Pécresse et Hetzel contre Fioraso

Projet de loi relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche, dit Loi Fioraso. Le recours à la procédure accélérée est vivement critiqué par Pascal Maillard (FSU SNESUP) dans une lettre ouverte à Geneviève Fioraso sur son blog de MédiaPart : « respectez-vous le droit et la démocratie ? »

Les débats à l’Assemblée nationale ont commencé mercredi 22 mai 2013. Le compte-rendu de la 1ère séance est en ligne. Présentation par Geneviève Fioraso : un discours sans souffle, un cumul de détails sans liens entre eux, des vœux pieux pour la réussite des étudiants en licence. Et une méconnaissance ou un mensonge sur la formation tout au long de la vie, dès le début de son discours : « pour la première fois sont englobés au sein d’une seule et même loi d’orientation l’enseignement supérieur et la recherche, parce qu’ils sont porteurs des mêmes enjeux décisifs pour notre pays : l’élévation du niveau de qualification de notre jeunesse, la formation tout au long de la vie, inscrite pour la première fois aussi dans les missions de notre service public, et une stratégie de recherche qui concilie l’ambition pour la recherche fondamentale avec la réponse aux enjeux sociétaux grâce au transfert vers le milieu socio-économique ».

Je ne cacherai pas que j’attendais avec impatience les interventions de Valérie Pécresse et de Laurent Wauquiez, anciens ministres de l’ESR, de Patrick Hetzel, ancien directeur de la DGESIP. Je n’ai pas été déçu, même si évidemment, ils font preuve d’une mauvaise foi politique peu honorable. Valérie Pécresse, en grande forme, porte une motion de rejet préalable (elle ne sera pas retenue). Extraits. « Aujourd’hui le choix de votre Gouvernement est tout autre : l’université n’est plus sanctuarisée, l’université n’est plus une priorité. Cette loi en est la dernière illustration. L’université, c’est le lieu du progrès. Mais cette loi n’est pas un progrès, c’est une régression.

Régression, que de ne pas ouvrir davantage la gouvernance des universités sur le monde. Au lieu de donner davantage de poids aux personnalités extérieures du conseil d’administration, qu’elles soient issues du monde économique ou académique, françaises ou étrangères, vous donnez plus de place aux syndicats. C’est priver la gouvernance des universités du regard neuf qui lui permettrait de se remettre en cause en permanence pour progresser.

Régression, que de refuser d’assumer un pouvoir collégial fort, celui du conseil d’administration et de son président, capable de décider et d’agir. Votre refus d’établir une ligne de partage évidente entre les compétences du conseil d’administration et celles du conseil académique, qui seront présidés par des personnalités rivales, va logiquement conduire à neutraliser les deux instances et à paralyser les universités.

Régression encore, et grave entorse au principe même de l’autonomie, que de vouloir marier de force des établissements qui ne le souhaitent pas dans des communautés d’universités. Faut-il vous rappeler que l’autonomie, c’est la liberté, pas la contrainte ?

Régression toujours, que de supprimer une agence d’évaluation dont il fallait au contraire élargir les missions. Régression, enfin, que de ne pas aller plus loin dans l’orientation active des étudiants, seul levier efficace pour lutter vigoureusement contre l’échec en licence.

Patrick Hetzel n’est pas moins critique que Valérie Pécresse. « Il y a un énorme décalage entre les déclarations de Mme la ministre et le contenu réel de ce texte bavard. Je veux insister sur le fait que ce texte est avant tout inspiré par le souci de défaire ce qui a été fait au cours des cinq dernières années… Je veux insister sur quatre points ». 1. « Vous mettez en péril les initiatives d’excellence – ce qui inquiète beaucoup M. Gallois – développées par le gouvernement précédent »… 2. « Vous prétendez apporter des améliorations en vue d’une meilleure réussite des étudiants. Qu’il nous soit permis d’en douter. Dans votre texte, il n’y a absolument rien qui aille dans ce sens ». 3. « La loi relative aux libertés et responsabilités des universités avait fait de l’insertion professionnelle l’une des missions de l’université. Manifestement, vous êtes très en retrait sur ce sujet« . 4. « Votre dispositif va se traduire par la création d’une gouvernance bicéphale et la dilution du pouvoir« .

A noter également, une intervention critique de Marie-George Buffet, ancien Ministre des Sports et députée Gauche démocrate et républicaine. « Aujourd’hui, à l’appel de leurs syndicats – FSU, CGT, FO et Solidaires – et de nombreux collectifs – Sauvons la recherche, Sauvons l’université, les universitaires et les chercheurs sont dans la rue pour demander le retrait de votre projet de loi. Vous n’avez pas su ou pas pu, semble-t-il, tenir compte de la richesse de leurs propositions et recommandations. Alors qu’ils s’attendaient à une remise en cause claire de la loi LRU et du Pacte pour la recherche mis en œuvre par la majorité précédente, les universitaires et les chercheurs constatent que le décollage n’a pas eu lieu ».

Dans l’attente d’une intervention de Laurent Wauquiez dans les débats des prochains jours…

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