Nanterre la Folie et la presse

Gare de Nanterre, sortie rue de la Folie. Quand j’empruntais celle-ci entre 1988 et 1999 pour me rendre à mon travail d’enseignant-chercheur et de directeur de labo associé au CNRS, je souriais du nom d’une des rues d’accès à l’université. En 2012, suite à la totale restructuration de la Gare, la Folie s’est-elle réfugiée sur le campus ? Dans la Tour centrale, siège de la présidence et de certains services centraux ?

J’ai dû me pincer à plusieurs reprises quand j’ai reçu ce matin une copie d’un courrier non daté, intitulé “Relation presse de l’université”, signé de Christophe Boisseau, vice-président Communication. Un canular ? Une provocation pour les personnels, les syndicalistes, les journalistes ?

Cette note de 2 pages est à “tomber par terre”. Elle crée en effet des procédures abracadabrantesques pour les personnels de l’université qui sont l’objet, de la part d’un journaliste, d’une demande d’interview. “La présente note a pour objectif de vous présenter la procédure presse qui concerne toute sollicitation d’interview ou de reportage à l’initiative ou en direction des journalistes. Elle doit permettre d’une part de valoriser au mieux les actualités et les initiatives de l’Université et d’autre part de vous aider dans votre relation avec les journalistes”. La lecture vous plonge dans la nausée ou dans l’hilarité. Le vice-président communication oublie un “détail” : le statut de l’enseignant du supérieur lui confère la liberté d’expression.

Christophe Boisseau n’est pas un inconnu des lecteurs du blog. Son nom a déjà été évoqué dans les chroniques portant sur « la » convention de formation entre l’université et l’Institut français de gestion :ici et ici. Jusqu’à sa prise de fonction de vice-président Communication, l’enseignant-chercheur de Nanterre était directeur du marketing et de la communication de cet Institut. Il ne l’est plus, mais son communiqué démontre qu’il a gardé de son ancienne fonction les pires tics, les principes normatifs : “la communication d’entreprise, la communication de crise en particulier, doivent être contrôlées d’en haut”. Un autre « détail » oublié : l’université n’est pas une entreprise.

Jean-François Balaudé, président de l’université, devrait s’inquiéter des atteintes à la liberté d’expression des personnels de Nanterre. Son vice-président l’a-t-il d’ailleurs informé de son initiative dangereuse ? Le président se rend-il compte que ce courrier est aussi une entrave à la liberté de la presse, à la liberté d’expressions des représentants syndicaux. Aucun journaliste ne peut s’en remettre à la seule communication institutionnelle d’une organisation, entreprise ou université ! La liberté de la presse et du syndicalisme ne peut supporter des informateurs bâillonnés !

Le président Balaudé n’a pas encore répondu à mes questions réitérées sur le convention de formation entre l’université et l’Institut français de gestion. Il n’est pas prêt d’y répondre s’il respecte les procédures imposées par son vice-président Communication !

Néanmoins, je n’hésite pas à lui poser deux autres questions, auxquelles il ne répondra pas davantage ! Ces deux questions portent sur l’externalisation au secteur privé de tâches que les services de l’université remplissent traditionnellement.

1. Le courrier de Christophe Boisseau mentionne à plusieurs reprises le rôle incontournable de l’Agence de presse de l’université. Pourquoi celle-ci a-t-elle besoin d’une Agence de Presse ? Mystère ! Toujours est-il que, le 28 avril 2012, il a été fait appel au marché pour “Services d’agences de presse. Prestations de presse/médias de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense. Le marché a pour objet la prestation de conseil, d’appui rédactionnel et opérationnel pour la mise en place d’actions d…” Quelle est l’Agence de presse retenue ? Quel est le montant financier du marché ?

2. Le site de l’université fait pitié. Il devrait donc faire l’objet d’une attention prioritaire du vice-président en charge de la communication. Selon nos informations, la refonte de ce site a également été externalisée au privé, à une entreprise puis à une autre. Quelles sont ces deux entreprises ? Quel est le montant financier du marché ? Le surcoût entraîné par la passation du marché à une seconde entreprise ?

Commentaires fermés sur Nanterre la Folie et la presse

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Une réponse à “Nanterre la Folie et la presse

  1. Olivier

    La démarche ne semble pas totalement hors de propos. La plupart des institutions de la société, privées et publiques, fonctionnent avec une certaine maitrise de leur communication. L’université ne le fait pas, mais elle a par ailleurs une image assez désastreuse dans la société, faisant souvent l’objet de critiques non fondées. Je ne sais pas si il est possible de faire un lien entre les deux, mais il est probable que cela ne soit pas totalement déconnecté.

    Par ailleurs, la note fait mention de la communication purement institutionnelle, et non ce qui relève du domaine de compétence des chercheurs.

  2. J.-F. Balaudé

    Nanterre vous manque, et je vous comprends. Mais il existe bien d’autres universités très intéressantes dans le paysage français, et vous nous faites trop d’honneur en nous consacrant tant de billets toujours plus passionnés.
    Je vous rassure, la liberté d’expression dans notre université est entière, et elle le restera, évidemment.
    Et puisque la note en question a donné lieu à des lectures mal appropriées de la part de quelques collègues, elle sera modifiée afin d’éviter tout malentendu et toute perte d’énergie inutile aux défenseurs des libertés individuelles, dont je fais partie, est-il besoin de le préciser?

  3. Pierre Dubois

    Réponse à Jean-François Balaudé dans la chronique suivante :
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/10/23/nanterre-et-la-liberte-dexpression/

  4. Réaliste

    La liberté d’expression, oui, mais quand elle consiste à répandre des contre-vérités, par esprit de vengeance ou, tout simplement par ignorance ? On connaît la tendance de certains journalistes qui, au nom de la liberté d’expression cela va sans dire, servent leurs propres choix politiques en utilisant certaines pseudo-informations – spécialement à l’encontre d’établissements à la réputation sulfureuse – de leur point de vue.
    Personnellement, je trouve normal qu’une institution cherche à se protéger, car les journalistes en prennent souvent trop à leur aise, au nom de la liberté d’expression naturellement – n’hésitant pas à des « révélations » aux conséquences dévastatrices dont ils se fichent éperdument.

    Quant au point 2, sur le site : pour éviter en effet qu’il fasse pitié, il faut faire appel au privé lorsque l’on n’a pas les compétences nécessaires sur place, et que le passage aux RCE empêche le recrutement de nouveaux personnels (le Ministère reconnaissait il y a déjà dix ans qu’il manquait cent administratifs à Nanterre, le manque n’a jamais été comblé et vous pensez bien que ce n’est pas maintenant qu’il peut l’être). Ajoutons que l’appel au privé n’est pas nouveau à Nanterre, il se justifie ne serait-ce que pour les audits – et qu’il n’est pas le propre de Nanterre : il est bien connu par exemple que tous les établissements ont fait appel à des cabinets privés pour établir les dossiers d’IDEX et autres LABEX.

    Vous êtes bien renseigné sur Nanterre, cher Pierre Dubois – mais attention à vos sources…

  5. Pierre Dubois

    @ Realiste. Bien d’accord avec vous sur 3 points. Chaque université doit avoir une communication institutionnelle pilotée par sa direction et unifiée (solidarité entre les membres de la direction). La liberté d’une expression critique doit également être impérativement protégée. Toute la communication ne peut être réalisée en interne et des externalisations sont quelquefois obligatoires.

    Vous me demandez de faire attention à mes sources. Bien évidemment oui ! Vous faites d’ailleurs partie, à l’occasion, de ces sources. Je préserve l’anonymat de mes sources quand on me le demande et quand je connais les personnes. Pourquoi n’avez-vous pas écrit ce commentaire sous votre nom ? Par ailleurs, je prends toujours soin de faire des liens vers des documents « réels ». Enfin, le blog comporte un droit de réponse : le commentaire.

    J’avoue cependant que votre premier paragraphe m’étonne, me choque. M’assimilez-vous aux dérives des journalistes que vous citez ? Je vous serais donc reconnaissant de citer mes chroniques sur Nanterre qui comprennent des « contre-vérités », des « pseudo-informations », « des révélations aux conséquences dévastatrices dont ils se fichent éperdument ». Vous comprendrez que je ne peux pas accepter des propos diffamants venant d’un anonyme se qualifiant de « réaliste ».

  6. Réaliste

    « Réaliste » est le pseudonyme de Danielle Leeman, http://www.danielle-leeman.com

    Non, cher Pierre Dubois, je ne vous assimile pas aux « journalistes » : je pensais aux professionnels des journaux, radios et autres télés, qui font pour un scoop leur miel de tout ce qui peut être dit ou seulement soupçonné, que ce soit dans le domaine de la justice, de la politique, de la santé ou de l’enseignement et j’en passe.

  7. Pierre Dubois

    Merci, Danielle, pour vos deux réponses sur votre identité et sur le fait que vous ne m’assimilez pas à certains journalistes, peu nombreux, je le pense.

    A vous lire pour une nouvelle contribution sur le blog. La précédente a fait l’objet de commentaires en accord ou en désaccord avec vos propositions : http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/10/12/parole-denseignants-cm-td-mcc/

  8. Russomanie

    Participant à un Comité de sélection à Nanterre en mars 2012 et devant utiliser pour le suivi des dossiers l’application « Soleil » de cette Université, j’ai compris moi aussi pourquoi elle était située rue de la Folie…