Promesses électorales non financées

Crise financière des universités. Strasbourg n’y échappe pas, même si d’autres universités connaissent une situation pire que la sienne. Dans un tel contexte, est-il possible de ne pas faire des promesses électorales, des promesses nécessitant davantage de dépenses ? Non !

Ainsi, les listes Université, Diversité, Solidarité, listes UDS appuyant la réélection d’Alain Beretz, n’échappent pas au double discours : 1. « il faut baisser les dépenses ; il faut un effort partagé ». 2. « La priorité de la nouvelle mandature sera la réussite des étudiants dans toutes les filières et à tous les niveaux » (Carnet de campagne n°3) ; cette priorité est lourde de dépenses dont le financement n’est pas assuré.

Palais universitaire, jeudi 15 novembre, réunion électorale des listes UDS. Alain Beretz introduit, anime le débat, répond à plusieurs questions posées sans langue de bois. « Comment comptez-vous résoudre les problèmes financiers de l’université »? « . »Quelles sont vos priorités budgétaires ? ». « N’y a-t-il pas une hypertrophie coûteuse de services centraux ? » . « A quoi servent en définitive les Collegiums ? ». « Comment va-t-on faire pour fonctionner avec un budget 2013 réduit de 20% ? ». « Ne trouvez-vous pas que les parcours de master en sciences de la vie sont pléthoriques et donc illisibles ? ». « Quand les écoles doctorales n’existaient pas, on avait les crédits pour partir en mission à l’étranger. Pourquoi aujourd’hui, les écoles doctorales sont-elles incapables de nous donner un euro pour de telles missions ? ». « Pourquoi des gens utilisent-ils le terme « soviet suprême » pour désigner l’équipe de direction ? ».

Alain Beretz et Michel Deneken répondent aux questions. « L’université est un service public et doit absolument le rester. C’est donc l’État qui doit en être le principal financeur, mais, pour plusieurs raisons, il ne donne pas toutes les ressources nécessaires à l’exercice des missions de l’université ». « Celle-ci n’est pas une entreprise : la loi lui attribue un budget global, fixe les droits d’inscription, interdit d’emprunter ». « Il faut donc réduire les dépenses, faire tous des efforts, trouver des recettes additionnelles, et cela sans revenir sur les responsabilités et compétences élargies (attribution d’une dotation globale, incluant les salaires) ». « Il faut être réaliste, il faudra encore serrer la vis en 2013″.

Maîtres-mots de la méthode managériale pour contenir les dépenses : « dialogue de gestion, concertation, optimisation, mutualisation, ajustements, plateformes techniques au niveau administratif, subsidiarité, contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens, soutenabilité des dépenses »… Bref, « Diversité et Solidarité ». « Il faut économiser en continuant à bien faire notre travail« . Mais pas question de fermer des diplômes : « maintenir la qualité, ne pas casser les prix ». Mais pas question de réduire encore le nombre de composantes : « elles sont un lieu d’exercice de l’identité professionnelle. 38 composantes, ce n’est pas trop ».

Le temps des promesses électorales appartient-il dès lors au passé ? Non ! Il suffit pour s’en convaincre de lire le Carnet de campagne n°3 des listes « Université, Diversité, Solidarité ». Elles se doivent de justifier l’évolution de l’organigramme de l’équipe de direction si Alain Beretz est reconduit dans ses fonctions. Michel Deneken, actuellement 1er vice-président en charge des finances, serait reconduit comme 1er vice-président mais cette fois il serait en charge des formations et assisté de 3 vice-présidents en charge de l’insertion professionnelle, de la réussite des étudiants, des innovations pédagogiques.

Le Carnet de campagne n°3 contient 22 propositions « réalistes ». 15 coûtent de l’argent. Certaines coûtent beaucoup d’argent ! Où l’UDS va-t-elle trouver les millions d’euros nécessaires alors qu’elle est contrainte d’en revenir à un fonds de roulement qui respecte l’obligation de réserve « prudentielle » ?

Pourquoi cette liste de 22 propositions, de 22 promesses électorales me choque-t-elle profondément ? Parce qu’elles ne s’appuient pas sur des données statistiques rigoureuses. L’université ne sait pas où elle en est en matière de parcours de formation et de réussite dans les études. L’observatoire de l’université, l’ORESIPE, n’effectue plus de suivis annuels des cohortes de bacheliers entrés à l’université. L’université ne sait pas vraiment ce que deviennent ses diplômés de licence, de master et de doctorat : les taux de réponse obtenus dans les enquêtes d’insertion sont trop faibles, font fi de la rigueur statistique.

A chaque niveau de « diplomation », les poursuites d’études sont importantes. L’ORESIPE n’est pas en mesure d’en connaître l’ampleur réelle. Et pourtant ces poursuites d’études engendrent des coûts pour l’université. Pire, on ne sait pas si elles apportent une valeur ajoutée aux étudiants diplômés.

Michel Deneken devrait par exemple s’interroger sur le devenir des 13 diplômés 2009 du master de théologie catholique, sur leur situation au 1er décembre 2011. 9 seulement ont répondu à l’enquête. 6 ont poursuivi des études au moins une année : 1 en diplôme d’université (DU) et 5 en doctorat en 2009-2010 ; 1 en DU, 1 en master, 3 en doctorat, en 2010-2011 ; 1 en master, 2 en doctorat en 2011-2012. Autrement dit, 3 des 5 diplômés de master entrés en doctorat ont abandonné avant d’avoir terminé leur thèse. N’y a-t-il pas là un gaspillage, certes fort faible, d’argent public ?

Quel financement pour les promesses électorales des listes Responsabilité, Démocratie, Collégialité ? Axe 3 du programme : « se battre pour un financement public et retrouver l’équilibre financier ». Je doute du réalisme du modèle économique qui devrait permettre la « sanctuarisation » de trois domaines : « la qualité et l’intégrité de notre offre de formation, les moyens pour la recherche, les postes et l’emploi public ».

Commentaires fermés sur Promesses électorales non financées

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Une réponse à “Promesses électorales non financées

  1. anonymous

    il y a peut être aussi trop de VP… deux enseignants à la tête de l’action culturelle… est-ce bien utile ?