Secondarisons le 1er cycle !

« Secondariser le 1er cycle de l’enseignement supérieur« , « Créer des collèges universitaires » : deux chiffons rouges. De nombreux enseignants-chercheurs y sont défavorables. Un exemple récent, Jean-Louis Fournel : commentaire 10 de la chronique, « Geneviève Fioraso, retirez le projet de loi !« .

La Ministre de l’enseignement supérieur l’a compris : son projet de loi ne touche pas à la structuration obsolète des formations post-bac. Lire aussi l’exposé des motifs et l’intervention de Geneviève Fioraso en Conseil des ministres. En dépit de l’invention du continuum fumeux entre le lycée et le supérieur (« bac-3 à bac+3 »), le post-bac demeurera éclaté entre la licence, le DUT, le BTS, la CPGE, les formations paramédicales et sociales.

Les mesures envisagées par le projet de loi ne sont que des cataplasmes sur une jambe de bois. Elles échoueront à parvenir à l’objectif de 50% de diplômés du supérieur dans les jeunes générations. Rappelons la liste de ces mesurettes : conventions entre universités et lycées à classes supérieures, quotas de place dans les BTS et les DUT pour les bacheliers technologiques et professionnels, création d’encore plus de passerelles pour faciliter les parcours et réorientations, simplification des intitulés de diplômes, spécialisation progressive en licence, 5000 créations de postes en 5 ans, dont 1.000 en 2013 pour la licence (un chiffre inférieur au nombre de postes que les universités ont dû geler pour faire face à leurs difficultés financières !).

Ce blog porte, depuis 2009, le projet d’une révolution de l’ensemble du 1er cycle, la création d’Instituts d’enseignement supérieur dédiés à la licence, regroupant dans des établissements nouveaux toutes les formations post-bac actuelles. Universités et Instituts d’enseignement supérieur en 20 propositions.

Ces IES secondariseront-ils le 1er cycle ? Oui, si « secondariser » veut dire :

1. Mettre en œuvre des conditions d’études favorables à la réussite des étudiants : classes aux effectifs semblables à ceux des formations post-bac sélectives (IUT, STS, CPGE, paramédical et social), suivi individualisé et accompagnement des étudiants, programmes d’enseignement nationaux. Secondariser pour mettre fin au massacre des étudiants de licence (taux d’abandon et d’échec insupportables en 1ère année : « Vincent Berger, arrêtez le massacre« ). Secondariser pour parvenir à des taux de succès analogues à ceux observés en CPGE, STS et IUT.

2. Porter la dépense par étudiant d’IES à 13.000 euros par an, montant actuel de la dépense en CPGE et en STS. 13.000 euros permet d’avoir un nombre annuel d’heures d’enseignement bien plus élève que dans la plupart des licences.

3. Avoir un corps professionnel d’enseignants recruté sur concours national, vérifiant non seulement leurs connaissances disciplinaires, mais également leurs compétences à adosser leurs futurs enseignements aux dernières avancées de la recherche et à pratiquer la pédagogie de projet, nécessaire à de futures avancées de la recherche. « Former à et par la recherche ?« .

L’association des proviseurs de lycées comprenant des CPGE a bien compris cette nécessité de liens avec la recherche « Les proviseurs haussent le ton« . Secondariser pour mettre fin à l’état disparate et incontrôlé du corps enseignant en licence universitaire : « J’ai mal à la 1ère année de licence« .

4. Implanter les établissements de premier cycle dans l’ensemble des territoires, en faire des établissements de proximité, condition pour démocratiser l’accès et le succès dans l’enseignement supérieur. Un exemple pour l’Alsace : « Dresser la carte des IES« .

Si « secondariser » veut dire mettre en œuvre les 4 propositions énoncées ci-dessus, alors oui et sans conteste, je suis favorable à la secondarisation du 1er cycle du supérieur !

3 Commentaires

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

3 réponses à “Secondarisons le 1er cycle !

  1. Marie-Cécile

    Mais le premier cycle est déjà dans les faits largement secondarisé mais selon une logique absolument contraire aux 4 propositions .
    Enseignant en IUT dans une filière secondaire à forte demande sociale, je constate depuis quelques années une érosion progressive de ce qui a constitué le succès des IUT auparavant : réussite et insertion des étudiants . La prévision de l’échec de l’enseignement supérieur court de R. Boudon semble se réaliser. Je note pêle-mêle :
    -des étudiants de plus en plus scolaires qui n’ont qu’une seule ambition : intégrer des écoles;
    -un corps enseignant de plus en plus désarçonné qui est conscient de ne plus former des futurs professionnels autonomes et créatifs;
    -des méthodologies d’enseignement dans la continuité de celles du second cycle ;
    -mais des moyens en terme d’encadrements et d’équipements nettement supérieurs à ceux des universités !
    Donc, à mon sens, c’est beaucoup de gâchis , heureusement que la communication sait bien envelopper l’ensemble ! C’est un véritable marché de dupes car on assiste à une déclassification de certaines formations de certaines IUT.

  2. amelie

    Et les formations supérieures professionalisantes réglementées et souvent à sélection à concours comme les formations paramédicales et sociales, médecine et pharmacie, les écoles de gendarmerie etc… seraient-elles réunies dans ce système ou garderont leur système?

  3. Samuel BLIMAN

    Secondarisons le 1er cycle: Bravo , trois fois bravo. En effet, que faut-il entendre par là: que les bacheliers n’ont simplement pas atteint un niveau de connaissances et de compétences pour aborder l’enseignement post-secondaire. Est ce si étonnant qu’il faille proposer cela? Non car depuis quelques années, dans l’ensemble du système de l’éducation , on a joué le jeu de taquins: passe à ton voisin, ici passe de l’enseignement autrefois primaire-maintenant élémentaire-au collège des élèves insuffisamment compétents en lecture et calcul( excusez , j’en suis encore aux termes d’autrefois); puis dans un contexte d’insuffisantes compétences, on passe du collège au lycée! Donc en logique, on poursuit la « manip » et l’on est rendu à l’entrée de l’université. La suite, il faudra bien parvenir à nous inventer une réussite de 80% des étudiants du 1er cycle à la licence!

    Nos chers collègues réfléchissant au « capitalisme académique » devraient percevoir que l’itinéraire décrit ici mime ce que l’on observe déjà aux USA,en Californie où 60% des élèves sortant de High School sont « insuffisants en maths et en Anglais ». Donc on leur propose des compléments avant d’entrer en universités. Peut-être est ce cela le collège universitaire!!!

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