Fioraso élue présidente de la CPU

20 décembre 2012. Geneviève Fioraso ne pouvait rêver mieux : le trio conduit par Jean-Loup Salzmann a été élu au bureau de la CPU par 56 voix contre 42 au trio Guy Cathelineau (communiqué de la CPU). Mais encore une fois une instance nationale « unie, forte et indépendante », use d’une communication tronquée.

La CPU compte 128 membres ; il n’y a eu que 98 votants ; l’équipe de Jean-Loup Salzmann n’a donc recueilli que 43,8% des voix des électeurs inscrits ! Les 30 autres présidents étaient-ils absents ? Combien de présents ont voté « blanc » ? 14 ? Comme le nombre de présidents qui ont demandé à la Ministre de « reprendre dans le budget de l’État la masse salariale des fonctionnaires travaillant dans l’enseignement supérieur » ? Actualisation à 19 heures 20. Lettre de la CPU du 20 décembre 2012 : elle précise enfin la composition du corps électoral : 103 électeurs seulement (les PRES ne sont qu’associés).

La Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ne veut pas toucher aux fondamentaux de la loi LRU, à savoir aux responsabilités et compétences élargies (chronique : « Assises, un rapport consternant« ). Elle trouve dans le nouveau bureau de la CPU un allié de choix, qui viendra renforcer l’équipe de ses conseillers ex-présidents. Elle va donc, de fait, présider la CPU car le bureau Salzmann est composé de trois présidents réélus : ils ont mis en œuvre sans vergogne la LRU dès 2008. Leur profession de foi réussit le tour de force de ne pas mentionner cette loi ! Touche pas à ma LRU !

Le langage commun de l’alliance entre la Ministre et la CPU : « oui à l’autonomie des universités ; mais l’autonomie sans moyens n’est pas l’autonomie ». La profession de foi Salzmann est uniquement centrée sur des moyens accrus, affectés par l’État. N’est même pas évoquée la nécessité de l’accroissement des ressources propres des universités !

La loi Fioraso comportera évidemment un préambule qui promettra des moyens (cf. par exemple la recommandation de Vincent Berger de porter la dépense par étudiant universitaire de 6.000 à 9.000 euros en quelques années). Tous les français savent qu’attribuer des moyens nettement accrus à l’ESR sera impossible dans les 4 années qui viennent.

On connaît déjà les mots-clés de l’alliance de la CPU et du MESR. Il faut en dire aussi les ressorts plus profonds. Je ne sais si Jean-Loup Salzmann vote « socialiste » aux élections politiques. Ce qui est sûr, c’est qu’il est tombé dans le parti socialiste dès son plus jeune âge. Il était un jeune socialiste fort actif et important au tournant des années 80, quand François Mitterrand fut élu président de la République. Il se dit même que le père de Jean-Loup, médecin comme son fils, était un proche de Mitterrand.

Jean-Loup Salzmann est-il franc-maçon ? Il ne répondra pas à cette question. Est cependant étrange le twitt posté en tout début d’après-midi par Axel Kahn, ancien candidat pour le parti socialiste à Paris en juin 2012 et ancien président de l’université René Descartes. Axel Kahn @axelkahn : « Et maintenant, félicitations à mon « frère « Jean-Loup » Salzman, Ptd de Paris 13-Nord, élu Président de la Conférence des Pdt d’Universités« .

Qui sont les 3 présidents élus au bureau de la CPU ? Extraits de ma chronique du 12 octobre 2012, Non à un bureau masculin !

Jean-Loup Salzmann, président de Paris Nord Paris 13 Villetaneuse, vise la présidence de la CPU (chroniques du blog sur Paris 13 et les élections de 2012). Un PU/PH, professeur des universités et praticien hospitalier, succéderait au juriste Louis Vogel ? Il ne faut pas oublier que le prédécesseur de ce dernier était Lionel Collet, lui aussi PU/PH et aujourd’hui directeur du cabinet de Geneviève Fioraso. Deux PU/PH à deux ans d’intervalle, c’est trop ! Une gifle pour les autres disciplines ! Une deuxième erreur politique !

 

Les deux vice-présidents de JLS ? Khaled Bouabdallah, président de l’université de Saint-Étienne, et Gérard Blanchard, président de l’université de La Rochelle. Pas de faute politique dans la répartition géographiquedes postulants car ils appartiennent à trois régions différentes : l’Ile de France, Rhône-Alpes, Poitou-Charentes. Toutes les régions ne peuvent être représentées dans le bureau !

 

Le trio commet deux autres erreurs politiques. Un message inadmissible envoyé à toute la communautés universitaire. “Circulez, présidentes d’université : vous n’êtes pas nombreuses et donc le bureau de la CPU n’est pas pour vous ! Présidentes, révoltez-vous !

 

Un message provocateur à l’égard des présidents élus pour un premier mandat. Nous sommes tous les trois réélus, nous avons de l’expérience ! Vous, les nouveaux, vous devez passer par une phase d’apprentissage ! Circulez, il n’y a rien à voir pour vous !”. Présidents nouvellement élus, révoltez-vous ! Vous êtes majoritaires au sein de la CPU !

 

Et puis, il y a les conditions d’élection de chacun des trois présidents dans leur université. Jean-Loup Salzmann a été réélu contre deux candidates ! Il ne leur a pas fait de cadeau ! Khaled Bouabdallah a été réélu sans problème : il était le seul candidat ! Gérard Blanchard a été réélu, mais avec une minorité des suffrages exprimés lors des élections aux conseils centraux.

 

Enfin, les trois présidents candidats ont exercé leur premier mandat sous le régime de la LRU. Ils n’en ont pas été les pourfendeurs ! Il faut donc un culot certain pour oser candidater au bureau de la CPU dans un nouveau contexte politique !

 

Le changement, c’est maintenant ! Il y a tellement peu de domaines où on peut mettre en pratique ce slogan qu’il ne faut pas hésiter une seconde ! L’élection du bureau de la CPU est une occasion ! Mesdames les nouvelles présidentes d’université, osez ! Montez au créneau ! Que l’une d’entre vous se propose comme présidente de la CPU et fasse équipe avec une vice-présidente et un vice-président ! Deux femmes à la tête de la CPU ! Oui et encore oui ! La CPU mérite mieux qu’un bureau qui appartient déjà au passé !

9 Commentaires

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9 réponses à “Fioraso élue présidente de la CPU

  1. Lucie

    Bonjour,
    Ce n’est pas « il se dit »: le père de monsieur Salzmann, Charles Salzmann, était effectivement un ami proche de mitterrand (voir par exemple les articles sur Mazarine Pingeot). Il était aussi un de ses conseillers à l’élysée.
    Sinon bien d’accord sur le reste (lru, absence de femmes, président réélus) même si je pense que nos critiques respectives sur la LRU ne portent pas sur les mêmes choses.

  2. Claude Patriat

    Cher pierre, ce qui m’étonne c’est votre étonnement. La conférence des Présidents (sauf une très brève période entre 89 et 92 où face à un Allègre ultra dirigiste), une véritable opinion commune s’est construite, le drame de cette instance c’est qu’elle a toujours agi par courtisanerie et s’est régulièrement montrée incapable d’affirmer une véritable autonomie. Le clientélisme habite cette instance, comme la puce la chouette. Le rêve d’un prolongement rectoral du mandat présidentiel est si fort qu’il en fait rester coit un grand nombre de membres. Triste reflet de l’atonie universitaire face au conservatisme politique, fût-il habillé de rose ou de bleu. Cordialement.

  3. Pierre Dubois

    @ Claude Patriat. La CPU était-elle plus indépendante quand le minsitre en était le président ? Ce serait paradoxal !

    La période à laquelle vous faites référence est non pas 89 à 92, mais sans doute 1997 à 2000, quand Lionel Jospin était Premier ministre et quand Claude Allègre voulait « démammouthiser ».

    Ultra-dirigiste : oui ! 3 souvenirs d’Allègre dans la chronique de mai 2009.
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2009/05/13/allegre-3-souvenirs/

  4. Yves Markowicz

    En quoi le fait que M. Salzmann soit ou non franc-maçon a-t-il une importance, et concerne-t-il l’opinion publique ou la communauté universitaire ??
    L’appartenance à cette confrérie, tout comme l’appartenance à une religion, doit être du ressort de la seule sphère privée, tant de la part des intéressés que de celle des observateurs. S’intéresser à cet aspect de la personnalité de M. Salzmann, qui plus est via une insinuation douteuse, pose question sur les opinions de M. Dubois vis-à-vis des franc-macs : souhaiteriez-vous qu’ils soient exclus de la sphère publique (comme d’autres l’ont souhaité en leur temps) ?

  5. Martainville

    On dirait du Balzac ! les ambitieux, les universitaires politiques, les Rastignac s’entredévorent. Ah, le pouvoir… que du pouvoir ! des gens de pouvoir ! pour le pourvoir ! au service du pouvoir ! pour leur pouvoir et leur carrière surtout (avancement, primes)… le pouvoir, et les jeux de et du pouvoir, auront tué l’Université !!!

  6. Patrice Brun

    Je suis moi aussi gêné, comme Yves Markowicz, par l’insinuation sur le fait que Jean-Loup Salzmann soit ou non franc-maçon. Je pense que cela ne regarde personne de savoir ce que fait en privé une personne publique. Cela pourrait, même si je ne pense pas du tout que ce soit le cas pour Pierre Dubois, rappeler la triste époque des complots judéo-maçonniques.
    D’autre part, cet appel à vouloir coûte que coûte « sortir les sortants » est également gênante : elle reprend en écho, elle aussi, des périodes peu agréables de notre vie politique (c’était le slogan de Pierre Poujade pour les législatives de 1956).
    Enfin, je signale qu’aucun des présidents qui ont négocié la loi LRU avec le gouvernement ne sont en fonction aujourd’hui – à une exception près, je crois. Le renouvellement de 2008 et celui de 2012 ont amené d’autres individus qui ne peuvent être soupçonnés de connivence.

  7. Pierre Dubois

    @ Yves Markowicz et Patrice Brun. Mon propos est de comprendre, au sens webérien du terme, pourquoi et comment Jean-Loup Salzmann a été élu président de la CPU le 20 décembre 2012. La question est légitime. L’acquisition d’une position sociale, à un moment donné, est toujours le fruit d’une trajectoire individuelle et d’une trajectoire de l’organisation concernée.

    La trajectoire de l’individu doit donc être prise en compte. La sphère que vous appelez « privée » ne peut être ignorée : elle structure l’action. Ses dimensions sont évidemment nombreuses. Pourquoi l’histoire de la famille et des réseaux d’appartenance devrait-elle être cachée ? Nul n’est choqué quand on dit d’un(e) président(e) qu’il est syndiqué à tel ou tel syndicat national, qu’il est membre de tel ou tel parti politique, qu’il appartient à telle ou telle religion, à telle ou telle association d’anciens élèves ? Pourquoi n’aurait-on pas le droit de poser la question de l’appartenance à la franc-maçonnerie ?

    Pour ce qui concerne l’élection de décembre, ma chronique est claire. J’aurais préféré que soit élu(e) président(e) de la CPU un(e) de signataires de la lettre à Geneviève Fioraso demandant la « réétatisation » de la masse salariale des personnels fonctionnaires travaillant dans l’enseignement supérieur. Les 3 membres du nouveau bureau de la CPU n’ont pas signé cette lettre et c’est bien leur droit ! C’est aussi le mien d’observer que les responsabilités et compétences élargies de la LRU mettent les universités dans une situation financière difficile.

  8. Yves Markowicz

    Donc, effectivement, Pierre Dubois a bien un problème avec la franc-maçonnerie… dont acte !

  9. Myriam Normand

    Le problème n’est pas de savoir si Pierre Dubois a un problème ou non avec la franc-maçonnerie mais pourquoi des universitaires se méfient de ces confréries ? Lorsque la Franc-Maçonnerie est présente dans une institution, peut-on assurer que les libertés, notamment syndicales, seront respectées ? Qu’il y aura égalité de traitement des agents de cette institution ? Que la fraternité, au sens républicain du terme, ne se limite qu’aux seuls membres du réseau ?
    Je partage tout à fait l’observation d’Ives Markowicz quand il dit que « l’appartenance à cette confrérie doit être du ressort de la seule sphère privée » et donc ne pas interférer dans le fonctionnement déjà fastidieux de nos instances.