Droits d'inscription "détonants"

Sénat, 24 avril 2013. Commission de la culture, de l’éducation et de la communication. Rapport de Madame Dominique Gillot et Monsieur Philippe Adnot sur le bilan consolidé des sources de financement des universités. Débat sur les droits d’inscription.

Dominique Gillot (Parti socialiste). « Mon collègue Philippe Adnot propose d’agir sur les droits de scolarité. En France, les droits de scolarité sont quatre fois plus faibles que dans les autres États européens. Porter les droits de scolarité à la moyenne européenne (soit 600 euros par étudiant) permettrait d’augmenter les ressources des universités de 900 millions d’euros. Je note que d’autres études montrent, pour leur part, que la différenciation des droits de scolarité permettrait de poursuivre une politique de bourses plus attractive et équilibrée »… « Nous avons intérêt à entrer dans ce débat dans une logique d’analyse rigoureuse et équilibrée, et sans dogmatisme, au risque de refermer rapidement un sujet potentiellement « détonant ».

Philippe Adnot. « Ma proposition sur les droits d’inscription est destinée à faire réagir. Si on n’entend pas remettre en cause ce qu’ont obtenu jusqu’ici les universités, c’est-à-dire en l’absence de redéploiement des dotations des universités mieux dotées vers les universités moins bien dotées, et compte tenu de la conjoncture actuelle qui ne permet pas au Gouvernement de disposer de marge de manœuvre budgétaire, combien de temps encore faudra-t-il attendre pour espérer améliorer la situation« .

« L’augmentation des droits d’inscription permettrait de dégager des moyens en faveur des établissements les moins bien dotés, sans en prendre aux mieux dotés. Je rappelle qu’à l’heure actuelle, les droits de scolarité en licence s’établissent à 180 euros en France. Lequel d’entre nous n’a pas inscrit un de ses enfants à une association sportive pour un montant bien supérieur ? La faiblesse des droits de scolarité peut conduire à une certaine déresponsabilisation chez quelques étudiants qui cherchent, dans l’inscription à une université, un statut social plutôt qu’autre chose ».

8 Commentaires

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8 réponses à “Droits d'inscription "détonants"

  1. calibri

    Après la droite décomplexée….la gauche sans complexe ni tabous! Autrement dit, petit à petit l’oiseau fait son nid, l’araignée tisse sa toile…la grenouille cuit imperceptiblement!
    Et l’on comprend sans peine la recherche de statut social chez « quelques étudiants » : c’est tellement prestigieux d’être étudiant de nos jours!

  2. Anthony G.

    Personnellement ce que je ne comprends pas c’est pourquoi un étudiant paie de plus en plus cher ses frais d’inscriptions. Pourquoi en Master on paie plus qu’en Licence ? (alors qu’il y a dans l’ensemble, moins de « TP » -et là je ne parles que des filières SST- en Master qu’en Licence). Qu’est-ce qui justifie ce surcout ?

    Et je ne parle même pas du Doctorat… où parfois on tombe dans des situations franchement ridicule (un doctorant contractuel avec mission d’enseignement qui s’inscrit et paie des frais d’inscription dans son UFR alors qu’il est embauché). Mais même en passant l’aspect « payer son employeur », il n’en demeure pas moins qu’un doctorant ne coute quasiment rien à l’université ! (le budget des Ecoles Doctorales étant séparés des autres enveloppes budgétaires) alors pourquoi il devrait payer plus de 2x plus cher qu’un étudiant de Licence ?

    @Calibri : être étudiant oui, dans certains cas c’est mieux que rien. Il y a quand même quelques avantages à l’être à travers les nombreuses réductions dans les commerces, etc…

    Oui je pense que les frais d’inscriptions devraient, globalement, augmenter mais à la condition que le système de bourse soit aussi réévalué et plus performant.

  3. L

    La proposition d’une hausse raisonnable des frais d’inscription ne me paraît avoir que des avantages dans la mesure où les étudiants boursiers sur critères sociaux en sont dispensés.
    La gratuité ou quasi-gratuité conduit certains étudiants a considérer que l’enseignement n’est pas un investissement mais un simple du sans contrepartie.
    Le statut étudiant permet en outre le maintien de certains financements sociaux et l’obtention ou la prolongation de titres de séjours, ce qui explique pourquoi il y a une disparité évidente dans certaines universités entre inscrits et étudiants effectivement présents.
    Je constate ce phénomène tous les jours comme PR dans une université qui faiblement attractive pratique allègrement les validation d’études des diplômés étrangers pour gonfler ses effectifs…
    Mon université à court d’argent ferme des diplômes, une participation des usagers qui en ont les moyens, en particulier les étudiants qui viennent étudier dans l’Union européenne où leurs parents ne paient aucun impôt, même en restant symbolique me paraît normale.

  4. canard

    « Mon université à court d’argent ferme des diplômes, une participation des usagers qui en ont les moyens, en particulier les étudiants qui viennent étudier dans l’Union européenne où leurs parents ne paient aucun impôt, même en restant symbolique me paraît normale. »

    Je ne vois pas très bien comment une augmentation « symbolique » pourrait corriger un déficit réel.
    Je préfère ne rien dire sur les « prolongations de titre de séjour » et les considérations qui suivent; là on est dans le lourd, très lourd. J’ai honte pour vous.

  5. L

    Canard, il faut descendre de l’Olympe arrêter de se voiler les yeux et regarder la réalité des petites universités périphériques. Si vous avez siégé un jour dans un jury de licence ou de master dans des formations non sélectives et que vous avez un tant soit peu regardé les statistiques d’inscrits par rapport aux étudiants soit présents aux examens soit redoublants à plusieurs reprises vous n’auriez pas honte pour moi qui ait à plusieurs reprises autorisé des redoublements fictifs pour permettre à des étudiants de master de pouvoir rester en France en stage par exemple.
    Une augmentation générant 600 millions d’euros comme citée dans l’article ne me paraît pas symbolique.

  6. alain quemin

    Evidemment qu’il faut augmenter les droits d’inscription à l’université tout en en dispensant totalement les étudiants d’origine modeste. J’ai dirigé un DESS devenu master de gestion des industries du luxe extrêmement attractif car très reconnu. Certains étudiants m’ont confié avoir hésité entre cette formation et aller étudier aux Etats-Unis dans des cycles à plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’euros ! Et ils choisissaient le DESS français parce que c’était « donné » financièrement. Mais « donné » par qui ? Par le contribuable français, dont des salariés qui gagnent le SMIC !!! Quand des tout petits employés et ouvriers paient les études d’enfants de cadres très supérieurs, de professions libérales hyper rémunératrices et de chefs d’entreprises, je ne vois pas cela comme de la solidarité nationale bien pensée. Cela ne m’aurait pas du tout choqué que l’on passe de 300 euros de frais d’inscription à 1000 euros… en dispensant totalement les étudiants d’origine populaire ou des catégories sociales moins fortunées que ceux qui étaient prêts à investir une fortune dans leurs études supérieures. Cela n’est pas politiquement correct, mais c’est du bon sens et de la justice sociale.

  7. UnProf

    De fait, ces frais d’inscription seront payés par les parents.

    J’observe qu’on ne peut pas augmenter l’impôt sur le revenu pour les riches, mais qu’on peut augmenter les frais d’inscription pour les riches. Autrement dit, si on paie un pot commun, ça ne va pas, mais si (1) on paie pour petit-chéri, ça va (2) il faut un mécanisme pour assurer des revenus aux universités, car l’argent mis dans le pot commun de l’Etat sera gaspillé, par exemple dans la police ou à l’hopital….

    Augmenter les droits en en dispensant les étudiants d’origine les plus modestes. Ainsi, ceux dont les parents gagnent ensemble 30KE/an paieront, le même prix que ceux qui gagnent 80K€/an ? Indépendamment du nombre d’enfants à charge dans la famille ? Faire payer plus les familles qui gagnent plus ? Ensuite, constater que l’Etat ne verse pas correctement le manque à gagner pour les établissements qui ont en moyenne des recrutements de familles plus modestes ?

    On dit que les personnes de familles modestes paient les études des plus riches, mais pourquoi ? Parce que se sont accumulés des petits prélèvements non progressifs ?

    Les droits d’inscriptions des uns financeraient les bourses des autres ? Ben voyons. A l’intérieur d’un même établissement ? Les riches de Paris 13 financeraient les pauvres de Paris 13 et les les riches de Paris 9 financeraient les pauvres de Paris 9 ?

    Ces frais d’inscription au motif que les étudiants gagneront bien sont un impôt sur le revenu préventif : on prélève avant que l’argent soit (hypothétiquement) gagné. A voir les rails sur lesquels n’avance par la grande réforme fiscale, cela semble effectivement plus simple que prendre l’argent déjà gagné à ceux qui en ont vraiment.

  8. canard

    C’est vous qui avez écrit « symbolique ».

    « …une participation des usagers qui en ont les moyens, en particulier les étudiants qui viennent étudier dans l’Union européenne où leurs parents ne paient aucun impôt, même en restant symbolique me paraît normale. »

    puis vous répondez :

    « Une augmentation générant 600 millions d’euros comme citée dans l’article ne me paraît pas symbolique. »

    Alors symbolique ou pas symbolique ? Il faut vous décider.

    Sur le reste, j’ai écrit seulement :

    « Je préfère ne rien dire sur les «prolongations de titre de séjour» et les considérations qui suivent; là on est dans le lourd, très lourd. J’ai honte pour vous. »

    Votre réponse vise donc à convaincre sur un point que je n’ai pas évoqué. Oui, je vous l’accorde, il y a des étrangers qui essayent de rester en France en utilisant le statut d’étudiant. Et alors? Vous pourriez tout aussi bien soutenir que la pluie mouille ou que la terre est ronde. Je ne veux pas rentrer dans ce genre de débat avec vous.
    Ceci étant dit, je retourne à ma mare où se plaisent les canards (plus que sur l’Olympe où vous me situez).