Fermer les UFR scientifiques !

Communiqué de la Fédération Nationale des Étudiants Universitaires en Sciences (27 mai 2013), suite à l’adoption de l’amendement 662 par l’assemblée nationale. « Sur la base de leurs résultats au baccalauréat, les meilleurs élèves de chaque lycée bénéficient d’un droit d’accès dans les formations de l’enseignement supérieur où une sélection peut être opérée. Le pourcentage des élèves bénéficiant de ce droit d’accès est fixé chaque année par décret. Le recteur d’académie, chancelier des universités, réserve dans ces formations un contingent minimal de places au bénéfice de ces bacheliers et prévoit des critères appropriés de vérification de leurs aptitudes ».

L’AFNEUS s’indigne sous le mode de l’humour. « Elle prend acte de la volonté du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de fermer à moyen terme les Unités de Formation et de Recherche Scientifiques, leur préférant les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles et le système privé qui en découle »…

« Considérant dès lors qu’être étudiant à l’université est un échec, puisque les meilleurs iront de droit en CPGE (amendement déposé par les députés Vincent Feltesse et Jérôme Guedj, adopté par l’Assemblée Nationale avec le soutien du Gouvernement), l’AFNEUS demande le redéploiement des crédits alloués à la formation, auprès des écoles d’ingénieurs en grande partie privées et ne disposant d’aucun adossement à la recherche pour la majorité d’entre elles »…

« Vous l’aurez compris il s’agit d’humour, car nous préférons rire ; rire jaune plutôt que de pleurer la liquidation de nos formations universitaires scientifiques. A défaut d’avoir de réels moyens, nous avons de l’humour. Notre action s’inscrit dans une démarche d’amélioration c’est pourquoi l’AFNEUS demande cette entrevue avec Madame la Ministre afin de lui exposer nos propositions pour défendre l’égalité des chances de nos étudiants et futurs étudiants, dans un paysage d’Enseignement Supérieur où l’Université serait un choix et non le dernier recours« .

15 Commentaires

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15 réponses à “Fermer les UFR scientifiques !

  1. Damien

    « l’AFNEUS demande le redéploiement des crédits alloués à la formation, auprès des écoles d’ingénieurs »

    Non non. Auprès des IUT. Ce sont aussi des filières sélectives, donc dans le cadre de l’amendement, et ce serait beaucoup plus cohérent. Et personnellement, j’ai du mal à trouver ça drôle.

    C’est « amusant » comment à la fois les défenseurs des facs, des IUT et des CPGE (tiens, pas les STS), trouvent dans la loi les « preuves » que l’objectif du ministère est de torpiller leur « système » pour favoriser les autres. Ça rejoint ce que je disais dans un commentaire précédent
     » Un mélange d’hypocrisie, de frilosité, d’orgueil et de préjugés qui font que chacun ne veut surtout pas perdre les « avantages » (forcément justifiés) qu’il a, tout en jalousant ouvertement les « avantages » (réels ou supposés) des « autres ».  »
    J’aurais juste pu rajouter « paranoïa ». A moins que tout ça ne soit que du spectacle pour s’assurer que rien ne bouge. Non, vraiment, j’ai du mal à trouver ça drôle…

  2. Pierre

    Bonjour,

    Le but de ce communiqué me semble être avant tout une dénonciation, de la discrimination de niveau au sein des différentes filières de l’enseignement supérieur.

    J’ai personnellement fait une CPGE puis une faculté et finalement je suis allé poursuivre mes études à l’étranger.

    Et je peut vous dire que le « bordel » de enseignement supérieur français fait bien rire nos voisin outre atlantique, pays ou toute les formations sont rassemblées dans des « colleges ».

    Ce qui apporte de grand avantages ; une plus grande simplicité pour les jeunes primo-entrant, une harmonisation des études( en terme de diplôme)et puis aucune fierté mal placée (ou manque de fierté …).

    De ce que j’ai pu vivre, les prépa ne sont qu’une minorité, certes avec un très bon niveau, à qui on monte on mayonnaise à cette «  » » » » » Elite «  » » » alors qu’il n’on à la fin de leurs année absolument rien fait que préparer un concours ! (qu’il n’auront peut être pas, comique pour l’élite de la nation …)

    ‘Dès que quelqu’un me parle d’élites, je sais que je me trouve en présence d’un crétin’ comme disait CIORAN

    Les université et leur flot d’étudiant parasites (là ou les prépa font a tri sélectif) ont elle a gérer les problèmes qu’ils peuvent causer, surnombre, manque de matériel et d’enseignants ect ….

    Qui sont les plus méritants ? les étudiant aux université qui se sont battu pour sortir de la masse ? Ou les étudiant en CPGE sélectionnés qui car ils avait un bon niveau au bac ( bac qui chacun sait qu’il ne vaut plus rien … )

    Et puis je vous rappellerais que les étudiants de prépa et, je leur souhaite , d’école d’ingénieur,  » l’élite de la nation  » n’a qu’une maîtrise. Et que les universités délivrent elle le Doctorat.

    Et quand vous voyer qu’un ingénieur gagne plus qu’un docteur es Sciences, LA vraie élite de la nation (et quelque soit sont parcours)il y a de quoi être dégoûté de son pays …

    L’élite de la nation, ce sont des gens qui avec leur travaux se sont confronté a leur pair, ont apporté leur pierre a l’édifice de la connaissance humaine.

    Ce qui me fait très peur avec cette loi, c’est que si nos représentants comment à estimer que certaine école et donc certain étudiants sont « supérieurs à d’autres » , et c’est , je crois , ce que dénonce ce communiqué. Alors l’on a déjà commencé à réfuter nos valeur :

     » Liberté », de choisir ses études,
     » Egalité » , entre tout les étudiants, les écoles,
     » fraternité », un enseignement supérieur uni.

    Mais bon ce serais se remettre en question et beaucoup sont malheureusement incapables de le faire.

    Mes collègues londoniens on surement raison : « Frogs ‘re so complicated »

  3. François Vatin

    Ce que les députés ne semblent pas comprendre, c’est le caractère insultant pour les universitaires de la formulation adoptée, qui fait bien apparaître que les licences universitaires sont des filières de relégation auxquelles auraient le droit d’échapper les « meilleurs bacheliers ».

    Il aurait été en effet possible d’écrire que « les meilleurs bacheliers ont le droit de s’inscrire dans la filière de leur choix » pour obtenir le même résultat pratique sans infliger une claque publique supplémentaire aux universités et universitaires.

    Après tout, il y a peut-être encore quelques fous pour penser qu’une formation plus « libérale » moins scolairement encadrée, assurée par des chercheurs motivés peut être utile à la formation de leur esprit, dans la perspective d’un cursus long qui ne saurait être immédiatement soumis à des objectifs professionnels de court terme. Pour ces fous,la filière de leur choix pourrait être la licence universitaire, qui sait ?

    Mais, probablement, je rêve.

    François Vatin

  4. François Brunet

    @François Vatin

    Bien d’accord, et il faut aller plus loin. Ce n’est pas seulement insultant pour les universitaires (qui en ont vu d’autres). C’est tout simplement contradictoire avec l’objectif affiché d’améliorer le succès des premiers cycles. Plus généralement, c’est une mesure parmi d’autres d’enterrement des universités et d’éloignement de la France de toutes les normes internationales. Cela va avec l’opposition du gouvernement à l’amendement reconnaissant le doctorat dans la fonction publique, etc. Peut-être la France sera t elle réformée, d’ici quelques décennies, par les Chinois ou les Qataris. Gardons espoir dans l’avenir.

  5. Cyril

    L’amendement 662 est une insulte pour tous les étudiants des universités et pour tous les enseignants-chercheurs qui font de leur mieux pour dispenser une formation de qualité dans les universités.

    Lorsque l’on se bat depuis tant d’année comme l’AFNEUS pour faire reconnaître la qualité des formations universitaires scientifiques en France (ce qui inclut les IUT), on ne peut être que triste de voir que les députés considèrent (encore) l’université comme une poubelle pour ceux qui n’auraient pas réussi à intégrer une filière sélective.

    L’université n’est pas forcément un second choix. C’est à l’université que l’on obtient un doctorat après avoir échappé année après année à la sélection par l’échec.

    Comme le disait un jour un prof de prépa à ses élèves, si vous voulez devenir prix Nobel, c’est à l’université que vous devez aller, pas en prépa. Pour lui, c’était une critique des universités…

    Après, je comprends tout à fait que certains puissent avoir des difficultés avec l’humour des étudiants en sciences.

  6. François

     » Comme le disait un jour un prof de prépa à ses élèves, si vous voulez devenir prix Nobel, c’est à l’université que vous devez aller, pas en prépa. »

    Déclaration bien étrange. Ce prof de prépa connaît-il la liste des Nobel français des 50 dernières années ? Les Nobel de physique (et en maths les médaille Fields) viennent beaucoup plus de prépas que de 1ères années de licence universitaire.
    Les Nobel de médecine viennent plutôt de l’université, mais c’est la seule voie possible (dont la première année ne ressemble d’ailleurs pas beaucoup aux 1ères années de licence, et est une sorte de caricature de prépa).

    Il est clair que tous finissent par obtenir des doctorats à l’université, mais une proportion importante des docteurs scientifiques a commencé ses études supérieures par une prépa (je n’arrive pas à obtenir leur pourcentage … si un lecteur a des idées).

  7. Damien

    @François
    « Les Nobel de médecine viennent plutôt de l’université, mais c’est la seule voie possible (dont la première année ne ressemble d’ailleurs pas beaucoup aux 1ères années de licence, et est une sorte de caricature de prépa). »

    Pouvez-vous développer ? Il me semble au contraire que la première année de médecine est une caricature des « défauts » de la fac : pas de sélection à l’entrée, cours en amphi surchargés, très peu d’heures de cours, enseignants plutôt peu impliqués, et taux d’échec énorme à la sortie.
    La SEULE chose qui rapproche concrètement la première année de médecine de la prépa est le concours, et ce n’est qu’une différence cosmétique (dès lors que le nombre de places est élevé, un concours est équivalent à un examen, il suffit juste de fixer la barre à un certain niveau).

    Et, bien évidemment, l’autre point commun entre la première année de médecine et la prépa, c’est le prestige. Et c’est bien le point essentiel qui permet de dire que la première année de médecine ne « ressemble pas beaucoup aux 1ères années de licence », pas vrai ?

  8. Damien

    « Les Nobel de médecine viennent plutôt de l’université, mais c’est la seule voie possible »

    Et, juste pour corriger ce point, il est exact que les Nobel de médecine français viennent de l’université, mais pas forcément de la fac de médecine : Jules Hoffmann et Françoise Barré-Sinoussi (et Jean-Claude Chermann), les deux Nobel français de médecine les plus récents, ont des formations de biologistes (en fac de sciences) et non de médecins.

    Mais bon, ce n’est pas comme si la formation de premier cycle supérieur avait une réelle importance sur la fait d’avoir plus tard un prix Nobel ou une médaille Fields. Il n’y a que les gens qui n’ont jamais (dans leur tête) quitté la prépa qui peuvent croire cela.

  9. François

     » Mais bon, ce n’est pas comme si la formation de premier cycle supérieur avait une réelle importance sur la fait d’avoir plus tard un prix Nobel ou une médaille Fields. »

    Tout à fait d’accord. C’est la raison pour laquelle il est assez irritant d’entendre un discours à la mode qui consiste à dire que les étudiants passés par la prépa sont ensuite inaptes à la recherche parce qu’ils sont devenus de purs perroquets. De multiples exemples prouvent le contraire.

    Je réitère la question à laquelle je n’arrive pas à obtenir de réponse (serait-elle gênante ?) : parmi les nouveaux docteurs scientifiques ayant commencé leurs études supérieures en France, combien ont fait leur deux premières années en prépa et combien en licence universitaire ? – si possible par matière).

  10. Damien

    @François
    « C’est la raison pour laquelle il est assez irritant d’entendre un discours à la mode qui consiste à dire que les étudiants passés par la prépa sont ensuite inaptes à la recherche parce qu’ils sont devenus de purs perroquets. »

    J’entends très peu ce discours. Je ne dois pas y être sensible. Tout le monde sait que les ENS recrutent en prépa, et qu’elles sont globalement des formations de haut niveau pour la recherche, donc ce discours est facile à contredire. Et si on prend un échantillon d’enseignants-chercheurs à l’université (qui sont donc essentiellement des docteurs), on sait bien aussi que tous ne sont pas passés par un premier cycle universitaire (comme d’ailleurs les enseignants de prépa ou d’écoles d’ingénieur ne sont pas tous passés par une prépa).

    « Je réitère la question à laquelle je n’arrive pas à obtenir de réponse (serait-elle gênante ?) »

    Je ne pense pas que le problème soit que la réponse soit gênante. Je pense surtout que le problème, c’est que personne ne s’est donné la peine de faire une enquête sur le sujet, au moins à l’échelle nationale. Et les réponses pourraient être plus surprenantes que vous ne le pensez : je connais plusieurs docteurs scientifiques (dans des disciplines différentes) qui n’ont fait ni l’un ni l’autre. Certains ont fait un IUT, d’autres une STS. J’en connais même qui ont fini leur formation initiale sans le bac (et ont tout fait en formation continue).

    Je vois malgré tout sur http://www.univ-fcomte.fr/download/partage/document/observatoire_vie_etudiante/conditions-de-vie-des-doctorants-ufc.pdf une étude sur les doctorants uniquement en Franche-Comté : pour les bacheliers, la moitié ont poursuivi en DEUG, 1/5 en CPGE, 1/10 en médecine, 1/12 en STS/IUT, et le reste en formations diverses. Evidemment, c’est toutes disciplines confondues, ce qui rend l’étude moins intéressante.

  11. François

    @ Damien
    Merci pour ce lien vers l’étude http://www.univ-fcomte.fr/download/partage/document/observatoire_vie_etudiante/conditions-de-vie-des-doctorants-ufc.pdf qui fournit des informations très détaillées sur les doctorants de Franche-Comté, et qui montre en particulier que parmi les doctorants (toutes disciplines confondues) titulaires du baccalauréat français, en 2008 la moitié avait commencé ses études supérieures par une licence (en fait un DEUG).

    Pour répondre à la question « Faut-il fermer UFR scientifiques », il serait utile de connaître pour les seules matières scientifiques le pourcentage de nouveaux docteurs (plutôt que de doctorants) ayant commencé leurs études par une licence. Ce pourcentage est certainement très inférieur au 50% indiqué plus haut où les doctorants dans des matières non-scientifiques qui ne termineront pas leur doctorat doivent être assez nombreux.

    Par ailleurs j’ai appris avec surprise que même les écoles d’ingénieurs internes à l’université recrutaient beaucoup plus en CPGE et en IUT qu’en licence …

  12. Damien

    @François
    « Pour répondre à la question « Faut-il fermer UFR scientifiques », »

    Question que personne ne se pose réellement, sauf peut-être des personnes qui n’ont absolument aucune idée des effectifs concernés.
    Et si elle devait se poser, la question qui se poserait immédiatement serait plutôt « que faire des bacheliers qui y vont actuellement ».

    « il serait utile de connaître pour les seules matières scientifiques le pourcentage de nouveaux docteurs (plutôt que de doctorants) ayant commencé leurs études par une licence.  »

    Vous savez, il n’y a pas que la thèse dans la vie. La très grande majorité de mes étudiants finissent en Master Pro (et trouvent un emploi ensuite) et n’ont pas la moindre envie de faire une thèse (et on ne les y encourage pas).

    Maintenant, je veux bien croire qu’ils seraient aussi bien en Ecole d’ingé qu’à la fac, mais ça rejoint la question que je pose au-dessus : comment faites-vous le déplacement massif d’un ensemble d’étudiants d’un système à l’autre ? On ne parle pas là d’ajouter un ou deux étudiants par classe en prépa et en IUT, mais de doubler leur nombre !

  13. François

    L’existence de ces multiples filières nuit à la visibilité de l’ESR français et nourrit une guerre picrocholine entre défenseurs de chacune d’entre elles (en particulier sur les blogs qui traitent de l’ESR …).

    Pour se consoler on peut cependant constater que ce système a l’avantage de ratisser très large et d’amener au niveau de diplômes scientifiques bac+5 une fraction très importante de la jeunesse française, que n’atteint à ma connaissance aucun autre pays (l’utilisation pour le moins médiocre de cette ressource exceptionnelle par la société française étant un autre problème … autrement plus complexe).

    En effet, sont décernés tous les ans 25 000 masters scientifiques et 30 000 diplômes d’ingénieurs, ce qui compte tenu des doubles diplômes master+ingénieur et d’un taux d’étrangers de l’ordre de 15 à 20% correspond à 40 à 45 000 jeunes Français pour une classe d’âge d’environ 800 000 individus (plus de 5% d’une jeune classe d’âge, 7% si on se limite aux garçons).

    A titre de comparaison, compte tenu d’un taux d’étudiants étrangers en master scientifique plus élevé qu’en France, le chiffre des masters en « Natural sciences & Engineering » décernés aux Etats-Unis à des Américains est de l’ordre de 50 à 55 000 par an (1,3% d’une jeune classe d’âge), les autres pays avancés se trouvant dans des situations intermédiaires.

  14. Styrène

    Toute discussion sur la scolarité des Prix Nobel doit tenir compte du fait que les lauréats, y compris les plus récents, ont effectué leur scolarité à une époque où l’accès à l’enseignement secondaire (bien secondaire) se faisait après sélection. N’entrait en 6e qu’une petite fraction d’une classe d’âge. Les autres continuaient à l’école primaire jusqu’à 14 ans. Ce système a été en vigueur jusqu’au début des années 1960. Quant au concours d’accès aux études médicales, il a été mis en place à la même époque. Les lauréats médecins ne l’ont donc pas passé.

  15. Martinville

    Fermer les UFR scientifiques, pourquoi pas… puis on fermera les UFR littéraires (ça ne sert à rien)… et l’Université… ça ne marche pas, les technocrates et les politiques l’ont tuée.