Un doctorant sérieux et heureux

Suite de la chronique : « Doctorant, élu au Conseil scientifique« . Trajectoire scolaire et professionnelle de Kenneth Vanhoey. Toutes les chroniques du blog « Jeunes et engagés« .

Étudier à Strasbourg. « Je suis belge, flamand mais non flamingant. J’ai fait mes études secondaires au Luxembourg ; au lycée, j’ai été délégué de classe. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment mais je me suis toujours impliqué dans les réseaux relationnels, dans les échanges Erasmus et sur la question des titres de séjour des étudiants étrangers ». Le choix des études supérieures. « J’étais bon en maths et faire des études supérieures scientifiques était assez évident. Je ne suis pas resté au Luxembourg. J’ai choisi d’étudier à Strasbourg plutôt qu’à Metz ou Nancy ». L’université ou une Classe préparatoire ? « Quand j’étudiais au Luxembourg, on est venu nous présenter les CPGE, mais je ne voyais pas concrètement ce dont il s’agissait ; cela me paraissait élitiste. Et pour mes parents, il n’y avait pas d’hésitation : « on fait ses études supérieures à l’université ».

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Un parcours sans faute. « Je me suis inscrit à Strasbourg en 1ère année de licence de mathématique et informatique. J’ai obtenu ma licence en 3 ans et mon master d’informatique en 2 ans. Je me suis investi dans le Conseil de la composante. J’ai poursuivi en doctorat, sur une thématique choisie pour mon mémoire de master ».

Doctorant. Site de Kenneth et profil sur Linkedin. « Sous la direction de Jean-Michel Dischler et de Basile Sauvage, ma thèse consiste à numériser des objets en 3D pour les archiver ou les intégrer dans des mondes virtuels. Un des défis est de reconstruire la couleur la plus fidèle à l’original. J’ai un contrat doctoral et un avenant « enseignement » (travaux pratiques et travaux dirigés dans les 3 années de licence en maths-info). Cette année, à cause des difficultés financières de l’université et pour réduire les coûts, il y a eu des problèmes pour le nombre d’avenants « enseignement », mais, en informatique, l’avenant a été renouvelé pour tous. J’aime beaucoup enseigner : en TD, il y a 40 étudiants et 20 en TP ».

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Conditions de travail. « Nous avons de bien meilleures conditions de travail que dans d’autres disciplines : un bureau pour deux doctorants, équipé de tout ce dont nous avons besoin. A vrai dire, pour ma thèse, les besoins matériels ne sont énormes ; il me suffit d’avoir d’excellentes cartes graphiques ; d’autres doctorants ont besoin de davantage de matériels. C’est devenu un peu plus difficile pour les déplacements et la participation à des conférences internationales. En principe, le labo donne la garantie d’une conférence internationale au cours du doctorat. L’accès à ce type de conférence est aussi sélectif que la publication dans une revue internationale. Mon premier article vient d’être accepté dans une bonne revue de rang A ;  et deux autres sont en préparation. Cette publication assure presque automatiquement la qualification au CNU ».

Des points faibles ? « Je n’en trouve pas spontanément. Si. On est en fait assez éparpillés dans nos thématiques et dans nos lieux de travail (Esplanade, Illkirch ; enseignants à l’IUT d’Haguenau), comparé à d’autres laboratoires plus concentrés et donc plus productifs. On pallie cela plutôt par une grande cohésion (on passe du temps de travail et pour certains de loisirs ensemble, du stagiaire aux enseignants/chercheurs). Cela dépend bien évidemment des personnes, ce n’est pas généralisé ».

Laboratoire de rattachement. « Depuis le 1er janvier 2013, suite à la fusion de 4 centres de recherches, je suis doctorant dans Icube. Cette fusion n’a rien changé dans mes conditions de travail » (cf chronique : « Pôle API : promotion de l’innovation« ).

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Après le doctorat. « Je compte soutenir ma thèse fin 2013, au début de ma 4ème année. Je ferai vraisemblablement un post-doc, mais je n’y ai pas encore vraiment pensé. J’aimerais le faire hors de France. Dans un pays européen, en Allemagne, en Angleterre, en Italie… Notre équipe a de bons contacts dans des labos de mon domaine. Ensuite, je préférerais être enseignant-chercheur (mais non chercheur à temps plein), mais, s’il le faut, j’irai sans problème faire de la recherche dans le secteur privé. Dans ma thèse, je fais de l’informatique fondamentale, théorique, mais le contexte d’applications est évident. Il y a du travail dans le domaine de la numérisation (jeux vidéos par exemple), même s’il y en a moins que dans les réseaux et la sécurité informatiques ».

Prospective. « Je souhaite devenir enseignant-chercheur. J’ai 25 ans ; je me donne 50% de chances d’avoir un poste à 28 ans. J’aimerais rester à Strasbourg où je me sens bien ; ma compagne y prépare un doctorat en médecine. Mais si je suis contraint de bouger, ce sera hors de France ». Naissance en Belgique, études secondaires au Luxembourg, études supérieures à Strasbourg, post-doc en Allemagne, en Angleterre, ou en Italie, poste d’enseignant-chercheur éventuellement hors de France. La mobilité internationale ne fait pas peur à Kenneth ! C’est une qualité nécessaire pour un docteur.

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3 Commentaires

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

3 réponses à “Un doctorant sérieux et heureux

  1. Fanny

    Pierre, vous avez fait le portrait du doctorant « parfait ». Il veut bien aller se balader à l’étranger sans trop râler. Il adore enseigner, et il ne connait pas très bien ses possibilités d’insertion dans le privé. Il veut forcément être EC. Et il a toujours été bon à l’école.

    Maintenant, il faut lui donner rdv dans 4 ans. Quand il sera épuisé par les post-docs, les compéts sans intérêt, et les postes qui se font toujours plus rares. Sans parler des déménagements successifs et les budgets de plus en plus serrés. La vie privée qui ne suit pas, la solitude, les amis qui sont loin. J’avais plusieurs amis comme ça, des vrais jeunes chercheurs parfaits. Très doués, qui n’avaient pas peur de parcourir le monde pour se faire un dossier. 3 ou 4 ans plus tard, ils passent des entretiens dans le privé, et m’appellent pour savoir quoi répondre au DRH. Ils sont lessivés et aigris.

    Mais la vie est tellement belle dans la recherche publique 😉

  2. Bonjour Fanny,

    Je te remercie pour le compliment « parfait », qui peut découler de l’article mais qui ne reflète effectivement pas toute la réalité du terrain.

    Je suis tout à fait heureux dans mon métier actuellement et je connais effectivement mal mes possibilités de poursuite de carrière dans le privé, mais je ne veux pas forcément devenir EC à tout prix. Des jours je me dis que oui, d’autres (les jours nombreux « coup de blues » où le travail n’avance que peu ou pas), beaucoup moins.

    Je suis heureux dans le sens où je suis serein, que partir faire un (j’ai bien dit 1) post-doc est sans doute enrichissant. Cela dit, si on avait approfondi sur le volet privé de ma vie, j’aurais mis en avant que je veux certes bouger un ou deux ans, mais qu’après je veux me poser quelque part, avoir une vie de famille, avoir un cadre de vie sympa dans un lieu sympa.

    Je serais ravi de reprendre rendez-vous dans 4ans. Avec ma vision souvent optimiste des choses, j’espère soit être titulaire quelque part dans le public, soit embauché dans le privé avec un job intéressant. Mais cela ne va pas être facile, car je refuserai tout job « loin de tout » (en particulier de mes plus proches) et tout job inintéressant. Je ne veux pas non plus devenir le chercheur « extra-terrestre » qui vie à son labo et passe de temps en temps chez lui, j’aime bien trop les autres plaisirs dans la vie pour cela. Tout ceci réduit le choix, et je ne suis pas sûr d’arriver quelque part, c’est là bien un grand doute que j’ai, et qui me fait effectivement peur quand on s’y attarde un peu.

    Merci en tout cas pour ta réaction, elle complète très bien l’article qui ne montre qu’une « belle » facette d’un monde (ou d’une personne) qui en a des plus sombres.

    Au plaisir,

    Kenneth

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