Ne lisez pas l’enquête Masters 2009

Ne lisez pas les résultats de la 3ème enquête sur les diplômés de masters obtenus en 2009, parue le 13 novembre 2012. Elle présente les mêmes défauts et la même inutilité que celle de l’an dernier. Absence de communiqué de Geneviève Fioraso. J’évite de me fatiguer à écrire la même chose qu’un an plus tôt ! Et donc, ci-dessous copie de la chronique de l’an dernier et de ses « explications de texte ».

« Ne lisez pas les résultats de la 2ème enquête sur les diplômés de masters obtenus en 2008 (situation au 1er décembre 2010). Ils sont donnés université par université, pour 4 grands types de discipline, chacune d’entre elles comportant plusieurs sous-disciplines. 4 indicateurs sont retenus pour mesurer la qualité du devenir professionnel : taux d’insertion, taux de cadres et de professions intermédiaires, taux d’emplois stables, taux d’emplois à temps plein.

Ne lisez pas les résultats de l’enquête. L’indicateur “taux d’emploi à temps plein” ne sert à rien. Le “taux de cadres et de professions intermédiaires” est un fort mauvais indicateur : depuis qu’existe la nomenclature des niveaux de formation (début des années 70), le statut attendu pour un diplômé de bac+5 est celui de cadre et non celui de profession intermédiaire ; la fusion des deux catégories masque des déclassements. Et surtout, il manque, comme l’an dernier, un cinquième indicateur, le salaire ! C’est bien sûr l’indicateur le plus important. Mais l’incomplétude des indicateurs ne suffirait pas pour décider de jeter l’enquête de la DGESIP à la poubelle. Il y a d’autres problèmes !

Ne lisez pas … car les résultats en ligne ne permettent pas de mesurer la qualité du devenir professionnel des diplômés 2008. Pourquoi ? Parce que la méthodologie de l’enquête a “éliminé” la majorité d’entre eux. Combien de diplômés de master en 2008 ? L’indicateur 8.18 des RERS 2010 donne la réponse : 22.140 diplômés de masters “recherche”, 65.221 de masters “professionnels”, 7.069 de masters “indifférenciés”, soit un total de 94.430 diplômés.

Combien de diplômés enquêtés par l’enquête de la DGESIP (enquête exhaustive et non sur échantillon) ? La note méthodologique précise que 38% seulement des diplômés de master ont été retenus par l’enquête nationale. Diantre ! Combien de répondants ? 24.549. Mais où sont donc passés les 70.000 autres diplômés ? Certains se sont éliminés d’eux-mêmes (le taux de réponses – 68% – est plutôt bon). Les autres ont été évincés par la méthodologie de l’enquête.

L’enquête n’a en effet porté que sur “les diplômés français, issus de la formation initiale, entrés immédiatement et durablement sur le marché de l’emploi après l’obtention de leur diplôme en 2008″. Cette restriction de la population enquêtée (éviction des diplômés étrangers, des diplômés en formation continue, des diplômés qui ont poursuivi des études immédiatement après l’obtention de leur diplôme ou repris des études avant le 1er décembre 2010) fait s’effondrer les résultats de l’enquête. Ne lisez pas…

Certes, il est logique que des diplômés de masters “recherche” poursuivent des études en doctorat, mais nulle part la méthodologie ne distingue leur devenir de celui des masters “professionnels”. Les premiers ont-ils été éliminés de l’enquête nationale ? Mais il faut s’interroger sur les poursuites ou les reprises d’études après un master professionnel. Combien de diplômés de master 2008 se sont engagés dans un second master, après celui obtenu en 2008 (chronique “Faire un 2ème master 2“) ? La crise de 2008 en serait-elle la cause ? Pour mesurer la performance des masters, il faut enquêter le devenir de tous leurs diplômés.

Si on se reporte aux enquêtes publiées par trois observatoires universitaires expérimentés, on ne peut que s’interroger sur l’enquête nationale DGESIP, qui agrège pourtant les données collectées par ces observatoires. Enquête de l’OFIP de l’université de Lille 1 : elle a concerné 1.027 diplômés de masters 2008, obtenus en formation initiale ; combien de diplômés lillois dans l’enquête DGESIP ? 882 seulement. Enquête de l’OFIPE de Marne-la-Vallée : 956 diplômés en formation initiale concernés, 756 répondants. Combien apparaissent dans l’enquête nationale ? 450 seulement. Plus de la moitié de disparus ! Encore plus abracadabrantesque pour l’enquête de l’ORESIPE de Strasbourg : 2972 diplômés mais seulement 1515 réponses (taux trop faible). Combien pris en compte dans l’enquête DGESIP ? 450. Une hémorragie mortelle !

Laurent Wauquiez se trompe lourdement quand il écrit le communiqué intitulé Une information transparente pour faciliter l’insertion professionnelle des étudiants“. “L’objectif de la 2e enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés de masters, licences professionnelles et diplômes universitaires de technologie, est de démocratiser l’accès aux bonnes informations pour les classes moyennes [quid des classes populaires ?] et de mettre fin au gâchis de la sélection par la connaissance des bons réseaux. L’information ne peut être réservée qu’à un cercle d’initiés“.

L’éviction d’un grand nombre de diplômés, les faibles différences dans les taux d’insertion, le très faible intérêt des 4 indicateurs retenus pour l’enquête ne rendent pas l’information plus transparente pour les étudiants qui s’interrogent sur le choix de tel ou tel master. La responsabilité devient donc celle des observatoires. Tous doivent publier les résultats de leur enquête “locale”, publier davantage d’indicateurs (dont le salaire : directeur d’observatoire de l’insertion, j’ai toujours observé que les salaires allaient quelquefois de 1 à plus de 2 pour un même diplôme de l’université). Bref, les étudiants qui souhaitent s’inscrire en master ne retireront strictement rien de la lecture des résultats de l’enquête nationale. Ne lisez pas…

Les observatoires se doivent également de publier des répertoires d’emplois occupés par les diplômés, diplôme de master par diplôme de master : ces informations sont indispensables pour l’orientation des étudiants. L’observatoire de Toulouse 1, dirigé par Marc Boudier, président du réseau des observatoires, publie, pour l’enquête sur les masters 2008, ce type de répertoire mais pas grand champ disciplinaire seulement. Par ailleurs, le rapport d’enquête n’indique pas le nombre de diplômés. Surprenant ! L’ORESIPE de Strasbourg publie des fiches détaillées pour 49 Masters : excellent résumé des résultats en deux pages(mais il y a le problème de taux de réponses insuffisant).

L’important pour Laurent Wauquiez est seulement de s’autosatisfaire de la politique ministérielle. “Ces résultats confirment que l’ouverture de l’université à l’insertion professionnelle se concrétise sur le terrain et constitue désormais le cœur du mouvement de refondation de l’enseignement supérieur lancé depuis quatre ans“… Ne lisez pas… Riez ! Néanmoins, un bon point pour Valérie Pécresse : elle a obligé toutes les universités à faire des enquêtes sur le devenir de leurs diplômés. Ce sont ces enquêtes que les futurs étudiants de master doivent lire !« .

Commentaires fermés sur Ne lisez pas l’enquête Masters 2009

Classé dans Non classé

Une réponse à “Ne lisez pas l’enquête Masters 2009

  1. François

    L’Ecole Nationale de Statistique et d’Analyse de l’Information (Ensai),créée en 1994 et implantée depuis 1996 sur le campus de Ker Lann, aux portes de Rennes, a dépouillé une enquête similaire pour les diplômés de niveau master des écoles d’ingénieurs et de commerce/management. Elle est partie de plus de 40 000 réponses.

    Pour prendre connaissance de ce dépouillement très détaillé, aller sur :
    http://www.cge.asso.fr/actualites/enquete-insertion-des-jeunes-diplomes-2012 et cliquer en bas de page sur « 20ème enquête insertion des jeunes diplômés ».

    On pourrait suggérer à Geneviève Fioraso de demander à l’Ensai de réaliser une enquête aussi détaillée pour les masters universitaires (ou pourquoi pas une étude globale pour tous les diplômés bac+5 ?).

  2. Olivier

    « le statut attendu pour un diplômé de bac+5 est celui de cadre et non celui de profession intermédiaire « . Là je crois que les auteurs de ce rapport rêvent, même éveillés.

    Savent-ils vraiment comment et à quel niveau les entreprises recrutent aujourd’hui en France et quels sont les critères qu’elles appliquent pour passer un employé en statut cadre?

  3. Martin

    « Là je crois que les auteurs de ce rapport rêvent, même éveillés. »

    ==> Peut-être mais regrouper les PI et les cadres ne permet surtout pas de s’en rendre compte…

  4. Roger

    Merci de souligner ces insuffisances. Cela changera-t-il à l’avenir ?

    Pour François: l’enquête CGE corrige en effet un nombre de défauts que l’on trouve dans l’enquête d’insertion des universités. Cependant, elle ne permet pas encore à des jeunes d’avoir des réponses à des questions précises comme :
    – comme fille, quelles sont les filières d’ingénieurs qui me permettront d’être épanouie et qui reconnaitront ma valeur ? (il existe des filières pour lesquelles les écarts de salaires sont considérables, et d’autres pour lesquelles ces écarts sont insignifiants)
    – ou bien: dans les filières « écoles de commerce », la branche marketing est elle plus bouchée que la branche commerce ?

    Cette remarque étant faite, l’étude CGE fournit déjà un bon paquet de réponses utiles. En particulier, sur la première question ci-dessus, l’analyse indique au moins que là où le % de femme est grand, les salaires sont faibles, réponse partielle mais intéressante. Je l’amènerai au prochain salon des grandes écoles!

  5. François

    @Roger. Pour votre 1ère question – femmes ingénieur(e)s – réponse très détaillée dans dans l’étude « Mutationnelles 11 »

    Cliquer pour accéder à mutationnelle_2011.pdf

    Pour la 2ème question, je n’ai pas de réponse. A priori, il me semble que la branche « ventes » sera toujours la moins bouchée … surtout en période de crise.

  6. Olivier

    « elle a obligé toutes les universités à faire des enquêtes sur le devenir de leurs diplômés. Ce sont ces enquêtes que les futurs étudiants de master doivent lire !“.

    D’accord mais pour en faire quoi après? Quelles actions les universités sont-elles prêtes à mettre en oeuvre pour favoriser l’insertion professionnelle de leurs diplômés? Feront-elles l’effort aussi pour revoir leur offre de formation et le contenu de celles-ci?
    Si c’est uniquement pour faire de la statistique, ces études ne servent à rien.

    D’autre part, regardant en particulier l’enquête d’insertion des diplômés d’histoire, je pourrais faire quelques remarques:
    – types de contrats: « stable » ou « précaire », ça ne veut rien dire. Il faudrait les remplacer par CDI, CDD quand on est salarié du privé, recrutement par concours ou par contrat de droit public dans les administrations
    – revenu net mensuel : ne correspond à rien s’il n’est pas mis en relation avec la fonction exercée et le type d’employeur
    – Types d’employeur : on mélange tout, il faudrait classer par secteurs et branches d’activité.
    – Taille de l’entreprise ou de l’administration : ne veut rien dire en soi, il faut séparer les entreprises des administrations et mettre ces informations en relation avec le secteur et la branche d’activité considérée (ex : est-ce plutôt des PME ou des entreprises de tailles moyennes qui embauchent des historiens et si oui à quel type de poste ???)
    – PCS : ne veut rien dire s’il n’est pas mis en relation avec fonction exercée et le type d’employeur…
    – Liste des emplois occupés : méritent une définition précise qui n’apparait pas dans cette liste. Elle doit être mise en corrélation avec les compétences exercées.
    – Compétences exercées : utiliser celles présentes dans les codes ROME.
    L’ex-étudiant en histoire que je suis ex-diplômé de l’UdS qui travaille aujourd’hui dans le service informatique d’une compagnie d’assurance lyonnaise, ne trouve dans cette étude aucune information réutilisable dans le cadre d’un projet professionnel car l’information est mal restituée.

  7. Lisez l’ouvrage de michel lenir sur les enquêtes de suivi du devenir des diplomés de DUT
    http://iut.ups-tlse.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?CODE_FICHIER=1348149616797&ID_FICHE=40802

    Depuis 9 années, l’enquete porte sur l’ensemble des diplomés de DUT, >50% de répondants sur l’ensemble des diplomés, un suivi et les mêmes modalités d’enquete depuis 9Ans, un partenariat avec le Cereq. Un dispositif piloté nationalement par les IUT et la DGSIP. Pour 10€ vous aurez 228p de données, concernant toutes les spécialités, détaillant tous les parcours .

    Quelques résumés ICI http://www.iut-fr.net/publications/enquete-ip.html

    Rien a voir avec l’enquête master complètement biaisée, dont les modalités varient d’une université à l’autre et dont le principal enseignement est que 90% des diplomés de master, de nationalité française de moins de 30ans qui n’ont pas poursuivi leurs études ont un travail de type profession intermédiaire ou mieux.

    Étonnant non, un diplômé de bac + 5 a un travail 2 ans et demi après l’obtention de son diplôme !!!! rien sur l’adéquation formation/emploi, rien sur le salaire, rien sur le statut… En fait rien sur rien ….

    François