Diplômés de DUT : 5 % d'inactifs

139 chroniques du blog sur les IUT. Chronique d’aujourd’hui : débattre des poursuites d’études après l’obtention d’un DUT.

L’année suivant l’obtention de leur DUT en 2010, 13% des diplômés sont entrés immédiatement sur le marché du travail. 13% seulement : ce n’est pas nouveau. La plupart des titulaires d’un DUT poursuivent des études ; mais ils sont beaucoup plus nombreux à le faire qu’il y a dix ans (page 24 du rapport). C’est ce que révèlent les premiers résultats de la 10ème enquête nationale sur le devenir des diplômés de DUT : rapport de 92 pages. Cette enquête est exemplaire, même s’il faut souhaiter qu’elle touche un plus grand nombre de diplômés : taux de réponses, 51,8 % contre 53,8% pour les diplômés 2009 (page 15).

Pour comprendre les résultats, il faut se reporter d’abord au schéma de la page 25. Il identifie les parcours des diplômés 2010 : situation en octobre 2010, en 2011-2012 et en 2012-2013. Cinq parcours sont identifiés. Parcours 1 : insertion immédiate et durable. Parcours 2 : une année d’études supplémentaires. Parcours 3 : deux années de plus. Parcours 4 : trois années de plus. Parcours 5 : reprises d’études après une ou deux années d’insertion. L’importance de tel ou tel parcours varie selon le DUT obtenu (page  28).

La cohorte des diplômés 2010 a donc emprunté 5 parcours (page 26). C’est le parcours 4 (trois années d’études supplémentaires) qui est le plus important : 47% des diplômés 2010 sont encore en études en 2012-2013 (en master ou en école). 52% des bacheliers généraux en sont à 3 années d’études supplémentaires ; c’est le cas seulement pour 33% des bacheliers technologiques.

Vient ensuite le parcours 2 : 20% ont fait une année d’études supplémentaires (pour obtenir par exemple une licence professionnelle), puis le parcours 1 : 13% ont choisi d’entrer immédiatement sur le marché du travail. Les deux autres parcours (2 années d’études supplémentaires, reprises d’études) concernent chacun 10% des diplômés.

10% des diplômés 2010 ont repris des études après une année ou deux années d’insertion sur le marché du travail. Une partie d’entre eux est encore en études 30 mois après l’obtention du DUT. Plus surprenant encore : certains, après deux années sur le marché du travail, ont repris des études en 2012-2013 ; ceux-là, n’ayant pas 3 ans d’expérience professionnelle, n’ont pu valider les acquis de leur expérience (VAE) pour postuler directement en 1ère année de Master.

L’importance des poursuites immédiates d’études et des reprises d’études est-elle due au marasme du marché du travail pour les diplômés du supérieur ? La reprise d’études, en tous cas, a beaucoup progressé en 10 ans (page 24). Qui doit financer les poursuites d’études après une licence professionnelle (ou technologique), débouché logique du DUT dans le cadre de la réforme du LMD ?

Fin 2012, 30 mois environ après l’obtention du DUT, quelle est la situation des diplômés 2010 (page 23) ? 50% d’entre eux poursuivent des études, 35% sont en emploi (45% il y a dix ans), 6% en recherche d’emploi (taux stable au cours de la période), 5% en reprise d’études, 5% en inactivité. Ces deux derniers taux sont en progression.

5% des titulaires d’un DUT obtenu en 2010 sont inactifs fin 2012, i.e. ils ne sont ni en études, ni en stage de formation professionnelle, ni en emploi, ni en recherche d’emploi. La catégorie d’inactivité n’existait pas dans les premières années de l’enquête nationale DUT. 47.331 DUT ont été délivrés en 2010 (Source RERS 2012, tableau 8.16). 47.331 x 5% = 2.367 inactifs. Ce chiffre est inquiétant car ces jeunes sont non seulement diplômés du supérieur, mais ils ont obtenu un diplôme professionnel reconnu sur le marché ? Qui sont-ils ? Pourquoi en sont-ils arrivés là ?

Il faut rapprocher ce chiffre de celui établi par le Conseil d’analyse économique (CAE) :  « aujourd’hui près de 1,9 million de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation… Plus grave encore, environ la moitié de ces jeunes, soit 900.000, ne cherchent pas d’emploi. Ils sont à la dérive » (Source : Les notes du CAE, n°4, avril 2013)

11 Commentaires

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11 réponses à “Diplômés de DUT : 5 % d'inactifs

  1. Michel Abhervé

    Je suis surpris que tu prennes pour argent comptant ce chiffre du CAE, dont nul ne sait comment il a été établi

  2. Pierre Dubois

    @ Michel Abhervé. Je suis surpris que tu n’aies pas ouvert la note du CAE. Les sources sont indiquées dans les histogrammes 1, 2, et 3. OCDE, moyenne 2002-2010. % de NEET parmi les 15-29 ans. NEET = ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. Les NEET chômeurs ou inactifs sont indiqués dans le graphique 3. Le graphique 1 indique la répartition des NEET selon le niveau d’études.

    Le lien vers la Note du CAE est un lien final pour contextualiser le texte de la chronique. La question centrale de celle-ci : pourquoi près de 2.500 diplômés de DUT 2010 sont-ils inactifs ? qui sont-ils ? Comment en sont-ils arrivés là ?

  3. Michel Abhervé

    Pierre

    J’ai bien sur la note du CAE et cette phrase « Plus grave encore, environ la moitié de ces jeunes, soit 900 000, ne cherchent pas d’emploi. Ils
    sont à la dérive » est fausse car les auteurs ont donfondu l’inscription à Pôle emploi et la recherche d’emploi
    Pour mémoire les Missions locales suivent 1 300 000 dont moins de 500 000 ne sont pas inscrits à Pôle emploi
    Je vais me décider à faire un article sur ce sujet

  4. LB

    Merci pour cette analyse. Cette étude sera à revoir après les STUPIDES QUOTAS dans les IUT imaginés par Mme Fioraso. Le pourcentage d’inactifs dans les IUT sera nécessairement à deux chiffres. Le PS a oublié par idéologie que la valeur d’un diplôme est fixé logiquement par les employeurs ultrasélectifs.

    En ce qui concerne, la poursuite des études des élèves des IUT nous sommes extrêmement fiers que nos élèves poursuivent en écoles d’ingénieurs (pourcentage élevé dans les filières techniques). Je vous laisse imaginer la publicité que ferez les universités s’ils avaient ce même pourcentage pour leur cycle licence….mais c’est la période PS du nivellement par le bas en espérant que le balancier de la SELECTION revienne rapidement. En attendant les dégâts de la loi Fioraso seront majeurs

  5. Pierre Dubois

    @ Michel Abhervé. Tu as raison de rappeler le rôle important et indispensable des missions locales.

    La statistique publique – INSEE enquête emploi – appréhende de plus en plus difficilement la situation des jeunes eu égard à l’activité.

    Les comparaisons internationales de type OCDE utilisent la définition du chômage au sens du BIT. Elle ne se recoupe pas totalement avec celle de la PSERE de l’INSEE : http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/pop-sans-emp-a-la-recherc-emp.htm

    Tu noteras ci-dessous que la recherche d’emploi ne se traduit pas seulement par une inscription à Pôle emploi : http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/chomeur-au-sens-du-bit.htm

    En application de la définition internationale adoptée en 1982 par le Bureau international du travail (BIT), un chômeur est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui répond simultanément à trois conditions :

    – être sans emploi, c’est à dire ne pas avoir travaillé, ne serait-ce qu’une heure, durant une semaine de référence ;
    – être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours ;
    – avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

    Un chômeur au sens du BIT n’est pas forcément inscrit à Pôle Emploi (et inversement).

    Enchanté que tu fasses un article sur le sujet !

  6. Pierre Dubois

    Merci, Laurence, pour ce commentaire pertinent. Les quotas de bacheliers technologiques ne s’appliqueront au mieux qu’à la rentrée 2014. Je crois d’ailleurs qu’il ne se passera rien du tout !

    Quelle serait leur répercussion sur le devenir des diplômés de DUT ?
    Les entrants en DUT en 2014 seront au mieux diplômés en 2016
    L’enquête IUT portant sur la situation de ces diplômés, 30 mois après l’obtention de leur diplôme, aurait donc lieu fin 2018
    Les résultats seraient publiés au printemps 2019
    Une seule chose est sûre : à cette date, je ne serai plus blogueur !

  7. alain

    @laurence
    Bien inquietant vos sous entendus élitistes sur les bacheliers STI. Pourquoi donc l’augmentation (par les quotas) de STI en DUT augmenterait le nombre de diplomés inactifs ? Expliquez nous….

    L’enquete montre plutot le contraire, les STI sont ceux qui s’insèrent le plus rapidement sur le marché du travail avec un DUT.

    Et quand bien même, ne vaudrait il pas mieux 10% de DUT + bachelier STI inactifs 4ans apres le bac, que 18% (ou moins?) de réussite des bacheliers STI en licence (combien d’inactifs parmi les 82% en échec en licence ) ?
    L’IUT c’est aussi le service public d’enseignement.

    J’ajoute qu’il y a deja des spécialités de DUT qui accueillent bcp de bacheliers STI (GIM, GEII sont à presque 50%) et dont les taux d’inactifs a 30 mois sont < 5%.

    Enfin cette histoire de quota doit aussi etre un levier pour augmenter le vivier de bacheliers STI2D candidats en DUT et l'attractivité des IUT. Actuellement environ 35% des bacheliers STI2D candidatent en IUT, dissuadés (ou au moins non informés) par leurs lycées qui ont besoin d'inscrits pour assurer la survie de leurs prepa et BTS, attirés par des pseudo cycles prepa ingénieurs privées "cool et sympa" ou on devient ingénieur sans travailler a conditions de débourser 7k€ /an, ou tout simplement non informés par un système d'orientation totalement inéfficient. Les IUT (et leurs universités) ont un jeu a jouer auprès des rectorats et lycées : OK pour les quotas a conditions que vous ouvriez vos lycées aux IUT pour préparer l'orientation des lycéens.

    En dernier lieu, a 10% de bacheliers STI2D, personne ne se préoccupe de leur réussite, a 35% ca va etre compliqué de ne rien faire pour eux ….

    @pierre

    5% d'inactifs,ca meriterait un approfondissement, inter contrats d'interiem ? expérience a l'étranger ? echec dans une formation post DUT ?

    Et pour le taux d'emploi de 35%, celui ci n'inclut pas les 17 ou 18% de diplomés de DUT qui poursuivent leurs études en apprentissage/contrats pro qui est actuellement la voie royale pour l'insertion pro a bac +5 . Les DUT étant souvent happés des le stage par l'entreprise qui les a accueilli.

    Alain

  8. maddy

    Peut-être qu’ils ne sont pas à la dérive, peut-être qu’ils profitent de la vie, par la chance d’un financement familial ou informel?

  9. Martinville

    marrant, cette querelle de chiffres !!! on dirait une dispute de théologiens !!! Et si l’essentiel n’était pas là !!! mais dans l’échec de la formation supérieure à l’Université, l’échec global de la formation professionnelle, parce que les politique conçoivent l’enseignement supérieur comme une garderie, avant le chômage ou le RSA !!

  10. LB

    Merci Martinville pour ce bout de phrase : parce que les politiques conçoivent l’enseignement supérieur comme une garderie….Oui c’est une garderie pour les politiques…
    Alain nous invite à prendre en considération les STI et STI2D car service public oblige…Récemment je me suis aperçu que ces élèves STI ne savaient pas extraire une pente à partir d’une droite (niveau classe de troisième) et il faut leur prodiguer des cours de cinétique chimique de premier cycle universitaire avec un niveau de maths lamentable. Les bac S font un peu mieux car ils maitrisent difficilement les intégrales…

    Oui nous sommes un service de garderie et si possible il faut donner à ces élèves STI et STI2D, service public oblige le DUT… à comparer ave la dérive du bac (taux de reussite à plus de 80 %). C’est vraiement navrant.

  11. Guiot Bernard

    En tant qu’ancien dirigeant d’entreprise , je me contenterai de dire qq évidences:
    -Faut il rappeler que le parcours IUT, professionalisant , est lisible et visible , tant pour les Entreprises, que pour les parents et les jeunes ! ce qui n’est pas le cas de formation plus généralistes en Université.
    – ds le cadre de la LMD, il ea été étonnant , ( autre exception française de ne pas pousser les réformes jusqu’au bout) que le cycle ne soit pas passé à 3 ans . Mais bcp d’IUT ont crée des Licences pro.
    – ce choix de garder un cursus en 2 ans , permet aux jeunes qui ne souhaitent pas faire une classe Prépa, de pouvoir passer les concours en admission parraléle des Grandes ecoles tant Ingénieurs que Ecoles Sup de Commerce; parcours aussi trés lisible et visible. Personnellement j’ai encouragé nombre de jeunes à suivre cette double filiére,appréciées en Entreprises .
    – c’est pourquoi le sabordage des IUP , qui étaient une formation professionalisante lisible et visible par les entreprises ,les parents , les jeunes , a pour moi été incompréhensible. Mais certains sont devenus IAE.