Bachelor's degree en lycée privé

L’enseignement supérieur privé grappille, chaque année en France, de nouvelles « parts de marché ». Le Réseau national de l’enseignement supérieur privé (RENASUP) annonce, pour la rentrée 2012, l’ouverture de 16 préparations à un bachelor’s degree de l’université de Coventry : 7 en Global business, 5 en Global marketing, 4 en International hospitality and tourism management. Le titre de Bachelor est délivré par l’université anglaise, laquelle fournit également les cours.

Un Bachelor en Global Marketing va être ouvert au lycée privé Jeanne d’Arc de Mulhouse : article des DNA du 24 août 2012. Pas d’information sur le site du lycée. Présentation plus détaillée sur le site du lycée Bossuet de Meaux.

Accessible aux élèves de prépas, titulaires d’un BTS ou d’un DUT spécialisé, et aux étudiants de L2 possédant une bonne maîtrise de l’anglais, la formation se fait uniquement dans la langue de Shakespeare. Six modules d’enseignement, répartis sur les 3 premiers jours de la semaine « pour permettre aux étudiants d’avoir un emploi à côté ». Les frais d’inscription sont de 4.500 euros, soit deux fois moins que ceux pratiqués pour le même diplôme à Coventry. Le diplôme vaut 60 ECTS et permet donc la poursuite d’études en master. La capacité d’accueil est de 30 élèves : fin août, il restait encore 10 places à Mulhouse.

L’initiative de RENASUP et de l’université de Coventry appelle quelques réflexions. Les lycées privés sous contrat ont plus de marges de manœuvre que les lycées publics possédant des CPGE et des STS générales : impossible pour ceux-ci d’ouvrir des formations de troisième année de licence, des formations imposant des droits d’inscription élevés. Les Recteurs d’académie ont-ils validé sans états d’âme ces bachelor’s degrees sélectifs et coûteux pour les élèves ?

4.500 euros de droits d’inscription. Les organisations étudiantes devraient s’interroger sur ces « très chères études » ! Quelle part des droits d’inscription revient au lycée privé, sachant que l’enseignement sera assuré par les enseignants français ? Quelle part pour l’université de Coventry dans un contexte où les universités britanniques, étranglées financièrement en dépit de droits d’inscription élevés, investissent hors-frontières ? Le partenariat est-il gagnant-gagnant ? Plus de transparence : RENASUP doit publier les conventions financières !

La formation est dispensée en anglais, mais aucun séjour étudiant, aucun trimestre d’immersion n’est prévu à Coventry. Surprenant ! Il ne suffit pas d’entendre et de parler anglais en cours pour maîtriser la langue ! Dès lors, la valeur du « bachelor’s degree » pour la poursuite d’études en master n’est pas du tout acquise.

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Une réponse à “Bachelor's degree en lycée privé

  1. François

     » Le diplôme vaut 60 ECTS et permet donc la poursuite d’études en master « .
    Sauf en France où il faudrait que ces bachelors soient reconnus comme des diplômes donnant le grade de licence, ce qui n’est vraisemblablement pas le cas. Ce système interdit donc à des étudiants (qui n’en sont pas forcément conscients quand ils s’inscrivent à ces bachelors) de faire ensuite des masters universitaires en France.
    Situation voisine à Sciences Po Paris. Son récent bachelor d’établissement n’est utile qu’à ceux qui veulent entreprendre des masters hors de France (car là, comme disait R. Descoings, pour être admis c’est uniquement la réputation de l’établissement qui compte, et non le fait que son bachelor soit reconnu ou pas par un organisme étatique français).

  2. Thomas

    Je confirme les propos de François, seules les universités françaises ont le droit de délivrer le grade de licence. Pour les autres institutions qui se prévalent de délivrer des diplômes Bac+3 il faut savoir qu’ils n’ont aucune valeur aux yeux de l’université mais également pour la reconnaissance concernant les concours de la fonction publique hors reconnaissance d’équivalence par un jury.
    La question qui se pose est celle de savoir pourquoi l’Etat refuse-t-il de reconnaître des bac+3 mais accepte tranquillement de reconnaître le niveau Master à un certain nombre d’institutions privées dont le niveau de sortie des étudiants est parfois plus que contestable. La logique aurait voulu que ce soit l’inverse, qu’on reconnaisse un niveau licence à un certain nombre de ces écoles car le Master valent rarement plus que cela.

  3. Damien

    Je ne comprends pas ce que disent François et Thomas. D’un, la licence pro est un « grade de licence » reconnu, et elle ne permet pas la poursuite en master, au moins en théorie. De deux, rien n’interdit à une université de recruter en master un équivalent bac+3 qui n’a pas le grade de licence, il y a des commissions de validation qui sont faites pour ça. Et de là où je suis, je ne vois pas de différence de traitement pour l’entrée en master, au niveau de l’examen des dossiers, entre les étudiants qui ont une licence d’une autre université et ceux qui ont un autre « bac+3 » (je veux bien admettre que le traitement administratif qui suit est différent mais franchement je m’en fiche).

    La seule différence est pour les titulaires d’une licence locale dans le domaine qui sont admis de droit.

    En conséquence, cette espèce de « distinction » entre les universités françaises et étrangères à propos du bachelor de science po me semble complètement arbitraire : dans les deux cas, il y a sélection sur dossier, point barre. Peut-être que ce que reprochait Descoings, c’est que les universités françaises ne s’arrachent pas toute personne qui a marqué « Science Po » sur son diplôme. On peut le regretter, mais certaines universités ont encore un peu de fierté et se méfient des formations bidons, même quand il y a un nom prestigieux dessus.

    (Surtout que, sérieusement, quand un étudiant avec un bac+3 d’une école prestigieuse qui délivre des bac+5 candidate en master à l’université, une question qui arrive naturellement est « pourquoi il n’est pas resté dans sa super école ». Et la réponse est souvent « il était mauvais et l’école n’en veut plus ». Ben ouais mais la fac n’a pas vocation à servir de décharge.)

  4. lionel

    Le problème renvoie à un problème plus large de communication des établissements privés. Mes étudiants de DUT, quand ils voient le terme bachelor, ils se disent que le diplôme est forcément reconnu par l’état, tout comme quand ils voient le terme DEES (diplôme européen d’études supérieures). Certains se disent même que c’est mieux que la fac, car il y a européen dedans.

    Certaines écoles privées communiquent sur le fait qu’elles délivrent un master, le problème c’est qu’en réalité leur diplôme n’est visé que Master 1.

    Il faut donc bien informer ses étudiants. Il faut en permanence qu’ils demandent si le diplôme est visé niveau I, II ou III par l’état. Ce n’est certes pas suffisant, mais c’est un premier critère. Pourquoi ne pas obliger toutes les formations de mettre de façon lisible sur leurs supports de pubs si elles sont visées ou non et à quelle niveau?