La Renaissance carolingienne

La Bibliothèque Nationale de France s’est lancée dans des expositions virtuelles, permettant l’accès gratuit à des textes, des images et des sons. Initiative excellente ! L’exposition virtuelle, Trésors carolingiens, qui constitue la base de cette chronique du « nouveau blog » et des trois documents reproduits, est remarquable. Lire aussi la chronique sur l’exposition « Les serments de Strasbourg » : « Charlemagne, le fils, les petits-fils« .

L’université, au sens médiéval d’une institution fondée par une bulle du Pape, d’une corporation d’enseignants et d’étudiants soumis à un statut définissant des droits et des devoirs, diffusant des connaissances organisées en programmes d’enseignements progressifs et délivrant des titres, n’existe pas sous Charlemagne (747-814). Généalogie des Carolingiens de Charles Martel à Charles le Gros. Histoire de l’Europe carolingienne ; audiovisuel.

Charlemagne n’a pas inventé ni l’École, ni l’Université médiévale. Mais à l’image de certains anciens des siècles précédents, il a fait gravir des marches essentielles à l’enseignement. Un précurseur, Cassiodore (480-575). Celui-ci s’est « retiré loin du monde dans le monastère de Vivarum, qu’il a lui-même fondé en Calabre. Il y passera les trente dernières de sa vie à mettre en œuvre la transmission de l’héritage gréco-romain à un Occident tombé aux mains des Barbares« .

Charlemagne a incité à la création et au développement d’écoles épiscopales au côté des écoles monastiques, plus anciennes. Bibliothèques, recherche et préservation de documents anciens – ceux des Pères de l’église et des auteurs pré-chrétiens, latin et grecs -, multiplication et diffusion des livres copiés et recopiés dans un scriptorium selon une organisation du travail pré-moderne, unité de la langue – le latin -, mise au point et utilisation de lettres plus lisibles – l’écriture caroline -, organisation de l’enseignement sous la férule de l’écolâtre – les « enseignants » sont tous des clercs -. L’art du livre carolingien présenté et illustré par la BNF : parchemin, copie, enluminure, reliure ; audiovisuel.

Ces écoles épiscopales participent de ce que les historiens ont appelé plus tard la Renaissance carolingienne. Elles anticipent déjà également plusieurs autres traits des universités médiévales et… contemporaines : coopération et concurrence, conflits entre les écoles monastiques et les écoles épiscopales ; enseignement des Arts libéraux (trivium et quadrivium, cf. infra), qui deviendront un enseignement de type propédeutique dans les universités médiévales, préalable aux enseignements de la théologie, du droit, et de la médecine.

Mais pourquoi donc Charlemagne a-t-il légiféré pour que le clergé séculier et les laïcs aillent à l’école ? L’exposition virtuelle de la BNF l’explique dans le chapitre Éducation et enseignement : c’est pour évangéliser et administrer. « Promulgué le 23 mars 789, le capitulaire Admonitio generalis est un texte de 82 articles qui aborde tous les sujets pouvant figurer dans une constitution à la fin de 8ème siècle, c’est-à-dire les droits, les obligations et les missions des sujets de Charles dans les domaines religieux, moral et intellectuel »… « Le chapitre 72, spécialement adressé aux prêtres, leur enjoint de respecter les préceptes de l’Évangile, de fonder des écoles où les enfants puissent lire, et de corriger scrupuleusement les textes qu’il s’agit de transcrire avec le plus grand soin »

« Charlemagne s’intéresse aux études dans des buts précis. D’abord il sait que le clergé doit être instruit et muni de versions correctes du texte sacré pour ses missions d’évangélisation et de réforme, et pour instruire à son tour le peuple qui lui est confié. Ensuite, il tente de fonder une administration performante, que l’étendue de ses territoires rend indispensable. Il doit donc rendre à ce moyen de gouvernement qu’est l’écrit la place qu’il avait dans le monde romain. Les comtes et missi dominici (les représentants du roi, envoyés ponctuellement en tournées d’inspection dans les circonscriptions et chargés de transmettre les capitulaires de l’empereur) qu’il emploie doivent savoir lire pour interpréter ses ordres, et écrire pour rédiger des rapports. La langue, le latin, doit être pure, afin d’être comprise de tous »… « Ce n’est pas si facile à obtenir ».

Le programme ordonné par l’empereur selon l’Admonitio generalis. Il « concerne les apprentissages de base, lire le latin, écrire et compter. Le chant destiné aux offices religieux et les « notes », sorte de sténographie destinée aux futurs employés de chancellerie »… Charlemagne « remet également à l’honneur les Arts libéraux, c’est-à-dire les sept disciplines intellectuelles considérées comme fondamentales depuis l’Antiquité. Destinées à l’élite intellectuelle, elles sont organisées en deux cycles… Le premier cycle, le trivium, permet surtout la maîtrise de la langue latine : il regroupe ainsi grammaire, rhétorique (l’art de composer un texte), et dialectique (l’art de disserter). Le second cycle, le quadrivium, est consacré aux disciplines scientifiques : arithmétique, géométrie, musique et astronomie. La transmission des Arts libéraux constitue un progrès décisif dans l’organisation des études, et servira de base à l’enseignement scolaire puis universitaire pendant tout le Moyen Age ». Au 17ème siècle, les Jésuites en reprendront la structure dans leurs collèges.

Pour le plaisir : l’article de Paul Meyvaert, ancien directeur du Medieval Academy of America, sur les interventions de Charlemagne dans la querelle théologique des images.

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Classé dans AE. Histoire médiévale, AF. Histoire 16-17èmes siècles, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), D. Allemagne

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