    Alors aux discours « simplistes et misérabilistes » que vous mentionnez en y impliquant les travaux des élus et bénévoles étudiants de la FAGE, faites attention aux conclusions simplistes, soupçonneuses et discursives. Il est préjudiciable de donner une image aussi réductrice de la FAGE, organisation étudiante caractérisée par son expertise, son réalisme et son pragmatisme dans ses positions issues et synthétisées des réalités locales des étudiants. Ne tombez pas dans cette caricature nuisible pour votre crédibilité.

    Bien cordialement et au plaisir d’échanger à nouveau,
    Bryan CODER

  2. Fabrice

    Bonjour et merci pour votre commentaire Bryan. Je me permets d’y répondre ainsi qu’à la chronique de M. Dubois, en 3 remarques.

    Première remarque : l’article de M.Dubois se veut délibérément « provoc » (vous qui semblez être un lecteur assidu de ce blog, vous le savez donc bien et votre commentaire l’est d’ailleurs également). Autant que les calculs du coût de la rentrée de l’UNEF et de la FAGE, une telle chronique sur ce bloc poursuit le but de susciter un débat. Le propos de M. Dubois est, me semble-t-il de placer ce débat de manière plus globale et fondamentale.
    En effet, le caractère rituel de la parution des indicateurs de coûts de la rentrée établis par les syndicats étudiants (UNEF et FAGE chaque année en août) contribue (et c’est bien involontaire évidemment) à lisser le débat. Je relève néanmoins que les travaux de la FAGE ont fait un effort, cette année, afin de présenter des résultats pluri-annualisés (ce qui d’une part à plus de sens, d’autre part est plus frappant pour le public). Pour le dire plus clairement : chaque année UNEF et FAGE publient leurs indicateurs, et chaque année il se trouve des commentateurs divers et variés qui réagissent en disant « ils sont gonflés les étudiants, ce ne sont que 2 ou 3 euros de plus par mois ». Il me semble important que vous ayez conscience du fait que l’approche actuellement retenue par les syndicats (dont certains d’entre eux sont sans doute également très pré-occupés par leur stratégie communicationnelle à cette période) conduit donc (involontairement) à « prendre le problème par le petit bout de la lorgnette ».

    Deuxième remarque : s’il y a un bien un sujet sur lequel nous serons unanimes, c’est s’agissant de reconnaître la qualité des travaux de l’OVE. Pourquoi dans ces conditions ne pas soutenir la proposition de création d’un indicateur du coût de la rentrée, calculé par l’OVE, dont l’élaboration devrait impliquer les étudiants et leurs syndicats ? (il me semble qu’au moins UNEF et FAGE font partie du conseil de l’OVE). Vous ne pouvez ignorer, avec un peu d’objectivité et de recul, qu’une enquête statistique publiée par un syndicat étudiant (quelle que soit sa bonne volonté) ne peut paraître que suspecte aux yeux de certains commentateurs (et notamment de celles et ceux qu’elle dérange). Une enquête publiée par l’OVE peut également être attaquée, mais vous conviendrez que c’est alors plus difficile (notamment compte-tenu du crédit scientifique de l’OVE). Cette proposition ne peut pas vous déplaire, puisque vous revendiquez pour la FAGE un certain degré d’expertise : l’expertise consiste aussi parfois à savoir quand il est légitime (et stratégique) de recourir à une autre expertise que la sienne (en même temps que c’est un acte d’humilité) pour être crédible (puisque vous vous pré-occupez de celle de M. Dubois)

    Troisième remarque, sur le fond (enfin) : la question des « frais fixes » et du « coût de la rentrée » est in fine marginale par rapport à la vraie question de fond qui est, sur le plan socio-économique, celle du financement de notre système éducatif (au delà d’ailleurs du seul supérieur). Il convient de s’interroger sur la place que notre société accorderait aux jeunes (notamment vis à vis de leur famille mais pas uniquement), question dont on peut d’ailleurs dégager de « grands profils » par zones géographiques (il me semble que Marie Duru-Bellat avait réalisé quelques travaux sur le sujet). Question aussi de savoir (et on rejoint ici la dimension économique) à qui profite l’éducation, en particulier si on la considère comme un investissement de l’individu et de la société (selon qu’on place la focale sur l’un plutôt que sur l’autre, vous voyez bien le genre de débats auquel on peut venir).

    Une question pour finir : si j’ai bien compris le principe de l’AGI, il rejoint celui de l’allocation d’autonomie de l’UNEF, à la différence près (elle est de taille et reflète, pour le coup, une vraie différence politique entre la FAGE et l’UNEF) que l’AGI est sous-condition de ressources. Si le caractère anti-redistributif de la demi-part fiscale est avéré, comment la proposition d’AGI prend elle en compte le mécanisme fiscal de prise en compte des pensions alimentaires qui pourrait être utilisé pour faire « vase communiquant » (et réduire de beaucoup le bénéfice de la suppression de la demi-part fiscale) ?

    Bien à vous.

    Fabrice