Campus : de Pécresse à Fioraso

Geneviève Fioraso est venue à Strasbourg, le 11 avril 2013. Le service de communication de l’université n’a pas daigné m’inviter alors que je suis blogueur (EducPros, Groupe L’express L’étudiant) et que l’ont été les journalistes de la presse régionale (article des Dernières Nouvelles d’Alsace, Campus : repartir sur des base solides). C’est en me rendant au Point presse de l’intersyndicale que j’ai croisé les personnalités présentes en nombre pour l’évènement. Grands sourires sur la photo des DNA. Je rage. L’ostracisme flagrant à l’égard d’un blogueur est insupportable !

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Je pourrais reprendre aujourd’hui ma chronique publiée le 20 septembre 2010, Beretz et Pécresse : agacements. Il me suffirait de remplacer Pécresse par Fioraso. Un déplacement des Ministres qui sont avant tout des coups de communication fort coûteux : vraisemblablement 50.000 euros si on inclut le coût complet des heures de travail des personnes présentes et qui ont été distraites de leurs occupations plus fondamentales.

Ce qui est énervant dans les déplacements des ministres dans les universités, c’est qu’ils doivent dire qu’ils font mieux que leurs prédécesseurs. Certes, ce n’est pas vraiment difficile car le passé est tellement vite oublié. Campus : repartir sur des bases solides. Parce qu’elles ne l’étaient pas ?

L’argent du Plan Campus : 5 milliards d’euros issus de la vente d’actions d’EDF, au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy. 5 milliards cash et non de l’argent emprunté comme pour les investissements d’avenir. Dotation en capital pour  Strasbourg : 375 millions pour 25 projets immobiliers décrits en détail sur le site de l’université depuis 2009. Intérêts annuels produits par ce capital : environ 16 millions d’euros, soit 64 millions pour les années 2009 à 2012. Sur les 375 millions, l’État devrait apporter 200 millions d’euros, les collectivités territoriales, 65 millions (la convention avec les collectivités a été signée en 2010), et l’université… 110 millions. Où l’université va-t-elle trouver cette manne ? « De loyers, de fonds européens, d’autofinancements » (intérêts du capital) ? Une seule opération Campus importante a été validée et réalisée jusqu’à présent à Strasbourg pour un montant de 6,5 millions d’euros : les entrées du Campus de l’Esplanade selon l’objectif du Campus vert et ouvert sur la ville (250 photos).

Pourquoi une seule opération ? Parce que l’université a refusé – avec raison – la procédure du Partenariat Public Privé, imposée par le précédent gouvernement (rapport critique de Roland Peylet). Selon nos informations, le MESR sous Wauquiez a ainsi refusé de mettre à la disposition de l’université de Strasbourg près de la totalité de son argent Campus. Un exemple de PPP, celui de Clignancourt.

Exeunt Pécresse, Wauquiez, la droite et ses PPP. Et voici les nouveaux PPP, Partenariats Public Public. Public Public, gauche oblige ! Geneviève Fioraso : « il faut aller vite , travailler avec les acteurs du Territoire; l’État est de retour ». Aller vite : de qui se moque la Ministre ? Elle a certes signé avec Jean-Pierre Jouyet, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, une convention nationale de partenariat pour financer des projets campus liés notamment au développement durable, au numérique, au logement social étudiant, à l’innovation et au transfert ». Exit le Plan Campus ! Place aux Campus d’@venir ! Communiqué du MESR sur cette convention. Aller vite ? La ministre annonce que les premières conventions partenariales seront signées début 2014 !

Le discours qu’a prononcé Geneviève Fioraso est optimiste et se veut mobilisateur. « Ce cadre de travail nouveau nous mène vers les campus d’@venir : des campus durables, numériques, accessibles, vivants, ouverts sur la ville, les territoires et l’international, des lieux de respiration, de culture, de créativité, tout simplement des campus inscrits dans la vie, et donnant aux étudiants, aux chercheurs, qui sont l’avenir de notre pays, les conditions nécessaires à leur réussite ». C’est tout ?

Je dirais, pour ma part, qu’il est honteusement optimiste, truffé d’erreurs voire de mensonges énoncés sans vergogne sur les PPP avec le privé. Plus fort encore : « j’ai tenu à financer dès cette année les projets urgents et prioritaires à hauteur de 8 millions d’euros : l’Institut Le Bel pour libérer la Tour de chimie ainsi que cette belle initiative de maison universitaire internationale. J’ai également accordé à votre université 1,5 million d’euros de crédits d’ingénierie pour financer les études nécessaires à l’accélération et aux procédures de lancement du plan Campus ». 9,5 millions d’euros. Mais que sont devenus les 64 millions d’intérêts produits depuis 2009 par le capital de 375 millions ? Intérêts et capital passés à la trappe ? Vers une trahison des engagements de l’État ? Les 5 milliards de la vente des actions EDF pour le Plan Campus ont-ils été désanctuarisés, intégrés dans les ressources de l’État pour combler le trou sans fond de la dette publique. Un scandale d’État en perspective ?

Plus inquiétant. « Depuis la loi de finances pour 2013, les universités et établissements d’enseignement supérieur ont accès aux prêts B.E.I. et C.D.C. pour faire face aux paiements en Maîtrise d’ouvrage publique et accélérer la réalisation de leurs projets ». Vous avez dit : emprunter ! Emprunter et donc rembourser ! Dans la contexte financier dégradé des universités, c’est hallucinant ! Est-ce utile de rappeler que les universités vont toujours se retrouver, après la loi Fioraso, sous le régime de la LRU et de ses responsabilités et compétences élargies. Les RCE ont cocufié financièrement les universités en matière de masse salariale dotée par l’État. Le risque avec la politique de l’emprunt n’est-il pas que l’État austère oublie d’apporter aux universités une dotation d’investissement leur permettant de rembourser leurs éventuels emprunts ? Attention, danger de mort !

Enfin, pour rire un peu : photo de Geneviève Fioraso, truelle à la main, « posant les premières pierres du Pôle de compétence en propriété industrielle et du Pôle d’administration publique de Strasbourg, deux opérations financées par l’État et les collectivités territoriales… hors Plan Campus » (DNA). La Ministre n’a pas peur du ridicule ! Photo DNA, M. Rollmann.

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Pour aller plus loin : 55 chroniques du blog sur le Plan Campus.

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