Licence. Fioraso valide Wauquiez !

Plus je relie les 121 propositions du Comité de pilotage des Assises, plus je me dis que cette liste désordonnée n’a même pas la saveur d’un inventaire à la Prévert. Le slogan, « de bac-3 à bac+3 », inventé par la CPU, repris par les ex-présidents devenus conseillers de la ministre Fioraso, fait l’objet de propositions à mourir de rire ou de pleurer. Les 47 propositions « Agir pour la réussite de tous les étudiants » ne portent en aucun cas une réforme de l’ensemble du 1er cycle de l’enseignement supérieur, de l’ensemble des formations post-bac.

La chronique d’aujourd’hui porte sur la réforme de la licence. Geneviève Fioraso et Vincent Berger oublient que la licence a été réformée par Laurent Wauquiez le prétentieux par l’arrêté du 1er août 2011. Pour rappel, la CPU ne s’est pas opposée à cette réforme : elle s’est abstenue au CNESER, les organisations étudiantes votant pour. Aucune proposition des Assises pour abroger cet arrêté. Geneviève Fioraso et Vincent Berger dans les pas de Laurent Wauquiez ! Le changement, c’était hier !

Laurent Wauquiez avait confirmé les conditions d’accès à la 1ère année de licence en vigueur depuis 1968 : accès de droit pour tous les bacheliers et pour les titulaires d’un titre équivalent, droits d’inscription fixés nationalement et d’un faible montant eu égard au coût de la mise en œuvre du diplôme. Pas question de mettre les étudiants dans la rue ! Aucune des 121 propositions des Assises ne remet en cause le faible montant des droits d’inscription et le libre accès à la licence (la sélection à l’entrée n’est évoquée que pour la première année des sciences de la santé – proposition 9).

Pas de sélection à l’entrée de la licence. Vincent Berger, rapporteur national des Assises, préconise, dans son discours de synthèse et reprenant la proposition 5, « d’orienter les élèves titulaires d’un bac professionnel et aussi les titulaires d’un bac technologique dans des filières adaptées. Des filières qui ont été conçues pour eux. Les STS et les IUT ». Cette préconisation atteint le summum de l’hypocrisie ! Sa mise en œuvre supposerait la création de plus de 200.000 places dans les STS !

Contenus et objectifs de la licence. La proposition 1 des Assises est bien moins précise que les articles 1 à 3 de l’arrêté Wauquiez. « Améliorer la lisibilité des parcours, l’affichage d’un socle de connaissances et de compétences acquises et lisibles, notamment par les entreprises, en cohérence avec le cadre européen des certifications ». Cette proposition s’inscrit ainsi dans la même logique libérale que l’arrêté Wauquiez. Les compétences deviennent plus importantes que les connaissances. Deux chroniques du blog : « Les référentiels de compétences ne constituent pas des programmes de formation« , « Ciel ! Que de compétences !« .

Volume horaire de la licence. Article 6 de l’arrêté Wauquiez : « La formation représente un volume d’au moins 1.500 heures d’enseignement sur l’ensemble du cursus de la licence. Un équilibre entre les différentes modalités d’enseignement, et notamment les cours magistraux, doit être assuré« . Article 26 : « Le volume horaire d’enseignement mentionné à l’article 6 est mis en place progressivement à compter de la rentrée 2012 et au plus tard à la rentrée universitaire 2014, en fonction d’un calendrier établi par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche après consultation des établissements ». Une seule université a-t-elle porté toutes ses licences à 1.500 heures à la rentrée 2012 ? Impossible vu la crise financière que subissent les universités !

Quel est le coût du passage aux 1.500 heures des filières de formation qui en sont actuellement à 1.000 heures ? Vincent Berger écrit, dans sa note de synthèse, qu’on ne connaît pas le coût d’un étudiant de licence et il a raison, en dépit des progrès de la comptabilité analytique dans les universités ! Estimons le coût le plus bas selon une méthode de calcul qui devra être affinée.

500 heures de plus x 70 euros (heure de travaux dirigés assurée par un vacataire, charges sociales salariales et patronales comprises) = 35.000 euros. A la rentrée 2011, plus de 180.000 bacheliers nouveaux, dont plus de 23.000 bacheliers technologiques et plus de 12.000 bacheliers professionnels, sont entrés en 1ère année de licence universitaire (indicateur 6.18 des RERS). Ils ont été accueillis dans un peu plus de 6.000 groupes de travaux dirigés composés de 30 étudiants.

Chaque heure dispensée dans un groupe coûte un minimum de 35.000 euros, comme on vient de le voir. 6.000 groupes de travaux dirigés x 35.000 euros = 210 millions d’euros. Si le tiers des étudiants de licence bénéficie déjà des 1.500 heures, la dépense additionnelle nécessaire pour le passage aux 1.500 heures voisine les 140 millions d’euros, si ce sont des vacataires payés à l’heure et précaires qui assurent les 500 heures additionnelles. C’est nettement plus cher si ce sont des enseignants-chercheurs qui les assurent. C’est nettement moins cher si ce sont des étudiants tuteurs qui accompagnent les étudiants de licence et sont payés au SMIC horaire plus 10%. Mais dans les trois cas : où est l’argent ?

Chronique à suivre sur la validation des parcours de formation (articles 11 à 18 du chapitre 4 de l’arrêté du 1er août 2011). Aucune proposition des Assises ne porte – et c’est insupportable – sur la révision des modalités de contrôle des connaissances (MCC). Encore une fois, il ne faut surtout pas fâcher les étudiants et leurs organisations représentatives ! En attendant la publication de cette nouvelle chronique, je conseille au lecteur de lire celle de Didier Delignières, blogueur EducPros : « La compensation : une insulte au bon sens, un profond mépris pour les étudiants« .

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Une réponse à “Licence. Fioraso valide Wauquiez !

  1. benoit

    Bonjour,

    je suis entièrement d’accord. Et j’ajoute que cette réforme c’est du saupoudrage. je l’avais déjà anticipé et je savais dès le début que ce gouvernement, avec tout le respect que l’on doit aux gouvernants, ferait plaisir aux syndicats politisés au détriment de l’intérêt général. Ce sont des intérêts catégoriels qui se sont exprimés dans les propositions et je ne vois pas d’originalité, comme vous le dites, quant aux réformes de fonds dites structurelles. Que des formules vagues qui disent tout et n’importe quoi. Ou sont passés les précaires chercheurs ou plutôt les docteurs ? que mettent-ils derrière la notion de passerelle ? Quel processus pertinent de recrutement des enseignants chercheurs ? Quelle place pour les carrières interrompues (chômage, défaite électorale, licenciement) et la poursuite d’études comme c’est le cas au Canada ? que met-on dans la notion de société de la connaissance ?

    J’avoue que je reste sur ma faim et je regrette le peu d’attention porté à l’intérêt général comme l’a si bien dit la présidente du comité du pilotage Mme Barré-Sinoussi dans son discours et je suis d’accord avec elle. Amèrement déçu. Benoit

  2. Floren

    Outre le titre aguicheur, je trouve cet article assez bancal.

    Si j’ai bien compris ce qui s’y est dit, alors que je n’y étais pas, ce sont les propositions du comité de pilotage indépendant qui ont été présentées et discutées lors des Assises ! La Ministre, envers laquelle je suis assez critique notamment à cause de son orientation très « boite », prendra ses responsabilités et choisira (ou non) de mettre les propositions en oeuvre (voire ira au-delà).

    Alors pesons sur les débats et voyons ce que la ministre fera, mais avec toute la rigueur qu’il convient d’avoir en notre qualité de scientifiques, enseignants et citoyens désireux d’un débat public transparent et…de qualité !

  3. benoit

    ce qui est étonnant dans tout cela est que les propositions faites ne reflètent pas les contributions que j’ai lu sur le site. Elles visent surtout à ne fâcher personne : surtout les mandarins et les syndicats. de par leur spécificité, Les SHS sont les grands oubliés et on a jamais voulu parler la précarité dans ce secteur. Il n’ y a de précarité d’après eux que dans les labos de sciences dures ?

    Appelez vous cela une réforme ou une réformette ?

    Moi je l’appelle une réformette d’autant plus que les arbitrages ministérielles sont connus d’avance.

  4. Martainville

    La seule réforme pour satisfaire les objectifs du Gosplan universitaire est de donner la licence au bout de trois ans de présence… tout le reste, c’est inventer des usines à gaz, des contraintes inutiles pédagogistes.
    Et comme prévu, les soutiens de Hollande se découvrent cocus ou dindons de la farce… il y a une continuité des objectifs (et des moyens) des politiques initiées par les technocrates qui nous gouvernent, avec le complicité pro-ative des universitaires apparatchiks et collabos.

  5. Martainville

    Par-delà l’humeur… il est regrettable de constater l’impossibilité de traiter les questions de fond de l’université. Il est vrai que cela aurait pour conséquence de revoir les fondements du système; Or, les technocrates qui nous gouvernent ne le souhaitent pas…. donc, on finit par être tous cocus, de nos illusions… Ils ne veulent pas réformer… ou plutôt si, pour accentuer les dérives que l’on constate. La qualité de l’enseignement et des diplômes leur importe peu. Or, ce qui a changé, c’est bien cela : volumes horaires des matières fondamentales réduits, compensation, course à la note et aux points, etc…. Peu importe le contenu, l’essentiel est d’usiner les diplômes. On attend la vraie orientation, les bourses au mérite, la fin de la semestrialisation (le stress des examen), le retour aux fondamentaux,l’intégration des grandes écoles (et de science po, de l’ENA) à l’Université, des crédits et des horaires pour les bibliothèque, la débureaucratisation de l’Université (notamment, la fin des marchés publics qui font qu’on achète plus cher que dans un supermarché) et surtout que le politique (droite ou gauche, Wauqiez ou Fioraso) disent clairement ce qu’ils veulent… On découvrira qu’ils veulent la même chose: une garderie et une usine à diplômes. La seule différence entre les deux, le style.