Orientation : un portail nawak !

Geneviève Fioraso s’est entretenue, hier jeudi 25 octobre 2012, avec Christian Pierret, maire de Saint-Dié des Vosges et président de la Fédération des maires des villes moyennes (FVM). Pas encore de communiqué à cette heure sur le site du Ministère. Selon Virginie Bertereau (EducPros), la Ministre aurait dit : « je crois beaucoup à la puissance des écosystèmes du territoire et à leur créativité ». Que veut-elle dire par là ?

L’occasion de sa rencontre avec le maire socialiste : le lancement de la « Plateforme Enseignement supérieur en villes moyennes« . Communiqué de la FVM : « cette plateforme présente, pour la première fois, un panorama global des formations post-bac dans les villes centres de 20.000 à 100.000 habitants, répartis sur 264 sites d’enseignement supérieur de proximité. Elle a pour objectif d’améliorer la lisibilité de l’enseignement supérieur dans ces villes, ce qui permettra de faciliter l’orientation des jeunes, tout en leur donnant accès à de nombreuses informations sur le cadre de vie (logement, services, etc.) ainsi que sur l’actualité des formations post-bac ».

Le MESR apportera-t-il un soutien financier à ce qui ressemble fort à une opération de lobbying des villes moyennes ? J’espère que non ! La plateforme de la FVM, c’est n’importe nawak !

1. Il faut d’abord rappeler que les villes et les intercommunalités n’ont pas, dans le cadre actuel de la décentralisation, de compétences en matière d’enseignement supérieur.

2. La plate-forme va à contre-courant de l’objectif affiché du guichet unique d’orientation, mission assignée à la Délégation interministérielle à l’orientation (DIO). Chronique « Guichet unique » et « subsidiarité« .

3. Le  portail FVM s’ajoute à ceux existants : la plateforme les cite, tout en oubliant le complet et incontournable Admission post-bac : les bacheliers qui souhaitent poursuivre des études supérieures doivent obligatoirement y recourir !

4. Amélioration de la lisibilité de l’offre de formation ? De qui se moque-t-on ? Les formations organisées dans les villes de moins de 20.000 habitants et de plus de 100.000 habitants ne sont pas, par construction, recensées. Le portail FVM est, dans la réalité, un site de désinformation.

Deux exemples suffiront pour convaincre. Formations post-bac identifiées dans les villes moyennes de l’Alsace à partir de la recherche géographique : Colmar, Haguenau, Sélestat. Qui peut croire que le lycéen, le bachelier alsacien qui veut s’informer se contentera des formations proposées ? Second exemple, cette fois en Midi-Pyrénées : Figeac, 10.000 habitants environ, n’apparaît évidemment pas sur la carte et pourtant la ville possède un IUT de plein exercice (photo ci-dessus) et des lycées avec BTS (photo ci-dessous) !

5. Selon la FVM, « les villes moyennes sont le fer de lance d’un développement alternatif à la surconcentration autour des grandes agglomérations, garant de l’égal accès de tous aux formations supérieures ». La FVM veut-elle tuer les formations post-bac dans les villes de moins de 20.000 habitants ? En Alsace, 24 villes accueillent des formations supérieures ! Celles-ci ne sont pas localisées seulement à Strasbourg, Mulhouse, Sélestat, Colmar et Haguenau !

Le lecteur du blog sait parfaitement que je suis en faveur d’un enseignement supérieur de proximité pour le 1er cycle, grâce à la création d’Instituts d’enseignement supérieur (128 chroniques sur les IES). Ce n’est pas en créant une plateforme n’importe nawak pour les formations supérieures des villes moyennes qu’on résoudra sérieusement la question de l’offre de formation et de la carte des formations en région ! La plateforme FVM est une tromperie pour les lycéens et leurs familles, et un gaspillage d’argent public.

Commentaires fermés sur Orientation : un portail nawak !

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Une réponse à “Orientation : un portail nawak !

  1. Yeah

    Sur le site FVM l’existence des équipes de recherche du CUFR Champollion est passée à la trappe dans la présentation des initiatives de la CA d’Albi (http://www.enseignement-sup-villes-moyennes.fr/page.asp?ART_N_ID=1278&ARB_N_ID=436). Pourtant il y en a :
    http://www.univ-jfc.fr/la-recherche-champollion/les-equipes-de-recherche.

    Je me demande si cela augure du bon pour la pérénnité de mon emploi 🙂 déjà que la note de synthèse publiée à l’issue de la consultation nationale (http://www.assises-esr.fr/les-assises#theme-4) des assises de l’ESR qualifie le CUFR d' »Antenne » .. (second paragraphe page 13) alors qu’il est un EPA opérateur de l’état…. Pas un pipoteur de haut niveau pour avoir remarqué la fôte 😉

    Pour revenir à votre article, publier des informations retirées de leur contexte d’origine est un moyen aisé de se rendre visible sur le Ouèbe aund on na pas grand chose à dire d’autre …

    Depuis que les centre de pouvoir on découvert ce nouveau moyen de com’ (souvent confondu avec internet) cela devient un sacré n’importe nawak … il faut se lever tôt pour trouver l’origine (source fiable contextualisée) d’une information.

    L’info (ou le rapport ou le document) est reprise par des dizaines de sites en compétition qui « oublient » de citer la source.

    J’ai l’impression que ce phénomène de reprise hors contexte d’info se met malheureusement aussi en place dans tous ce qui est relatif à notre ministère … il me semble en effet que chaque établissement, la CPU, l’AMUE, ou chaque service central veut tirer son épingle du jeu (si ce n’est la couverture à soi) en reprenant sur leurs sites des informations publièes initialement par des « collègues ».

    Tant de technologie pour en arriver là 🙂

    Publication subtilement expurgée autorisée …..

  2. samuel bliman

    Allons , allons chers collègues, un peu de mémoire et vous vous remémorerez quelques antécédents à ce type de « manip » et leurs aboutissements.
    Vous souvenez vous des divers temps des créations des collèges scientifiques universitaires et des collèges littéraires universitaires: c’était le temps de la pression des élus locaux pour obtenir l’équivalent de « premiers cycles », à la porte de futurs étudiants.. et puis le temps passant , certains de ces collèges ont grandi et prospéré et sont devenus des universités, à la porte des futurs étudiants. Faut-il donner quelques exemples?
    L’action des FM me semble ressortir d’une préparation de même nature! Et on continuera de clamer les vertus de la « mobilité »! alors que s’appuyant sur un modèle suranné de développement économique on veut donner à croire à la possibilité des développements locaux d’excellence.

  3. Pierre Arnoux

    Cela fait des années que j’entends parler de « l’augmentation de la lisibilité de l’offre de formation ». J’ai mis du temps à comprendre ce que cela voulait dire pour nos dirigeants, mais cela fait quelque temps que je le sais : pour augmenter la lisibilité, il suffit d’augmenter le nombre de pages à lire. Personne, que je sache, n’a jamais parlé de « l’intelligibilité de l’offre de formation »…
    Dans mon université réunifiée, chaque formation a généralement droit à 4 sites : le site de l’université réunifiée, et les 3 sites des universités précédentes, partiellement maintenus et mis à jour (car ce sont souvent eux qui donnent les détails pratiques comme les calendriers et les horaires), et coordonnés de façon erratique. Cela fait énormément de pages à lire, et cela permet aux étudiants d’exercer leur sagacité, puisque les informations données sont parfois contradictoires d’un site à l’autre (et différentes de ce qui apparaît sur les sites nationaux, comme APB ou étudiant.gouv.fr)…